Mutations Numéro 01 - Ville d`Esch-sur

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Mutations Numéro 01 - Ville d`Esch-sur
1
2010
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Rote terdiszipl
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IMPRESSUM
Editeur / Herausgeber
Fondation Bassin Minier
c/o Chambre de Commerce, L-2981 Luxembourg
www.fondationbassinminier.lu
[email protected]
Comité de lecture / Beirat
Guy Assa, Antoinette Lorang, Massimo Malvetti, Antoinette Reuter, Denis Scuto, Jürgen Stoldt
Impression / Druck
C.A.Press, L-4210 Esch/Alzette
Couverture / Umschlag
Hall des turbines à gaz, ARBED Esch-Schifflange, aujourd’hui siège de la société ENOVOS
Gasturbinenhalle, ARBED Esch-Schifflange, heute Sitz des Unternehmens ENOVOS
Photo : Atelier d’architecture et de design Jim Clemes
ISSN 2078-7634
Soutenu par le Fonds National de la Recherche, Luxembourg, l‘Université du Luxembourg et PRO-SUD.
Mit der Unterstützung des Fonds National de la Recherche, Luxemburg, der Universität Luxemburg und PRO-SUD.
Luxembourg, avril 2010 / Luxemburg April 2010
MUTATIONS
MÉMOIRES ET PERSPECTIVES DU BASSIN MINIER
1|2010
Terres Rouges
Approche interdisciplinaire et transnationale
sous la direction de Michel Pauly
Rote Erde
Im interdisziplinären und transnationalen Zugriff
unter der Leitung von Michel Pauly
007 Michel Pauly, Christian Schulz
Terres Rouges - eine interdisziplinäre und transnationale Vortragsreihe
009 Myriam Sunnen
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
021
033
049
Michael Overbeck
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Norbert Franz
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Frank Wilhelm
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966),
poète francophone
063 Tonia Raus
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
073 Marion Colas-Blaise
Une approche sémio-linguistique de « La mémoire de la baleine » de Jean Portante
085 Damien Sagrillo
Musik im Land der Roten Erde
101 Julie Schroell
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
109
123
Peter Gilles
Sprache im Minette
Paul di Felice
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
135 Christian Schulz
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
8
Terres Rouges - eine interdisziplinäre und transnationale Vortragsreihe
Terres Rouges - eine interdisziplinäre und
transnationale Vortragsreihe
Michel Pauly - Christian Schulz
Im Sommersemester 2008 fand an der Fakultät
für Sprachwissenschaften und Literatur, Geisteswissenschaften, Kunst und Erziehungswissenschaften (FLSHASE) der Universität Luxemburg im Rahmen des Studiengangs „Bachelor en
cultures européennes“ eine Ringvorlesung statt,
in der sich vierzehn Wissenschaftlerinnen und
Wissenschaftler aus verschiedenen Disziplinen
mit der zukünftigen Heimat der Universität
Luxemburg beschäftigten. Wenn der Zeitpunkt
dieser Auseinandersetzung mit der MinetteGegend für die Studierenden möglicherweise
etwas früh kam, weil der Umzugstermin noch
so weit weg scheint und die heute Eingeschriebenen davon nicht mehr betroffen sein werden,
so war das doch nicht nur ein willkommener
Anlass, die Rolle der Geisteswissenschaften in
den Debatten über den Umzug herauszustellen.
Sie bot auch die Gelegenheit, zwei Merkmale
sowohl der Forschungseinheit IPSE (Identités,
Politiques, Sociétés, Espaces) als auch des genannten Bachelorstudiums herauszustreichen
bzw. die Studierenden damit vertraut zu machen: die Interdisziplinarität und der transnationale Zugriff.
Die vierzehn Vorträge beleuchteten in der
Tat Aspekte des „Landes der Roten Erde“ aus
sehr unterschiedlichen Perspektiven: Geographie, Archäologie, Geschichte, französische und
luxemburgische Literatur, Luxemburger Sprache und Kunstgeschichte. Dieser zugegebenermaßen eher multi- als interdisziplinäre Zugriff
war zudem auch transnational, da nicht nur Forscher aus Luxemburg und Deutschland daran
beteiligt waren, sondern das Thema auch unabhängig von der Staatsgrenze beleuchtet wurde
und Entwicklungen in Literatur und Kunst aus
verschiedenen Kulturräumen zur Sprache kamen. Gerade beim Blick über die Staatsgrenzen
ist zu bedauern, dass zwei Vorträge, jener von
Alex Storoni über die physisch-geographischen
Voraussetzungen des Minetteabbaus im frankoluxemburgischen Eisenerzbecken als auch jener von Thierry Grosbois über die Haltung der
Luxemburger Industriellen und insbesondere
der Stahlindustrie zum europäischen Einigungsprozess nach dem Zweiten Weltkrieg, aus verschiedenen Gründen hier nicht zum Abdruck
kommen können. Für die Studierenden des BCE,
ob sie jetzt in Germanistik, Romanistik, Geschichte oder Philosophie eingeschrieben waren, war der Besuch der Ringvorlesung Pflicht.
Sie sollten erkennen, dass die Realität dieser Region eine ist, auf die man aus sehr unterschiedlichen Blickwinkeln schauen kann und muss,
um sie annähernd in ihrer Ganzheit zu erkennen
und zu verstehen.
Es freut die Herausgeber ganz besonders, dass die Fondation Bassin Minier sofort
Interesse zeigte, die Vorträge in ihrer neuen
Schriftenreihe zu veröffentlichen. Die Ringvorlesung war durchaus für ein größeres Publikum als nur die BCE-Studierenden konzipiert,
denn die Forschungseinheit IPSE möchte mit
der Ringvorlesung und darüber hinaus mit ihren Forschungsprojekten den Einwohnern und
Verantwortlichen an ihrem zukünftigen Standort zeigen, dass dieses Umfeld sie nicht kalt
lässt. Vielmehr interessiert sie sich schon jetzt
für dessen Fragen und Probleme und setzt sich
für das Verständnis dieser Gegend mittels wissenschaftlicher Aufarbeitung ein. Die Geisteswissenschaften mögen keinen direkten wirtschaftlichen Nutzen bringen, für die Kohäsion
der Region und das gegenseitige Verständnis
von Einwohnern und Universitätsangehörigen
wird ihr Beitrag gleichwohl nicht zu unterschätzen sein.
9
Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Myriam Sunnen
« De Minett » : en entendant ces mots, qui ne
songe pas d’abord aux cheminées des usines,
à une épaisse fumée noire ou rouge qui monte
dans le ciel, aux paysages d’Esch ou de Rumelange et aux ouvriers musclés tels qu’on les voit
sur bon nombre de plaques commémoratives
dans les villes du sud-ouest du Luxembourg ?
D’autres associations ne tardent pas à se profiler
– « mär », « där», « Vun der Long op d’Zong »,
parti socialiste, immigration, culture alternative,
sport – mais il semble que le bassin minier ait
toujours été et reste même à l’heure actuelle le
symbole de l’industrie luxembourgeoise. Chose
plus étonnante encore : depuis que cette région
a, d’après l’expression de Jean Portante, « perdu
son nom1 » - c’est-à-dire depuis la fermeture
de la dernière mine luxembourgeoise (1981)
et l’extinction du dernier haut-fourneau (1997)
– les publications sur la sidérurgie et les monuments commémoratifs n’ont cessé de se multiplier, comme si, à une époque où cette région
connaît une mutation profonde, il fallait conserver à tout prix les traces du passé2. La volonté
de patrimonialisation qui sous-tend toutes ces
entreprises s’inscrit parfaitement dans l’esprit
d’une époque qui, faute d’avoir une mémoire
active et vivante, tend à « matérialiser » ce qui
reste de cette mémoire. C’est du moins l’analyse qu’en propose l’un des plus grands spécialistes de l’usage de la mémoire, Pierre Nora :
À mesure même que disparaît la mémoire traditionnelle, nous nous sentons tenus d’accumuler religieusement vestiges, témoignages,
documents, images, discours, signes visibles
de ce qui fut, comme si ce dossier de plus en
plus proliférant devait devenir on ne sait quelle
preuve à l’on ne sait quel tribunal de l’histoire.
Le sacré s’est investi dans la trace qui en est la
négation. Impossible de préjuger de ce dont il
faudra se souvenir. D’où l’inhibition à détruire,
la constitution de tout en archives, la dilatation
indifférenciée du champ du mémorable, le gonflement hypertrophique de la fonction de mémoire, liée au sentiment même de sa perte, et le
renforcement corrélatif de toutes les institutions
de mémoire3.
C’est à Pierre Nora aussi que l’on doit le terme
de « lieu de mémoire » qui, au cours des dernières décennies, a connu un succès considérable et qui, à notre sens, permet de comprendre
la place que le bassin minier occupe dans la
mémoire collective des Luxembourgeois :
étroitement associé à la sidérurgie et à l’industrie lourde, il a en effet souvent été considéré
comme le fondement même de l’indépendance
politique et de la prospérité du Luxembourg
et en ce sens, il a joué un rôle central dans la
construction des identités collectives.
Qu’est-ce qu’un lieu de mémoire4 ? Dès la
fin des années 1970, Pierre Nora s’est interrogé
sur les éléments du passé qui sont restés vivants dans le présent et qui incarnent un certain
nombre de valeurs dans lesquelles les membres
d’une communauté donnée se reconnaissent :
monuments, traditions populaires, institutions…
Sa réflexion s’inscrit dans la lignée des travaux
de Maurice Halbwachs, le sociologue français
qui, dans la première moitié du 20e siècle,
avait consacré un ouvrage fondamental aux rapports entre la mémoire et la société (1925) et
qui, surtout, publia en 1950 un livre important
sur le concept de mémoire collective. Celle-
1 Voir le titre de sa contribution à BRAUN, John et alii, Bassin minier. Traces et mutations, photographies, Luxembourg1995
(« Réflexions sur un pays qui a perdu son nom »).
2 On songe par exemple aux publications d’Ed. Maroldt (surtout Leit aus Eisen. Petit illustré de la sidérurgie / Magiciens du fer.
Reise in die Stahlwelt Luxemburgs in 350 Bildern, Esch-Alzette 2005), au numéro de Nos cahiers consacré au canton d’Esch
(3 / 4 de 2006), à la place réservée au haut-fourneau dans le projet de Belval et à un nombre impressionnant de films consacrés
à l’acier, dont le numéro 182 de la revue forum (mars 1998) (La Terre rouge sans mémoire ni projet) propose la liste (p. 31).
3
NORA, Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire, I. La République, Paris 1984, p. XXVII.
4
Sur ce qui suit, cf. MARGUE, Michel et KMEC, Sonja, Les « lieux de mémoire » ou Donner un sens à l’histoire, in :
KMEC, Sonja et alii (éd.), Lieux de mémoire au Luxembourg / Erinnerungsorte in Luxemburg, Luxembourg 2007, p. 5-7
11
Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
ci se trouve dans un rapport d’interaction
constant avec la mémoire individuelle et elle
joue un rôle considérable dans la construction des identités collectives. Chaque individu se définit par rapport à ceux qui l’entourent en sélectionnant de façon plus ou
moins consciente des souvenirs qui lui permettent de se solidariser avec certains et de
se distinguer d’autres. De même, les élites
politiques et intellectuelles assurent la cohésion
au sein d’un pays en investissant d’un sens symbolique un certain nombre de lieux, de dates,
de personnages, de mythes ou de coutumes.
Ainsi conçue, la nation ne se définit pas par des
critères prétendument objectifs (communauté
de race, de langue, occupation d’un même territoire…), comme on l’a longtemps cru, mais
elle est considérée comme le résultat de négociations et de processus d’identification5 ; bref,
la nation est une construction culturelle qui
repose sur des valeurs, souvent symbolisées
par des « lieux de mémoire ». Les « lieux de
mémoire » au sens que Pierre Nora a donné à
ce terme ne sont donc pas seulement des lieux
au sens géographique du terme, ce ne sont pas
non plus seulement des lieux de commémoration (tombes, monuments aux morts…), mais ce
sont « les lieux où se cristallise la mémoire6 »,
ou encore, pour citer les auteurs de l’ouvrage
sur les lieux de mémoire au Luxembourg,
« des éléments de nature matérielle, symbolique
ou fonctionnelle, dans lesquels une collectivité
peut reconnaître son histoire et son identité7 ».
Comme le montre bien l’ouvrage dirigé par
Michel Margue, Sonja Kmec, Benoît Majerus
et Pit Péporté, il s’agit, dans le cas du Luxembourg, du drapeau national, de figures telles que
Saint Nicolas, d’événements historiques ou encore de monuments comme la « Gëlle Fra ».
L’histoire mouvementée de cette dernière
est particulièrement révélatrice de la dynamique
propre aux « lieux de mémoire8 ». On sait que la
statue dorée faisait initialement partie d’un monument commémoratif édifié en hommage aux
volontaires luxembourgeois qui avaient combattu dans les armées belge et française lors de
la guerre de 14-18. Après l’invasion allemande,
5
le monument fut rapidement investi d’une symbolique anti-allemande, qui ne laissa peut-être
pas indifférent l’occupant : il fut en effet démoli
en octobre 1940 et, comme l’affirme Benoît
Majerus, il devint en partie grâce à cela « un
élément d’identification pour les Luxembourgeois à l’étranger9 ». Peu commentée pendant la
guerre, cette démolition joua par la suite un rôle
capital dans l’historiographie luxembourgeoise
et, avec le « Spengelskrich », elle constitue, toujours d’après Benoît Majerus, le premier tableau
d’un « triptyque » de la résistance luxembourgeoise, les deux autres tableaux étant représentés par le « référendum » d’octobre 1941 et la
« grève générale » d’août-septembre 1942.
Portée disparue pendant de longues années, la
« Gëlle Fra » fut retrouvée en 1981 au Stade national. Malgré l’opposition des mouvements de
résistants, le monument fut reconstruit grâce à
une souscription nationale et investi d’une symbolique clairement nationale et identitaire. La
mise en place de la « Lady Rosa of Luxembourg »
en 2001, due à Sanja Ivekovic, déclencha par la
suite une vive polémique qui montre bien que
la « Gëlle Fra » constitue un véritable symbole
aux yeux d’un certain nombre de Luxembourgeois, hostiles, pour cette raison précisément, à
toute tentative qui viserait à doter le monument
d’une symbolique autre que celle dans laquelle
ils se reconnaissent.
Quant à la « guerre des gourdins », Sonja
Kmec a démontré qu’elle a fait elle aussi l’objet d’une instrumentalisation idéologique10. Ce
qui, au départ, ne représentait guère plus qu’une
bagarre entre des paysans ardennais écrasés par
une lourde fiscalité et des soldats français chargés de les enrôler dans l’armée révolutionnaire,
a souvent été présenté dans l’historiographie
luxembourgeoise comme un symbole du sens
religieux et patriotique des paysans de l’Ösling
et des Luxembourgeois d’une manière générale. Après la deuxième guerre mondiale, cette
« guerre » devint par ailleurs le symbole de la
résistance luxembourgeoise à l’enrôlement de
force, pratiqué non seulement par les Français
en 1798 mais aussi par les Allemands en 1942.
Ayant inspiré de nombreux écrivains luxem-
MARGUE/KMEC, Les « lieux de mémoire » [voir note 4], p. 7-8,
NORA, Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire, I. [voir note 3], p. XVII.
7
MARGUE/KMEC, Les « lieux de mémoire » [voir note 4], p. 6.
8 Sur ce qui suit, voir MAJERUS, Benoît, « Gëlle Fra », in : Lieux de mémoire au Luxembourg [voir note 4], p. 291-296.
9 Ibid., p. 292.
10 Voir KMEC, Sonja, « De Klëppelkrich », in: Lieux de mémoire au Luxembourg [voir note 4], p. 141-146.
6
12
Terres Rouges
bourgeois dont en particulier Nikolaus Welter
et Batty Weber, la guerre des gourdins apparaît
depuis les années 1990 comme un « lieu de mémoire transnational ». Sonja Kmec précise en
particulier que lors du bicentenaire de 1998, le
« Klëppelkrich » fut commémoré par une représentation théâtrale organisée par l’association
« Éislek ouni Grenzen ».
On aura compris que l’objectif d’une étude
des lieux de mémoire est de montrer que l’identité et la mémoire collectives se redéfinissent
constamment et qu’elles sont largement tributaires de facteurs historiques, politiques et sociaux. Deux approches sont dès lors possibles :
on peut soit s’interroger sur la production et
l’exploitation d’un certain nombre de stéréotypes (le plus souvent par les élites intellectuelles
et politiques), soit étudier le degré d’intériorisation de ces symboles par la population. Comme
dans le volume dirigé par Michel Margue, Sonja
Kmec, Pit Péporté et Benoît Majerus (et pour les
raisons exposées dans l’introduction de ce livre),
nous nous concentrerons ici sur la production
des stéréotypes et des mythes11. Pour ce qui
est de la délimitation chronologique, il va de
soi que le champ d’investigation est nettement
plus restreint que celui d’un lieu comme « de
Kleeschen » : les gisements de fer n’ont été (re)
découverts qu’en 1838, et s’il arrive que des
légendes ou des traditions antérieures à cette
date aient été réinterprétées a posteriori12,
il va de soi que le bassin minier n’a été investi
d’une charge identitaire qu’à la fin du 19e siècle
et avant tout, semble-t-il, dans la première
moitié du 20e. Par ailleurs, les symboles véhiculés par le bassin minier sont nettement moins
variés que ceux associés à d’autres « lieux », au
point que l’on peut se demander s’il est possible
d’étudier la « Minette » à côté de « lieux » nationaux aussi riches que la « Gëlle Fra » ou l’Octave.
11
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Notre propos sera précisément de voir
comment l’exploitation minière est devenue un
objet de fierté nationale13. On verra ainsi que
la tendance à considérer la sidérurgie comme
le fondement de l’indépendance politique était
particulièrement prononcée lors des grandes célébrations de la première moitié du 20e siècle.
Le recueil De Galgebierg publié en 1939 par
Tony Hurst est par exemple présenté de façon
tout à fait explicite comme une contribution à la
célébration du 100e anniversaire de l’indépendance nationale. Sur une linographie d’Albert
Kaiser reproduite dans la réédition de 1957, on
voit même l’inscription « 100 Joer Galgebierg,
100 Joer Wuelstand14 », qui atteste bien la place
de la sidérurgie dans la construction de l’identité nationale : le recueil est en effet consacré à
l’homme qui (re)découvrit les gisements de fer
dans la région d’Esch.
Le cas des « lieux de mémoire » géographiques est particulièrement intéressant
à étudier dans la mesure où, souvent, ils ont
été employés à la fois sur le plan local, régional et national, voire transnational. Comme le
montrent bien les photos proposées par Ed.
Maroldt dans Leit aus Eisen15, les « Minettsdäpp » ont choisi les usines comme symboles
de leurs villes et de leur région. Mais quand,
lors des fêtes du cinquantenaire, les habitants
de Dudelange, Rumelange ou Esch faisaient
défiler les cheminées sur des chars16, les drapeaux et le choix des couleurs conféraient
souvent à ces célébrations un caractère national, comme dans le livre de Hurst. La même
remarque s’impose au sujet des nombreuses
représentations littéraires et picturales du bassin
minier, sur lesquelles sont venus se greffer des
symboles nationaux que l’on a parfois tenté
de mettre en relation avec les autres paysages
régionaux.
KMEC/MARGUE, Les « lieux de mémoire » [voir note 4], p. 8.
12 Voici par exemple ce qu’écrit Nicolas Ries dans Le Beau Pays de Luxembourg, en 1928 : « Les anciennes légendes
13
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15
16
populaires du pays des Terres-Rouges semblent avoir une signification symbolique et prophétique. Les fées de la vieille
forêt du Clair-Chêne y luttent avec les génies du fer, la vierge blanche du Mont St. Jean avec les serpents sortis de leurs
antres souterrains, des charbons ardents se changent en or. Les vierges blanches et les fées ne sont plus, le génie du
fer a abattu les forêts druidiques. Mais de longues files de wagonnets chargés de minerai s’avancent en serpentant des
galeries souterraines vers les usines d’où l’immense brasier des fourneaux fait jaillir le fer et crée la richesse. » Cité
par WILHELM, Frank, « Le bassin minier luxembourgeois vu par des écrivains francophones », tiré à part de la revue
Galerie, 17, no 1, 1999, p. 17 (117).
Certaines idées développées ici ont déjà été exposées dans des publications antérieures. Voir nos contributions à Lieux de
mémoire au Luxembourg [voir note 4] (« D’Musel », « D’Éislek », « De Minett ») ainsi que notre article « ‘Den Zolwerknapp
as kê Parnass’. Le paysage dans la littérature luxembourgeoise », in : CONTER, Claude D. et GOETZINGER, Germaine
(éd.), Identitäts(de)konstruktionen. Neue Studien zur Luxemburgistik, Differdange 2008, p. 33-50.
HURST, Tony, De Galgebierg: [s. l.], 1957, p. 136.
Voir par exemple MAROLDT, Leit aus Eisen, [voir note 2], p. 25.
Ibid.
13
Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Défilé organisé à l’occasion du Cinquantenaire de la ville de Dudelange. Photo de J.-P. Conrardy, Esch-sur-Alzette 2005.
Archives de la Ville de Dudelange, Fonds Jean-Pierre Conrardy.
Le paysage : voilà en effet un concept qui
nous permettra de voir dans quelle mesure le
bassin minier est devenu, au fil du temps, un
« lieu de mémoire » investi d’une charge symbolique. Dans de nombreuses langues européennes, le terme désigne à la fois le paysage
empirique, la « partie de pays », et ses représentations littéraires ou picturales17. Celles-ci ne
sont évidemment jamais neutres et se présentent plutôt comme des écrans sur lesquels viennent se projeter des a priori culturels, les affects
personnels de celui qui peint ou écrit, ainsi que
des idéologies. Dans un important ouvrage de
synthèse, l’historien genevois François Walter
a montré que dès la fin du 19e siècle mais surtout à l’entre-deux-guerres s’est développée
en Europe une tendance très nette à voir dans
le paysage et en particulier dans les différents
paysages régionaux des emblèmes nationaux18.
La relation qui unit dans ce cas un paysage au
pays qu’il est censé représenter est de type métonymique et elle joue un rôle important dans
le domaine de la promotion touristique. Est-il
besoin de rappeler dans ce contexte l’usage que
les Suisses font du Cervin ? Les Luxembourgeois étaient eux aussi conscients de l’effet que
pouvaient produire de tels symboles paysagers,
mais ils semblent avoir mis du temps à se mettre
d’accord sur un emblème susceptible d’attirer
les touristes et de symboliser la cohésion nationale. « Le Luxembourg », affirma le ministre
d’État Paul Eyschen en 1903 lors d’un débat sur
le développement du tourisme et l’importance
des affiches destinées à le promouvoir, « se distingue par un grand nombre de belles choses,
dont aucune cependant ne saurait se mesurer
avec les deux curiosités dont je viens de parler
[les cathédrales de Strasbourg et de Cologne].
Ce sont nos vieux manoirs qui attirent le plus
les étrangers et qui les frappent. Eh bien, ils
17 Voir FRANCESCHI, Catherine, « Du mot paysage et de ses équivalents dans cinq langues européennes », in : COLLOT,
Michel (dir.), Les Enjeux du paysage, Bruxelles 1997, p.75-111.
WALTER, François, Les Figures paysagères de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20e siècle), Paris 2004.
19 EYSCHEN, Paul (Ministre d’État), intervention du 11 février 1903, Compte rendu des séances de la Chambre des députés,
session ordinaire du 4 novembre 1902 au 10 juin 1903, p. 1049, passage cité par Simone WENY dans sa communication
présentée lors du séminaire interdisciplinaire Construction identitaire : art, architecture et patrimoine, organisé à
l’Université du Luxembourg le 10 mars 2006.
18
14
Terres Rouges
sont nombreux, mais il est difficile de choisir
quelques vues qui frappent19. » Le fait que Paul
Eyschen évoque les « vieux manoirs » est tout
à fait révélateur du choix qui était fait tout au
long de la première moitié du 20e siècle. À une
époque où l’on commençait à se préoccuper
du sort des vestiges archéologiques et des sites
mais où le concept même de patrimoine industriel n’existait pas, les hauts-fourneaux n’ont
jamais (ou très rarement) été choisis comme
emblèmes uniques du pays, entre autres parce
qu’ils n’étaient guère susceptibles d’attirer les
touristes étrangers20. La « vue » la plus souvent
retenue dans la publicité touristique était celle
de la ville de Luxembourg, et ce choix était souvent légitimé de façon plus ou moins explicite
par le fait que l’on y voyait une sorte de paysage
miniaturisé, susceptible de représenter le pays
tout entier21. L’écrivain francophile Marcel
Noppeney affirma ainsi en 1937 dans le catalogue de l’exposition universelle que « la ville de
Luxembourg accumule et synthétise les charmes
imprévus et les grâces parfois paradoxales du
pays tout entier, dont elle est la marraine » et il
se dit convaincu que « la variété des paysages,
particulière au pays tout entier, apparaît en réduction dans les aspects de la ville capitale22. »
La variété du paysage est en effet un des
stéréotypes les plus répandus dans la littérature
touristique luxembourgeoise ainsi que dans
un certain nombre d’écrits à caractère officiel.
Dans ce contexte, il faut mentionner le rôle joué
par la première strophe de ce qui est devenu
l’hymne national. Par la présentation en trois
vers successifs des trois principales rivières,
elle symbolise l’unité du pays tout en reflétant
un attachement de type régionaliste. Si, pour
des raisons historiques, le bassin minier en tant
que tel est encore largement absent des chants
patriotiques de la fin du 19e siècle, il occupe
une place de choix dans l’iconographie nationale de la première moitié du 20e et en particulier dans les textes et tableaux produits à l’occasion des grandes expositions universelles. À
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
titre d’exemple, on peut se référer à la fresque
décorant le pavillon luxembourgeois à l’exposition de New York en 1939. Due à Harry Rabinger et Jean Schaack, elle représente de façon
très schématique les trois paysages régionaux
susceptibles de mettre en évidence certains sites
importants du Grand-Duché : le bassin minier,
la ville de Luxembourg et l’Ösling. On retrouve
d’ailleurs cette juxtaposition des emblèmes
respectifs du progrès économique et du passé
médiéval dans de nombreux ouvrages destinés
à la jeunesse datant de la même époque, comme
par exemple dans la revue Morgenglocken, qui
fait précéder sa rubrique « Ons Hémecht » d’un
logo composé d’une aciérie et d’un château en
ruines et qui propose sur sa page de couverture
la même vision synthétique du paysage national. Dans une des nombreuses pièces de théâtre
proposées par la revue, le bassin minier est présenté comme « en Edelstén an der Letzeburger
Kro’n23 ».
Lors des expositions universelles, il arrivait
évidemment aussi que l’on consacre une œuvre
importante à l’une des régions en question afin
de mettre en évidence les atouts du pays tout
entier. On cite régulièrement dans ce contexte
l’exemple de la fresque monumentale intitulée
« Terres rouges » que Rabinger réalisa pour l’exposition universelle de 1937 à Paris. Participant
d’une esthétique expressionniste, elle propose
une vision très personnelle de la ville d’Esch,
complètement dominée par l’usine. Comme
l’a souligné Denis Scuto24, le Luxembourg entendait par là mettre en évidence sa puissance
économique, garante, en quelque sorte, de son
indépendance politique. Par-delà l’effet qu’ils
étaient censés produire – et qu’ils ont peut-être
produit – sur les visiteurs étrangers, les tableaux
de Rabinger ont sans doute aussi influencé la
vision des Luxembourgeois ; peut-être les ontils même incités à percevoir le bassin minier en
tant que paysage. C’est du moins ce qu’a suggéré Nicolas Ries dans un texte consacré aux
œuvres du peintre : « […] il aime passionné‑
20 Voir sur ce point LORANG, Antoinette, « D’Héichiewen », in Lieux de mémoire au Luxembourg [voir note 4], p. 215-220.
21 Sur la ville de Luxembourg, voir THEWES, Guy, « La silhouette de la ville », in Lieux de mémoire au Luxembourg [voir
note 4], p. 253-257.
22 NOPPENEY, Marcel, « Le Tourisme en Luxembourg », in Le Grand-Duché de Luxembourg, publié à l’occasion de
l’exposition universelle et internationale de Bruxelles, Luxembourg : Bruxelles : 1935, p. 139 et p. 141.
TRAUFFLER, Henri, « He’ch ! Du jonge Grossherzog ! », Morgenglocken. Luxemburger Kinderzeitung, 7-8 1939, p. 150.
24
SCUTO, Denis, « Art et révolution industrielle au pays de la terre rouge. Réflexions sur quelques œuvres d’art de la
Collection de la Ville d’Esch-sur-Alzette », in Esch-sur-Alzette. Du village à la ville industrielle. Art et révolution
industrielle au pays de la terre rouge, Esch /Alzette, 1989, p. 72-73.
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Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Fresque de J. Schaack et H. Rabinger décorant le pavillon luxembourgeois à l’Exposition universelle de New York, en
1939. Photo : collection privée
ment les terres rouges et les fonds chaotiques
de notre Bassin minier. Il n’est pas exagéré de
dire que c’est lui qui nous a révélé la beauté
sauvage des vieilles minières abandonnées.
C’est là que l’expressionnisme de son coloris,
l’intensification des contrastes et le paroxysme de
sa vision peuvent s’en donner à cœur joie…25 ».
Dans le domaine de la littérature, l’équivalent d’Harry Rabinger est d’une certaine façon Nikolaus Welter. Cet écrivain et intellectuel
très influent au cours de la première moitié du
20e siècle est l’auteur d’un recueil intitulé Hochofen qui, après sa publication en 1913, a été
repris dans de nombreuses anthologies et abondamment cité : le travail y est glorifié et souvent,
il est mis en relation avec l’indépendance politique du pays :
Sei gegrüßt mir, Land der roten
Erde, Land der Arbeit du!
Wachs mit Schulen und mit Schloten
Einer freiern Zukunft zu!
Zu der Heimat Glück und Glanze,
Fern den Bahnen blut’gen Ruhms,
Krön’ die Stirn dir mit dem Kranze
Eines reinen Menschentums!26
On peut penser que beaucoup de Luxembourgeois voyaient, dans la première moitié du 20e
siècle, le bassin minier à travers une « grille »
weltérienne. C’est en tout cas ce que suggère
Arthur Hary dans un volume consacré à la région : « Man wandert kaum durch’s Erzland
ohne an irgend einen Vers aus Nikolaus Welters
Hochofen zu denken. Weil er wie kein anderer
vor ihm das Erzland mit Seheraugen schaute
und es verstanden hat auch unser Auge einzustellen für die Schönheit dieser Welt27.» Erzland
comprend d’ailleurs une contribution consacrée
exclusivement à Hochofen, où on lit que le recueil de Welter est « ein Kulturdenkmal unserer
Zeit, so wie unsers Landes28.» Surtout, certains
textes de Nikolaus Welter établissent un rapport
tout à fait explicite entre le bassin minier et les
autres régions du pays en insistant sur le fait que
la scorie de Thomas a fertilisé les sols des plateaux de l’Ösling, comparés en l’occurrence à la
Terre promise. Il n’est donc guère étonnant que
les vers en question soient cités dans Jenseits
der Schulmauern de Paul Staar, un inspecteur de
l’école primaire qui, à l’époque de l’entre-deuxguerres, souhaitait réformer l’enseignement et
renforcer l’attachement des enfants à leur pays
(« Heimat ») en multipliant les promenades en
plein air. C’est ainsi qu’il se représente l’instituteur idéal faisant découvrir la géographie
luxembourgeoise à ses élèves:
Die Klasse, die am Feldrain dem Bauer, der
Thomasmehl streut, neugierig zusieht, wirft
25 RIES, Nicolas, « Harry Rabinger ou le coloriste pathétique », Les cahiers luxembourgeois, numéro spécial (6), « L’art des
jeunes », 1927-1928, p. 481-489, ici p. 488.
WELTER, Nikolaus, „An das Land der roten Erde“, in Hochofen, Luxemburg 1916, p. 8.
27 « Zolverknapp », in HARY, Arthur (dir.), Erzland. Das Buch der Geschicke und Geschichte der Minettsgegend,
Luxembourg 1917, p. 33.
28 Ibid., p. 70-75.
26
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Terres Rouges
von dem nahen Bergkegel aus einen Blick nach
Süden, dem Land der roten Erde, und sieht mit
Nikolaus Welter im Geiste, wie „eine Wolke,
gleich der Wolke, die dem Volke Jehovas vorgeschwankt im Wüstenzug, nach Norden ihren
schweren Flug“ nimmt und dort, wo ihr Schoβ
sich auftut, „die Schiefertrift ein Kanaan“
wird und alles grünt und blüht und reift in
Gartenpracht29.
D’autres procédés, moins axés sur la sidérurgie
en tant que telle que sur les habitants, ont été utilisés afin de faire du bassin minier le symbole d’un
certain nombre de valeurs luxembourgeoises.
Si, comme cela était encore le cas au cours de
la première moitié du 20e siècle, l’on fait dépendre l’appartenance nationale de facteurs
climatiques et géographiques, il est tentant de
définir les caractéristiques physiques et psychologiques des habitants par les propriétés géologiques de la région qu’ils habitent. La psychologie des peuples, une tradition importante qui
a joué un rôle non négligeable dans la montée
des nationalismes à la fin du 19e et au début du
20e siècles, a souvent recours à ce procédé30.
De nombreux ouvrages sur le Luxembourg
comprennent une contribution du géologue
Michel Lucius, qui affirme par exemple dans
le Livre du Centenaire que « l’évolution géologique de l’aire qui s’est formée entre les anciens massifs qui sont devenus depuis la France
et l’Allemagne » est comme une « préfiguration
de la vie de la race qui devait habiter plus tard
cette terre31. » Lucius suggère dans le même
contexte que cette terre « prédisposait à l’éclosion d’une âme luxembourgeoise » et que « la
disposition topographique si variée de notre
patrie […] donne la clef de la vie matérielle et
morale d’une race saine avec ses vertus et ses
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
défauts32. » En 1956, dans le Livre du cinquantenaire de la ville d’Esch, il soutient les mêmes
thèses déterministes au sujet du bassin minier33
mais, contrairement à ce que l’on pourrait
attendre, il ne présente guère les Eschois (ni les
« Minettsdäpp » d’une manière générale) comme
des Luxembourgeois exemplaires, alors que ce
procédé a souvent été appliqué aux habitants des
autres régions : le professeur luxembourgeois
Joseph Hess ne qualifie-t-il pas les habitants de
la vallée mosellane de « gesteigerte Luxemburger » en raison de leur ténacité et d’une certaine
joie de vivre qui les caractériserait34 ? Quant aux
paysans de l’Ösling, leur entêtement, leur fidélité et leur esprit conservateur ont souvent été
présentés comme des vertus luxembourgeoises,
que Nicolas Ries attribue essentiellement au
conditionnement géographique. La nature aurait, d’après l’Essai de psychologie, altéré, voire
fait disparaître, une franchise initiale qui serait
restée intacte chez les habitants du bassin minier, grâce à la proximité de la France :
Il est assez intéressant de constater que les
manifestations de notre franchise […] sont
particulièrement énergiques dans les grandes
agglomérations industrielles et ouvrières du
sud-ouest du pays, qui confine à la France. Là,
aucune trace d’hypocrisie, ni dans les sentiments ni dans les relations quotidiennes. Dans
ce coin de terre, l’esprit de critique et de libre
examen semble être né au contact du vent de
liberté et de l’égalité soufflant de la France.
C’est là aussi que les doctrines socialistes, rompant en visière aux mensonges et aux privilèges
injustes, ont trouvé leurs chefs autorisés et leurs
adeptes les plus fervents.
Ailleurs, les circonstances, et l’influence du
milieu ont empêché l’esprit de franchise de se
29 STAAR, Paul, Jenseits der Schulmauern. Ein Buch verwegener Schulmeistergedanken um Wandern, Schauen und
Verstehen im heimatlichen Lebensraum, Saarlouis 1935, p. 140.
30 WALTER, François, Les Figures paysagères de la nation [voir note 12], p. 109-113.
31 LUCIUS, Michel, « La terre luxembourgeoise », in Le Luxembourg. Livre du Centenaire, édité sous les auspices du
gouvernement grand-ducal, Luxembourg 1948, p. 507-563, p. 510.
32 Ibid., p. 509 et 510.
33 « L’histoire géologique d’une région bien délimitée par les particularités de son sous-sol est l’histoire raisonnée et
explicative de la communauté humaine qui y a pris racine. La dépendance à la fois matérielle et morale de l’homme
de la configuration morphologique et des particularités chimiques et structurelles du sous-sol est naturelle et logique.
L’évolution historique de l’humanité en général aussi bien que celle d’une communauté plus restreinte, mais caractérisée
par un patrimoine matériel et spirituel distinctif, est en dernier lieu fonction de l’évolution géologique qui a formé l’espace
dans lequel l’homme est contraint de chercher tout ce qui est nécessaire pour le développement de la vie, de la civilisation
et du progrès. » LUCIUS, Michel, « La géologie de la région d’Esch », in Livre du cinquantenaire d’Esch, Esch /Alzette,
1956, p. 61.
34
HESS, JOSEPH, « Volkskundliches von der Mosel », in 25e anniversaire de la Fédération viticole du Luxembourg, 19121937, Luxembourg 1938, p. 45, passage cité également dans COLBACH, Joseph, Eis Musel. La rivière, le vin, les gens
(photos de Rob KIEFFER), Luxembourg 1998.
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Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
déclarer avec la même intensité. Dans les montagnes sauvages des Ardennes, où la nature
ingrate n’accorde aux habitants ses faveurs
précaires qu’au prix d’un labeur opiniâtre et de
ruses incessantes, la franchise initiale a tourné
en opiniâtreté et en ruse. Ces deux qualités,
l’entêtement et la ruse, que, d’ailleurs, ils partagent en partie avec les riverains de la Moselle
et avec la plupart des montagnards, sont devenues proverbiales dans le pays35.
Si les habitants du bassin minier n’ont guère
été présentés comme des Luxembourgeois « accomplis », c’est peut-être en partie parce qu’il
s’agit d’une région de forte immigration : ceci
rendait plus difficile l’application des lois de la
traditionnelle psychologie des peuples. On sait
aussi qu’à la période qui nous intéresse tout
particulièrement – l’entre-deux-guerres – une
certaine élite, influente et engagée de façon plus
ou moins directe dans la construction de la mémoire collective, avait tendance à valoriser avant
tout le monde paysan et à en faire l’emblème
des valeurs luxembourgeoises : des revues
comme Landwûol, publiée par l’« Association
luxembourgeoise pour le retour à la terre »
(« Verein für ländliche Wohlfahrts- und Heimatpflege ») sont particulièrement représentatives
de cette vision du passé et de la nation36. Les
adeptes du « retour à la terre » et la bourgeoisie
voyaient évidemment aussi d’un mauvais œil
l’essor du syndicalisme et des idées socialistes,
inséparable du bassin minier. Dans les romans
de Jean-Pierre Erpelding, les ouvriers et les mineurs sont le plus souvent présentés comme des
éléments dangereux dans la mesure où ils sont
favorables au socialisme. Il s’agit d’ailleurs fréquemment de paysans ruinés, pauvres ou incapables de gérer leur patrimoine, c’est-à-dire de
personnages qu’Erpelding exclut de l’univers
qu’il construit dans ses romans paysans.
Toutefois, même dans certains de ces romans, le bassin minier est associé à une valeur
très prisée dans la société de l’époque et parfois considérée comme une caractéristique de
35
36
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toute la population luxembourgeoise : le travail.
Dans Auf der Wasserscheide, l’écrivain Jacques
Kintzelé présente ainsi la fumée des usines
comme « das Wahrzeichen der Heimat » à cause
du rapport étroit qu’elle entretient avec le travail37. En 1917, Arthur Hary propose dans son
livre sur le bassin minier un texte intitulé « Unser Minettsbassin, ein Erzieher zur Arbeit38. »
Le thème apparaît aussi dans un texte de Marcel
Reuland publié en 1956 dans le Livre du
Cinquantenaire de la ville d’Esch-sur-Alzette,
où, comme souvent, le travail est lié à la prospérité dont bénéficie le pays tout entier :
An denge Gaasse wunnt de Fläiss,
den aus den Uewe, gliddeg wäiss,
e Feierbiirche sprangen dèt,
dé blénkegt Gold duurch d’Lännche sprèt39.
Dans le même ouvrage, on considérera aussi
l’introduction du député-maire Antoine Krier :
Le passé de la ville d’Esch répond surtout au
rythme essentiel de la vie : le travail quotidien.
C’est lui qui est à la base de ces 50 dernières
années d’efforts inlassables voués à l’édification
de cette cité salubre et hygiénique, débordante
d’activités et grouillante de vie intense […].
Nulle part ailleurs que dans cette capitale du
labeur ne se trouve réalisée aussi parfaitement
la tendance qui considère le travail comme facteur primordial, créateur de toutes les valeurs,
et qui essaie de faire abstraction des droits de
naissance et de l’argent40.
Comme le suggère le texte d’Antoine Krier, les
habitants se sont reconnus dans les descriptions
du bassin minier qui soulignaient la place essentielle qu’y occupe le travail. En revanche, il
semble bien qu’ils aient refusé du moins en partie l’image réductrice de leur région, associée
exclusivement à l’industrie lourde. Il est vrai
que la volonté d’attirer quelques randonneurs
n’y est sans doute pas étrangère, mais ce passage publié en 1962 dans une brochure est tout
à fait révélateur de la volonté de lutter contre
RIES, Nicolas, Le Peuple luxembourgeois. Essai de psychologie, Diekirch 1920, p. 243-244. (1e édition: 1911).
Sur le périodique et l’association, voir BLAU, Lucien, Histoire de l’extrême-droite au Grand-Duché de Luxembourg,
Esch/Alzette 1998, p. 344-350.
KINTZELÉ, Jacques, Auf der Wasserscheide. Ein Roman von der Luxemburger Erde, Grevenmacher [s.d.], 2e édition, p. 102.
Texte signé J. B. dans Erzland. Das Buch der Geschicke und Geschichte der Minettsgegend [voir note 19], p. 68-70.
REULAND, Marcel, « Festkantus fir de Cinquantenaire vun der Staadt Esch », in Livre du cinquantenaire de la ville
d’Esch-sur-Alzette [voir note 25], p. 14-16, ici, p. 16.
Ibid., p. 10-11.
Terres Rouges
certains stéréotypes et de mettre le bassin minier dans une lumière favorable :
Cette ville bien connue comme première cité
du fer du Grand-Duché est loin de se présenter
dans la tenue malpropre et triste qu’on rencontre
ordinairement dans les cités industrielles, dont
l’atmosphère est enfumée et grisâtre. Ici ce sont
de riches prairies et des champs fertiles qui
entourent la ville d’Esch… Les visiteurs sont
étonnés de trouver une ville ouvrière coquette à
l’allure quelque peu patricienne. Les crassiers
sont reculés à la périphérie de la ville. On n’y
trouve ni l’air noirâtre d’un pays charbonnier,
ni l’ambiance grisâtre des chantiers et des
hauts-fourneaux. Le vert émeraude des mélèzes
et le reflet rutilant de la minette donnent un
coloris séduisant aux hauteurs qui dominent la
ville du Sud-Ouest41.
L’insistance sur les beautés paysagères du bassin minier reste également présente dans un
certain nombre de publications plus récentes,
comme par exemple Minette. À ciel ouvert (éditions Schortgen, 2005), où l’accent est toutefois
mis en particulier sur l’importante métamorphose qu’a connue la région.
C’est cette métamorphose aussi qui explique sans doute la place importante que le bassin minier occupe dans la littérature luxembourgeoise plus récente, voire contemporaine : la région d’Esch (et la ville de Luxembourg) y sont
beaucoup plus présentes que la vallée mosellane,
l’Ösling et la région de Mersch, pourtant très
bien représentés dans les textes antérieurs à la
crise sidérurgique. Dans certaines publications
s’affiche clairement l’intention de rendre hommage aux ouvriers et aux mineurs, à une époque
où de moins en moins de jeunes connaissent
leurs conditions de travail. Souvent, il s’agit
accessoirement ou même essentiellement de
célébrer la mémoire de syndicalistes ou de défenseurs de la cause ouvrière. On songe en particulier à une pièce de théâtre comme Um Block
de Fernand Barnich, qui a été créée au théâtre
municipal d’Esch le 10 janvier 1976 et publiée
par le « Volksbildungsverein » de Differdange
en 1977. Se déroulant entre 1907 et 1935 à Rumelange, elle raconte l’histoire de Jean-Pierre
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Bausch qui, le 7 février 1935, fit un discours à la
Chambre des députés pour plaider la cause des
mineurs et mettre en évidence la misère de la
condition ouvrière. Que la gauche ait tout particulièrement encouragé de telles initiatives, en
particulier à une époque où beaucoup de mines
furent fermées, la brochure éditée à l’occasion
de la représentation d’Um Block à Lasauvage
en témoigne. Elle contient en effet des contributions de plusieurs syndicalistes (Mars di Bartolomeo et Léon Claus de l’OGB-L) ainsi qu’une
préface du maire Nick Eickmann (POSL),
qui affirme la nécessité de rendre hommage à
Bausch au moment où la mine de Lasauvage
n’est plus :
[…] Et woar eng gudd Iddi, dem Fernand Barnich säin Theaterstéck „Um Block“ ausgerechnet zu Lasauvage opzeféieren.
Lasauvage, wat nëmme Biergbau woar, mat allen Traditiounen déi derzou gehéieren, Lasauvage, wat 1979 op eng drastesch Manéier huet
missen erliewen, wéi séng Galerien, d’Oarbechtsplaz vun séngen Awunner, vun haut op
moar zougemaach si gin. D’Biergleit hun deemols d’Welt nët méi verstanen.
De „Block“ gët ëmmer méi nëmmen nach Geschicht. Et gët der ëmmer manner, déi e matgemaach hun. Eis Kanner kënnen sech d’Galeriesoarbecht nët méi viirstellen. […]
Et get dofir Zäit, dass dene Männer, awer och
all denen, déi fir de Räichtum am Land hiirt
Liewen hu misse loossen, e literarescht, mä och
en historescht Monument gesat gët42.
À la même époque, d’autres auteurs font allusion aux dures conditions de vie qu’ont connues
les mineurs et les ouvriers. C’est entre autres le
cas de Nico Helminger, qui, dans « landschaft
mit seilbahn », renonce toutefois à présenter les
ouvriers comme les constructeurs de l’indépendance nationale :
1.
andere denken : wintersport
ich habe grubenarbeiter gespielt
krater in die wiese gegraben
über mir schwebten
in regelmässigen abständen
die erzbrocken43.
41 « Le Tourisme et le Bassin minier », in Grand Bal organisé à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de SAR
Monsieur le Prince de Luxembourg, 29 septembre 1962 (amicale de la gendarmerie), p. 45.
42 EICKMANN, Nic, préface, in Um Block. Stéck aus dem Minett vum Fernand Barnich, brochure éditée par le comité
d’organisation „Um Block“, 1990, p. 5.
43 HELMINGER, Nico, landschaft mit seilbahn, Echternach; Luxembourg 1986, p. 9.
19
Terres Rouges
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
Si, d’une manière générale, on continue à rendre
hommage aux mineurs et aux ouvriers du bassin
minier, l’existence même des « Minettsdäpp »
est mise en question dans un certain nombre de
textes écrits suite à la fermeture de la dernière
mine luxembourgeoise. Dans sa postface à un
album de photographies de Jean Back, Mars
Klein n’ironise pas seulement sur les efforts de
patrimonialisation qui furent déployés dès cette
époque, mais il affirme aussi que les habitants
du bassin minier ne se distinguent plus des
autres Luxembourgeois :
Es gibt unterschiedliche Arten der Rekonversion einer Gegend.
In Lothringen ist in den Hallen einer Schmelz
ein Freizeitparadies eingerichtet.
In Amerika ist ein erstes komplettes Hochofenund Stahlwerk als historisches Museum funktionstüchtig erhalten.
Wir tun bescheidener: Bauen um das letzte
„klassische“ Bergarbeiterbistro in Fond de
Gras Ausstellungshallen für gerettete Fossilien
aus dem industriellen Maschinenpark, lassen
das Denkmalschutzamt Lasauvager Reihensiedlungen zu Bonbonnièren verputzen und speichern Tonbanderinnerungen von pensionierten
Bergleuten.
Wollen wir uns wachkneifen! Noch wird bei uns
aus (importiertem) Erz Eisen gewonnen und daraus Stahl gebraut.
Immer noch produziert die Schmelz ihre unverkennbaren Geräusche, Gerüche, Farben,
Staubemissionen.
Und immer noch geht der Minettsdapp davon
aus, dass es den Minettsdapp gibt. Auch wenn
die internationale Fernsehkultur aus ihm längst
einen gesamtwesteuropäischen Kleinbürger fabriziert hat44.
Cette distance ironique n’est pas rare dans
d’autres textes relatifs au bassin minier. Dans
Eisefrësser, une pièce qui a été montée par le
théâtre d’Esch en collaboration avec l’association « Minettsdapp – Kultur am Süden », on
voit un habitant du bassin minier qui se propose
de dévorer cinquante kilos d’acier luxembourgeois afin d’établir un record. La description de
ce métal, assurée par un « animateur », constitue un véritable catalogue de stéréotypes, dont
Rewenig met en évidence le caractère ridicule :
50 Kilo renge Lëtzebuerger Stol, a Batz Eise wéi
aus dem Billerbuch, eng Klatz gedréint aus dem
Häerz vum Minettsbuedem. Geréischtert an der
Flam vum Héichuewen, an d’Form gepresst
vun enger Schinn duerch fläisseg Oarbéchtsleit,
die keemol hun nët Tréin nët Schweess bereit,
an daper wudd’ren an der Stoolwierkglous, an
d’Eisen zéien aus dem Minettsschouss, fir datt
eis Heemecht wiist a blitt, wann d’Quonkefeier
an den Himmel flitt45.
Dans d’autres textes, le thème de la mémoire
est ouvertement abordé – de façon plus explicite encore que dans Eisefrësser – ou s’avère
même être le sujet central. La dernière section
du poème « landschaft mit seilbahn » est assez
représentative de cette tendance :
aus dem gras
wachsen schienen heraus
wenn du dir mühe gibst
kannst du sogar die hochöfen sehen
an den kabeln klebt moos
die kipploren rosten
die seilbahn ist stillgelegt
die grube ist stillgelegt
nicht die erinnerung
nicht die geschichte46
Mais c’est peut-être dans Miss Minett que l’on
trouve la réflexion la plus explicite sur la mémoire et sur l’importance de la préserver à une
époque où la fin de la sidérurgie luxembourgeoise semble proche. Nico Helminger fait ainsi
dire à l’un de ses personnages qu’une fanfare
de mineurs sans mineurs est un anachronisme
et il met dans la bouche d’un ancien ouvrier de
l’ARBED le discours suivant :
ouni déi vergaangenheet wäärs du nët wat s de
bas. ech erzielen dervun sou laang ech liewen.
44 KLEIN, Mars, postface, in BACK, Jean, Photographies 1983 à 1987. Lieux et portraits au bassin-minier, [s. l.] : [s. n.],
1989, section 5 de la postface (pages non paginées).
45 REWENIG, Guy, Eisefrësser, Echternach 1994, p. 8.
46 HELMINGER, Nico, landschaft mit seilbahn [voir note 35], p. 10.
20
Terres Rouges
alles gët nët vergiess, dat soen ech der! d’héichiewen sprengen se ewech an d’kamäiner, fënnefanzwanzeg kilo dinnamitt a fort mat der
vergaangenheet. déi schlëmm erënnerung gët
endlech dem buedem gläich gemaach. […].
d’spezialiste komme mam sprengstoff a blosen
all erënnerung an de wand! zu lonkéch wollt
deen zweeten héichuewen nët falen; mateneen
sollten déi zwee an d’gette goen, awer deen een
huet sech gewiirt, an d’spezialisten hun nach
eng sendung musse bäigin, verstees de, well
d’erënnerung sech gewiert huet47.
On peut se demander si le bassin minier ne doit
pas sa popularité dans le domaine artistique
contemporain à la mutation qu’il a connue,
ainsi qu’à tout ce qui le distingue de ces « lieux
de mémoire » classiques que sont la vallée
mosellane et l’Ösling. À l’entre-deux-guerres
et même encore dans les années 1950, et notamment grâce à un certain nombre de textes
patriotiques, ces régions devaient leur force
symbolique à la métonymie qui permettait
d’associer la terre à ceux qui la cultivaient et
« De Minett » comme « lieu de mémoire »
qui y étaient nés. Or, très critiques à l’égard de
certains aspects de la société luxembourgeoise,
des écrivains comme Guy Rewenig ou Nico
Helminger (et d’ailleurs Roger Manderscheid)
comptent précisément s’attaquer à cette vision
idyllique du pays, rompre avec la tradition du
« Heimatroman » dans laquelle s’inscrivent les
romans d’Erpelding. D’où sans doute leur attachement à une région souvent mise en relation
avec les idées progressistes, la culture alternative et le changement, et en ce sens diamétralement opposée aux campagnes servant de toile
de fond à certains textes antérieurs. Par ailleurs,
à une époque où l’interculturalité est de plus
en plus valorisée par les médias, le brassage
culturel fascine, et il est volontiers présenté
comme une caractéristique essentielle du pays
tout entier. Cela explique sans doute en partie le
rôle joué par le bassin minier dans la mémoire
collective. Quant aux friches industrielles, elles
sont par excellence des « non-lieux » qui, on
le sait, apparaissent comme des expressions
particulièrement nettes de ce qu’on a appelé la
« surmodernité48. »
47 HELMINGER, Nico, Miss Minett, Echternach 1993, p. 33.
48 Voir Marc AUGE, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris 1992.
21
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Montanarchäologie in Luxemburg –
Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Michael Overbeck
Le Luxembourg est un don du fer, comme
l’Egypte est un don du Nil. Diesen ebenso eindrucksvollen wie häufig zitierten Vergleich stellte
der ehemalige Luxemburger Börsenpräsident
und Handelskammerdirektor Carlo Hemmer
in den 1950er Jahren an und veranschaulichte
damit den Zusammenhang zwischen der Entwicklung der modernen Eisenindustrie und dem
rasanten Wandel des einstigen Agrarlandes zur
Industrienation.
Der wirtschaftliche Aufstieg Luxemburgs,
das zu Beginn des 20. Jahrhunderts sogar zu den
zehn größten globalen Stahlproduzenten zählte,
nahm seinen Ausgang, als das Land 1842 dem
Deutschen Zollverein beitrat und Norbert
Metz im Jahr 1879 ein Patent auf das basische
Thomas-Verfahren erwarb. Von nun an war es
möglich, die phosphorreichen und vergleichsweise eisenarmen Erze (Minette) des Landes
effizient im Hochofenverfahren zu nutzen. Bis
in die 1970er Jahre war die Schwerindustrie der
bedeutendste Wirtschaftszweig des Großherzogtums und auch heute noch sind die Spuren
der ehemals prosperierenden Stahlindustrie vor
allem im südwestlichen Teil des Landes nahezu
allgegenwärtig. Zahlreiche schützenswerte Industriedenkmäler tragen wesentlich zur Unverwechselbarkeit dieser durch Eisen und Stahl
nachhaltig geprägten Kulturlandschaft bei.
In der öffentlichen Wahrnehmung ist Luxemburg vor allem für seine Eisenindustrie bekannt und seit 2007 Firmensitz des weltgrößten
transnationalen Stahlkonzerns ArcelorMittal.
Als weithin sichtbares Erbe einer inzwischen
längst vergangenen Epoche sollen derzeit die
still­gelegten Hochöfen des Hüttenwerkes bei
Belval als Sachzeugen der Industrieentwicklung zum Wahrzeichen eines nationalen Zentrums für Industriekultur (Centre National de la
Culture Industrielle – CNCI) im sogenannten
„Ruhrgebiet Luxemburgs“ werden.
Die Geschichte dieser traditionsreichen
Eisenlandschaft beginnt jedoch bereits viele
Jahrhunderte vor der Einführung des ThomasVerfahrens und somit lange vor Beginn der
Industrialisierung. Gestützt auf die reichen
Erzvorkommen wird in Luxemburg bereits seit
mehr als 2000 Jahren Eisen (bzw. Stahl) in verschiedenen spezialisierten Verfahren produziert
und verarbeitet. Weil die Kenntnis der Metallproduktion und -verarbeitung sowie deren Entwicklung als integraler Bestandteil allgemeiner
Kulturgeschichte zu verstehen ist, beschäftigt
sich die Montanarchäologie mit diesen quellenarmen Zeitabschnitten, für die in der Regel kaum
schriftliche Quellen oder bildliche Zeugnisse zur
Verfügung stehen oder sogar gänzlich fehlen.
Im Mittelpunkt dieser spezialisierten
Fachrichtung steht das Montan- und Hütten­
wesen. Dabei ist die Montanarchäologie nicht
an spezielle geografische Regionen oder Zeitabschnitte gebunden. Forschungsgegenstand
sind sowohl Spuren der mineralischen Rohstoff­
gewinnung in Form von Bergbau­arbeiten als
auch Hinterlassenschaften der Aufbereitung und
Verhüttung von Metallerzen sowie der daran
anschließenden Weiterverarbeitung produzierter Metalle. Die Montanarchäologie versucht
extraktive Prozesse (Bergbau) archäologisch
relevanter Metallerze (z. B. Eisenerze) sowie
deren Aufbereitung und Verarbeitung im Rahmen chemisch-physikalischer Hochtem­pera­­tur
prozesse (Verhüttung) zu rekonstruieren, um
auf diese Weise den Weg von der Lagerstätte
zum Fertig- bzw. Handelsprodukt nachzuzeichnen. Dabei beschränkt sich die Forschung
jedoch nicht auf die Rekonstruktion spezifischer
Abbaumethoden und Herstellungsprozesse,
sondern schließt verstärkt weiterführende Fragestellungen nach Organisationsstruktur, Techniktransfer, Umwelteinflüssen, Handel und Güter­
austausch ein. Indem die Montanarchäolog­ie
Fragen nach der kulturellen Bedeutung der
Metalle sowie der zugehörigen Verarbei-­
tungs­prozesse in den jeweiligen Gesellschaften, Regio­nen und Epochen behandelt und
darüber hinaus bemüht ist, diese in ihrem
kulturellen, sozialen und wirtschaftlichen
Umfeld zu verstehen,­ ist sie in der Lage,
einen bedeutenden Beitrag zur Kultur-,
Sozial-, und Wirtschaftsgeschichte der jeweiligen Forschungsregionen zu leisten.
23
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Montanarchäologische Forschung ist inter­
disziplinäre Forschung. Die Archäologie ist mit
ihren spezifischen Arbeitsmethoden ­alleine nicht
in der Lage, sämtliche Fragen zu beant­worten,
die bei der Erschließung monta­nistischer Boden­
denkmäler und Funde im Sinne einer umfassenden und nachhaltigen Unter­suchung gestellt
werden müssen. Aus diesem Grunde ist vor allem die intensive Vernetzung und Kooperation
mit wissenschaftlichen Nachbardis­ziplinen ein
charakteristisches Merkmal montanarchäologischer Forschungsprojekte (siehe Abb. 01).
Jeder Verfahrensschritt vom Erz zum Metall produziert charakteristische Rückstände und Bodenverfärbungen, die unter günstigen Be­dingungen sämtlich archäologisch fassbar sind. Als
Feldwissenschaft bedient sich die Montanarchäologie daher einer Kombination von archä­ologischen und geologischen Methoden, die durch
moderne analytische Verfahren, z. B. aus dem
Bereich der Werkstoffkunde, ergänzt werden.
Ein zentraler Bestandteil der Gelände­arbeit besteht in der Sammlung von aussagekräftigem
Probenmaterial. So liefern zum Beispiel geologische Untersuchungen Anhaltspunkte zur Auffindung der ehemals genutzten Lager­stätten.
Chemische, mineralogische sowie metallo­
grafische Analysen von u. a. Schlacken und Metall ermöglichen die Rekonstruktion technischer
Prozesse und beantworten Fragen bezüglich
der produzierten Metallqualitäten. Material-
ana­lysen ermöglichen darüber hinaus einen
Einblick in die Fertigungstechniken bis hin zur
Dokumentation individueller Fertigkeiten einzelner Handwerker. Erzprovenienzen können
gegebenenfalls mittels Spurenelement­analysen
nachgewiesen werden und lassen Rückschlüsse
auf Transportwege sowohl der Rohstoffe als
auch der Fertigprodukte zu. Aussagen zur
Brennstoffversorgung und Umwelt sind anhand
von Holzkohlen und Pollenprofilen möglich.
Schließlich gestattet die Geschichtsforschung
durch das Studium überlieferter Urkunden und
Quellen die Einordnung der Funde und Befunde in
einen historischen bzw. wirtschafts­historischen
Gesamtzusammenhang.
Seit mehr als 20 Jahren werden auch an der
Westfälischen Wilhelms-Universität Münster,
Abteilung für Ur- und Frühgeschichtliche
Archä­ologie, interdisziplinär angelegte montanarchäologische Untersuchungen zur Geschichte des Eisens durchgeführt. Neben der
Frage nach der Organisation mittelalterlicher
Eisenlandschaften sollte vor allem die technologische Entwicklung vom Rennofen zum
Hochofen durch die Erschließung neuer Sachquellen beleuchtet werden1. Als Fortsetzung
dieses etablierten Forschungsschwerpunktes
wurde im Jahr 2002 ein internationales Pilot­projekt in Kooperation der Westfälischen
Wilhelms-Universität Münster mit dem Musée
National d´Histoire et d´Art und dem Musée
Abb.1: Die Montanarchäologie und ihre wissenschaftlichen Nachbardisziplinen.
1 Siehe dazu die Auswahl an weiterführender Literatur am Ende dieses Beitrags.
24
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Rural et des Calèches Peppange ins Leben
gerufen2. In einem Verbund mit zwei weiteren deutschen Hochschulen sollte eine
hoch- bis spätmittel­alterliche Eisenhütte des
13./14. Jahrhunderts im äußersten Süden
Luxemburgs mit Hilfe naturwissenschaftlicher Analyseverfahren und unter Berücksichtigung geologischer, ökolo­gischer sowie
territorialgeschichtlicher Rahmenbe­dingungen
umfassend untersucht werden3. An der FundDie Eisenhütte
aus dem Genoeserbusch
13./14. Jahrhundert
stelle im Genoeserbusch bei Peppange
(Kanton Esch-sur-Alzette, Gemeinde Roeser)
haben Prospektionen (Geländebegehung, Sondage­grabung, geomagnetische Vermessung) im
Vorfeld der verschiedenen Grabungs­­kampagnen
der Jahre 2003 bis 2005 gezeigt, dass sich auf dieser mittelalterlichen Eisenhütte verfahrenstechnisch unterschiedliche Prozesse überlagerten. Sie
konnten sowohl verschiedenen Arbeitsschritten derselben metalltechnologischen EntwickOfen
Schmiedeherd
Erz
Schlacke
Abb.2: Genoeserbusch. Das gesamte Hüttenareal war klar strukturiert. Im Zentrum wurden Öfen, Ausheiz- bzw.
Schmiedeherde und Rohstofflager so angeordnet, dass die einzelnen Produktionsschritte möglichst effektiv ausgeführt
werden konnten. Das Abfallprodukt der Verhüttung - die Schlacke - deponierten die Arbeiter hingegen auf vier Halden im
Randbereich der Eisenhütte (Maßstab im Bild 1 m).
2 Der Autor dankt an dieser Stelle der Fondation Bassin Minier, die nicht nur diese Publikation in ihre neue Schriftenreihe
aufnahm, sondern auch das montanarchäologische Forschungsprojekt im Genoeserbusch finanziell förderte.
3 Projektpartner waren das Labor für Mikrosondentechnologie am Geowissenschaftlichen Zentrum (GZG) der
Georg-August-Universität zu Göttingen (Dr. A. Kronz) und die Arbeitsgruppe für Historische Geobotanik am Ökologie
Zentrum der Christian-Albrechts-Universität zu Kiel (Prof. Dr. O. Nelle). Der Diplom-Biologe H. Chr. Küchelmann
bestimmte darüber hinaus die Knochenfunde aus dem Genoeserbusch und der Archäologe Th. Schiermeyer M.A.
bearbeitete die Keramikfunde der Eisenhütte. Die geophysikalische Vermessung vor Beginn der Ausgrabungen führte M.
Posselt M.A., Firma PZP – Posselt und Zickgraf Prospektionen, durch.
25
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
lungsstufe als auch verschiedenen Stufen einer
sich weiterentwickelnden Eisenmetallurgie zugeordnet werden. Durch die interdisziplinäre
Zusammenarbeit zwischen Archäologie, Geochemie, Mineralogie, Botanik und Geophysik ließ sich eine breit angelegte Datenbasis
erarbeiten, die anschaulich verdeutlicht, wie
eng technologische Entwicklung, Ressourcen­
nutzung und sozioökonomische Bedürfnisse im
Mittelalter miteinander verknüpft waren.
Im Zentrum des etwa 360 m2 großen
zentralen Hüttenareals ließen sich die Überreste
von sechs unterschiedlich gut erhaltenen Befun-
den nachweisen, die mit der Eisenproduktion zu
verbinden sind. Der größte und wahrscheinlich
jüngste Ofen aus dem Genoeserbusch (Ofen 1)
hatte einen äußeren Gesamtdurchmesser von
max. 210 cm und war ursprünglich etwa 150-200
cm hoch (siehe Abb.4).
Pfostengruben deuten da­rauf hin, dass einfache Anbauten aus Buchen­­holz den Ofen in
gewissem Umfang vor der Wit­terung schützten. Eine steinverstärkte Ofenbasis verlieh
dem gesamten Aufbau – der ausschließlich
aus Lehm bestand – die nötige Stabilität und
isolierte zusätzlich den unteren Teil des Ofens,
Abb.3: Genoeserbusch. Um neue Erkenntnisse über die älteste Eisenindustrie Luxemburgs
gewinnen zu können, sind auch kleinste Reste und Abfälle des mittelalterlichen
Produktionsprozesses von Interesse. Entsprechend sorgsam musste bei den archäologischen
Ausgrabungen vorgegangen werden.
26
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
in dem sich der hauptsächliche Reduktionsprozess vollzog. Sauerstoff wurde durch eine
einzige eiserne Windform in das Ofeninnere geblasen (siehe Abb.5)4. Die Nutzung der Wasser­
kraft zum Antrieb der wahrscheinlich paarig
ange­brachten Blasebälge ist aufgrund der topografischen Lage des Fundplatz (288-292 m ü.
NN) sicher auszuschließen.
In der zweiten Hälfte des 13. Jahrhunderts wurden im Genoeserbusch nach­einander
unterschiedliche Ofentypen betrieben. Anhand
der spezifischen Bauweisen der mehr oder
weniger gut erhaltenen Befunde lässt sich eine
Entwicklung in der mittelalterlichen Ofenbauund Verhüttungstechnik der Region aufzeigen.
Das produzierte Eisen wurde in weiteren Verarbeitungsschritten zunächst vor Ort gereinigt
(sog. Ausheizen) und danach ausgeschmiedet.
Zunächst musste jedoch das aufgegebene Erz
in den Verhüttungsöfen zu metallischem Eisen
reduziert sowie Metall und Schlacke erfolgreich voneinander getrennt werden. Zusätzlich
waren der Kohlenstoff- und der Phosphor­
gehalt des Metalls zu steuern. Ein erfolg­
reicher Verhüttungsprozess konnte jedoch nur
dann gewährleistet sein, wenn alle physiko-­
chemischen Vorgänge im Innern der Öfen opti­
mal aufeinander abgestimmt waren. Sicher
kannten die mittelalterlichen Hüttenleute noch
nicht die chemischen und physikalischen
Zusammen­hänge, die bei der Eisenverhüttung
von Bedeutung sind. Dafür besaßen sie aber ein
großes Erfahrungs­wissen und waren mit den
lokal verfügbaren Rohstoffen ebenso vertraut
wie mit den Verhüttung­söfen, die sie mit Erfolg betrieben. Einen eindrucksvollen Beleg
dafür lieferte die einheitliche Pauschalchemie
der Schlacken. Demnach blieben nicht nur die
genutzten Rohstoffquellen, sondern auch die
Prozessparameter während der Betriebsdauer
der Eisenhütte weitestgehend konstant.
Erst nachdem die Verhüttungsöfen über
mehrere Stunden durch den Abbrand von Holz
oder Reisig vorgewärmt wurden und der zum
Ofenbau verwendete Lehm keinerlei Feuchtigkeit mehr enthielt, konnte mit der Beschickung
begonnen werden. Dazu wurde der Ofen durch
die sogenannte Gichtöffnung am oberen Ende
des Schachtes mit wechselnden Lagen aus
Holzkohle und gepochtem, angereichertem Erz
in einem festgelegten Mengenverhältnis befüllt.
Um die Eisenoxide im Erz in metallisches
Eisen umwandeln zu können, musste die Eisen-­
Sauerstoffverbindung im Erz gelöst werden.
Dazu war es notwendig, dem System über ein
künstliches Gebläse und den Abbrand von Holzkohle Energie in Form von Wärme zuzuführen.
Die in den Ofen aufgegebenen Erze wurden
schließlich stufenweise zu metallischem Eisen
reduziert. Aufsteigende Hitze im Ofenschacht
erwärmte die Erze, die durch das Abbrennen der
Holzkohle immer tiefer im Ofenschacht hinab­
sanken und so allmählich in den Bereich mit
den höchsten Temperaturen unmittelbar vor der
Abb.4: Genoeserbusch. Blick auf zwei Ofenruinen im
zentralen Hüttenbereich. Unmittelbar neben einem
kleinen Rennofen (Ofen 2) wurde nach dessen Stilllegung
ein deutlich größerer Verhüttungsofen (Ofen 1) errichtet
(Maßstab im Bild 1 m).
Abb.5: Genoeserbusch. Die eiserne Windform ist als
archäologischer Fund bisher einzigartig in der Großregion
Luxemburg/Lothringen. Schriftquellen belegen allerdings
für das Jahr 1391 dass an einer „forge“ bei Champigneulles
(Lothringen) „(...) une thoveire de fert“ in Gebrauch war
(Maßstab im Bild 20 cm).
4 OVERBECK, Michael, Eine schmiedeeiserne Windform des 13./14. Jahrhunderts aus dem Genoeserbusch bei Peppange,
Luxemburg. In: Durch die Zeiten..., Festschrift für Albrecht Jockenhövel zum 65. Geburtstag (Studia honoraria, Bd. 28).
Rhaden / Westf. 2008, S. 435-446.
27
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Abb.6: Genoeserbusch. Im zentralen Hüttenbereich wurden verschiedene Erzsorten gefunden (Auswahl). Der Eisengehalt
wurde auf wasserfreier Basis und Fetot als FeO berechnet. A.: 36,60 % Fe2O3; B.: 74,10 % Fe2O3; C.: 82 % Fe2O3.
Einblasöffnung bzw. Windform oberhalb der
Ofenbasis gelangten. Bereits im Ofenschacht
wurden die Eisenoxide des Erzes durch die
aufsteigenden, heißen Reduktionsgase noch im
festen Zustand vorreduziert. Lediglich geringe
Mengen des vorreduzierten Erzes wurden dabei
bereits in dieser Phase direkt zu metallischem
Eisen weiterreduziert. Im weiteren Verlauf verflüssigte sich dieses zunächst noch feste Gemisch
und es kam zur wesentlichen Reduktion des
Eisens sowie zur Bildung von Sekundär­schlacke,
die im Genoeserbusch in glut­flüssigem Zustand aus dem Ofen abgelassen werden konnte.
Anhand der aufgegebenen Erzmenge ließ sich
auf der Basis von Erfahrungswerten in etwa ab­
schätzen, wann der Verhüttungsprozess unter­
brochen werden konnte. Die Temperaturen in
den lediglich durch natürlichen Luftzug oder
mittels Hand- bzw. Tretblasebälgen belüfteten
Öfen waren in Abhängigkeit von der Art der
Windführung allerdings in der Regel noch zu
niedrig, um das Erz mitsamt dem darin enthaltenen Metall vollständig und über längere Zeit
zu verflüssigen. Da eine vollständige Reduktion
des Eisenoxides im Erz unter diesen Bedin­gungen nicht möglich war, sind eisenreiche
Schlacken (ca. 40-60 % FeO) das charakter­istische Abfallprodukt im Genoeserbusch.
Beim derzeitigen Stand der Forschung
deutet vieles darauf hin, dass man in Luxemburg
mind. bis in das 15. Jahrhundert am direkten Verfahren der Eisenproduktion festhielt. Während
in den prominenten Eisenlandschaften u. a.
Schwedens und Deutschlands bereits seit dem
13./14. Jahrhundert technische Vorläufer der
Hochöfen flüssiges Roheisen im indirekten
Verfahren bei Temperaturen > 1300 °C erzeugten, führte man im heutigen Großherzogtum
28
zunächst die traditionelle Methode der Verhüttung in vergrößerten Rennöfen fort. Einen mög­
lichen Grund dafür liefern die lokalen Rohstoffe.
Chemische und mineralogische Analysen der
Funde aus dem Genoeserbusch haben deutlich
gezeigt, dass sowohl die Art des einsetzbaren
Verhüttungsverfahrens als auch die spezifische
Konstruktionsweise der Verhüttungsöfen in besonderem Maße abhängig war von der Qualität und Zusammensetzung der genutzten Erze.
Dabei war es besonders überraschend, dass vor
allem phosphorreiche, ooidische Erze und nicht
z. B. die phosphorarmen, eisenreichen Bohnerze
in die Öfen aufgegeben wurden (siehe Abb.6).
Der archäologische Befund lieferte zudem zahl­
reiche Hinweise darauf, dass kalkreiche, eisenarme Erze (Zwischenmittel der Minette) im
Verlauf der Erzanreicherung (Pochung) von den
Hüttenleuten anhand verschiedener Kriterien
wie z. B. Farbe und Gewicht als ungeeignet erkannt und ausgesondert worden sind. Sie lagen
zusammen mit weiteren Verhüttungsrückständen
auf den Schlackenhalden oder gehäuft in Depots
neben den Verhüttungsöfen, wo sie möglicherweise noch als kalkiger Zuschlag Verwendung
fanden. Der hohe Kalkgehalt des im Genoeserbusch eingesetzten Möllers führte zu einem
„basischen“ Schlackenchemismus, verbesserte
die Eisenausbringung aus den Erzen und wirkte
sich positiv auf die Viskosität (Fließfähigkeit)
der Schlacke aus. Allerdings wurde durch den
hohen Kalkgehalt gleichzeitig auch die Tendenz
flüssiges Roheisen zu erzeugen begünstigt.
Durch die Vermeidung von zu hohen Schmelzt­emperaturen (< 1300 °C) und zu langen Reduk­
tionszeiten gelang es den Hüttenleuten, den
schädlichen Phosphor aus dem Erz fast
voll­ständig in der Schlacke zu binden
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
und somit aus dem produzierten Metall fernzuhalten. Das war notwendig, denn Phosphor
gilt in der modernen Eisen­metallurgie als
„Stahlschädling“. Seigerungen von Phosphor
können im Eisen zu Heißrissen führen. Bei der
Abkühlung von phosphorreichem Eisen scheidet sich zudem auch bei geringem Kohlenstoffanteil vermehrt Graphit aus. Die Folge
ist ungewünschter „Kaltbruch“ oder „Kaltversprödung“ des Metalls. Eine derartige Metallqualität hätte sich von den mittelalter­lichen
Handwerkern nicht effizient verarbeiten lassen.
Im Genoeserbusch wurde jedoch ein niedrig
temperiertes Schmelzsystem mit hohem Eisenanteil der Schlacken angewandt. In diesem
Fall wirkte sich ein gewisser Phosphoranteil
sogar positiv als Schlackenbildner aus, erhöhte
die Härte in ferritischem Eisen und senkte die
Schmelztemperaturen (Liquidustempe­raturen).
Setzt man voraus, dass die analysierten Metall­
proben repräsentativ für die Produktion der
Eisenhütte sind, dann war das Endprodukt
der Verhüttungsöfen aus dem Genoeserbusch
ein direkt schmiedbarer untereutektoider bzw.
eutek­toider Stahl, dessen Kohlenstoffgehalt in
der Regel nicht über 0,8 % lag. Wenige Roheisenreste legen jedoch die Vermutung nahe,
dass die Hüttenleute möglicherweise bereits
eine Technik beherrschten, mit der sich auch
höher aufgekohlter Stahl produzieren ließ. Die
Analysedaten der verschiedenen Schlackenfunde bestätigen, dass das fayalitische System
– allgemein charakteristisch für die Verhüttung
im Rennofen von der Eisenzeit bis in Mittel­alter –
verlassen wird. Kennzeichnend ist darü­ber
hinaus der hohe Glasanteil, wenn auch nur
wenige Schlacken mit Gehalten zwischen
15-28% FeO fast ausschließlich als Glas
erstarrt sind. Dem Chemismus entsprechend
sind hercynitischer Spinell (FeAl2O4) neben
Kirschsteinit (CaFeSiO4), Wüstit (FexO),
Rhönit (Ca2(Al, Fe, Ti)6(Si,Al)6O20) und
Calciumphosphat (C3P, Ca3(PO4)2) die dominierenden Schlackenphasen. Analog zu
den üblicherweise fayalitischen Schlacken
vergleichbarer Fundplätze können die Schlacken aus dem Genoeserbusch aufgrund
ihres Aluminiumreichtums als „hercynitisch“
bezeichnet werden.
Das Endprodukt der Verhüttung, die so-­­
ge­nan­nte Luppe (franz.: massiot), war in
unbearbeitetem Zustand ein kompaktes oder
schwammartiges, halb festes, heterogenes und
stark verunreinigtes Konglomerat mit zahlreichen Hohlräumen, das neben metallischem
Eisen auch große Mengen Schlacke und Holzkohle enthielt. Die Luppe bildete sich in der
heißes­ten Zone des Ofens (nahe den Einblasdüsen) durch eine Agglomeration von Eisenteilchen oder Anlagerung flüssiger Tropfen
(Teilver­flüssigungen). Reduzierte Eisen­teilchen
verklebten in „teigigem“ Zustand mit­einander
und formten zumeist oberhalb oder in der
Kontakt­zone mit den glutflüssigen Schlacken,
die sich im un­teren Teil des Ofens auf dem
Herdboden sammelten, eine Luppe. Sobald die
Hüttenleute eine Luppe noch glühend aus dem
Ofen gezogen hatten, zerschlugen sie diese,
um die handlichen Fragmente in weiteren
Verarbeitungsschritten zunächst reinigen (sog.
Ausheizen) und danach ausschmieden zu können.
Zwei Ausheiz- bzw. Schmiedeherde belegen
Abb.7A: Genoeserbusch.
Glasig erstarrte Schlacke (27,7% FeO) mit Hercynit,
Rhönit und Eisen (weiß).
Abb.7B: Genoeserbusch.
Kristallin erstarrte Schlacke (54,7% FeO) mit Hercynit
(hc), Wüstit (wu), Fayalit (fa)und Eisen (Fe).
29
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
zusammen mit typischen Rückständen diese
Prozessschritte (siehe Abb.8). Die arbeits­inten­sive Reinigung, Homogenisierung und
formgebende Weiterverarbeitung zu Halb­
fabrikaten oder Barren wurde also nicht den
Dorfschmieden angelastet, sondern konnte
durch die Hüttenleute selbst durchgeführt
werden, die demzufolge neben dem Wissen
um das erfolgreiche Verhütten geeigneter Erze
zusätzlich mit besonderen Schmiedetechniken
vertraut waren. Auch die Weiterverarbeitung
der Luppen stellte hohe Anforderungen an die
handwerklichen Fähigkeiten. Durch ein mehrmaliges Erhitzen im Ausheiz- bzw. Schmiedeherd musste u. a. die in den Luppen enthaltene
Schlacke bei Temperaturen, die denjenigen
in den Verhüttungsöfen entsprach, verflüssigt
werden, um durch gezielte und wohldosierte
Hammer­schläge ein Austreiben der einge­schlos­
senen Verunreinigungen zu erleichtern. Dabei
galt es behutsam vorzugehen, um die fragilen
Luppenfragmente nicht zu zerschlagen. Wurden
die Luppen zu stark erhitzt, konnten sie ebenfalls auseinanderfallen, weil die einzelnen Einschlüsse aus metallischem Eisen durch Schlacke
zusammengehalten wurden. Darüber hinaus
waren die Luppen inhomogen und enthielten in
der Regel neben kohlenstoffarmen Partien auch
kohlenstoffreiches Eisen. Damit sich dieses
Material überhaupt verarbeiten ließ, musste
es zunächst im Ausheizherd homogenisiert
werden. Zusätzlich galt es, die durch die ausge­
Abb.8: Genoeserbusch. Ausheiz- bzw. Schmiedeherd
(Durchmesser ca. 80 cm). Die Wand der kreisrunden
Essen, der nur wenige flache Steine Stabilität verliehen,
bestand nahezu ausschließlich aus Lehm. Vor solchen
einfachen Essen knieten die Hüttenleute wahrscheinlich
auf dem Boden. Während ein Arbeiter mit zwei
handbetriebenen Blasebälgen, die mit einer tönernen
Düse verbunden waren, die Glut anfachte, schmiedete
ein anderer das Werkstück aus.
30
flossene Schlacke hinterlassenen Hohlräume
wieder zu schließen. Dies geschah, indem man
die Luppe durch Schläge mit einem (Holz-?)
Hammer verdichtete und auf diese Weise
allmäh­lich kompaktierte. Bevor sich die gereinigten Metall- bzw. einzelne Luppenfragmente
zu einem größeren Barren miteinander verschweißen ließen, musste zuvor die beim Erhitzen entstandene Oxidhaut des Eisens (Hammerschlag, Zunder) durch Ausschmieden sorgfältig
von der Oberfläche des Werkstücks entfernt
werden. Obwohl sich das Feuerverschweißen
durch metallografische Analysen bisher nicht
direkt an Fundobjekten aus dem Genoeserbusch belegen lässt, weisen plättchenförmige
Hammerschlagfragmente in Kombination mit
charakteristischen Schweißkügelchen indirekt
auf einen derartigen Verarbeitungsschritt hin.
Durch das Ausheizen und Schmieden gingen
noch einmal 30-50% des in den Öfen produzierten Eisens verloren. Massenbilanzierungen
auf der Basis chemischer Analysedaten (Erze,
Produktions-, Verarbeitungsschlacke, Ofenwand, Lehm und Holzkohleasche) ließen eine
Rekonstruktion der Prozesskette vom Erz zum
Metall zu und ermöglichen Aussagen bezüglich
der Effektivität des eingesetzten Verfahrens.
Anhand der überlieferten Schlackenmenge
von insgesamt etwa 21t lässt sich die wahrscheinliche Gesamtproduktion an ausgeschmiedetem Barreneisen näherungsweise auf einige
Tonnen hochrechnen.
Die Eisenhütte aus dem Genoeserbusch
war sehr wahrscheinlich nicht kontinuierlich in Betrieb, sondern wurde in der zweiten
Hälfte des 13. Jahrhunderts periodisch jeweils
für mehrere Tage oder Wochen aufgesucht.
Die Lage im Wald gewährleistete vor allem
die räumliche Nähe zum wichtigen Rohstoff
Holz. Dabei suchte man nicht einen Standort
mit spezifischen und besonders geeigneten Gehölzen, sondern errichtete die Verhüttungsöfen
an einem frei zugänglichen Platz mit ausreichendem Holzbestand. Insgesamt konnten im
Genoeserbusch neun Gehölzgattungen durch
anthrakologische Analysen nachgewiesen werden. Hainbuche und Rot-Buche prägen das
Holzkohlespektrum. Damit sind die sogenannten „Harthölzer“ besonders stark vertreten. Die
aus Hartholz gewonnene Kohle ermöglichte die
zur Eisenproduktion notwendigen Temperaturen und war im hohen Temperaturbereich ein
besonders guter Lieferant des wichtigen Reduk­
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
tions­­gases Kohlenmonoxid. Darüber hinaus
waren die Kohlen aus Hartholz widerstands­
fähig gegen mechanische Belastung. Weil sie
unter dem Druck des Beschickungsmaterials
nicht so leicht zerdrückt werden konnten, eigneten sie sich besonders für hohe Öfen mit großem
Innendurchmesser. Zu stark fragmentierte Kohlen hätten im Gegensatz dazu die Hohlräume
im Beschickungsmaterial verschlossen. Ein
Aufsteigen der Reduktionsgase im Ofenschacht
wäre massiv behindert worden und hätte auf
diese Weise den Verhüttungsprozess negativ
beeinflusst. Weil die rezente Waldzusammensetzung im Umfeld der Fundstelle noch heute
weitgehend dem mittelalterlichen Holzkohlespektrum entspricht, ist eine gezielte Selektion
bestimmter Holzarten für diese Eisenhütte mit
großer Sicherheit auszuschließen. Vielmehr
wurde der verfügbare Holzbestand der umliegenden Wälder im Mittelalter möglichst vollständig genutzt. Die beprobten Holzkohlen aus
dem zentralen Hüttenbereich wurden jedoch
nicht aus Stammholz gewonnen. Holzstärkeanalysen ergaben überwiegend Schwachholz,
das sowohl in den Verhüttungsöfen als auch
zum Ausheizen bzw. Schmieden verwendet
worden ist. Dementsprechend sind nur Astwerk
oder Stockausschläge in den Meilern verar­beitet
worden. Die nahezu ausschließliche Verwen-
dung von Schwachholz deutet auf Niederwaldnutzung hin. Niederwälder waren im Mittelalter
weit verbreitet und dienten überwiegend zur
Brenn- und Kohlholzgewinnung. Diese spezifische Waldwirtschaftsform entstand, indem
man über Jahrzehnte immer wieder dieselben
Waldparzellen nutzte, um Holz zu schlagen und
auf diese Weise die Bestände ständig verjüngte.
Nach der Holzentnahme ließ man den Bäumen
gerade so viel Zeit, bis sich wieder neue Stockausschläge gebildet hatten. Mit der Zeit bildete
sich daher eine charakteristische strauchartige
Vegetation, bei der durch intensive Nutzung die
Buche immer mehr verdrängt wurde.
Während die Öfen liefen, mussten die Arbeiter Tag und Nacht abseits des Heimatdorfes
in den Wäldern verbringen, um unter anderem
regelmäßig Erz und Holzkohle aufgeben und
den Verhüttungsprozess jederzeit kontrollieren
und steuern zu können. Speisereste in Form von
Rinder­knochen belegen zusammen mit zahl­reichen Keramikfunden (u.a. Töpfe, Kannen und
Krüge), dass die Hüttenleute die benötigte Verpflegung mit in den Wald brachten, um ihre Mahlzeiten vor Ort zubereiten zu können. Schnittspuren auf den Knochenoberflächen und ein
Wetzstein zeugen vom Gebrauch klingen­artiger
Gegenstände (Messer), die bei der Nahrungs­
zubereitung eingesetzt worden sind. Die datier-
Abb.9: Bisher wurden mehr als 800 Holzkohlestücke aus dem Genoeserbusch durch die Mitarbeiter der Arbeitsgruppe
für Historische Geobotanik am Ökologie Zentrum der Christian-Albrechts-Universität zu Kiel anthrakologisch untersucht.
31
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
baren Keramikfunde weisen darauf hin, dass die
Eisenproduktion im Genoeserbusch zu Beginn
des 14. Jahrhunderts aufgegeben wurde. Die
Ursache für das Verlassen der Eisenhütte war
nicht zu ermitteln und lässt sich daher auch nicht
zuverlässig mit zeitgenössischen, histo­rischen
Ereignissen wie z. B. der Maaslän­dischen
Fehde oder dem Vierherrenkrieg verbinden.
Der ungewöhnliche Fundreichtum und die Tatsache, dass die mittelalterlichen Hüttenleute
unter anderem die eiserne Windform und mehrere
Luppenfragmente – also wertvolles Roh­material –
vor Ort zurückließen, könnte darauf hindeuten,
dass der Platz zuletzt nicht planmäßig aufge­
geben wurde, sondern plötzlich verlassen werden
musste. Der hohe Anteil zwar kalk­reicher aber
eisenarmer Erze rechtfertigt allerdings noch
eine zweite Theorie. Auch Erzmangel, das heißt
eine Erschöpfung der üblicherweise genutzten
Lagerstätte, könnte die Hüttenleute dazu gezwungen haben, die Produktion im Genoeserbusch aufzugeben und möglicherweise an
anderer Stelle wieder aufzunehmen.
Wie herausragend ein einzelner Hüttenplatz auch sein mag, seine Bedeutung und
Funktion als Bestandteil einer vergangenen
Kultur­landschaft lässt sich ausschließlich vor
dem Hinter­grund aller überlieferten Hüttenbzw. Schlacken­plätze der jeweiligen Zeit­stellung
in einem regionalen sowie überregionalen
Zusammen­hang prüfen und bewerten. Zukünftige montanarchäologische Forschungen müssen
daher erst noch zeigen, inwieweit der Genoeserbusch tatsächlich stellvertretend für die hoch- bis
spätmittelalterliche Eisentechnologie Luxem-
burgs stehen kann. Systematische, großräumige
Prospektionen mit dem Ziel der Lokalisierung,
Kartierung und Klassifizierung sämtlicher montanistischer Bodendenkmäler, ergänzt durch
gezielte Sondagen und stichprobenartige
Analy­sen an bereits bekannten Fundstellen,
könnten nach dem Vorbild der Untersuch­ungen
z. B. in Lothringen (F)5, dem Märkischen
Sauerland (D)6 oder dem Lahn-Dill Gebiet
(D)7 zeigen, ob es sich im Südwesten Luxemburgs lediglich um eine flächenhafte Verbreitung von Ver­hüttungsaktivität handelt oder ob
der Erzreichtum der Region zur Herausbildung
einer Landschaft mit intensiver Eisenproduktion
geführt hat. Die Erstellung von Verbreitungskarten und Datenbanken könnte Produktions­
zentren von der Eisenzeit bis ins Mittelalter
sichtbar machen und strukturelle Veränderungen,
zum Beispiel in Form einer möglichen räumlichen Verlagerung der Produktionsstandorte mit
fortschreitender technologischer Entwicklung,
umfassend darstellen. In diesem Zusammenhang ist vor allem der Frage nachzugehen, wann
und über welche möglichen Zwischenformen
die Roheisentechnologie in Luxemburg eingeführt worden ist und welche Rolle die lokalen,
phosphor­reichen Erzvorkommen (insbesondere
das sogenannte Raseneisenerz und Minette) dabei
spielten. In einer Zeit rasanter Landschafts­
veränderung könnten Prospektionen zudem
dazu beitragen, den Erhaltungszustand der noch
vorhandenen Fundstellen zu dokumentieren und
ausgewählte montanistische Bodendenkmäler
effektiv zu schützen, um dadurch einzigartige
Quellen für zukünftige Forschungen als wertvol­les
5 Im Zuge der Erforschung der ältesten Eisengeschichte Lothringens ist es z. T. durch Prospektionen gelungen, mehr als 250
Schlackenplätze zu lokalisieren, die von der Antike bis ins späte Mittelalter datieren. Der zugehörige Fundplatzkatalog
wird durch mineralogische und chemische Untersuchungen an mehr als 300 Erz- und Schlackenproben ergänzt. Siehe
dazu: LEROY, Marc, La sidérurgie en Lorraine avant le haut fourneau: L´utilisation du minerai de fer oolithique en
réduction directe. Paris 1997.
6 Im Märkischen Sauerland und Teilen des angrenzenden Bergischen Landes (D) erbrachten montanarchäologische
Prospektionen mehr als 1900 Schlackenplätze, die mit der direkten Eisenverhüttung in Rennöfen zu verbinden sind
und über 200 potentielle Floß- bzw. frühe Hochofenstandorte. Siehe dazu: JOCKENHÖVEL, Albrecht / OVERBECK,
Michael, Mediaeval Iron-Landscapes, Traditions and Innovation – The Genesis of Early Modern Cultural Landscapes
between the Rivers Maas and Weser. In: Cultural Heritage and Landscapes in Europe – Landschaften: Kulturelles Erbe
in Europa. Proceedings of the International Conference, Deutsches Bergbau-Museum Bochum, June 8-10, 2007. Bochum
2008, S. 453-466.
7 Im Umkreis des Dietzhölztales in Hessen (D) wurden durch die Universität Münster in den 1990er Jahren im Rahmen
systematischer montanarchäologischer Prospektionen über 300 Schlackenplätze kartiert. Ausgewählte Fundplätze wurden
vollständig ergraben. Etwa 80 Fundplätze wurden repräsentativ beprobt. 310 pauschalchemische Analysen (Schlacken-,
Ofenwand- und Erzproben) und etwa 340 polierte Dünn- und Anschliffe bildeten die Grundlage dieses Forschungsprojektes.
Siehe dazu: JOCKENHÖVEL, Albrecht / WILLMS, Christoph, Das Dietzhölzetal-Projekt. Archäometallurgische
Untersuchungen zur Geschichte und Struktur der mittelalterlichen Eisengewinnung im Lahn-Dill-Gebiet (Hessen)
(Münsterische Beiträge zur ur- und frühgeschichtlichen Archäologie, Bd.1). Rahden / Westfalen 2005.
32
Terres Rouges
Montanarchäologie in Luxemburg – Eisenverhüttung am Vorabend des Hochofenzeitalters
Kulturgut zu sichern. Auch einer grund­legenden
Aufarbeitung der archivierten Bestände sowie
einer gezielten Sichtung des schriftlichen
Quellenmaterials durch spezialisierte Historiker
kommt in diesem Zusammenhang eine besondere Bedeutung zu. Erst in einigen Jahren wird
es daher überhaupt möglich sein, den Südwesten
Luxemburgs als Montanregion mit einer langen
Tradition in der Produktion und Ver­arbeitung von
Eisen und Stahl historisch richtig einzu­ordnen
und die zeitgebundene, gegenseitige Wechselwirkung zwischen Mensch und Landschaft von
der Antike bis ins Mittelalter im „Land der roten
Erde“ zusammenhängend darzustellen.
Weiterführende Literatur
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Jahrestagung 2007. Gemeinsam veranstaltet vom
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der Deutschen Mineralogischen Gesellschaft, vom
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33
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung
vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Norbert Franz
Durch den weltweiten Boom der Stahlindustrie
der letzten Jahre wurden all jene widerlegt, die
glaubten, das Zeitalter der Eisenindustrie sei
zu Ende. Tatsächlich erleben wir gegenwärtig
eine neue Stufe jener Industrialisierungs­wellen,
die mit der Industriellen Revolution ihren Ausgang nahmen und in der Folgezeit zunächst
Teile des europäischen Subkontinents erfassten,
dann Nordamerika und schließlich immer mehr
Länder der Welt in allen Kontinenten. Doch gab
es auch schon vor der Industriellen Revolution
Eisenerzeugung und Eisenindustrie. Bekanntlich begann das „eiserne Zeitalter“ im zweiten
Jahrtausend vor unserer Zeitrechnung in
Vorder­asien. Bereits in der Antike beobachten
wir nicht nur handwerkliche Einzelan­­ferti­gungen von Eisenwaren, insbesondere von
Waffen, sondern bereits massenhafte, das heißt
also industrielle Fertigung. Und bis heute blieb
die eisenschaffende und eisenverarbeitende
Industrie weltweit eine Schlüsselindustrie
– eine der Säulen, auf denen Wohl und Wehe
der Gesamtwirtschaft ruht.
Wenn wir verstehen wollen, wie die
aktuelle Industrialisierungswelle einzuordnen
ist, müssen wir die Geschichte befragen. Mit
„Geschichte“ meine ich zunächst und vor allem
die Geschichtswissenschaft, jene Geschichtsforschung und Geschichtsschreibung also, die
nach den allgemeinen Regeln der Wissenschaft
arbeitet. Überaus wertvoll sind allerdings auch
die Erkenntnisse jener Forscher, die sich aus
Liebhaberei oder aus anderen außerwissenschaftlichen Motiven dieser Problematik zuwenden. Die spannendste Frage, die die Historiker stellen können, ist jene nach den Ursachen
und Verläufen jener Metamorphosen, denen die
Eisen­industrie ganz offensichtlich unterlag. Dass
hier ein grundlegender Wandel stattfand, zeigen
die folgenden Abbildungen ganz unmittelbar:
Darstellung einer Schmiede auf einer antiken griechischen Vase
Quelle: Jean-Yves Andrieux, Les travailleurs du fer, Paris 2002
35
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Eisenwerk der Zisterzienser-Abtei Clairvaux in einer Darstellung aus dem 13. Jahrhundert
Quelle: Abbildung aus Jean-Yves Andrieux, Les travailleurs du fer, Paris 2002
Die Eisenschmiede und das Fabrikantenschloss Ansenbourg im 18. Jahrhundert
Quelle: Gilbert Trausch, Banque de Luxembourg, Luxemburg, ein Land vom Stahl geprägt, Luxemburg 1994, S. 8
36
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Das Schmiedewerk der Familie de Wendel in Hayange (1866)
Quelle: Aquarell von C. de Berthiet, in: Jacques Marseille, Les Wendel 1704-2004, Paris 2004
Die Burbacher Hütte 1875
Quelle: Walter Marzen, Die Saarländische Eisen- und Stahlindustrie 1430-1993, Saarbrücken 1994
37
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Der Schwerpunkt der Forschungen der
Geschichtswissenschaft, aber auch anderer
Wissenschaftsdisziplinen sowie der Liebhabergeschichtsschreibung, über die luxemburgische
Eisenindustrie liegt auf der zweiten Industri­
alisierung Luxemburgs im Süden des Landes auf
der Grundlage der Minette-Erze. Diese Industri­alisierungsphase steht auch im Zentrum der
meisten Beiträge dieses Bandes. Die Tat­sache,
dass die Epochen vor 1870 vergleichsweise wenig beachtet wurden, ist allerdings Anlass für
mich, im Unterschied zu meinen Mitautorinnen und ­­­-autoren die „Industrialisierung vor der
Industriellen Revolution“1 genauer zu betrachten. Dabei möchte ich einige bislang vorliegende Forschungsergebnisse in aller Kürze
zusammenfassen und zugleich Forschungs­
desiderate herausarbeiten, deren Aufarbeitung
Gegenstand neuer Forschungen sein könnte.
Darüber hinaus möchte ich am Fallbeispiel
der Weilerbacher Hütte ein Eisenwerk vorstellen, das die Metamorphosen der Eisenindustrie von der Industrie alten Typs über
die Industrielle Revolution bis zur Mitte des
20. Jahrhunderts anschaulich machen kann.
Ich stütze mich im Folgenden vor allem auf
die Arbeiten Marcel Bourguignons2, Georges
Hansottes3, Michel Paulys4, René Lebouttes,
Jean Puissants, Denis Scutos5, Guy und Marcel
Steffes6, Joseph Wagners7, Denis Woronoffs8,
Jean-Marie Yantes, Michel Dorbans, Jean-Paul
Lehners und Monique Kieffers9 und auf meine
eigenen Untersuchungen über die Geschichte der
Weilerbacher Hütte10. Trotz all dieser neueren
Arbeiten ist die seit annähernd einem Jahrhundert vorliegende Studie Michel Ungeheuers11,
die sowohl die Eisenindustrie ersten als auch
des zweiten Typs behandelt, noch immer
unverzichtbar.
Bei meinen Überlegungen werde ich mich
auf den Raum des Herzogtums Luxemburg in
den Grenzen vor 1659 konzentrieren und zwei
Leitfragen beantworten:
1. Welche Einflussfaktoren bestimmten vor
allem die Entwicklung der Eisenindustrie
Luxemburgs vor der Industriellen Revolution?
2. Unter welchen Bedingungen konnten
Werke, die ursprünglich Industrien alten Typs
waren, nach der Industriellen Revolution
fortbestehen?
I. Bedingungsfaktoren der alten
Eisenindustrie Luxemburgs
Die Entwicklung der Eisenindustrie Luxemburgs hatte mehrere Voraussetzungen. Neben
dem Rohstoff, dem Eisenerz, zählten hierzu
Energieträger, Unternehmer und Arbeitskräfte
sowie Transportmittel und -wege. Die stark
phosphorhaltigen Erzvorkommen im äußer­sten
Süden des heutigen Großherzogtums und im
angrenzenden Lothringen, die so genannten
Minette-Erze, waren erst nach Erfindung des
Thomasverfahrens profitabel zu verhütten. Diese reichen Eisenerzlager wurden zur Grundlage
1 Der Terminus „Protoindustrie“ bezeichnet im engeren Sinne eine frühe Form der Industrialisierung der Textilindustrie. Im
weiten Sinn wird er auch für andere frühe Industrien, darunter auch die Eisenindustrie, verwendet, vgl. PAULY, Michel,
Proto-industrialisation et immigration au Luxembourg, in: ALLEGREZZA, Serge / HIRSCH, Mario / v. KUNITZKI,
Norbert (Hgg.), L´immigration au Luxembourg, et après? Luxemburg 2007, S. 47-59.
2 BOURGUIGNON, Marcel, La sidérurgie, industrie commune des pays d´entre Meuse et Rhin, in: Anciens pays et
assemblées d´États, 28 (1963) 93.
3 HANSOTTE, Georges, La métallurgie et le commerce international du fer dans les Pays-Bas autrichiens et la principauté
de Liège pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle (Histoire quantitative et développement de la Belgique au XIXe
siècle, II/3), Bruxelles 1980.
4 PAULY, Michel, Proto-industrialisation, S. 47-59.
5 LEBOUTTE, René / PUISSANT, Jean / SCUTO, Denis, Un siècle d´histoire industrielle. Belgique, Luxembourg, PaysBas. Industrialisation et sociétés 1873-1973, Condé-sur-Noireau (France) 1998.
6 STEFFES, Guy / STEFFES, Marcel, La sidérurgie luxembourgeoise de l´époque antérieure à 1840, Luxembourg 1965.
7 WAGNER Joseph, La sidérurgie luxembourgeoise avant la découverte du gisement des minettes, Diekirch 1921.
8 WORONOFF, Denis, L´industrie sidérurgique en France pendant la révolution et l´empire, Paris 1984.
9 HERRMANN, Hans-Walter / WYNANTS, Paul (Hgg.), Wandlungen der Eisenindustrie vom 16. Jahrhundert bis 1960
(Colloques Meuse-Moselle), Namur 1997, darin S. 113-138: DORBAN, Michel / YANTE, Jean-Marie / LEHNERS,
Jean-Paul, Quatre siècles de sidérurgie luxembourgeoise (1380-1815). – Ebenda, S. 139-169: KIEFFER, Monique, La
sidérurgie au Grand-Duché de Luxembourg: 1840-1960.
10 FRANZ, Norbert, Luxemburger Eisenindustrielle in der südlichen Eifel – die Weilerbacher Hütte, in: Kurtrierisches
Jahrbuch 38 (1998), S. 155-175.
11 UNGEHEUER, Michel, Die Entwicklungsgeschichte der luxemburgischen Eisenindustrie im XIX. Jahrhundert,
Luxemburg 1910.
38
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
der zweiten Industrialisierung in Luxemburg
und Lothringen. Die Erzlager im Luxemburger
Gutland, in Eifel und Ardennen, die geringere
Phosphoranteile enthielten, waren dagegen
die wichtigste Grundlage der ersten Industri­­ali­sierung dieser Region. Das Erz wurde in
kleinen Gruben und im Tagebau abgebaut12.
Gesetzlicher Rahmen des Erzabbaus im
Herzogtum Luxemburg und unter franzö­
sischer Herrschaft war das Reglement vom 13.
August 1665, dem zufolge das Erz Eigentum
des Grundeigentümers war, in dessen Boden es
gefunden wurde. Ein Edikt Kaiser Karls VI. aus
dem Jahre 1736 erlaubte es Adeligen ausdrücklich, Eisenwerke zu betreiben, ohne dabei ihren
Stand zu verlieren13 – anders als in England war
gewerbliche Arbeit von Adeligen auf dem europäischen Kontinent völlig unüblich und mit erheblichen gesellschaftlichen Sanktionen belegt.
Nach der Französischen Revolution minderte
das Gesetz vom 28. Juli 1791 die Rechte der
Grundeigentümer zugunsten der Ansprüche des
Staates. Die französische Gesetzgebung wirkte
auch für die preußischen und niederländischen
Bergbaugesetze als Vorbild. Das Gesetz von
1791 legte fest, dass das Eisenerz bis zu einer
Tiefe von 100 Fuß (ca. 33 Meter) Eigentum des
Grundeigentümers war, tiefere Bodenschichten
jedoch Eigentum des Staates. Um diese tieferen
Lagen auszubeuten, brauchten private Unternehmer also eine Konzession des Staates14.
Als Unternehmer traten Angehörige der
politischen und wirtschaftlichen Eliten auf –
Teile der Geistlichkeit, insbesondere Konvente
der Zisterzienser, des Adels und später Angehörige des Großbürgertums15. Bei den Arbeitskräften muss man unterscheiden zwischen einer vergleichsweise kleinen Zahl qualifizierter
Fachkräfte und den zahlreichen gering qualifizierten Arbeitskräften, die für den Betrieb der
Werke und den Transport der Rohstoffe und
Produkte gebraucht wurden.
Der Transport der Roh- und Betriebsstoffe
sowie der Fertigprodukte erfolgte auf schiff­baren
Flüssen mit Hilfe relativ kleiner Lastkähne oder
über Land mit Hilfe von Pferdefuhr­werken.
Diese Transporte wurden in der Regel von
Bauern im Nebenerwerb durchgeführt.
Zwei wichtige Energieträger wurden in
der Eisenindustrie eingesetzt: Holzkohle und
Wasserkraft. Die Holzkohle wurde für die Verhüttung von Eisenerz genutzt. Angesichts der
hohen Transportkosten war das Vorhandensein
umfangreicher Wälder mit Holzeinschlag­
rechten der Hüttenherren eine Grundvoraussetzung für die Existenz der frühneuzeitlichen
Eisenindustrie. Dabei traten die Hüttenherren
in diesem „hölzernen Zeitalter“ in Konkurrenz
zu anderen Holznutzungsarten: Holz war ein
universaler Werkstoff, wurde als Baumaterial
eingesetzt und als Brennstoff für die Beheizung von Wohngebäuden. Holz war somit in
dieser Zeit ein wichtiger Energieträger und ein
bedeuten­der Werkstoff zugleich. Insbesondere
die Nutzungsrechte bäuerlicher Gemeinden
kollidierten häufig mit den Nutzungsinteressen
der Eisenindustrie. Die Landesherren versuchten – weithin vergeblich –, den zunehmenden
Raubbau an den Wäldern durch zahlreiche
Erlasse einzudämmen16.
Für den Betrieb der Schmiedehämmer und
Eisenspaltmühlen wurde ein anderer Energieträger genutzt: das Wasser. Das Gefälle der kleinen
Flussläufe und wasserreichen Bäche in Eifel und
Ardennen wurden für den Betrieb von Wassermühlen genutzt. Auch hier konkurrierte die Eisenindustrie mit anderen Formen von Mühlen:
mit Getreide-, Walk- oder Papiermühlen17.
II. Die Entwicklung der
luxemburgischen Eisenindustrie
bis 1842
Die Anfänge der luxemburgischen Eisen­
industrie vom ausgehenden 12. bis zur Mitte
des 13. Jahrhunderts wurden von dem ReformOrden der Zisterzienser getragen, die eine
wichtige Rolle bei der Erschließung neuer
12 STEFFES / STEFFES, Sidérurgie, S. 17-23. – UNGEHEUER, Eisenindustrie, S. 88-96.
13 PAULY, Proto-industrialisation, S. 48.
14 LEBOUTTE, René, Vie et mort des bassins industriels en Europe 1750-2000, Paris 1997, S. 27 f. – UNGEHEUER,
Eisenindustrie, S. 97-101. – WAGNER, Sidérurgie, S. 45-47. – In napoleonischer Zeit wurden die Regelungen des Jahres
1791 durch das Gesetz vom 21. April 1810 modifiziert.
15 Besonders gut erforscht ist die Familie Wendel: GUÉNA, Yves, Les Wendel: trois siècles d´histoire, Paris 2004.
– MARSEILLE, Jacques, Les Wendel 1704-2004, Paris 2004.
16 PAULY, Proto-industrialisation, S. 48.
17 WAGNER, Sidérurgie, S. 16-50.
39
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Siedlungen und dem Aufbau von Gewerbe und
Indus­trie spielten. Im Bereich der Grafschaft und
dem späteren Herzogtums Luxemburg waren
dies die Zisterzienserabteien von Orval und
Viller-Bettnach im Tal der Fensch, unweit
Thionville. In der zweiten Hälfte des 13. Jahrhunderts entwickelte sich auch in der Herrschaft Hayange eine bedeutende Eiseni­ndustrie.
Die ersten Schmiedewerke im Herzogtum
Luxemburg wurden Ende des 14. Jahrhunderts im Gebiet von Durbuy und um 1400 bei
Thionville und Differdingen entwickelt. Im
15. Jahrhundert entwickelte sich ein Schwerpunkt der eisenschaffenden und verarbeitenden
Industrie in den Wäldern von Chiny und Anlier:
ein erster Hochofen entstand 1475 in Habay,
ein Jahrhundert später, im Jahre 1574 waren
52 Eisenwerke in dieser Region aktiv, darunter
Orval, La Soye und Châtillon18.
Die Entwicklung der luxemburgischen
Eisenindustrie im 16. bis 18. Jahrhundert stand
im Zeichen wirtschaftlicher und politischer
Konjunkturen: Ausgehend von Betrieben aus
dem Raum Lüttich und Stavelot entwickelte
sich ein starker Konkurrenzdruck auf die Eisenwerke im nördlichen Herzogtum Luxemburg.
Die Verteuerung des Hauptenergieträgers Holzkohle führte zu einer Verknappung von Kohlholz und Holzkohle. Hinzu kamen Kriegsfolgen:
Die Eisenindustrie im Tal der Fensch im Raum
Thionville erlitt während der lang andauernden
kriegerischen Auseinandersetzungen zwischen
Frankreich und den Habsburgern erhebliche
Einbußen. Im ersten Drittel des 17. Jahrhunderts
erlebte die luxemburgische Eisenindustrie eine
– wenn auch vergleichsweise kurze – Neugründungsphase: 1609 wurde in Dommeldingen ein
Eisenwerk mit Hochofen und Schmiede gegründet, 1623 das Werk Lasauvage, 1624 die Werke
von Simmern und Ansemburg, 1631 das Werk
Bissen. Das erneute Aufflammen der schier endlosen Kriege zwischen Frankreich und Habsburg beendete diesen kurzen Boom, doch wurde
1651 in Colmar-Berg ein weiteres Eisenwerk
gegründet. In den – zumindest im Raum Luxemburg – vergleichsweise friedlichen Jahren der
ersten Hälfte des 18. Jahrhundert erlebte die
Eisenindustrie eine erneute Aufschwungsphase,
die entgegen einer verbreiteten Forschungsmeinung auch darüber hinaus anhielt. In dieser Zeit
wurde beispielsweise das Werk in Fischbach
gegründet (1768). Der erneute Aufschwung der
Eisenindustrie alten Typs war verbunden mit
einem Boom der Nagelindustrie, der wiederum
einen Indikator für die allgemeine Prosperität
unter österreichischer Herrschaft darstellt19.
Trotz der prinzipiell anhaltenden Prospe­
rität der Eisenwerke in der zweiten Hälfte des
18. Jahrhunderts litten diese unter einer tendenziell sinkenden Profitabilität. Dafür gab es
vielfältige Gründe: die bereits erwähnte Holzund Holzkohleteuerung, die steigenden Löhne
der Metall- und Waldarbeiter, die zunehmende
Erschöpfung zahlreicher Minen. Die Landes­
herren versuchten, diese Probleme mit Hilfe
einer protektionistischen Politik zu lösen. So
erhoben das Fürstbistum Lüttich (1740) und
das Herzogtum Luxemburg (1765) Zölle auf
Barren­eisen. Damit verschärften die Landesherren die Probleme jedoch weiter20.
Nach der Eroberung Luxemburgs durch
französische Truppen in den Jahren 1793-95
setzte sich der Niedergang der Eisenindustrie
zunächst fort. Im Zuge der militärischen Auseinandersetzungen und der Nationalisierung
geistlichen und adeligen Eigentums war es zu
großen Zerstörungen bei den Industrieanlagen
gekommen. Signifikante Ausnahmen bildeten
die Werke, die für die Rüstung arbeiteten, wie
die Werke von Berchivé und Claireau, die die
Waffen­manufaktur in Charleville belieferten.
Doch unter dem Grand Empire Napoleons erholte sich die luxemburgische Eisenindustrie
wieder. 1806 produzierten die Eisenwerke des
Wälderdepartements, in dem ein Großteil des
Herzogtums Luxemburg aufgegangen war,
25.000 Tonnen Eisen. Hierfür wurden 40.000
Tonnen Holzkohle und bereits 270 Tonnen
Steinkohle verbraucht. In der eigentlichen
Eisen­industrie wurden damals 700 Arbeiter
beschäftigt, beim Erzabbau, der Holz­gewinnung
und der Holzkohleproduktion mit 4300
Arbeitern ein Mehrfaches. Insgesamt waren
direkt oder mittelbar 20.000 bis 25.000
Personen – Beschäftigte und Familienangehörige – von der Eisenindustrie abhängig, bei einer
Gesamtbevölkerung des Wälder­departements
18 DORBAN / YANTE / LEHNERS, Quatre siècles de sidérurgie luxembourgeoise (1380-1815), S. 113-138.
19 LEBOUTTE / PUISSANT / SCUTO, Histoire industrielle, S. 22 f. – STEFFES / STEFFES, Sidérurgie, S. 39-51. –
UNGEHEUER, Eisenindustrie, S. 88-101.
40
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
von 186.000 Menschen. Somit war die
eisenschaffende Industrie, einschließlich ihrer
Nebengewerbe – Holzkohlegewinnung, Erzbergbau, Transportgewerbe – der wichtigste
Industriezweig des Wälderdepartements. Fünf
Jahre später förderten die Minen des Wälderdepartements 28.000 Tonnen Erz, wobei 250
Minenarbeiter und Wäscher beschäftigt wurden. Beim Transport der Erze von den Minen
zu den Erzwäschereien wurden 56 Wagenführer
eingesetzt. Die Minenarbeit einschließlich des
Transports wurde als saisonales Nebengewerbe
der bäuerlichen Bevölkerung betrieben21.
Nach dem Zusammenbruch des ersten
französischen Kaiserreichs geriet die Eisen­
industrie alten Typs rasch in eine existenzielle
Krise. Dafür waren politische, soziale und
wirtschaftliche Ursachen verantwortlich. Zu
den politischen Krisenfaktoren gehören vor
allem die Zollschranken, die nun vor den
Haupt­absatzgebieten luxemburgischer Eisenwaren in Frankreich und Deutschland errichtet
wurden, die schlechte Verkehrsanbindung an
das Königreich der Vereinigten Niederlande,
die relative Vernachlässigung des Großherzogtums durch die niederländische Regierung
sowie die Folgen­ der belgischen Revolution.
Zu den sozialen und wirtschaftsimmanenten
Ursachen der Krise ­gehören die geringe
Binnennachfrage aufgrund der Massenarmut breiter Teile der Bevölkerung, die nunmehr sehr starke Konkurrenz durch britische
Importwaren, der technolo­gische Rückstand
der luxemburgischen Eisenindustrie gege­nüber
der „innernieder­ländischen“, genauer, belgischen Konkurrenz, die fortgesetzte Holz- und
Holzkohleteuerung, der fortgesetzte Mangel
an Eisen­erzen und der anhaltend schlechte Zustand des Straßen­netzes. Dennoch begründeten
die Brüder Auguste, Charles und Norbert Metz
durch den Kauf der Hütte in Berburg im Jahre
1837 den Vorläufer des ARBED-Konzerns.
1845 gründeten sie in Eich bei Luxemburg ein
weiteres Werk, in der Hoffnung, dass hier in den
nächsten Jahren an einer Eisenbahnlinie gebaut
werden würde22.
Eine nachhaltige Besserung der wirt­
schaft­lichen Lage Luxemburgs brachte der
Beitritt des Landes zum Deutschen Zollverein im Jahre 1842. Nun war es Teil eines großen Binnen­marktes, der gelegentlich
gezielt auf bestimmte britische Eisenwarenimporte Sonder­zölle erhob.­ Auch die Verkehrs­anbindung innerhalb dieses neuen Zollgebiets
war für Luxemburg vergleichsweise günstig.
Allerdings war die ­luxemburgische Eisenindustrie nun dem starken Konkurrenzdruck der sich allmählich modernisierenden
eisenschaffenden Indus­trie der deutschen Staaten ausgesetzt23.
Die frühe luxemburgische Eisenindustrie
verdankte somit ihr Entstehen den natürlichen
Ressourcen, insbesondere den vergleichsweise
reichen Eisenerzvorkommen, dem Holz­
reichtum des Landes, der relativ leicht verfügbaren Wasserkraft sowie den Arbeitskräften unterschiedlicher Qualifikation. Bereits
unser knapper Überblick konnte einen klaren
Zusammenhang wirtschaftlicher und politischer
Konjunkturen
der
Entwicklungsgeschichte der luxemburgischen Eisenindustrie zeigen. Kriegszeiten bedeuteten in der
Regel auch Zeiten des Niedergangs, Friedenszeiten waren zumeist mit konjunkturellen Aufschwungsphasen verbunden. Diese
These muss freilich durch die Feststellung ergänzt werden, dass die Eisenindustrie alten
Typs gegen Ende des ­Ancien Régimes an
ihre natürlichen Grenzen stieß: Der Raubbau
in den Wäldern führte zum starken Abschmelzen
der Gewinnmargen der Betriebe und die zunehmend erschöpfen Erzlager entzogen der Eisenindustrie ihre wichtigste Grundlage. Schließlich geriet die luxemburgische Eisenindustrie aufgrund
ihres technologischen Rückstands und ihres isolierten Standorts in eine tiefe Existenzkrise, für
die auch der Beitritt des Landes zum Deutschen
Zollverein keine nachhaltige Lösung brachte.
20 HANSOTTE, Métallurgie, S. 117-120. – WAGNER, Sidérurgie, S. 61-67.
21 FRANZ, Eisenindustrielle, S. 155-175. – UNGEHEUER, Eisenindustrie, S. 102-168. – WAGNER, Sidérurgie, S. 68-112.
– Zur Eisenindustrie zur Zeit der Ersten Republik und des Grand Empire vgl. die ausgezeichnete Studie: WORONOFF,
Denis, L´ìndustrie sidérurgique en France pendant la révolution et l´empire, Paris 1984.
22 FRANZ, Eisenindustrielle. – PAULY, Proto-industrialisation, S. 49. – STEFFES / STEFFES, Sidérurgie, S. 51-59. –
WAGNER, Sidérurgie, S. 113-134.
23 KIEFFER, Sidérurgie, S. 140. – LEBOUTTE / PUISSANT / SCUTO, Histoire industrielle, S. 23-25. – UNGEHEUER,
Eisenindustrie, S. 168-190. – WAGNER, Sidérurgie, S. 128-211.
41
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
III. Metamorphosen der
Eisenindustrie: das Fallbeispiel
Weilerbacher Hütte
Im Folgenden möchte ich das Beispiel eines
Hüttenwerkes vorstellen, weil es die Industri­alisierung alten und neuen Typs anschaulich macht. Es handelt sich um ein Eisenwerk,
dessen Eigentümer Luxemburg immer verbunden blieben, auch wenn der Betrieb wegen der Grenzziehung des Wiener Kongresses
seit 1815 auf preußischem und später deutschem Staatsgebiet lag. Es handelt sich um
die „Weiler­bacher Hütte“ in der Gemeinde
Bollendorf.
Mit Hilfe meiner Untersuchung möchte
ich vier Fragen beantworten:
1. Warum überstand ausgerechnet die Weilerbacher Hütte – anders als die meisten anderen
alten Hüttenwerke der Region – die Ent-Industrialisierung der Südeifel?
2. Wie wirkten sich die rasch wechselnden
wirtschaftlichen und politischen Rahmenbedingungen auf die Entwicklung des Weilerbacher Hüttenwerkes aus?
3. Welche Position nahm dieses Werk innerhalb
der Eisenindustrie der Region ein?
4. Welche politische, gesellschaftliche und
wirtschaftliche Rolle spielten die Hüttenunternehmer selbst auf lokaler, regionaler, nationaler
und internationaler Ebene?
1. Anfänge
Lange vor der Gründung des Weilerbacher
Hütten­werks ließ die Abtei Echternach in der
so genannten „Altschmiede“ in Bollendorf
Eisenerz verhütten. Dieses Werk lag zwar
verkehrs­günstig an der Sauer, litt aber erheblich unter den zahlreichen Hochwassern des
kleinen Flusses.­ Daher verlegte Abt Emmanuel
Limpach, der sich sehr für das Eisenhütten­wesen
interessierte, im Jahre 1775 das Werk einige
Kilometer nach Süden, nach Weilerbach, wo
ein zugleich flussnaher und hochwassersicherer
Standort zur Verfügung stand. Darüber hinaus
lieferten zwei Bäche, die von dem Ferchweiler
Plateau herab in die Sauer flossen, genügend
Wasser für die geplanten Hammer- und Spaltmühlenanlagen. Erze wurden aus Mersch und
den nahen Eifelorten Mettendorf und Kruchten­
angeliefert. Das Merscher Erz wurde von Lastkähnen gebracht; aus den beiden Eifelorten
kam es mit Fuhrwerken. Zudem sicherte der
Holzreichtum der Gegend die Versorgung des
Werkes mit Holzkohle. Aus der Quinter Hütte
wurde ein moderner Hochofen mit Wind­gebläse
beschafft. Neben der technischen Anlage entstand unter der Leitung des Architekten Paul
Mungenast ein kleines Schloss mit Barockgarten, das 1780 fertig gestellt wurde. Auch der
Abt lebte hier. Acht Jahre später erreichte der
Konvent durch seine Intervention beim Erzbistum Trier, dass Limpach die Betriebsleitung an
Paul Mungenast abtrat und sich wieder mehr
seinen geistlichen Aufgaben widmete24.
Als Konsequenz der Eroberung des
Herzog­tums Luxemburg durch die Truppen
der ­französischen Republik zwischen 1793
und 1795 kam diese Region unter ­französische ­Verwaltung. Wie zuvor im ­französischen
Kernland wurden nun auch hier die Güter der
geistlichen Institutionen ver­staatlicht und an kapitalkräftige Interessenten versteigert. Das Weilerbacher Hüttenwerk wurde im Oktober 1795
nationalisiert. Die Anlage lag jahrelang still,
weil das französische Militär wichtige Betriebsmittel während der Belagerung der Festung
Luxemburg (1794/95) beschlagnahmt hatte.
Das Nationalgut Weilerbacher Hütte wurde auf
einen Wert von 63.000 Livres geschätzt25.
24 Zur Geschichte der Weilerbacher Hütte grundlegend: NEU, Peter, Eisenindustrie in der Eifel. Aufstieg, Blüte und
Niedergang (Landschaftsverband Rheinland. Amt für rheinische Landeskunde. Werken und Wohnen. Volkskundliche
Untersuchungen im Rheinland, Bd. 16), Köln, Bonn 1988. – COLLJUNG, Paul, Abt Emmanuel Limpach – Bauherr von
Schloß Weilerbach, Schmittherr und Industrieller. In: Heimatkalender Landkreis Bitburg-Prüm, 1993, S. 70-74. – MERSCH,
Jules, Les Familles Servais, in: Biographie Nationale du Pays de Luxembourg depuis ses origines jusqu´a nos jours, Bd. 20.
Luxemburg 1972, S. 445. – Zu den Aspekten der Denkmalpflege bei der 1992 abgeschlossenen Renovierung des Schlosses
vgl. BERENS, Michael, Schloß Weilerbach an der Sauer wurde wiederhergestellt und festlich eingeweiht. Zur
Geschichte und Wiederherstellung des Schlosses, in: Heimatkalender Landkreis Bitburg-Prüm, 1993, S. 59-60. Zur Schlossbautätigkeit Mungenasts und des Echternacher Klosters vgl. SCHMITT, Michel, Die Bautätigkeit der
Abtei Echternach im 18. Jahrhundert (1728-1793). Ein Beitrag zur Geschichte des luxemburgischen Bauwesens im
Barockzeitalter. Luxemburg 1970, S. 204-213. Bauwesens im Barockzeitalter. Luxemburg 1970, S. 204-213.
25 LHA Koblenz, Best. 300, Nr. 118. – LEFORT, Alfred, Histoire du Département des Forêts (Le duché de Luxembourg de
1795 à 1814) d’après les archives du Gouvernement Grand-Ducal et des documents françaises inédites, in: Publications de
la Section historique de l’Institut grand-ducal de Luxembourg, 50, 1905, S. 284. – Zum Vergleich der Größenordnungen:
Die Gebäude und sonstigen Besitztümer des Benediktinerkonvents in Echternach wurden auf insgesamt 161.020 Livres
geschätzt. – Ebenda, S. 283.
42
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
2. Die Ära Légier
a) Die Übernahme der Hütte durch Légier
Am 16. März 1797 erwarben ein früheres ­Mitglied des Echternacher Benedikt­iner­konvents,
Michel Luxemburger, nun in Trier an­sässig,
und der Bürger Légier, der in der Stadt ­Luxemburg wohnte, die Weilerbacher Hütte. Nach
dem Bestandsverzeichnis des Nationalgutes
„Weilerbacher Hütte“ hatten die erworbenen Güter zum Zeitpunkt ihrer Versteigerung folgenden Umfang: zwei Schlackenpochwerke, einen
Hochofen mit Formerei und Kohlenscheune,
zwei Grobhämmer, einen Kleinhammer, eine
Gießerei, zwei Teiche und ein Reservoir für
die Wasserversorgung der Fabrikanlagen, drei
„schöne Häuser“ und einen großen Garten.
Diese Anlage erstreckte sich auf einer Fläche
von 14 Morgen. Außerhalb dieses Geländes
gehörten zu den versteigerten Gütern: die Mühle
von Ferschweiler, ein Morgen Wiese, die zum
Zinshof von Diesburg gehörte, sowie eine etwa
gleichgroße Wiese zwischen der Sauer und dem
Wald Komesbusch, ein Weiher, der Kanal für das
Wasser des Gutbachs im Kammersbusch, der
Kanal der Schmiede, ein Landstück am Ufer der
Sauer, auf dem die Eisenerze gelagert wurden,
die mit Nachen aus Ettelbruck und anderen Orten
herangeschafft wurden, sowie eine Insel von
etwa eineinhalb Morgen Fläche in der Sauer26.
In dieser Zeit ersteigerten Légier und seine
Frau auch umfangreiche Ländereien in der
Umgebung, in der Regel wiederum gemeinsam mit anderen Personen27. In der Folgezeit
übernahm Légier die Leitung der Weilerbacher
Hütte, die sich, wie oben bereits dargestellt, in
einem sehr desolaten Zustand befand. Doch
als einer der wichtigsten Funktionsträger der
französischen Regierung in den eroberten
Gebie­ten der südlichen Niederlande konnte sich
Charles Nicolas Vincent Légier zunächst kaum
um seinen neuen Besitz kümmern.
b) Légier als Träger öffentlicher Funktionen
Nicolas Vincent Légier war am 6. Dezember
1754 als zweiter Sohn einer wohlhabenden
Familie in Blois an der Loire geboren worden.
26
Nach dem Studium der Rechte wurde der junge
Légier Prokurator am königlichen Gerichtshof in Paris und arbeitete zugleich als Rechts­
anwalt. 1789 schloss er sich der revolutionären
Bewegung an und leitete eine Sektion der Ur­
wählerversammlungen in Paris. Im selben Jahr
übte er in Paris das Amt eines Friedensrichters
aus, doch schon zwei Jahre später wurde er
im Zuge der Radikalisierung der Revolution
wieder aus diesem Amt entfernt. Fernab von
Paris arbeitete er danach als außerordentlicher
Kommissar am Aufbau der französischen Verwaltung in den südlichen Niederlanden mit.
Seit Juni 1793 wirkte er als Militärstaatsanwalt
bei der Rheinarmee. Nach Auseinandersetzungen mit den Militärbehörden kehrte er nach
Paris zurück.
Wenig später beauftragte ihn die
Regierung erneut, beim Aufbau der fran­zö­
sischen Verwaltung Belgiens mitzuwirken.
Nach der Kapitulation der österreichischen
Besatzung der Festung Luxemburg im Juni
1795 lebte er in der Festungsstadt und wurde
am 18.11.1795 zum Regierungskommissar bei
der Zentralverwaltung des Wälderdepartements
ernannt28. Im März 1797 wurde er Abgeordneter
der gesetzgebenden Versammlung, des Rats
der Fünfhundert. Unter der Konsulatsverfassung war Légier seit Dezember 1799 Mitglied des Tribunats – der zweiten Kammer der
Legis­lative. Nachdem er in Opposition zum
napoleonischen Regime geraten war, wurde
er 1802 von dieser Versammlung ausgeschlossen und lebte fortan mit seiner Familie
in Weilerbach29.
c) Légier in Weilerbach
Der Hüttenbetrieb, der sich bis dahin noch
immer in einem sehr schlechten Zustand
befand, nahm nun einen raschen Aufschwung
und brachte seinem Eigentümer gute Gewinne.
Seine Erze bezog er vor allem aus Mersch,
Kruchten und Mettendorf.
Nach einer Erhebung der Bewertungskommission für das Wälderdepartement
vom 14. August 1813 leitete der Eigentümer
LHA Koblenz, Best. 300, Nr. 118.
27 Ebenda, Nr. 117, 132, 156, 204.
28 HOLZBERGER, Hiltrud, Herr Légier von Weilerbach. Ein Leben in bewegter Zeit zwischen Orléans-Mons-
Luxemburg-Bollendorf. In: Landkreis Bitburg-Prüm. Heimatkalender 1996, S. 38-40. – ANL, B 860. Schreiben der
Regierungskommissare für die eroberten Gebiete, Brüssel, 27 Brumiaire des 4. Jahres der Republik. – ANL, B 759. –
LEFORT, Département des Forêts, S. 87f., 154-160.
29 HOLZBERGER, Légier (1996), S. 41-43. – LEFORT, Département des Forêts, S. 155.
43
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
seinen Betrieb selbst. Er beschäftigte insgesamt 25 Personen, darunter einen Hüttenmeister und einen kaufmännischen Angestellten
sowie 23 Arbeiter. Fünf dieser Arbeiter hielten
den Schmelzofen in Betrieb, sechs die beiden
Grobhämmer und sieben die Gießerei. Wegen
zahlreicher Betriebsunterbrechungen waren
die Arbeiter nicht dauerhaft bei Légier
beschäftigt. Das Werk verarbeitete in diesem
Jahr 135.000 Kilogramm Eisenerz und er­
zeugte 86.400 Kilo­gramm Roheisen. Legier
erlöste mit dieser Produktion 13.824 Franken,
denen Gesamtkosten von 10.324 Franken
gegenüber standen. Die Holzkohle stellte
mit 46% der Kosten den wichtigsten
Kostenfaktor dar, es folgte das Eisen­erz mit
40%. Die Löhne der Arbeiter – der durchschnittliche Tagelohn war 1,5 Franken machten dagegen nur einen Anteil von 3,3%
der Kosten aus. Die Profitabilität lag bei einer
Gewinnspanne von rund 25% bemerkenswert
hoch, denn die Jahresproduktion wurde in
ledig­lich 52 Tagen erbracht. Die Erzeugnisse
der Hütte wurden überwiegend in der unmittelbaren Umgebung des Werks abgesetzt30.
d) Die Weilerbacher Hütte und die
Eisenindustrie des Wälderdepartements
Die Weilerbacher Hütte war nach Produktionsausstoß und Beschäftigtenzahl eines der kleinsten Werke des Wälderdepartements. Während
in Weilerbach nur sechs Hütten­arbeiter beschäftigt waren, arbeiteten in Orval, dem größten
Werk des Departements, 21 Arbeiter. Bei diesen
Personen handelte es sich um das Fachpersonal.
Der durchschnittliche Tageslohn dieser Arbeiter
belief sich auf 2 Franken und 75 Centimes. Für
die nicht ständig beschäftigten Arbeiter gibt die
Statistik nur die Tage an, in denen Lohnarbeit geleistet wurde. Die Löhne dieser geringer quali­
fizierten Arbeitskräfte betrugen nicht einmal die
Hälfte der Facharbeiterlöhne: durchschnittlich
1,35 Franken. Hinsichtlich der Rentabilität ergibt sich ein deutlich anderes Bild. Hier lagen
die kleinen Eifelhütten in Eisen­schmitt und
Malberg an der Spitze, die einen Gewinn von
33 bis 37% aufweisen. Das große Werk in Orval
bildet mit weniger als 12% das Schlusslicht und
die Weilerbacher Hütte liegt mit 28% hinter
Grundhof und vor Dommel­dange an zehnter
Stelle. Zumindest was die Rentabilität im Jahr
1811 betrifft, befindet sich die Weilerbacher
Hütte im Vergleich mit den übrigen Eisen­werken
des Wälderdepartements in einer überaus
günstigen Position31.
Dieser Versuch, die Weilerbacher Hütte
in ihr industrielles Umfeld einzuordnen, führt
schließlich auch zu der Frage, welche Bedeu­
tung die Eisenindustrie insgesamt für das
Wälder­departement hatte. Von den 68 Eisenwerken, die im Wälderdepartement existierten,
waren 1811 nur 51 in Betrieb. Sie verbrauchten rund 11 Millionen Kilogramm Roheisen
im Wert von 1,8 Millionen Franken. Der Bedarf der Eisenwerke an Kohlholz, der teilweise
auch aus den benachbarten Departementen gedeckt wurde, betrug rund 145.000 Raum­meter
im Wert von rund 0,5 Millionen Franken. Die
Holzfäller- und Köhlereiarbeiten und den Transport der Holzkohle zu den Eisenwerken erfor­
derten rund 93.000 Manntage und rund 59.000
Arbeitstage von Pferden im Gesamtwert von
215.000 Franken. Insgesamt 293 Arbeiter waren
in den Eisenwerken beschäftigt; sie arbeiteten
65.090 Tage im Wert von 174.000 Franken. Das
heißt, die Eisenwerkarbeiter arbeiteten pro Jahr
durchschnittlich rund 222 Tage. Diese Jahresarbeitsleistung auf die Produktion der Holzkohle
umgerechnet, würde bedeuten, dass hier weitere
418 Personen beschäftigt gewesen wären, insgesamt also 711. Diese grobe Schätzung gibt
freilich nur eine Mindestzahl an, denn ein Großteil der Holzarbeiten wurde im Nebenerwerb
durchgeführt. Insgesamt wurden 7,7 Millionen
Kilogramm Eisen im Wert von 3,3 Millionen
Franken produziert. Der erwirtschaftete Gesamtgewinn belief sich auf 775.000 Franken32.
Eine umfangreiche Denkschrift des Präfekten aus dieser Zeit beurteilt die Bedeutung
der gesamten Eisenindustrie im Wälderdepartement folgendermaßen: Die Arbeit dieses
Wirtschaftszweigs sei sowohl für den Staat als
auch für die Einwohner von großem Vorteil.
Sie beschäftige in dem nicht sehr fruchtbaren
Land 10.000 bis 12.000 Arbeiter und 6.000 bis
7.000 Pferde. Ohne sie bliebe die wichtigste
Ressource des Departements und zugleich auch
die wichtigste Einkommensquelle für den Staat
30 LHA Koblenz, Best. 300, Nr. 89. - Ähnliche Größenordnungen bei NEU, Eisenindustrie.
31
ANL, B 25, Nr. 289.
32 ANL, B 26.
44
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
– der Wald - wertlos33. Dieses Bild von der
Bedeutung der Eisenindustrie mag etwas überzeichnet ge­wesen sein, denn die oben genannte
Statistik aus dem Jahre 1806 wartet mit deutlich
geringeren Zahlen auf34. Doch insgesamt war
die eisenschaffende Industrie und ihre Nebenbranchen – Holzkohlegewinnung, Erzbergbau,
Transportgewerbe – der wichtigste Industriezweig des Wälderdepartements.
e) Rolle der Légiers in Bollendorf
Aufgrund seiner gesellschaftlichen und wirtschaftlichen Stellung gehörte Légier zur höchsten
Klasse der Notabeln des Wälderdepartements.
So hatte Légiers Tochter den Gutsbesitzer
und Verwaltungsbeamten Emmanuel-Frédéric
Sarrazin geheiratet. Sarrazin wurde 1812 Maire
der Gemeinde Bollendorf, zog sich aber Ende
1813 mit seiner Familie vor den heranrückenden alliierten Truppen in das Innere Frankreichs zurück35.
Der inzwischen sechzigjährige Légier aber
blieb in Weilerbach, das von den auf dem Wiener Kongreß versammelten europäischen Großmächten wie alle ehemals luxemburgischen
Gebiete östlich der Our-Sauer-Mosel-Linie
zu Preußen geschlagen worden war. Die neue
Staatsgrenze trennte die Weilerbacher Hütte
von ihren alten Absatzmärkten in Luxemburg
und Frankreich. Nur mühsam konnte sie sich
gegen ihre neuen englischen, schwedischen und
belgischen Konkurrenten behaupten.
Légier starb Anfang 1827 zweiundsiebzig­
jährig in Weilerbach. Seine Frau kehrte nach
Frankreich zurück36. Erben von Schloß und Eisen­hütte Weilerbach, der Mühle von Fersch­weiler und der Burg Bollendorf wurde ein anderer
Zweig der Sippe Légier, das Ehepaar Lefort.
Johann Peter Lefort aus Echternach war Légiers
Hüttenmeister. Er heiratete eine Nichte Légiers
und wurde Ende 1813 Sarrazins Nachfolger als
Bürgermeister von Bollendorf. Dieses Amt übte
er bis Ende März 1848 aus, als er von Revolutionären aus der Gemeinde gewaltsam zum
Rücktritt gezwungen wurde. Acht Jahre später
starb er. Die Weilerbacher Hütte hatte er bereits
1827, dem Todesjahr Légiers, an einen der bedeutendsten Eisenhüttenherrn Luxemburgs verkauft: an Charles Joseph Collart37.
3. Die Ära Servais
a) Die Anfänge
Da Collart den Kaufpreis nicht vollständig bezahlte, verkauften Légiers Erben den Hütten­
komplex am 15. November 1832 an den Grundbesitzer Emmanuel Jean Antoine Servais aus
Mersch. Dieser übertrug die Leitung der Fabrik
seinen Söhnen Philippe und Bernard, deren
erste Sorge es war, den stillliegenden Hochofen
wieder in Stand zu setzen. Die Versorgung des
Werks mit Eisenerzen sollte durch Ausweitung
der Bergwerksrechte von den Erzminen der
Familie Servais bei Mersch aus über die Sauer
gewährleistet werden38.
Bis zum Beitritt Luxemburgs zum Deutschen Zollverein im Jahre 1842 wurden die
Erzeugnisse der Weilerbacher Hütte im Raum
Trier und im Saarland vertrieben, danach stand
ihnen auch der Markt des Großherzogtums
­offen. Die Nachteile der Grenzlage, die dem
Werk seit 1815 so zugesetzt hatten, waren somit
für über sieben Jahrzehnte beseitigt. 1843 wurde
die Produktionstechnik des Werkes durch die
Einführung eines Puddelofens erheblich verbessert. Erstmals konnte nun auch Steinkohle als
Brennstoff verwendet werden, so dass das Werk
allmählich von Holzkohle unabhängig wurde39.
Ab 1851 wurde auch Luxemburger Minetteerz
verhüttet40. Das heißt, ungefähr um die Mitte
des 19. Jahrhunderts vollzog das Weiler­bacher
Hüttenwerk den Wandel von der herkömm­lichen
Eisenindustrie zur neuen, auf der Grundlage von
Minetteerzen und Steinkohle.
33 Ebenda.
34 UNGEHEUER, Eisenindustrie, S. 103.
35 Ebenda, S. 43. – Über die kurzfristige Rückkehr Légiers auf die politische Bühne 1814 vgl. HOLZBERGER, Hiltrud,
36
37
38
39
40
Légiers letzter Auftrag im Wälderdepartement. Der französische Hüttenherr von Weilerbach vor dem Rückzug der
Franzosen aus Luxemburg (1814). In: Heimatkalender Landkreis Bitburg-Prüm, 1997, S. 22-25.
HOLZBERGER, Légier (1996), S. 43.
Ebenda, S. 42-44. - NEU, Eisenindustrie, S. 126.
MERSCH, Servais, S. 447-448.
LHA Koblenz, Best. 442, Akte 5042, S. 393-296.
MERSCH, Servais, S. 449. –WIDUNG, André, Der Anschluß des Großherzogtums Luxemburg an das Zollsystem Preußens
und der übrigen Staaten des Zollvereins. Luxemburg 1912. – CALMES, Albert, Der Zollanschluß des Großherzogtums
Luxemburg an Deutschland. 1842-1918. Erster Band: Der Eintritt Luxemburgs in den Deutschen Zollverein (1839-1842).
Luxemburg 1919.
45
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
b) Die wirtschaftliche und politische
Bedeutung der Familie Servais
Zur Illustration der wirtschaftlichen und politischen Bedeutung der Familie Servais in der
Region, aber auch auf internationaler Ebene,
möchte ich hier nur ein sehr prominentes
­Beispiel anführen. Mitglieder dieser Famlie
spielten im 19. Jahrhundert eine wichtige Rolle
im politischen Leben des Großherzogtums. Als
Fabrikanten und Ingenieure waren sie auch in
Deutschland aktiv.
Der bei weitem bekannteste Vertreter der
Familie Servais und eine der bedeutendsten Persönlichkeiten der luxemburgischen Geschichte
des 19. Jahrhunderts war Lambert Joseph
Emmanuel Servais41. 1811 in Mersch geboren,
besuchte er wie seine Brüder das Athenäum in
Luxemburg, wo er ein glänzender Schüler war.
1829 bis 1830 studierte er Jura in Gent, bis die
Turbulenzen der Belgischen Revolution den
Lehrbetrieb zum Erliegen brachten. Er ging
nach Paris, wo er sehr interessiert die Aufstände
beobachtete und Mitglied der Gesellschaft für
Menschenrechte wurde. 1831 beschloss er seine
Studien an der Universität Paris und ­erwarb 1833
an der Universität Lüttich den Doktorgrad. Dann
wurde er Anwalt in Arlon, wo er bis 1839 blieb.
1836 bis 1839 vertrat er den Kanton Mersch im
Luxemburger Provinzialrat und wurde für zwei
Jahre dessen Sekretär. 1832 gründete er gemeinsam mit Viktor Tesch die Zeitung „L´Echo du
Luxembourg“, in der auch die Rechtsanwälte
Charles Metz und Georges Wurth mitarbeiteten.
Am 5.5.1838 gründete er gemeinsam mit anderen luxemburgischen Notabeln die „Société
Centrale patriotique du Luxembourg“, die
sich gegen die Teilung des Großherzogtums
wandte. Vergeblich - Luxemburg wurde gemäß
dem Londoner Vertrag vom 19. April 1839 geteilt. Belgien erhielt zwei Drittel des Territoriums und die Hälfte der Bevölkerung des alten
Staatsgebiets. Das verkleinerte Großherzogtum
umfasste Luxemburg in seinen heutigen Staatsgrenzen. Servais fand sich mit den neuen Verhältnissen ab und arbeitete von nun an aktiv in
der Politik des Landes mit.
Im Folgenden seien lediglich die wichtigsten Ämter und Funktionen aufgezählt, die er bis
zu seinem Tode im Jahr 1890 ausübte: Mitglied
der Ständeversammlung des Großherzogtums
1842-1848. Seit 1843 Mitglied des Gemeinderates, seit 1845 Schöffe der Stadt Luxemburg.
1848 gehörte er als Mitglied der verfassungs­
gebenden Nationalversammlung des Großherzogtums dem Ausschuss an, der die neue Verfassung des Landes ausarbeitete; mehr noch, als
Mitglied einer dreiköpfigen Arbeitsgruppe dieses
Ausschusses formulierte er neben Charles
Munchen und Charles Metz die neue Verfassung
maßgeblich mit. Nach den Wahlen im August
1848 wurde er einer der drei luxemburgischen
Abgeordneten in der Deutschen National­
versammlung in der Frankfurter Paulskirche.
1852 bis 1857 übte er das Amt eines Richters am
obersten Gerichtshof des Großherzogtums aus.
1853 bis 1857 war Emmanuel Servais Minister
für Finanzen, Landwirtschaft und Handel, 1857
bis 1867 Mitglied des Staatsrats. 1867 vertrat er
neben dem Regierungschef Tornaco die Interessen Luxemburgs auf der Londoner Konferenz, in
der die europäischen Großmächte über die Neutralisierung des Landes entschieden. 1867 löste
er Tornaco als Staatsminister ab und leitete die
Regierung in den krisenhaften Jahren bis 1874.
Von 1874 bis 1887 war er Präsident des Staatsrates und wirkte von 1875 bis zu seinem Tode im
Jahre 1890 als Bürgermeister der Stadt Luxemburg. Seit 1887 war er Präsident der Abgeordnetenkammer und vereidigte in dieser Funktion
kurz vor seinem Tode den künftigen Großherzog
Adolf aus dem Hause Nassau-Weilburg auf die
Verfassung des Landes42.
Emmanuel Servais hatte also an allen
bedeutenden politischen Ereignissen, die das
Großherzogtum Luxemburg zu seinen Leb­
zeiten berührten, selbst und zum großen Teil
auch maßgeblich mitgewirkt. Eines seiner
wichtigsten wirtschaftspolitischen Ziele war
der Ausbau des Eisenbahnnetzes, nicht zuletzt der Prinz-Heinrich-Bahn, die auch das
Sauertal hinauf­führte. Der politische Einfluss
der Weilerbacher Hüttenunternehmer trug
somit wesentlich dazu bei, eine der wichtigsten Voraussetzungen für das wirtschaftliche
Überleben ihres Werkes zu schaffen: die Anbindung an die Eisenbahn.
41 SERVAIS, Emmanuel, Autobiographie. Luxembourg 1895. Réédition Luxembourg 1990.
42 MERSCH, Servais (wie Anm. 2), S. 473, 474, 477, 483-486, 488-490, 493-501, 503-518. – CALMES, Christian /
BOSSAERT, Danielle, Geschichte des Großherzogtums Luxemburg, Luxemburg 1996, S. 31-54, 83-91, 99-103, 122-34,
151-160, 292. – COLLART, Auguste, Am Wege zur Unabhängigkeit Luxemburgs, Luxemburg 1938, S. 407-410, 428.
46
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
c) Die Blüte der Weilerbacher Hütten- und
Eisenwarenwerke
In den Jahren des Zollvereins zwischen Luxemburg und Preußen erlebte die Weilerbacher
Hütte ihre Blütezeit. Dabei wurde ein neuer
Schwerpunkt auf die Produktion landwirtschaftlicher Geräte gelegt. Ein Bericht des Landrats
des Kreises Bitburg an die Bezirksregierung in
Trier vom 15.9.1852 bestätigt dies und gibt an,
dass zu dieser Zeit 120 Arbeiter im Alter von 18
bis 40 Jahren 300.000 Pfund Gusserzeugnisse,
400.000 Pfund Roheisen und 250.000 Pfund
Stabeisen produzierten. Die Erzeugnisse wurden im Rheinland, an Mosel und Saar und in
Luxemburg verkauft. Da die englische Konkurrenz die Preise für Roheisen drückte, hätten die
Betreiber der Hütte im vergangenen Jahr eine
Fabrik für landwirtschaftliche Geräte angelegt,
die sehr vielversprechend sei43.
Mit der Produktion von Säh- und Dreschmaschinen sowie Pflügen erreichte die Weilerbacher Hütte rasch eine hervorragende Stellung
vor allem auf dem lokalen Markt. Dass sich ihre
Produkte nun auch international einen guten
Ruf erworben hatten, zeigt die Tatsache, dass
Zar Nikolaus von Russland im Jahre 1854 vier
Pflüge in Weilerbach bestellte. 1868 ließen die
Brüder Servais in Weilerbach eine Werkstatt
für Metallbau errichten und verbesserten die
technische Ausstattung der Produktions­anlagen
weiter. 1869 rüsteten sie ihren Puddelofen
mit einem Windfrischer der Firma Siemens
aus, dem ersten seiner Art auf dem Gebiet des
Deutschen Zollvereins44.
1878 übernahm Emmanuel Servais´ Sohn
die Firmenleitung. Unter ihm setzte ein weiterer Modernisierungsschub ein. Emile Servais
war 1847 in Luxemburg geboren, studierte
nach seinem Abitur am Luxemburger Athenäum von 1863 bis 1868 an der Bergbauakademie in ­Lüttich, die er nach einem glänzenden ­Examen mit einem Ingenieurdiplom
verließ. Nach einem­ Praktikum leitete er 1869
bis 1872 ein Eisenwerk der Familie Servais in
Eschweiler, danach das Werk in Colmar. 1877
hatte er maßgeblichen Anteil an der Gründung der Prinz-Heinrich-Eisenbahngesell-
schaft – die zweite luxemburgische Eisenbahngesellschaft, neben der Wilhelm-von-Luxemburg-Bahn, die sich in deutschem Besitz
befand. In den folgenden Jahrzehnten wirkte
er in den Verwaltungsräten zahlreicher Unternehmen der luxemburgischen Eisenindustrie
mit und wurde einer der Mitbegründer der luxemburgischen Ingenieur- und IndustriellenVereinigung. Doch im Zentrum seiner Arbeit
stand die Leitung der Weilerbacher Hütte. Er
ließ drei Turbinen aufstellen und 1879 den alten Hochofen abreißen. Die beiden alten wassergetriebenen Schmieden wurden 1882 durch
eine dampfbetriebene Anlage ersetzt. Die Produktion wurde endgültig auf große Gussstücke,
Baumaterialien aus Stahl und auf Maschinen
konzentriert, die in der Landwirtschaft und im
Weinbau verwendet wurden. Die in Weilerbach
produzierten Heizöfen fanden im Großherzogtum und in der Eifel weite Verbreitung45.
1892 wurde auf dem Gelände der Fabrik
eine Emaillerie und eine Vernickelungsanlage
errichtet. 1902 erhielt die Gießerei über eine
­eigens gebaute Brücke einen direkten Anschluss an die luxemburgische Prinz-HeinrichBahn auf dem gegenüberliegenden Ufer der
Sauer. Der größte Teil des Werkes lag nun am
Sauerufer; lediglich die Dampfschmiede befand sich noch auf dem ursprünglichen Gelände
des Werks. 1914 waren in den Weilerbacher
Fabriken der Familie Servais 230 Personen beschäftigt. Die Arbeiter kamen wie schon in den
Anfangs­zeiten der Hütte im 18. Jahrhundert
aus Bollendorf und den benachbarten Dörfern
Ernzen und Fersch­weiler. Das Büropersonal
stammte dagegen zumeist aus Echternach46.
Dank seiner günstigen Lage am Ufer der
Sauer, der Anbindung an das luxemburgische
Eisenbahnnetz und vor allem durch den Zollverein Luxemburgs mit dem Deutschen Reich
hatte das Weilerbacher Werk die tiefgreifenden politischen, sozialen, ökonomischen und
tech­nischen Umwälzungen des 19. Jahrhunderts überstanden. Alle anderen Hütten in der
Süd­eifel dagegen waren, mit Ausnahme der
Quinter­ Hütte bei Trier, im Laufe dieser Epoche gezwungen, ihren Betrieb einzustellen.
43 LHA Koblenz, Best. 442, Akte 4439, fol. 4.
44
MERSCH, Servais, S. 450.
Ebenda, S. 450f, 592-594.
46 Ebenda, S. 453f. – NEU, Eisenindustrie, S. 126.
45
47
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
d) Niedergang durch Kriege und
nationalsozialistische Repression
Nach dem Ersten Weltkrieg schied Luxemburg
aus der Zollunion mit dem Deutschen Reich
aus. Damit war das Weilerbacher Werk wieder,
wie schon ein Jahrhundert zuvor, durch hohe
Zollmauern von seinen wichtigsten Absatzmärkten getrennt. In diesen schweren Jahren
übernahm Emile Servais´ Sohn Maurice die
Leitung des Unternehmens. Tatkräftig unterstützt durch seine Frau Marguerite gelang es
ihm durch die Entwicklung neuer Produkte,
insbesondere durch Gussöfen mit doppelter
Luftzirkulation, das Unternehmen auch in diesen schwierigen Zeiten zu erhalten47.
Nachdem bereits die Folgen der Weltwirtschaftskrise von 1929 das Weilerbacher
Werk schwer getroffen hatten, musste sich der
luxemburgische Staatsbürger Maurice Servais
nach 1933 mit den „Germanisierungs“-Bemühungen der neuen Machthaber auseinandersetzen. 1936 arbeiteten nur noch 50 Beschäftigte
in seinem Betrieb. Weil er sich im Verlauf des
Krieges weigerte, in seinem Werk Rüstungsgüter zu produzieren, wurden ihm in einem
solchen Maße wichtige Rohstoffe vorenthalten, dass eine wirtschaftliche Produktion von
Heizöfen kaum noch möglich war. 1944 stand
sein Betrieb kurz vor der Enteignung. Ein Teil
des Weilerbacher Werkes wurde einer Firma
zugewiesen, deren Produktionsstätten alliierten Bombenangriffen zum Opfer gefallen
waren. Anfang September kam die Produktion
völlig zum Erliegen, da die deutschen Truppen bei ihrem Rückzug vor den vorrückenden Amerikanern die Sauerbrücke sprengten,
die das Werk mit der Eisenbahn­linie verband.
Servais floh unter Lebensgefahr nach Luxemburg. Als er im März 1945 nach Weilerbach
zurückkehrte, war das Werk stark beschädigt.
Doch während die Schmiede völlig unbrauchbar geworden war, konnte die Gieß­erei die
Produktion der Öfen wieder aufnehmen, die
in dieser Zeit guten Absatz fanden. Dennoch
wurde nach dem Tode von Maurice Servais
im August 1951 die Liquidation der Gesellschaft eingeleitet. Am 29. Mai 1959 schloss
die Weiler­bacher Eisenwarenfabrik endgültig
ihre Pforten48.
Fazit
Mit dem Ende der Weilerbacher Hütte brach
eine Tradition ab, die bis ins 18. Jahrhundert
reichte. Sie verdankte ihr Entstehen dem tech­
nischen und wirtschaftlichen Interesse des
Abtes der Echternacher Abtei St. Willibrord,
der die Besitztümer des Klosters im rationalistischen Geist der Aufklärung zu nutzen gedachte.
Als Oberhaupt der alten Benediktinerabtei war
Limpach andererseits ein typischer Vertreter der
Eliten des Ancien Régime, dessen Wirkungskreis weit über die Region hinausreichte.
Als ehemals geistlicher Besitz gelangte
das Hüttenwerk in die Hände eines exponierten
Vertreters der neuen Eliten: Bereits unter dem
Ancien Régime über beachtlichen Wohlstand
verfügend, war Nicolas Vincent Légier von liberaler Gesinnung, juristisch gebildet und in
der Folge der Revolution zu politischem Einfluss und großem Reichtum gelangt. Auch die
ersten Mitglieder der Familie Servais, die das
Werk seit 1832 leiteten, können als typische
Repräsentanten der Eliten ihrer Epoche gelten.
Nachdem Angehörige dieser Familie bereits
­unter dem Ancien Régime und in den Epochen
der französischen, niederländischen und belgischen Herrschaft in Luxemburg wichtige öffentliche Funktionen ausgeübt hatten, gelang
der Familie mit dem Erwerb der Weilerbacher
Hütte der Aufstieg in die Reihen der Industriellen. Typisch ist auch das politische Engagement
der juristisch gebildeten, liberalen Gründer­
generation – wofür Emmanuel Servais als
besonders herausragendes Beispiel gelten kann.
Bei den letzten beiden Generationen der
Eigentümer der Weilerbacher Hütte, die sich
nicht mehr auf eine juristische, sondern auf
eine technische Ausbildung stützten, ist eine
Konzentration auf technische und wirtschaftliche Aktivitäten zu beobachten, während die
Politik in den Hintergrund trat. Eine wichtige
Existenzgrundlage der Hütte war die Bereitschaft zu technischen Innovationen, und diese
erforderte eine entsprechende Qualifikation der
Werks­leitung. Doch noch immer spielten die
besonders intensiven Beziehungen der Familie
zu den führenden Kreisen Luxemburgs für
den Bestand des Werks eine besondere Rolle:
47 Ebenda, S. 454. – CALMES / BOSSAERT, Großherzogtum Luxemburg, S. 319.
48 MERSCH, Servais (wie Anm. 2), S. 456f. – NEU, Eisenindustrie, S. 126f.
48
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
Dies zeigte sich vor allem bei der Frage der An­
bindung der Weilerbacher Hütte an das luxemburgische Eisenbahnnetz.
Doch die wichtigste Grundvoraussetzung
für das Prosperieren der Weilerbacher Hütte
war die wirtschaftliche Einheit der Gebiete links
und rechts der Sauer. Die Hütte war immer dann
gefährdet, wenn Kriege sie von Ressourcen und
Absatzmärkten abschnitten, oder auch, als die
von den Mächten des Wiener Kongresses gezogene politische Grenze entlang der Sauer wirtschaftlich wirksam war. Sie blühte im späten
Ancien Regime, in der napoleonischen Epoche
und während des Zollvereins zwischen Preußen
und Luxemburg. Dank günstiger politischer
Rahmenbedingungen und der technischen Innovationsfähigkeit ihrer Eigentümer überlebte
sie zwar den Niedergang der Eisenindustrie in
Ardennen und südlicher Eifel, doch wurde sie
schließlich eines von ungezählten Opfern der
Kriegspolitik deutscher Regierungen im 20.
Jahrhundert. Das Beispiel des Weilerbacher
Hüttenwerks zeigt einen zeittypischen Wechsel
der wirtschaftlichen und politischen Eliten.
Unser Fallbeispiel bestätigt somit die
These, die wir nach unserer Skizze der
Entwicklungsgeschichte der luxemburgischen
Eisenindustrie alten Typs formuliert haben:
Neben dem Zugang zu Rohstoffen, Energieträgern und Absatz­märkten waren es vor allem die
politischen Rahmenbedingungen, die letztlich
über Prosperität oder Niedergang der Eisenindustrie entschieden. Trotz einer Fülle von
Einzelforschungen zu diesem Thema sind große
Forschungslücken zu diesem Themenbereich
festzuhalten: Es fehlen Studien über die Zusammenhänge von Familiennetzwerken und wirtschaftlicher Entwicklung früher Eisenkonzerne
des Wälderdepartements und darüber hinaus. Es
fehlen Studien, die Zusammenhänge der Eisenproduktion mit anderen Wirtschaftszweigen
untersuchen. Es fehlt eine zusammenhängende
Sozialgeschichte der Arbeitskräfte, die in den
Werken selbst oder in ihren Zuliefergewerben
arbeiteten – von den Holzfällern über die Köhler und Transportarbeiter hin zu den hochqualifizierten Spezialisten, die den Kern der Betriebe
bildeten. Und es fehlt eine umfassende Studie,
die die politische, wirtschaftliche und kulturelle Dimension der Geschichte der luxemburgischen Eisenindustrie in ihren transnationalen
Zusammenhängen analysiert.
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49
Terres Rouges
Metamorphosen der Eisenindustrie: Industrialisierung vor der Industriellen Revolution in Luxemburg
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Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
L’industrie sidérurgique vue par
l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966),
poète francophone
Frank Wilhelm
Le recueil poétique de Paul Palgen La Pourpre
sur les crassiers a été édité à MézièresCharleville par les soins de la Société des
écrivains ardennais, en 1931. Comme l’auteur
était en même temps ingénieur au service de
l’industrie sidérurgique, il apparaît comme un
témoin de premier choix d’une époque où la
richesse du Grand-Duché a été – littéralement –
« forgée » par des dizaines de milliers d’ouvriers
et d’employés de cette importante activité économique qui, dans le petit pays, fonctionnait
comme un État dans l’État.
Mais dès l’entame de cette étude, il faut
préciser que la dimension « luxembourgeoise »
de ces poèmes ne sera guère explorée : ce serait
d’ailleurs difficile, car cet aspect apparaît peu
en vérité. Au contraire, il s’agit de privilégier
l’approche universelle, humaniste.
I. La littérature francophone
luxembourgeoise
À l’époque où paraît La Pourpre sur les
crassiers, dans les Ardennes françaises, le
champ littéraire francophone luxembourgeois
existe certes, mais atteint encore peu de masse
critique et se définit essentiellement à partir
de l’étranger. Il est d’ailleurs significatif que
Palgen, en l’absence de structures intellectuelles regroupant les créateurs luxembourgeois, se positionne comme membre des
« écrivains ardennais ».
Après l’un ou l’autre poète courtisan dans
l’Ancien Régime, notamment dans l’entourage
des rois de France, et après les débuts de la presse
francophone dans le Duché de Luxembourg
grâce au Journal historique et littéraire rédigé
par le jésuite François-Xavier de Feller qui
s’opposait à l’esprit des Lumières, l’emploi de
la langue française fut surtout le fait de la bourgeoisie luxembourgeoise héritière de l’idéologie libérale de la Révolution française, à partir du XIXe siècle. La meilleure illustration en
est fournie par Mathieu-Lambert Schrobilgen,
juriste, secrétaire communal et rédacteur du
Journal de Luxembourg, personnalité libérale
incontournable de la capitale. Il se signalait
aussi comme poète mondain formé à l’école de
Voltaire, qu’il admirait et imitait dans des pièces
de circonstance, spirituelles et un peu futiles,
dont certaines, toutefois, traitaient de sujets politiques à la gloire du roi grand-duc Guillaume
II, car ce rimeur rationaliste et francophile
était aussi un orangiste militant.
D’autres intellectuels de l’époque, à l’instar
de certains professeurs de l’Athénée de Luxembourg, ou l’une ou l’autre dame de la haute
société, publiaient, qui des essais historiques
ou littéraires, qui des récits de voyage ou des
poèmes lyriques en langue française, mais ces
auteurs ne peuvent guère figurer comme pionniers d’une littérature spécifique. Les sujets
qu’ils traitent concernent occasionnellement le
Grand-Duché et touchent habituellement des
thématiques plus générales, ce qui sera un des
traits caractéristiques de la littérature francophone à venir.
On notera que la littérature en langue allemande et la littérature en « allemand luxembourgeois » – terme utilisé d’abord pour désigner le
« luxembourgeois », qui allait devenir « langue
nationale » seulement en 1984 – sont nées dans
le premier tiers du XIXe siècle et sont volontiers
tournées vers l’évocation de la vie locale et matérielle, du fait que la pratique de ces langues
est à la portée de couches plus populaires. La
littérature francophone, liée à la classe sociale
de la bourgeoisie cultivée à scolarité plus poussée, est plutôt portée sur l’universel, le philosophique, et évite les sujets plus terre-à-terre.
Les deux premières œuvres majeures publiées par des Luxembourgeois en langue française ont paru hors des frontières nationales :
le roman postromantique Marc Bruno. Profil
d’artiste de l’étudiant en Droit Félix Thyes, en
1855 à Bruxelles, où il avait fait ses études, et
le recueil poétique symboliste Le Prince Avril
du juriste Marcel Noppeney, en 1907 à Paris, où
le poète avait étudié. Le troisième des écrivains
francophones luxembourgeois sera Paul Palgen,
51
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
le terme « écrivain » désignant une personne
publiant des ouvrages à ambition littéraire affichée. La Pourpre sur les crassiers est le quatrième recueil de Palgen ; sa carrière sera brièvement commentée à la fin du présent survol.
Force est en tout cas de constater que les
premiers ouvrages francophones dignes d’intérêt
ne sont pas publiés dans le Grand-Duché,
lequel, visiblement, ne propose pas encore
de références autonomes ni d’instance de reconnaissance. La même année (1931) où Palgen publie son premier recueil important1, en France,
paraît aux éditions des Cahiers luxembourgeois
le premier roman du Luxembourgeois Willy
Gilson, Le Chevalier aux fleurs : désormais, le
champ littéraire francophone se positionnera
davantage au Grand-Duché, encore que Palgen
ne publie plus qu’en France et en Belgique.
Pour être à peu près complet, il faut signaler que la presse a joué un rôle certain dans la
vie littéraire francophone débutante, à l’image
de L’Indépendance luxembourgeoise (18711934), uniquement rédigée en français, et des
revues Floréal (1907-1908) et Les Cahiers
luxembourgeois (1923-1940), où le français
avait la part belle.
II. Poésie et industrie lourde
L’industrie lourde comme thème littéraire avait
déjà donné quelques œuvres phares de la littérature française et francophone, auxquelles on
peut comparer le chant de Palgen à la gloire de
la sidérurgie.
En France, la référence absolue en ce
domaine, c’est Germinal (1885), roman dans
lequel Émile Zola montre le fonctionnement
d’une entreprise capitaliste, en l’occurrence
une mine de charbon dans le Nord de la France,
dont le propriétaire, un bourgeois cossu, exploite ses ouvriers qui finissent par se révolter. Zola s’était documenté sur le sujet de son
livre au point de descendre lui-même au fond
d’une mine de charbon. Dans l’exercice de son
métier technique, au contact des hommes, des
machines et de la matière, Palgen pouvait se documenter tous les jours pour ses poèmes à venir,
même s’il finit par troquer le casque de l’ingénieur de terrain contre le costume-cravate
du cadre commercial.
En 1896, le Belge Émile Verhaeren (18551916) publia à Bruxelles un recueil de poésie
socialisante au lyrisme frémissant, intitulé
Les Villes tentaculaires, qui remporta un franc
succès. C’est surtout la pièce « Les usines »
qui, pour la première fois, convoque avec les
moyens d’un langage rendu comme mécanique
l’univers industriel et les mutations sociales, urbanistiques et humaines :
Automatiques et minutieux,
Des ouvriers silencieux
Règlent le mouvement
D’universel tictaquement
Qui fermente de fièvre et de folie
Et déchiquette, avec ses dents d’entêtement,
La parole humaine abolie.
Plus loin, un vacarme tonnant de chocs
Monte de l’ombre et s’érige par blocs ;
Et, tout à coup, cassant l’élan des violences,
Des murs de bruit semblent tomber
Et se taire, dans une mare de silence,
Tandis que les appels exacerbés
Des sifflets crus et des signaux
Hurlent soudain vers les fanaux,
Dressant leurs feux sauvages,
En buissons d’or, vers les nuages.
Et tout autour, ainsi qu’une ceinture,
Là-bas, de nocturnes architectures,
Voici les docks, les ports, les ponts, les phares
Et les gares folles de tintamarres ;
Et plus lointains encor des toits d’autres
usines
Et des cuves et des forges et des cuisines
Formidables de naphte et de résines
Dont les meutes de feu et de lueurs grandies
Mordent parfois le ciel, à coups d’abois et
d’incendies.2
Il est probable que Palgen connaissait bien
l’œuvre de son confrère belge, lequel a été reçu
chez Émile Mayrisch, le premier président des
ARBED (Aciéries réunies de Burbach, Eich et
Dudelange, groupe fondé à son initiative, en
1911). À comparer leur thématique et leur traitement poétique, la genèse du recueil de Palgen
s’inscrit dans le sillage de celui de Verhaeren,
même si chez le Luxembourgeois le lyrisme est
beaucoup plus personnalisé. La vision moderniste de Palgen fait encore penser au reportage
1 P. Palgen avait débuté par deux recueils symbolistes parus à Luxembourg : La Route royale (1917) et Petits Poèmes
d‘amour (1918) ; son troisième recueil, déjà plus singularisé, Les Seuils noirs. Poèmes de la guerre 1914-1917, fut publié
à Luxembourg (G. Soupert) et à Paris (E. Figuière) en 1918.
2 « Les usines », Les Villes tentaculaires, Bruxelles, 1896.
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Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
étasunien de Georges Duhamel (Scènes de la
vie future, 1930).
En aval aussi, des œuvres artistiques
dédiées à l’univers industriel permettent de
mieux apprécier les vers du Luxembourgeois.
En 1934, donc trois ans après La Pourpre
sur les crassiers due à un écrivain proche d’une
firme sidérurgique, le poète communiste français Louis Aragon publia son recueil Hourra
l’Oural, un éloge dithyrambique du volontarisme économique prôné par le régime soviétique de Staline. En 1936, dans Modern Times,
Charles Chaplin3, l’ironie en plus, livrait sa façon de voir le capitalisme effréné. Enfin, pour
être complet, on peut signaler un recueil poétique plus récent, Mes jardins sont de terre
rouge (1983), de la poétesse lorraine Anne Blanchot-Philippi4. Cette poésie de femme ne repose
pas sur le culte de la violence et de l’esprit
conquérant que l’on trouve chez ses confrères,
mais se distingue plutôt par l’accent qu’elle
met sur l’aventure commune vécue par les
hommes et les femmes impliqués dans le
travail du fer.
II.1. Genèse, organisation et réception
du recueil
Pour ce qui est de la genèse de La Pourpre sur
les crassiers, nous savons que Paul Palgen a
dû mettre une dizaine d’années à composer le
recueil, bien qu’il existe peu de documents de
travail légués par le poète. Dès le n° VII de
l’année 1924 des Cahiers luxembourgeois fondés un an plus tôt, il y avait publié le poème
« Les fumées » (pp. 497-500). Et même, ce
texte était donné comme « extrait » de La Vallée ardente. Poèmes du fer. Mais ce recueil annoncé n’est jamais paru, à moins que ce soit le
premier titre de La Pourpre sur les crassiers.
Édition originale. Mézières-Charleville, Société des Écrivains ardennais, 1931.
3 Voir à ce sujet la brochure La Cinémathèque présente Live Cinéma 2009. Modern Times de Charles Chaplin, Luxem-
bourg, 2009.
4 Luxembourg, RTL éd. Voir Ferdinand STOLL, Anne Blanchot-Philippi ou la sorcellerie évocatrice, Luxembourg,
Publications du Centre universitaire, Études romanes n° 2, 1989.
53
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
Le recueil se compose de quatorze pièces
assez longues, de plusieurs pages, organisées en
strophes de vers tantôt réguliers – alexandrins,
octosyllabes, hexasyllabes – tantôt libres, où les
rimes finales sont plutôt exceptionnelles. Pour
la forme générale, le poète reproduit plus ou
moins des schémas en vigueur à la fin du XIXe
siècle en France : il reste en deçà des innovations formelles d’un Apollinaire vingt ans plus
tôt, par exemple, ou même du « Bateau ivre »
de Rimbaud.
La lecture de la Table des matières permet
de voir que les cinq premières pièces – « Les
fumées », « Les feux », « Les bruits », « Les crassiers », « Les côtes rouges » – sont dédiées surtout à l’évocation des éléments, du décor naturel et du traitement qu’on lui fait subir. Les
pièces suivantes – « L’animateur » (ce démiurge
se trouve au centre du recueil), « les ouvriers »,
« Les hécatombes », « Les enfants », « Les rançons » – développent la thématique proprement
humaine. Les trois dernières pièces – « La nuit »,
« Rythmes », « Les métamorphoses » – conjurent l’ambiance poétique, la dernière – « Exportations » – braque le regard sur l’aspect économique du travail sidérurgique, dans une dimension mondialiste, avec le pressentiment de ce
que l’on appelle aujourd’hui la globalisation.
La réception de La Pourpre sur les crassiers est assez déceptive, vu l’originalité de son
écriture : peu de comptes rendus nous sont parvenus. Pourquoi le recueil a-t-il été publié en
1931 ? Aucun texte explicatif à ce sujet émanant
du poète ou de l’éditeur n’est connu. Mais on
peut se demander si la grande crise économique
de 1930, qui allait frapper aussi l’industrie sidérurgique luxembourgeoise, n’était pas une
motivation suffisante pour publier le recueil à
ce moment-là. En 1932, les actions des ARBED
étaient cotées à leur cours le plus bas, soit 1.725
fr. au lieu de 14.000 avant la crise. Cela signifierait que l’ingénieur poète Palgen, qui s’était
spécialisé dans la commercialisation des produits sidérurgiques à l’échelle planétaire, se
serait livré, consciemment ou non, à une opération de promotion de la métallurgie. La poésie, en quelque sorte, au service de l’image de
marque de tout un secteur industriel !
Enfin, l’on notera que le nombre d’exemplaires vendus de La Pourpre sur les crassiers
s’élevait à cent cinquante, deux ans après la
parution du recueil, selon une lettre de l’auteur du 27 janvier 1933 citée par N. Klecker5.
Huit cents exemplaires avaient été imprimés.
Ces chiffres assez modestes illustrent la difficulté d’un poète d’une originalité avérée à se
faire connaître : Paul Palgen en concevait une
amertume certaine, même si les comptes rendus
critiques étaient généralement élogieux.
Ce ne sont évidemment pas les ouvriers
mineurs ou sidérurgistes, même Italiens, donc
latinophones, qui allaient acheter son œuvre :
leur formation scolaire, leurs compétences linguistiques et leurs expériences artistiques trop
élémentaires ne leur permettaient guère d’apprécier ces poèmes, à supposer qu’ils eussent
la sensibilité innée pour le faire. Ainsi, les personnes représentées dans ces poèmes inspirés
par l’industrie lourde sont quasiment exclues de
la lecture : il y a un décalage certain entre l’énonciateur et le public potentiel. Le public atteint,
voire visé par ces poèmes d’un accès difficile
est nécessairement à chercher ailleurs : parmi
le lectorat francophone cultivé de l’époque, la
bourgeoisie intellectuelle proche des milieux
industriels, en France, au Luxembourg et sans
doute en Belgique, puisque l’éditeur, la Société
des écrivains ardennais, recrutait dans ces trois
pays. En tout cas, La Pourpre sur les crassiers
valut à son auteur le prix de l’Alliance française
luxembourgeoise en 1932.
Pour l’histoire de la réception du recueil,
il faut citer aussi les rééditions de poèmes qui
en sont extraits, le recueil entier n’ayant pas été
réédité à ce jour, l’original n’étant plus consultable qu’en bibliothèque. Une anthologie, Paul
Palgen, Guanabará et autres poèmes, fut publiée en 1992 à Paris par l’homme de lettres
belge Georges Thinès aux éditions Orphée.
Le Luxembourgeois Nic Klecker, auteur en
1994 d’un Choix de poèmes de Paul Palgen,
publia deux feuillets6 d’un recueil qui n’a
jamais paru, intitulé Les Ouvriers, illustré par
le peintre luxembourgeois Michel Stoffel
(1903-1963). Ces poèmes ont paru une première fois dans le numéro de Noël des Cahiers
luxembourgeois en 1951. En 2003, deux poèmes
de Paul Palgen extraits de La Pourpre sur les
crassiers, « Les bruits » et « Les ouvriers », furent repris dans Fir den Aarbechter mäi Papp.
5 N. KLECKER, Paul Palgen, Choix de poèmes, Mersch, CNL, 1994, p. 216.
6 KLECKER, op. cit ., entre pp. 96-97.
54
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
Lyrik, Gedichte, Poèmes, édité par l’association« De Minettsdapp » à Esch-sur-Alzette7.
II.2. L’univers industriel et la vision
poétique
La première pièce, « Les fumées », donne le
ton. Le narrateur voit l’usine de loin, à distance,
en quelque sorte depuis la colline du commandeur. Il est question de « l’or des flammes et
[des] diamants des arcanes » : une mystérieuse
opération se fait à travers les « sténographies
éblouissantes de la foudre ». Les usines apparaissent comme des « volcans paisibles ». Le
mythe biblique de Samson est mobilisé pour
faire comprendre l’immensité du phénomène,
qui dépasse l’homme et ses capacités. Avec
les anneaux de Saturne, le processus reçoit une
dimension cosmique. Une « noce mystique »
se célèbre entre les fumées des cheminées
d’usine et les cerveaux des concepteurs, si bien
que les projections dans les cieux ne seraient
que les « fantômes de nos âmes », l’ingénieur
poète étant évidemment le type d’homme
prédestiné pour rendre compte de cette
« unique hypostase ».
Significativement, le narrateur adopte une
perspective plongeante, qui le met à distance et
miniaturise les hommes du fer :
Du toit des collines, au ras de vos crêtes,
je vous regarde, ô cheminées,
urnes dont le débord fumant
nourrit un peuple de pygmées […]
(p. 12)
Paris, 1992.
7 Op. cit., pp. 62-64, 44-47. Voir Marie-France KREMER, Bibliographie courante de la littérature luxembourgeoise 2003,
Mersch, CNL, 2004, p. 184.
55
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
Luxembourg, 1994.
Le lecteur constate rapidement que le recueil
est très éloigné de l’idée de témoignage technique, en d’autres mots : de l’idée d’un texte
qui se proposerait de donner une représentation
la plus fidèle, la plus objective, la plus neutre
possible d’un phénomène économique et social, l’industrie sidérurgique dans le Bassin
minier, qui a marqué l’histoire du Grand-Duché
au point qu’il paraît constitutif de son identité
nationale. Mais, l’ingénieur Palgen, qui travaillera dans quatre pays différents – Allemagne,
Grand-Duché, Brésil, Belgique –, n’est ni un
historien, ni un journaliste, ni un patriote apeuré,
c’est d’abord un poète cosmopolite grandi dans
l’univers culturel et linguistique français, qui
obéit à d’autres thématiques que la littérature
moralisante et frileuse.
Le poème « Les Côtes rouges » est dédié
à Marcel Noppeney, premier poète francophone
56
grand-ducal, lequel avait publié son propre recueil à Paris et n’avait d’autre rapport avec le
monde industriel que le fait d’être le fils d’un
notaire enrichi par les ventes / achats de terrains
miniers. La dédicace à Noppeney est à peu près
le seul élément luxembourgeois du poème, à
moins que l’on considère la rougeur de la terre
comme signe distinctif local. En réalité, c’est
une caractéristique de toutes les régions qui
possèdent du minerai de fer, par exemple la
Lorraine, où l’on trouve la même appellation
« Terres-Rouges » qu’à Esch-sur-Alzette.
Dans ce paysage minier « construit » par
le poète ingénieur, le site apparaît comme un tableau peint en camaïeu, avec un dégradé de différentes couleurs orangées, avec un jeu de lignes,
de perspectives et d’angles. Le champ lexical
de la physiologie induit une description clinique
de corps éventré, le paysage étant assimilé
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
à un cadavre autopsié. Malgré les couleurs
mordorées, c’est d’abord une nature « morte »,
minérale par définition. Le talent visionnaire du
poète intervient au niveau de l’animation qu’il
sait insuffler à son ekphrasis, par exemple dans
le fait de transformer les mineurs dont l’image se
réfléchit dans les flaques d’eau à des « Narcisses
des miroirs / de corail rouge et d’ambre clair » :
on notera les couleurs chaudes et le réemploi
du vieux mythe poétique de Narcisse. Dans la
mythologie grecque, Narcisse est le type du
contemplatif absorbé par l’image de sa propre
beauté : nous sommes loin d’une description
réaliste du milieu ouvrier, ici tout est transfiguré
par le langage au service d’un imaginaire débridé. Nous en sommes loin aussi avec l’image
filée suivante : « lovés dans l’herbe, serpents
noirs / de câbles morts que fourmis rouges / de
rouille rongent et dévorent ». Image de la décadence, liée peut-être à l’idée de crise économique au début des années 1930. Mais en (re)
lisant le recueil, on constatera que l’image la
plus familière aux fantasmes et aux peurs larvées du poète, c’est celle du reptile, dans toutes
ses races, toutes ses appellations, avec sa beauté
froide et menaçante.
Le regard de ce poète plonge dans
l’onirisme, dans l’exploration du subconscient.
Significativement, les seuls hommes qui surgissent dans « Les Côtes rouges », ce sont les
fantômes des mineurs morts dans l’exercice du
métier. L’ingénieur-poète est comme Orphée
qui descend au fond des enfers pour retrouver
son Eurydice.
Paul Palgen. Reproduit d’après Choix de poèmes. Œuvre poétique,
1994
57
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
La Pourpre sur les crassiers développe une
thématique focalisée sur l’industrie lourde en
général, avec une prépondérance de l’industrie
sidérurgique [sidêros : gr. : le fer ; sidêrourgos,
gr. : le forgeron] ou métallurgique. Mais il y est
aussi question de l’industrie charbonnière, ce
qui montre bien que le poète ne vise pas uniquement un fait propre au Grand-Duché, dont
le sous-sol ne renfermait que du minerai de fer.
Pour ce qui est de la métallurgie, Paul
Palgen évoque les trois phases essentielles de
cette industrie : le travail d’extraction du minerai ; le travail de fabrication de la fonte grâce au
minerai fondu dans le haut fourneau, ainsi que
la fabrication de l’acier ; enfin le laminage et la
mise en forme du produit fini ; subsidiairement :
l’écoulement de la production.
Pour la coulée de la fonte, on peut citer un
texte en prose poétique de Victor Hugo, qui avait
visité la forge de Luxembourg-Dommeldange,
le 6 juin 1871 :
opérées dans un tonnerre étourdissant par les
laminoirs qui font trembler les alentours.
Dans le poème « Les feux », le point de
départ n’est pas vraiment la sidérurgie,
mais plutôt la magie d’un spectacle chorégraphique : celui de la danseuse américaine
Loïe Fuller9 (1862-1928). Artiste de musichall autodidacte, celle-ci évoluait en costumes
moulés, éclairés par des projections de films.
C’est là le comparant du spectacle des feux
à l’usine, encore amplifiés par les mouvements
ondulatoires qui ressortissent une fois de plus
aux reptations du serpent :
Nous avons vu une très belle chose, la coulée
de la fonte dans le haut fourneau de la vallée
des sept fontaines. Un torrent de feu liquide
sort du trou fait en bas du fourneau avec des
tourbillons d’étincelles qui semblent vivantes et
qui se tordent comme des pieuvres de flamme.
C’est en petit la coulée d’un cratère. Cette lave
se répand dans le gaufrier de sable préparé
pour la recevoir, et s’y refroidit, et c‘est la fonte.
On l’envoie en Prusse, de fonte elle devient
acier, et on en fait les canons Krupp. Voilà
comment l’homme abuse de l’honnête terre qui
lui donne le fer8.
Au passage on aura reconnu l’allusion à Apollon tueur du Python qui rendait des oracles. Les
différents feux du travail sidérurgique, qui renvoient aux forges antiques de Vulcain, sont l’occasion de se réapproprier les vieux mythes,
comme celui du dieu de la clarté. Les hauts fourneaux, espaces de fusion, de transformation et de
métamorphoses presque alchimiques, deviennent des Jupiters, comparables aussi à des dragons, des tarasques. L’élément du feu lui-même,
spectacle universel à la sémiotique multiple, est
célébré à la manière d’Apollinaire qui avait
exalté les explosions des grenades dans le ciel de
France en 1914-18 et comme Palgen lui-même
l’avait en partie pratiqué dans Les Seuils noirs.
Le poème est construit sur une gradation, qui
passe en revue les machines, l’élément igné,
puis les produits sidérurgiques, puis les ouvriers,
enfin le « prince » qui a conçu ce spectacle démiurgique : l’ingénieur. Ce seigneur de la technique est exposé au souffle de « Pentecôte », le
souffle de l’esprit (saint), ce qui le rapproche du
poète romantique inspiré par la Muse.
Le crassier, entassement de rebuts industriels est une construction symbolique, elle métaphorise l’obstination de l’homme, le contraste
aussi entre sa petitesse et l’immensité de ses
conceptions matérielles. Dans l’évocation de
L’extraction ou l’importation du minerai de
fer ainsi que le haut fourneau à minerai ont
été remplacés à la fin du XXe siècle au GrandDuché de Luxembourg par les fours électriques
fonctionnant sur le recyclage de métaux et non
plus sur l’utilisation de minerais.
La perception extatique du machinisme,
présente chez Palgen dès son recueil consacré
à la Grande Guerre, Les Seuils noirs, est avivée
au contact de l’univers de l’usine tentaculaire,
cyclopéenne. La tératologie, le bestiaire rampant lui fournissent son lexique inquiétant pour
évoquer les reliquats incandescents des hauts
fourneaux et les monstrueuses mises en forme
D’encre, de sang et d’or, le cœur et les
artères
de la nuit écorchée par Apollon noir ?
Soleils qui explosent, lunes qui roulent,
falaises d’ébène, Loïes Fullers,
écharpes dénouées qui houlent
et salves de lumières. (p. 15)
8 Voir Tony BOURG, Frank WILHELM, Le Grand-Duché de Luxembourg dans les carnets de Victor Hugo, Luxembourg,
RTL, [1985], pp. 102-103.
9 Voir Le Robert encyclopédique des noms propres, Paris, édition de 2008 publiée en 2007, p. 866.
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Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
ces dunes de déchets, inertes et sans vie, désertiques, le poète se tourne vers les mythes de l’Antiquité, emprunte le champ lexical de la vulcanologie : ce n’est pas un technicien qui parle,
c’est un narrateur halluciné, comme le meilleur
Victor Hugo. Certains passages semblent se
souvenir des « Conquistadors » chantés par José
Marie de Heredia dans ses Trophées (1893) :
Acier blanc, acier bleu, oint de pourpre et
d’azur,
acier d’argent royale et de diamant dur
qui fileras les rails et sculpteras la mine
et feras s’essorer par delà les collines,
les pôles et les mers, nos ailes de métal.
(p. 17)
Au centre de l’usine poétisée par Palgen, il y a
« l’animateur » :
Des principes épars la limaille s’ordonne
autour des aimants, les neurones,
de son cerveau prométhéen.
Oint, cerveau d’essence suprême,
de sang de dragon, de saint-chrême,
guilloché de lignes d’airain.
Une nouvelle composante mythologique
s’immisce ici dans le légendaire gréco-latin : le
mythe germanique de Siegfried tueur du dragon.
Dans la figure de « l’animateur », il est
loisible d’imaginer l’ingénieur Émile Mayrisch,
directeur de l’usine de Dudelange, fondateur
Recueil resté inédit ; poèmes publiés dans Les Cahiers luxembourgeois
en 1951, couverture conçue par le peintre luxembourgeois Michel
Stoffel. Reproduit d’après Choix de poèmes. Œuvre poétique, 1994.
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Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
des ARBED. Palgen le connaissait bien et le
fréquentait : c’était son patron pendant une dizaine d’années. Dans le poème, c’est le type du
héros moderne, l’homme d’action pragmatique,
l’homme d’affaires subtil, le meneur d’hommes
aussi, car l’industrie lourde nourrit des dizaines
de milliers d’ouvriers encadrés par des cohortes
de responsables. Le maître de forge prête son
« cerveau prométhéen » à la machine et son
cœur à l’alchimie du fer. Prométhée, c’est le
héros antique puni durement par les dieux pour
avoir convoité leur puissance et avoir volé…
le feu ! En 1928, Émile Mayrisch, le héros du
fer luxembourgeois, se tua dans un accident de
voiture.
Dans « Les ouvriers », Palgen montre que
les « emmurés vivants » sont plus victimes
qu’acteurs de ces formidables transformations
où une violence inouïe est mise en œuvre : les
usines sont voisines des cimetières. L’évocation concrète des ouvriers n’intervient toutefois que vers le milieu du recueil, comme si les
hommes, dans cet univers presque inhumain,
en tout cas gigantesque, étaient écrasés par ce
qui les dépasse et qu’ils ont eux-mêmes conçu
et construit. Cette fois, le poème vit surtout
des rimes internes, des allitérations avec leurs
explosives et leurs voyelles stridentes : « À
coups de pics, de dynamite et de ringards ». Il y
a une forme d’érotisme, voire de sadisme, dans
la convocation des corps nus d’athlètes en sueur
soumis aux efforts surhumains, aux endurances
et aux souffrances.
La concentration prolétaire et bariolée,
présentée comme fatale, est tributaire de l’immigration : c’est un phénomène international
dans ce type d’industrie, on ne le trouve pas
seulement au Luxembourg. Le poème peut tout
aussi bien avoir pu être inspiré par des choses
vues par Palgen au Brésil. Comme Victor Hugo
avait donné droit de cité aux enfants démunis,
aux Gavroche de Paris dans ses Misérables,
Paul Palgen dédie aux gosses de mineurs un
long poème de commisération et d’alerte :
Figures blanches que des yeux sombres
mangent,
voluptueux, lents, de petits sang-mêlé,
princes déchus, de père on ne sait d’où,
de quels royaumes de soleil et d’oranges.
(« Les enfants », p. 50)
Là encore, il y a visiblement des souvenirs
sud-américains du poète, car cette population
exotique ne se rencontrait pas dans les cités minières luxembourgeoises.
Métier périlleux entre tous, celui du mineur a exigé de nombreuses vies tuées ou de
vies mutilées, relatées in absentia dans « Les
hécatombes ». Pour une fois, le poème semble
viser la population du Bassin minier luxembourgeois, accrue de façon exponentielle à l’époque
de l’essor industriel :
Morts venus de tous les hameaux du pays,
de cent lieux inconnus, delà des frontières,
des blonds, des bruns, des géants et des
trapus,
aux cent langages, aux dix mille visages,
du fond des Allemagnes et des Polognes,
de Catalogne, de France et d’Italie. (p. 46)
Ce poème est le seul du recueil qui désigne
des espaces précis, des toponymes, en l’occurrence des noms de pays impliqués par leurs
immigrés ouvriers dans la production sidérurgique. Mais le Grand-Duché n’est pas cité.
Le titre même de « hécatombes » – sacrifice d’une centaine de victimes – est emprunté
à la Bible. C’est au dieu Moloch que les anciens Juifs sacrifient par le feu une centaine de
victimes enfants. Le premier vers « Mort, qui
dira tes hécatombes » rappelle le mot biblique
« Mort, où est ta victoire ?10 ».
« Les rançons » c’est le prix à payer par les
hommes pour la réalisation de leurs rêves qui
concurrencent la nature. Ce sont les ouvriers qui
paient et les capitalistes qui en tirent profit. On
mesurera le courage de l’ingénieur Palgen, qui
faisait partie des cols blancs de cette industrie,
à critiquer le système social et financier qui la
fonde. Il est vrai que lui-même ne faisait pas
vraiment partie du milieu possédant, même s’il
possédait peut-être des actions des ARBED.
Le procédé Thomas, qui permet de déphosphoriser la fonte et d’en fabriquer de
l’acier avait été inventé par l’ingénieur anglais
du même nom et été introduit à Dudelange dès
les années 1880 grâce à l’esprit d’entreprise du
directeur Émile Mayrisch : c’est une étape dans
la maîtrise technique.
Le poème « La nuit » développe un thème
cher aux romantiques : l’ambiance lunatique,
10 Ce sera aussi le titre du roman de Daniel-Rops à paraître en 1934.
60
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
nyctalope et fantasmagorique qui transforme
les choses et la perception des hommes. Ici, les
bruits sont assourdis, presque confidentiels, tout
semble apaisé, tamisé, susurré. Mais c’est un
temps propice aux correspondances diverses,
aux quêtes initiatiques : il y est question du
Graal, il s’agit d’esquisser un voyage intersidéral. Le narrateur qui dit je est le porte-parole du
poète, pour qui le spectacle de l’usine comme
assoupie est une invitation à découvrir de nouveaux continents, vieux rêve de conquérant.
Le poème « Rythmes » se signale par la
multiplicité de ses champs sémantiques. Ce
sont les rythmes imposés par les machines, les
rythmes cardiaques, les rythmes du travail réparti en trois huit tout au long des vingt-quatre
heures de la journée, les rythmes des saisons, les
rythmes des cycles économiques, les rythmes
du calcul programmatique.
Le recueil se termine sur une présence féminine : celle des dactylographes, métier moderne qu’Apollinaire avait célébré dans son
poème « Zone », dès 1913. L’ingénieur Palgen, spécialisé dans les constructions civiles,
a exercé davantage le métier d’un commercial,
d’un économiste, puisqu’il a vendu des produits laminés et négocié l’achat de minerai, par
exemple au Brésil et plus tard à Liège.
II.3. Le poète et son œuvre
On peut parfaitement lire ces poèmes sans
rien savoir de leur auteur : ils ont une force
convaincante qui les situe bien au-delà de
l’anecdotique.
La biographie peut toutefois confirmer
certaines des impressions laissées par la lecture.
Ainsi, l’on notera que le poète est né en 1883
à Audun-le-Tiche près d’Esch-sur-Alzette,
dans le bassin minier lorrain annexé alors par
la Prusse. Ses parents étaient luxembourgeois ;
le père, né à Paris, était ingénieur directeur
des hauts fourneaux de Hussigny-Godbrange
en Meurthe-et-Moselle. Le futur poète fait
ses humanités à l’Athénée de Luxembourg et
des études d’ingénieur des constructions civiles
à Louvain.
Il fera carrière au service de l’industrie du
fer : d’abord en Allemagne (1908-1914), où il
a été emprisonné pour espionnage au profit de
la France, puis pour les ARBED au Luxembourg (1914-1920), au Brésil (1920-1922) pour
COLUMETA (Comptoir luxembourgeois des
métaux), enfin, à partir de 1924 à Liège, où il
est mort en 1966 après y avoir représenté le
Grand-Duché comme consul honoraire (19501957). Pendant ses activités au service des
ARBED, Palgen aura été secrétaire général du
COLUMETA, comme l’atteste une photo de
1922 où l’on le voit avec les membres de la direction des ARBED, avec à leur tête leur président Émile Mayrisch.
En quarante ans de carrière littéraire, Paul
Palgen a publié huit recueils poétiques et un
roman, La Margrave aux chiens (1952). En
1918, par exemple a paru à Luxembourg et à
Paris le recueil Les Seuils noirs, avec comme
thème principal la fascination pour la guerre
moderne fondée sur la technicité et les armées
innombrables, un thème qui sera repris et amplifié dans La Pourpre sur les crassiers. Son
séjour de dix-huit mois au Brésil lui
inspire un recueil à thématique exotique, où il célèbre les beautés et les
horreurs de l’Amérique du Sud, terre d’esclavage et d’acculturation : Guanabará. La baie
aux trois cent soixante îles (Marseille, 1933).
Le métissage des populations, discrètement
annoncé dès 1931, y est présenté comme aspect fondamental de la société brésilienne. Au
Brésil, il œuvre pour COLUMETA, société
appartenant aux ARBED, qui avaient acheté
à l’instigation d’Émile Mayrisch d’importantes mines de fer en Amérique du Sud afin de
parer à une éventuelle pénurie de matières
premières en Europe.
L’avant-dernier recueil de Palgen, Poèmes
en prose et en vers. 1949-1951 (Lyon, 1952),
contient un texte poétique reprenant l’inspiration du livre de 1931 : « Au bord des laminoirs
où trembla mon berceau ». Il y revient encore
sur son imaginaire composite, où la mythologie
antique et l’inspiration biblique se rejoignent
dans son bestiaire personnel :
Des gars mi-nus gavaient le Moloch acéphale,
debout dans le rond de son col tranché,
en damant à grands coups de ringards
à leurs pies : han, pour ta faim – le coke – et
han pour ta fringale – les minerais gris-rose et
verts et mordorés.
Et le monstre soudain déglutit sa provende,
avec elle les hommes et leurs corps blancs, d’un
bloc, fondirent comme des pains de sucre dans
un chaudron de sang bouillonnant.
Jamais ne fut brandi goupillon plus pesant sur
61
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
Direction centrale d’ARBED et de COLUMETA. Luxembourg, fin 1922. En bas, au centre, portant la barbe : Émile Mayrisch, présidentdirecteur de l‘ARBED. En haut à droite : Paul Palgen, secrétaire général de Columeta.
Reproduit d’après Un demi-siècle d’histoire industrielle 1911-1964. Aciéries réunies de Burbach-Eich-Dudelange, s. d.
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Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
bière plus pesante que cet agglomérat de fonte
et de viscères. Jamais Dies irae des Rois et des
Sybilles plus fatidiquement ne plana sous des
voûtes, lugubre ne couvrit des glèbes, menaçant
ne poignit des êtres11.
Ce texte à la syntaxe aussi tortueuse que les
blocs de crassier est emblématique de l’écriture
palgenienne.
III. Un témoignage
d’une heureuse subjectivité
Dépositaire de la vision tragique et triomphante
de Verhaeren et des unanimistes comme Jules
Romains, cet homme d’action séduit par le Brésil développe trois thèmes essentiels : le lyrisme
démiurgique face aux enivrements personnels
et aux aveuglements du monde ; l’attirance
presque morbide pour la guerre moderne et l’industrie lourde ; l’enchantement par l’exotisme
tropical. Le message qui se dégage de sa poésie
très travaillée, au vocabulaire rare et à la syntaxe tourmentée est souvent ambigu, l’auteur
semblant incanter à la fois le pouvoir surnaturel de l’homme moderne guerrier et ingénieur,
et la misère et la domination qu’il engendre.
Page de garde.
Les rapports humains sont marqués par
d’étranges rites qui frisent le sado-masochisme,
suggérés par une écriture coruscante. Comme
on l’a vu, une image revient souvent, obsessionnelle, celle du serpent qui ondule, faisant de
Palgen le poète « ophiophile » [ophis, gr : le
serpent ; philein, gr. : aimer]. Cet attrait pour les
reptiles renvoyant à l’antique séduction charnelle métaphorise aussi la perfection vivante,
réconciliant le sensuel et le formel :
Aux hans des laminoirs qui font trembler
les halls
au trot d’artillerie, à l’arroi d’arsenal
roulant des laminoirs sur le pavé sonore,
ruban d’acier, pourpre reptile agile happé
jeté en proie
aux cylindres mâcheurs de fer.
(« Les ouvriers », p. 40)
Avec son regard très artiste sur l’industrie lourde, qui insiste sur son côté démiurgique païen proche de la mythologie germanique autant que sur l’aspect moralisant biblique,
sans en cacher les dimensions franchement
dysphoriques frisant le sadisme, l’ingénieur
poète Paul Palgen a livré un témoignage d’une
heureuse subjectivité. Aussi, son univers sidérurgique baroquisé à l’extrême par des moyens
relevant de l’expressionnisme pictural peut-il se
lire et s’interpréter à différents niveaux. Il semble
que sa dimension référentielle, qui reste par endroits indéniable, doit céder le pas à une lecture
plus ambitieuse, qui s’intéresse aux questions
existentielles exprimées à travers une poétique
travaillée à l’extrême et fortement rythmée.
Et si le travail souterrain de l’ouvrier mineur, sa tâche alchimique de transformateur du
minerai en métal noble, avec son aspect volontariste et obstiné, n’était qu’une métaphore filée
pour renvoyer à la quête du sens de la vie, à élaborer à travers la douleur, ou, plus intellectuellement et plus sensuellement, une métaphore de
la création poétique ? En effet, dans le processus
sidérurgique, il s’agit de transformer le minerai
pris dans sa gangue en métal précieux, comme
le poète, à partir de la fange de la vie, élabore
l’or du sens serti dans l’œuvre d’art.
Ainsi s’expliquerait le titre du recueil :
La Pourpre sur les crassiers. Cette image paradoxale accole la matière d’un rouge écarlate
symbolisant la richesse et les déchets industriels, dans une allusion à peine voilée aux
Fleurs du mal de Baudelaire, parangon de la
poésie symboliste.
11 Op. cit., Lyon, 1952, p. 55.
63
Terres Rouges
L’industrie sidérurgique vue par l’ingénieur luxembourgeois Paul Palgen (1883-1966), poète francophone
Bibliographie sélective
PALGEN, Paul, La Pourpre sur les crassiers,
Mézières-Charleville, Société des écrivains ardennais, 1931, 74 pp. ; « Les Ouvriers », illustrations de
Michel Stoffel, Les Cahiers luxembourgeois, numéro
de Noël [consacré à Dudelange], 1951, s. p., 13 pp. ;
« Au bord des laminoirs où trembla mon berceau »,
Poèmes en prose et en vers. 1949-1951, Lyon, Les
écrivains réunis, A. Henneuse, 1952, pp. 55-56 ;
Guanabará et autres poèmes, choix et présentation
de Georges Thinès, Paris, Orphée, « La Différence »,
1992, 124 pp. ; Choix de poèmes. Œuvre poétique,
présentation de l’œuvre poétique et choix de textes
par Nic Klecker, Luxembourg, Centre d’études littéraires, « Lëtzebuerger Bibliothéik 5 », 1994, 221 pp. ;
« Les bruits », « Les ouvriers », Fir den Aarbechter mäi Papp. Lyrik, Gedichte, Poèmes, [Esch-surAlzette], / [éd.] De Minettsdapp-Kultur am Süden,
2003, pp. 62-64, 44-47.
[CHOME, Félix], Un demi-siècle d’histoire
industrielle 1911-1964. Aciéries réunies de Burbach-Eich-Dudelange, documents réunis, classés
et commentés par, Luxembourg, ARBED, s. d.
TRAUSCH, Gilbert, L’ARBED dans la société
luxembourgeoise, Luxembourg, ARBED, 2000.
WILHELM, Frank, « L’exotisme dans la littérature luxembourgeoise de langue française »,
Revue francophone de Louisiane, Lafayette (LA),
vol VI, n° 2, hiver 1991, pp. 5-26 [concerne Paul
64
Palgen et son recueil Guanabará] ; « ‘La Margrave
aux chiens’ ou : L’imaginaire inquiétant de Paul
Palgen, poète luxembourgeois de langue française »,
Université de Nice Sophia-Antipolis, Centre de Recherches littéraires pluridisciplinaires, Publications
de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines
de Nice, nouvelle série, n° 22, Imaginaires francophones, Paris, C.I.D.D. Diffusion, 1995, pp. 365-377 ;
« Dictionnaire de la francophonie luxembourgeoise »,
La Francophonie du Grand-Duché de Luxembourg,
numéro hors série des Cahiers francophones d’Europe centre-orientale, Universités de Pécs (H) et de
Vienne, 1999, pp. 5-363 ; « PALGEN, Paul », Luxemburger Autorenlexikon, Mersch, Cnl, 2007, pp. 464465 ; « Le Grand-Duché de Luxembourg et ses trois
littératures » [La littérature francophone luxembourgeoise], Transilvania, Sibiu, n° 8-9, 2007, pp. 140-145.
WILHELM, Frank, GLESENER, Jeanne E.,
« L’image de la sidérurgie dans les romans des
Luxembourgeois francophones Willy Gilson,
Joseph Leydenbach et Nicolas Ries. Des années
fastes à la crise des années 1970 », Charles
Barthel, Josée Kirps, Terres Rouges, Histoire
de la sidérurgie luxembourgeoise, vol. 1, Luxembourg, Centre d’études et de recherches européennes
Robert Schuman, Archives nationales, Ministère
de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la
Recherche, 2009, pp. 72-95.
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire
chez Jean Portante
Tonia Raus
« Quel est donc celui qui s’avance maintenant ?
Moi, parce qu’il y eut un survivant au naufrage. »
C’est sur ces mots, tirés de l’épilogue de Moby
Dick de Melville dont l’ombre hante La Mémoire
de la baleine, que se ferme le roman somme de
Jean Portante, donnant à la suite de l’exploration menée à la fois dans les terres de l’enfance
– ces Terres Rouges du bassin minier –, et dans
les territoires de l’écriture comme une seconde
naissance à l’écrivain, dans l’émergence de son
étrange langue, d’aspect française, mais de respiration italienne1. C’est sous les auspices de
ces mêmes mots que s’initie ce parcours au sein
des Terres Rouges comme terres identitaires de
Jean Portante dans La Mémoire de la baleine
et Mourir partout sauf à Differdange, romans
tous deux situés dans la ville natale de l’auteur,
Differdange2.
L’œuvre de Jean Portante se caractérise
par les thèmes de la migration et de l’identité,
interrogés inlassablement au fil de productions
tant poétiques que narratives. Né à Differdange,
Jean Portante est le fils d’immigrés italiens qui
ont quitté leurs terres natales pour s’installer
dans le sud du pays, avec l’espoir d’y trouver,
par le travail d’abord dans les mines de minerai
de fer puis dans les usines de transformation de
ce même minerai, une vie meilleure pour eux
et leurs familles. Portante grandit ainsi dans
un milieu hybride, entre des origines italiennes
bercées par la langue maternelle qui continue
à être parlée dans le foyer familial et la terre
d’accueil qui amène avec elle des langues nouvelles – le luxembourgeois appris dans la rue,
le français et l’allemand à l’école et dans les
livres – et surtout une panoplie d’us et de cou-
tumes qu’il faudra s’approprier. Cette aspiration
culturelle multiple sera, semble-t-il, cultivée par
la suite. Jean Portante vivra successivement ou
en alternance à Luxembourg, Esch-sur-Alzette,
Paris, Bruxelles, Cuba.
Il serait pourtant réducteur de considérer
l’œuvre de Portante uniquement par le bout de
la lorgnette luxembourgeoise, malgré la forte
thématique identitaire qu’elle véhicule, car sa
portée se veut résolument universalisante. Parallèlement, il serait tout aussi réducteur d’aborder
son œuvre au travers du prisme biographique. Si
quelques éléments biographiques ont toutefois
été donnés – parmi lesquels il s’agit de retenir
l’origine immigrée, le goût pour les voyages et
l’activité scripturale multiple –, c’est pour mieux
pouvoir démontrer à quel point Jean Portante se
plaît à brouiller les horizons d’attente dans un
genre savamment articulé entre référentialité et
fictionnalité, c’est-à-dire en d’autres termes et
pour simplifier, entre autobiographie et roman.
Le pacte romanesque de
Jean Portante
En 1993, paraît aux éditions Phi Mrs Haroy ou la
mémoire de la baleine. Ce titre énigmatique est
explicité d’emblée par un sous-titre, apparemment univoque : « Chronique d’une immigration ». Le mot est lancé : « immigration ».
Le roman devient dès sa parution une espèce
d’emblème pour toute la population immigrée du
Luxembourg, surtout pour celle italienne, celle
qui s’est installée dans les Terres Rouges, qui les
a exploitées et qui est au centre du récit. S’initie
ainsi la « métaphore de la baleine », qui deviendra la clé de l’œuvre entière. Mi-mammifère,
1 Dans « Le travail du poumon. Mode d’emploi » – véritable mode d’emploi à l’écriture de Jean Portante – l’auteur revient
sur son étrange langue : « Que, comme la baleine, mon écriture cachait en elle, alors que d’aspect elle était française,
le poumon d’une autre langue. / Que mon écriture était de forme française, mais de respiration autre dont la matérialité
du texte ne savait être qu’une traduction plus ou moins efficace ». (PORTANTE, Jean, « Le travail du poumon. Mode
d’emploi », in Le Travail du poumon, Bordeaux, Le Castor Astral, 2007, p. 148)
2 PORTANTE, Jean, La Mémoire de la baleine, Luxembourg, Phi / Bordeaux, Le Castor Astral, 1999 (1993), 473 p. ;
– Mourir partout sauf à Differdange, Luxembourg, Phi, 2003, 264 p. Dans un souci de lisibilité, les indications de
page référant aux deux romans du corpus se feront désormais dans le corps du texte, accompagnées, si nécessaire, des
abréviations respectives Lmb et Mpd.
65
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
mi-poisson, la baleine symbolise l’état d’entredeux dans lequel se retrouvent les immigrés, qui
ne sont plus de leur terre d’origine, sans pour
autant appartenir à leur terre d’accueil3.
Mais si le mot « immigration » retient
l’attention, il en est de même de « chronique ».
D’après les définitions du Trésor de la langue
française, « chronique » renvoie à un « recueil
de faits historiques regroupés par époques et présentés selon leur déroulement chronologique ».
Dans un emploi spécialisé, le terme désigne
l’« histoire et généalogie d’une ancienne et noble
famille » et enfin, par extension, un « récit
mettant en scène des personnages réels ou
fictifs, tout en évoquant des faits sociaux et
historiques authentiques, et en respectant
l’ordre de leur déroulement ». De manière significative, une acception supplémentaire de
« chronique » est donnée dans l’entrée « roman ».
Etablissant un rapport direct avec le temps, un
« roman-chronique » définit un « roman qui
décrit l’histoire d’un groupe, d’une société sur
une longue période. Le roman-chronique, ou
roman de mœurs, ou ‘mémoires pour servir à
l’histoire de la société’ ne peut que tourner le
dos à la biographie de l’auteur, pour aller à
la biographie des hommes »4. Heureuse coïncidence que cette citation venant illustrer le
« roman-chronique » en soulignant sa dimension universelle aux dépens de l’histoire personnelle de l’auteur.
Or, les procédés d’énonciation que le roman
de Portante déploie sont autrement retors et
cette explication lexicale du sous-titre de l’édition originale ne saurait les éclairer. En effet,
le roman s’énonce à la première personne.
Le narrateur s’appelle Claudio Nardelli – les
consonances italiennes du nom sont évidentes
et seront, de manière significative, convoquées
régu­lièrement pour être transformées, assimilées
à des noms à résonances davantage luxembourgeoises : Clodi quand le narrateur revient sur
son enfance, ou Claude, pour évoquer l’adulte.
Le récit est largement rétrospectif : le narrateur
jette un regard en arrière sur son enfance qui
se termine symboliquement à l’âge de neuf ans,
l’âge de la première communion. Il retrace son
vécu d’enfant dans une tonalité forcément naïve,
mais qui laisse percer les conflits suscités par
son origine italienne dans cette société luxembourgeoise prospère des années cinquante. En
alternance s’énonce également l’histoire de la
famille du narrateur, des voyages et exils qui
l’ont formée, de l’arrivée à Differdange, du
travail dans les mines que subit encore le grandpère paternel, du statut d’ouvrier d’usine dont
jouit le père, des aspirations d’intégration des
uns et du mal du pays inconsolable des autres.
Étant donné la biographie de Jean
Portante, le récit de la famille Nardelli est souvent
lu comme une autobiographie, une chronique
historique de l’expérience migratoire de sa
propre famille comme de celle de tant d’autres
qui l’ont partagée. Le récit acquiert une valeur de
témoignage qu’il est indéniablement au travers
de la représentation, chargée d’affect, que
Portante propose des Terres Rouges, indépendamment des questions de référentialité ou de
fictionnalité. Pourtant, Jean Portante, au cours de
ses entretiens, évoque son récit en termes de roman, de fiction donc, faisant de sa propre histoire
qui certes alimente le texte, le point de départ
d’une histoire universelle. Les thèmes de l’exil
et de l’identité, s’ils sont développés dans les
récits, sont surtout retravaillés au niveau de la
langue, au niveau de l’énonciation et de la composition des romans. Mourir partout sauf à Differdange rend massivement compte de cette infiltration du thème identitaire dans le processus
créatif, tout en s’inscrivant de manière directe
dans la filiation de La Mémoire de la Baleine.
Ainsi la quatrième de couverture annonce que :
Dix ans après Mrs Haroy ou la mémoire de
la baleine, Jean Portante publie Mourir partout sauf à Differdange et remet ainsi sa ville
natale au centre d’un roman décapant qui
brouille l’étrange espace situé entre réalité et
fiction. Par la magie de l’écriture, Differdange
devient un lieu ni tout à fait réel ni entièrement
inventé. Une ville dans laquelle se nouent et se
dénouent les destins les plus insolites. Un labyrinthe ou le « je » se multiplie à l’infini pour être
tantôt écrivain, tantôt enseignant, tantôt même
libraire, boucher ou policier. Si Mrs Haroy…
était un livre sur la mémoire, Mourir partout
3 Dans la préface à la réédition du roman de Portante en 1999 aux éditions du Castor Astral sous le titre La Mémoire de la
Baleine, Ismaël Kadaré revient sur le titre de l’édition originale pour expliquer le sens du roman : « L’histoire de la baleine
exposée par ces froides journées d’hiver à la gare de Luxembourg ne cesserait de se condenser dans sa mémoire pour une
raison que le narrateur donne bien à entendre, son propre destin de fils d’émigrants italiens au Luxembourg l’identifiant
à celui de tout être déplacé, migrateur, de gré ou de force, dans ce monde qui est le nôtre. Et Mrs Haroy, la baleine, avait
précisément connu ce sort » (op. cit., p. 11)
4 Trésor de la langue française informatisé, dictionnaire électronique en ligne (ATILF, CNRS, Université de Nancy 2),
consulté le 15 mars 2009.
66
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
sauf à Differdange, tout en renouant avec le
passé « rital » des protagonistes, se situe sur
cette frontière insaisissable où les souvenirs
et le quotidien se déversent dans le fleuve de
l’imaginaire, et vice versa…
Cette présentation du roman accentue le rapprochement avec La Mémoire de la Baleine et l’importance qu’y revêtent la ville natale de l’auteur ainsi que son passé rital, au
sein d’un roman principalement axé autour
de sa propre écriture, où se mélangent à nouveau réalité et fiction. Mourir partout sauf
à Differdange se conçoit en somme comme
une quête d’identité que l’écrivain mène de
pair avec les narrateurs et personnages de
ses fictions. Dans un entretien qui suit la publication du roman, Jean Portante précise :
Avec La Baleine on a voulu croire que je me
rapprochais de l’autobiographie alors que je
m’en éloignais. A partir d’éléments venus du
vécu, j’ai entrepris un travail sur la mémoire
possible. La famille imaginée représente la
somme de ce que l’on peut vivre comme Italien
au Luxembourg. Mais il est impossible de ne
pas écrire de l’intérieur, tout livre est autobiographique. Mon nouveau roman tient donc lui
aussi de l’autobiographie dans le même temps
qu’il s’en éloigne avec un « je » pluriel, un narrateur successivement boucher, libraire, policier, femme, Italien…5
Plusieurs histoires s’inventent et se chevau­
chent : les univers fictionnels sont complètement poreux et ne se prêtent plus au processus
de l’illusion référentielle. Un fil rouge tissé par
le double enterrement de la mère du narrateur
tente néanmoins de les relier. Le narrateur pense
exaucer le dernier vœu de sa mère décédée en
ramenant sa dépouille, inhumée une première
fois au Luxembourg, dans ses terres natales en
Italie. Or, « [s]eul un traître peut ramener chez
lui un déserteur ». (p. 96) Le regret du double
enterrement de la mère traverse toutes les vies
imaginées du narrateur ; il est à la source même
du roman, allant jusqu’à lui donner son titre.
Ces considérations générales sur le parti
pris romanesque de Jean Portante, qui mélange
sciemment les codes de l’écriture romanesque
et de l’écriture personnelle, voire intime, seront
les points de départ à l’étude des deux romans
sur Differdange, en vue de saisir précisément
l’ancrage identitaire qui les spécifie. D’allersretours constants entre les deux textes, en
multipliant les citations afin d’illustrer le plus
fidèlement possible les univers créés par Jean
Portante, se dégageront des représentations
récurrentes de Differdange et du monde des
ouvriers immigrés. Par les fils qui se tissent
entre les deux récits, un véritable diptyque finit
par se former et dont les parties ne cessent de
se réfléchir réciproquement, dans un dialogue
entre la réalité et la fiction inspiré par la ville
natale de l’auteur.
Terres Rouges, terres d’accueil
L’histoire des Terres Rouges est intimement liée
à celle de l’exploitation du minerai de fer. Dès
le début du 20e siècle, des vagues d’immigrés
italiens sont venus prêter main-forte aux
ouvriers des mines, dont celles du bassin minier
luxembourgeois et donc de Differdange. Cette
histoire de l’immigration, dont l’histoire de la
famille Nardelli dans La Mémoire de la baleine
fait partie intégrante, traverse les cinq cents
pages du roman. Elle est condensée au troisième
chapitre, qui mérite dès lors une attention plus
particulière, d’autant plus qu’il se démarque
de l’ensemble du texte, tant visuellement que
syntaxiquement, en étant composé d’une seule
et unique phrase. Commençant par ces mots :
« Quand je reviens en pensée sur ce que je crois
être ma maison natale à Differdange et que je
farfouille, les yeux fermés, dans ma mémoire
[…] » (p. 30), le chapitre se poursuit telle une
remontée mémorielle et verbale du premier
voyage de l’Italie vers le Luxembourg entrepris par les grands-parents du narrateur. Des
logorrhées de souvenirs, vécus ou rapportés,
s’énoncent et semblent se diriger vers un temps
zéro des origines du narrateur, vers ce moment
où le périple de sa famille, et qui en entraînera
tant d’autres, commence :
[…] quand moi je n’existais pas encore, et
quand mon père et ma mère n’existaient pas
encore, et quand ce qui allait devenir ma maison natale n’existait pas encore, et quand la
5 PORTANTE, Jean, « Voyage dans l’étrange langue », propos recueillis par Françoise PIROVALLI, in La Voix, 12.03.2003.
67
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
rue Roosevelt n’existait pas encore, et quand
Roosevelt était tout jeune encore et n’était pas
aussi célèbre pour donner son nom à une rue
de Differdange qui n’était pas encore une ville
mais un tout petit village, à ce moment-là donc,
quelque part dans les campagnes des Abruzzes,
sur les collines qui n’étaient pas encore traversées par la Nationale 17, […] ma grand-mère
portait sans doute des vêtements tout noirs déjà,
quand elle a rencontré son Nando, […] quand,
un beau jour, juste avant la guerre, la grande
guerre, celle de quatorze, elle a entrepris, en
compagnie de son Nando et d’autres Nando, le
voyage vers l’infiniment loin, vers l’infiniment
riche, vers l’infiniment angoissant, vers ce petit
pays et ce petit village du Nord […] (p. 39-40)
Ainsi, c’est à une espèce d’Urgeschichte de
l’immigration italienne à Luxembourg que le
narrateur semble s’atteler, cette histoire originelle du « premier Italien de là-bas [qui] a eu
l’idée, il y a cent ans, de venir se perdre ici
pour donner naissance au premier Italien né à
Luxembourg. Après lui, tout s’est passé comme
avec les poupées russes. Ce premier Italien né à
Luxembourg est rentré en Italie, y est resté un
peu, et est revenu à Luxembourg. Ses enfants en
ont fait de même. Et les enfants de ses enfants
aussi ». (p. 330) Le récit de Portante devient
celui de tous les Nando et Maddalena qui ont
fait le voyage de l’Italie vers le Luxembourg,
de toutes les baleines qui un jour ont quitté la
terre ferme pour aller se jeter dans l’immensité
inconnue des océans, ce milieu qui n’était pas
le leur au départ. Or, ce milieu, les grandsparents du narrateur le découvrent bien avant
leur départ, par le biais d’une lettre qu’un voisin
des Abruzzes reçoit d’un compatriote déjà sur
place, c’est-à-dire à Differdange :
[…] il n’avait pas révélé le nom de l’argent
qu’on gagnait à Luxembourg en ramassant du
fer, en le ramenant à la fonderie, comme on ramasse de l’or, en Afrique ou ailleurs, dans les
mines, d’étroits couloirs creusés dans la terre,
une terre toute rouge, […] si rouge qu’après le
travail on pouvait faire de la sauce spaghettis
avec l’eau dans laquelle on se lavait les mains
et le visage, sauf qu’avec l’or, pensa sans doute
Nando, et sans doute le dit-il aussi à Maddalena,
sauf qu’avec l’or on n’a pas besoin de billets,
alors qu’avec le fer, si l’on veut manger, il faut
d’abord le changer en billets […] (p. 42)
68
La citation est représentative de l’imaginaire qui se construit autour des Terres Rouges,
terre d’accueil, mais terre hostile en même
temps, terre étrangère en tout cas, à laquelle
il faudra plier désormais sa vie quotidienne.
Car ces vagues d’immigrations ont évidemment
été d’ordre économique : le travail qui attend
pourtant ces nouveaux chercheurs d’or est autrement dur, physiquement souvent intolérable.
L’immigration italienne est par conséquent
aussi abordée dans sa dimension davantage
histo­rique et sociétale, notamment au travers
des évocations récurrentes de l’épisode tragique
de la grève des ouvriers de l’usine de Differdange en 1912, qui s’est soldée par le recours à
la force : quatre ouvriers seront abattus. Dans La
Mémoire de la baleine, c’est par l’intermédiaire
de son grand-père maternel, Claudio, qui lui a
du reste transmis son nom, que le narrateur fait
la découverte, enfant, que « l’histoire peut être
racontée de plusieurs façons ». (p. 374) Au pied
de la statue d’Emile Mark, bourgmestre de la
ville de 1911 à 1935, érigée dans le parc Gerlache, le parc municipal, le grand-père raconte
à son petit-fils ce qui s’est passé à Differdange
ce 26 janvier 1912. Le narrateur revient, au
moment de l’énonciation qui correspond régulièrement au moment de l’écriture, sur cette leçon de vie qu’il apprit ce jour-là :
Bien sûr, ce qu’il m’a raconté ce jour-là, au parc
Gerlache, ne se trouve plus tel quel dans ma
mémoire. Mais les vingt coups de feu tirés sur
l’ordre du maire Emil Mark contre les grévistes
italiens, je ne les ai pas oubliés. […] Dans le
trajet si court entre les balles des fusils et les
cœurs des ouvriers italiens il y a cette distance
insurmontable qu’a toujours ressentie ma mère
quand elle parle des premiers temps de sa venue à Luxembourg. Et je n’ai pas non plus oublié le nom d’Alberto Zecchetti, cet ouvrier qui
ne s’est pas relevé ce jour-là, quand le cortège
des manifestants s’est dispersé pour préparer la
riposte. Alors, aujourd’hui, chaque fois que je
passe devant la statue d’Emil Mark au milieu
du parc Gerlache, je repense à ce que racontait,
alors que j’avais huit ans et demi […], grandpère Claudio. Et si ça me fait parfois sourire,
c’est d’un sourire amer qu’il s’agit, parce que
je me dis que, si par hasard on avait érigé,
comme l’aurait voulu mon grand-père, la statue
d’Alberto Zecchetti à la place de celle d’Emil
Mark, plus d’un promeneur autochtone se
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
serait demandé ce que faisait là, au milieu
du parc Gerlache, un tel bouffeur de macaronis
[…]. (p. 373-374)6
D’une part, l’évocation de la ville de Differdange, de ses lieux symboliques tels le parc
Gerlache et la statue d’Emile Mark sont en lien
direct avec l’histoire sidérurgique – comment
pourrait-il d’ailleurs en être autrement étant
donné que c’est par l’exploitation de son minerai
de fer qu’est née la ville ? – et, d’autre part, Differdange comme son histoire sont centrales à
l’histoire de la famille Nardelli et au-delà à l’histoire de cette communauté d’ouvriers immigrés
italiens. C’est par le réseau que tissent entre elles
l’histoire collective et l’histoire personnelle,
ancrées toutes deux dans les Terres Rouges
de Differdange, que le projet du diptyque romanesque de Portante prend tout son sens.
De fait, dès les premiers chapitres de
Mourir partout sauf à Differdange, le nom
d’Alberto Zecchetti (ré)apparaît, sans pour
autant être explicité. Plus loin, s’énonce une
version légèrement modifiée de ce même souvenir, du grand-père maternel racontant l’histoire de Zecchetti à son petit-fils qui, devenu
adulte, est le narrateur du roman :
Connais-tu l’histoire de Zecchetti ? C’est mon
grand-père qui parle. J’ai treize ans moins des
poussières, Kennedy vient juste de se faire tuer
à Dallas, une seule détonation, deux ou trois
coups de feu, l’usine fume comme un Turc, il
faut bien des repères historiques, et nous nous
trouvons devant le même buste, en plein milieu du parc Gerlache. Nous sommes habillés
comme tout le monde, pour dire combien elle
est dure l’intégration. La pluie est là, bien entendu, elle tombe cependant autrement, je veux
dire, elle mouille autrement les vêtements, le sol
et le reste, laissant des traces blanches quand
elle sèche, à cause des grains de poussière pris
dans les nuages, envoyés là-haut par les cheminées de l’usine, pour rappeler qu’elle est prospère encore la cité. (p. 140)
Les traces blanches de la poussière deviennent
sous la plume de Portante des traces noires qui
inscrivent dans la page blanche sa propre histoire des Terres Rouges. Dans les deux romans,
l’occurrence de Zecchetti implique de manière
générale l’idée d’une revanche à prendre. Si
elle n’est que sous-jacente dans La Mémoire
de la baleine, elle est explicitement formulée dans Mourir partout sauf à Differdange :
« N’oublie pas, il faut le venger, il s’agit d’une
question de justice élémentaire » (p. 138), dit le
grand-père au petit-fils qui se répète alors inlassablement : « Il faut venger Zecchetti ». (p. 139)
Terres Rouges, terres de mémoire
Ainsi, le narrateur érige à côté du monument
Emile Mark au parc Gerlache un buste imaginaire de Zecchetti et qui vient occuper
[…] un petit vide, une toute petite parcelle de
vide, invisible presque à l’œil nu, côtoyant directement le socle du buste d’Emile Mark, le
frôlant, le touchant, […], comme un frère jumeau, de jour comme de nuit, en chaque saison,
veillant sur l’ancien bourgmestre comme seul
sait le faire un ange gardien, ce n’est pourtant
pas un ange, loin de là, une mauvaise conscience plutôt. (p. 140)
Corollairement aux sujets privilégiés chez
Portante de la question identitaire, de l’exil et
du voyage, la mémoire et ses insondables pièges
et illusions constituent une autre interrogation
constante et fondamentale de l’œuvre entière.
De fait, les deux romans de Portante gagnent à
être associés à la notion de « lieu de mémoire »,
telle qu’elle a été définie par Pierre Nora, à savoir
qu’un « lieu de mémoire dans tous les sens du
mot va de l’objet le plus matériel et ­concret, éventuellement géographiquement situé, à l’objet le
plus abstrait et intellectuellement ­construit ».7
Un livre, par sa matérialité même, peut constituer un tel « lieu de mémoire ». Sa teneur, par
essence immatérielle, mobilise les imaginaires
6 Pour un traitement historique de cet épisode, voir SCUTO, Denis, « Les victimes de la grève des ouvriers italiens de l’usine
de Differdange en janvier 1912 », in REUTER, Antoinette, RUIZ, Jean-Philippe (dirs), Retour de Babel : itinéraires,
mémoires et citoyenneté. (Catalogue de l’exposition tenue dans les halles de l’ancienne aciérie à Dudelange du 28 avril
au 27 octobre 2007), Livre III : Rester/Être, Luxembourg, 2007, p. 38-43.
7 NORA, Pierre (dir.), Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1997, vol. 1. Voir à ce sujet la contribution ici même de
Myriam SUNNEN, « D’Minett - un lieu de mémoire ».
69
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
collectifs au travers de souvenirs, soient-ils des
souvenirs écrans, qu’en l’occurrence les récits
de Portante éveillent de pair chez l’auteur et
le lecteur.
D’une part, rapprocher les deux romans de
Portante de la notion de « lieu de mémoire » se
justifie de manière générale au travers des nombreuses occurrences qui renvoient aux différents
signes de commémoration que la ville de Differdange a mis en place, en hommage aux travailleurs des mines. D’un ton ironique, l’auteur
par ses narrateurs interposés, évoque « les blocs
de minerai » qui trônent sur les carrefours avec
des « locotracteurs rouillés » qui ne tractent
plus que le vide (Mpd, p. 58). La commémoration passe par d’autres voies que celles figées
des monuments qui finiront par tomber dans
l’oubli à force de faire partie de notre environnement quotidien. Pour Portante, commémorer
– dans le sens de remémorer, de remettre en
mémoire – passe par l’écriture.
De fait, à deux reprises, dans Mourir partout
sauf à Differdange, le narrateur évoque son écriture comme la poursuite du « testament muet »
que lui a légué son père, c’est-à-dire cette identité forgée par la vie dure menée par la plupart
des ouvriers sidérurgiques qui parallè­lement
affichaient la fierté d’avoir pu offrir à leurs
familles des vies meilleures. Cette apparente
contradiction sous-tend chacune des évocations
du bassin minier, à l’instar de cette description
du site de Terre-Rouge à Esch-sur-Alzette que
le narrateur de La Mémoire de la baleine entame avec le regard rétrospectif, teinté de nostalgie, de l’adulte devenu écrivain :
Parfois, en me promenant par les sentiers
du Galgenbierg, à Esch, je vois à travers les
pointes des pins la flamme éternelle brûler audessus du bâtiment rouge-poussière dans lequel
a travaillé mon père. L’usine ressemble à un
champ de ruines. Au loin, les hauts fourneaux
de Belval fument encore. Mais à Terre-Rouge
il n’y a presque plus rien. Tout a été rasé. Seule
la centrale thermique de papa a survécu. Derrière ces murs j’imagine les trois chaudières
avec le silo à charbon et le broyeur, le charbon
qui sur un tapis s’engouffre dans la chambre
de combustion de la chaudière, puis les tubes
d’eau, la gaine de fumée et les filtres. Le tout
débouchant sur l’énorme cheminée qui s’érige
en l’air comme une tour et chasse la fumée et la
poussière dans le ciel nuageux. Et tandis que le
charbon brûlé part en fumée, l’eau, de l’autre
côté se transforme en énergie et alimente, à
travers des turbines, ce qui reste encore de
l’usine d’Esch. (p. 397)
D’autre part, en transposant la notion de
« lieu de mémoire » à l’écriture de Portante,
le diptyque de Differdange peut être lu littéralement comme une actualisation du
buste fabulé de Zecchetti : un monument
dressé en mémoire des ouvriers des mines
de Differdange ; des grévistes de 1912 qui
ont osé se redresser pour leurs droits ; de
toute cette communauté d’immigrés italiens,
à laquelle le narrateur, mais également l’auteur, appartiennent.
Car, dans Mourir partout sauf à Differdange, l’histoire de Zecchetti est explicitement
mise en relation avec un livre, à savoir Les
Fiancés d’Alessandro Manzoni qui de surcroît,
en tant que livre de chevet du personnage de la
mère, traverse en filigrane les deux romans.8
Dans Mourir partout sauf à Differdange, le roman de Manzoni sert de relais entre les deux enterrements de la mère du narrateur. Cherchant à
réparer son acte de trahison, cette espèce d’exil
d’outre-tombe qu’il a infligé à sa mère, le narrateur enterre Les Fiancés de Manzoni à côté du
monument Emile Mark :
J’ai décidé que désormais, Zecchetti reposerait à côté d’Emile Mark. Il me fallait du
concret, je veux dire, une chose est de laisser ses fantasmes pourrir dans l’imagination, une autre d’étayer tout ça par quelque
chose de réel. Qu’avais-je sous la main […]
si ce n’est Les Fiancés de Manzoni ? […]
Au bout d’un moment, la tombe de Zecchetti
et de Manzoni était suffisamment profonde
pour que le livre y tienne confortab­lement.
Je l’ai recouvert, ai remis en place les bottes
de gazon, et à l’œil nu il n’y avait plus de
traces de ma double revanche. Ta place est
8 En effet, la mère du narrateur lit sa propre histoire dans le miroir que lui tend le roman d’Alessandro Manzoni, cette histoire
d’amour entre Lucia et Renzo qui prend place en Lombardie, au XVIIe siècle, sous la domination espagnole. De manière
significative, I promessi sposi (1823) porte comme sous-titre Chronique milanaise du XVIIe siècle, augurant les tensions
entre réalité et fiction dans les romans de Portante, dans l’aspiration commune à mêler storia et invenzione.
70
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
ici, maman. Oui, au cœur de Differdange,
en plein milieu du parc Gerlache. (p. 143)
Un épisode supplémentaire, le récit de
l’accident qui coûte la vie au grand-père paternel et dont plusieurs occurrences sillonnent
les deux romans, sert encore de catalyseur à
cette dimension primordiale que l’idée de revanche revêt au sein de l’ancrage identitaire
constitué par les Terres Rouges. De manière
emblématique, l’épisode se retrouve au cœur
de la contribution de Jean Portante au recueil
Où demeurer ailleurs que là. Luxembourg,
lieux intimes, édité par Corina Ciocârlie. Dans
son introduction, elle définit ces « [l]ieux intimes comme des lieux préservés des assauts de
l’oubli. Le monde autour se dissout, laissant ça
et là des îlots de temps retrouvé »9. Le texte
« La mine du Thillenberg, à Differdange », dédié
au grand-père paternel de Jean Portante décédé
sous l’éboulement d’une galerie du Thillenberg, fonctionne de fait à nouveau comme
« lieu de mémoire ».
Elle est imaginaire, ma mine. Non qu’elle
n’existe pas dans la réalité, mais dans la mienne,
je veux dire dans la fabrique de mes souvenirs,
elle n’est palpable que par qui, comme moi,
ne l’a jamais vue, n’y est jamais descendu, est
resté devant la grille rouillée, devant le mur
en béton armé qui en interdit l’entrée désormais.10
S’ensuit le récit du même épisode déjà rapporté
dans La Mémoire de la baleine, quand le grandpère du narrateur / le grand-père de l’auteur revient chez lui, après l’école et apprend la nouvelle
tragique.11 Entre les deux versions d’un même
souvenir, le narrateur se mue en auteur. Par les
ricochets que ce texte intimiste exerce quinze
ans après sur La Mémoire de la baleine, tout
un pan de l’histoire fictionnelle des Nardelli se
transforme en histoire personnelle - autobiographique - de l’auteur. La complexité du dispositif
scriptural que Jean Portante met en place dans le
diptyque de Differdange crée un entre-deux qui
allie la mémoire probable d’une génération à la
mémoire intime d’une famille, d’une enfance.
Dans la poursuite du sentiment sous-jacent
d’une revanche à prendre, l’auteur se demande
plus loin dans le texte sur « La mine du
Thillenberg » :
On m’a dit que le mur qui bouche l’entrée de
la mine est une barrière de protection. A-t-on
peur que les morts ne sortent et viennent crier
vengeance? Il y a de quoi. La richesse du pays
s’est accumulée à coups de pelles et de pioches.
Sans oublier le sang. Mais l’oubli a mis un drap
noir sur tout ça. (p. 102)
Les propos sont durs et éclairent d’une lu­
mière nouvelle, à nouveau par contrecoup,
les propos similaires tenus dans les deux
romans sur Differdange, tels par exemple dans
La Mémoire de la baleine, précisément au
sujet de « [...] l’emplacement de la mine
Thillenberg dont les accès ont été murés depuis
peu, comme s’il fallait plomber définitivement
ce qui a été et restera la plus grande fosse
commune de Differdange [...] » (p. 288). Si
Jean Portante ne fait que rapporter encore
la violence du travail dans les mines,
s’il ne peut que dénoncer encore l’exploitation dont souffraient les ouvriers, et certainement davantage quand ils arrivaient d’Italie,
composant ainsi un témoignage, à valeur littéraire incontestable, mais un témoignage parmi
d’autres, la véritable vengeance, la véritable
revanche se profère toutefois dans les sillons
de l’écriture : dans les traces écrites, gravées,
qui sauvent de l’oubli ces vies et ces morts
données aux Terres Rouges.
9
CIOCARLIE, Corina (éd.), Où demeurer ailleurs que là. Luxembourg, lieux intimes, Luxembourg, Phi, 2007, p. 8. Les
textes du recueil ont paru tout le long de l’année 2007 dans le Supplément Livres du Tageblatt.
10 PORTANTE, Jean, « La mine du Thillenberg, à Differdange », in CIOCARLIE, Corina (éd.), op. cit., p. 100.
11 Voici ces deux variations autour du même thème : « Aller travailler, descendre au fond de la mine, c’est aussi la guerre.
Avec un ennemi invisible toutefois, d’autant plus redoutable. La dynamite disloque les parois des galeries, et il suffit
presque d’un éternuement pour que tout s’écroule. / Non, ce lundi-là, quand il était rentré de l’école, sa mère n’était pas
allée faire des courses. Et les ambulances qui, avec ou sans leurs sirènes, faisaient le va-et-vient dans la rue de l’Hôpital,
n’étaient pas venues, comme tant de fois, pour un inconnu. Mais son père n’avait même pas eu besoin d’ambulance, parce
que, lorsqu’on l’avait retiré de la galerie, son corps était déjà sans vie. Le vent faisait danser la moustache, et le corps
était sans vie » (Lmb, p. 108-109) et « Papa était à l’école. Il ne se doutait de rien. Une sirène a hurlé dehors. C’était assez
fréquent. L’usine et les mines, comme si elles se vengeaient du minerai arraché au sol, se nourrissaient de chair fraîche.
[…] Ce jour-là, ce 9 mai 1932, le gros lot était pour papa. Il ne l’a su qu’en rentrant chez lui, au bout de la rue de l’Hôpital ».
(« La mine du Thillenberg, à Differdange », p. 101)
71
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
Dans Mourir partout sauf à Differdange,
cette même mine semble se transformer en
chantier, le grand-père en maçon. Une équivalence entre les deux métiers de mineur et de
maçon qui collent à la peau et à l’identité des
immigrés italiens est établie tout le long du
roman, soulignant que c’est bien le statut d’ouvrier et d’artisan qui est prédominant dans la
représentation de cette communauté :
Dans ma famille, côté masculin bien entendu, il
n’y a, mettons, que des maçons. Normal, nous
venons d’Italie. Les coiffeurs et les maçons
viennent d’Italie. Tout le monde le sait à Differdange. Le savait, la donne a changé. A Differdange et dans l’ensemble du bassin minier. Je
veux dire, feu le bassin minier, Dieu ait son âme.
Voilà belle lurette qu’on ne retire plus le moindre
gramme de fer du sous-sol differ­dangeois. (p. 34)
Ce statut d’ouvrier entraîne avec lui toute
une gamme de discriminations dont rendent
compte les deux romans. Il y a évidemment les
injures qui fusent, davantage dans La Mémoire
de la baleine, étant donné l’énonciation prise en
charge de manière régulière par l’enfant Clodi ;
et l’on sait la cruauté des cours de recréation.
Au-delà, cette évocation d’un Differdange avec
« […] ses habitants qui nous regardent de travers et nous traitent de boccia et de bouffeurs
de macaronis et de putains d’ours quand nous
ne pouvons pas les entendre » (Lmb, p.159) en
dit long sur les difficultés d’intégration qu’ont
rencontrées ces communautés d’immigrés.
La famille Nardelli est constamment tiraillée
entre les deux cultures italienne et luxembourgeoise, proches l’une de l’autre notamment par
le partage de la religion catholique, et pourtant
si éloignées dans leurs pratiques respectives,
comme le suggère encore cette citation tirée de
La Mémoire de la baleine et qui illustre bien les
tensions que ce conflit provoquait :
[…] parce que c’est justement à ça, prétend
Nico, mon meilleur copain, qu’on reconnaît les
bouffeurs de macaronis, au boucan qu’ils font
quand ils parlent. Un vrai Luxembourgeois,
ça parle sans crier, ça ne hurle pas comme un
putain d’ours. Et, dans une vraie maison luxem-
bourgeoise la musique s’écoute avec un volume
modéré. [...] c’est justement ça que j’ai crié à
papa et à oncle Frédy : un vrai Luxembourgeois
ne hurle pas comme un putain d’ours. (p. 366)
Une aspiration à l’ascension sociale, à la réussite, pointe. D’autant plus que les deux parents
Nardelli, le père et la mère du petit Clodi,
avaient eu la possibilité, dans leur jeunesse en
Italie, d’entamer des carrières de fonctionnaires :
le père en tant qu’interprète, la mère en tant
qu’institutrice. Les aléas de la guerre et le désir
d’une vie financièrement meilleure les feront
renoncer à ces projets :
Mon père nous a cependant empêchés de toutes
ses forces de lui emboîter le pas […]. La phrase :
un bleu de travail dans la famille, ça suffit largement, est devenue un généreux cri de guerre,
la tentative de nous hisser une fois pour toutes
hors d’un milieu social à l’horizon trop fermé
et au porte-monnaie trop peu rempli. (p. 397)
Cette dimension est également présente dans
Mourir partout sauf à Differdange, où le narrateur-écrivain exerce de nombreux métiers, à
l’exception de celui d’ouvrier. Dans l’une des
histoires qui composent le roman, il devient
boucher, non pas par choix ou vocation, mais
parce qu’il a épousé la fille du boucher :
Ma manière à moi de venger les humiliations
d’antan, chevaux de Troie prêts à prendre de
l’intérieur ce dernier rempart differdangeois
de pureté gastronomique, à savoir la boucherie
Meyer, située en face de la place du Marché,
pénétrée comme un indicateur s’infiltre dans un
milieu mafieux, ou un espion dans le service de
contre-espionnage adverse. Terre de personne
que cette boucherie, à présent, abritant à la fois
le porc ou le bœuf abattu en territoire luxembourgeois et les salamis ou les jambons provenant de leurs frères italiens. (p. 29)
Terres Rouges, terres natales
Le ton de Mourir partout sauf à Differdange
comme de La Mémoire de la baleine n’est
pourtant pas amer, il ne s’agit pas de régler
12 D’après le titre de l’article que Jean Sorrente a consacré à Mourir partout sauf à Differdange lors de la parution du
roman (SORRENTE, Jean, « Les incarnations romanesques de Jean Portante », in Supplément Livres, Tageblatt, n°4,
18.04.2003).
72
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
ses comptes, mais de dresser le tableau d’une
époque et d’y inscrire une histoire personnelle.
Des passages teintés d’ironie reprennent les clichés qui collent aux immigrés, dans l’apparente
naïveté de l’enfant Clodi qui élabore ainsi toute
une théorie sur « la futilité des nationalités »
(p. 424), à l’occasion d’une excursion scolaire
sur le Tëtelbierg et plus particulièrement sur un
site de fouilles romaines :
Les ancêtres des Luxembourgeois n’étaient pas
Luxembourgeois ? Quelle drôle de nationalité. Nous autres, les bouffeurs de macaronis,
nous descendions par contre tout droit des plus
puissants des ancêtres, à savoir les Romains.
[...] Quoi ? Avais-je bien entendu ? Avait-il évoqué les Romains ? Mes ancêtres à moi ? Pas
possible. [...] Oui, les Romains ont habité à
Differdange bien avant que Differdange ne s’appelle Differdange et Niederkorn Niederkorn.
[...] Voilà les vrais ancêtres des Differdangeois :
mes ancêtres à moi, les Romains. Charly et
moi, Nico et moi, Josiane et moi, Michèle et
moi et même monsieur Schmietz et moi, sœur
Lambretta, monsieur Erpelding et moi, nous
étions les branches d’un même arbre. Et j’étais
le seul à le savoir. (p. 341-342)
Il est dès lors révélateur que dans l’une des
« incarnations romanesques »12 de Mourir
partout sauf à Differdange, le narrateur-écrivain devient un anthropologue qui descendrait
dans les terres à la recherche des « restes d’un
ancêtre de l’homme pas encore répertorié par la
science jusque-là ». (p. 244) Le travail de l’anthropologue est identifié à celui de l’écrivain qui,
lorsqu’il entreprend un projet autobiographique,
fouille lui aussi les tréfonds de sa mémoire
pour en tirer la substance nourri­cière de son
identité. Cette identité est chez Portante inextricablement liée à la terre – le rapprochement
avec l’anthropologie en étant la preuve –, une
terre rouge en l’occurrence. Cette corrélation
s’énonce ainsi dès l’incipit du roman, éclairant
par anticipation le déroulement du récit à venir :
Désormais, je sais pourquoi je n’arrive pas à
écrire mon roman. Cela fait plus de sept ans que
je descends l’escalier qui mène à l’échec, au
rien, un escalier mécanique, un ascenseur plutôt,
m’enfonçant dans les sous-sols de la terre, toujours plus bas, jusqu’aux souterrains de l’imagination, dans un univers lacéré de millions de
coups de pioche et de pelle ayant creusé un inter-
minable entrelacs de galeries, semblables à celles
qui rampent, abandonnées, désertées, vidées de
leur substance, sous les rues et maisons de Differdange, et moi, le spectre du mineur, pioche et pelle
à la main, errant dans le labyrinthe des veines
qui, donnant les unes dans les autres, se mangent la queue comme des serpents affamés. (p. 7)
Le rapprochement entre les galeries souter­
raines des mines de Differdange et la mémoire
de son enfance passée dans ces mêmes terres
devient évident. Le roman s’élance dans la
succession d’une multitude d’histoires que vit
le narrateur, qui est en même temps l’écrivain
du roman que le lecteur a sous les yeux. A la fin
des deux cents pages, le roman s’est écrit, par
le biais des fouilles menées dans la propre mémoire du narrateur-écrivain, donnant naissance
à ces récits aussi bien fictionnels que personnels.
Les Terres Rouges font l’objet dans le
diptyque de Differdange d’une représentation
chargée affectivement, et donc éminemment
personnelle. Des images poétiques sont suscitées par l’évocation de la poussière des cheminées, le rouge de cette poussière née de l’exploitation des terres, qui teinte les occur­rences
de Differdange. Or,
[l]e temps passe. La preuve, il n’y a aujourd’hui
plus de sang, le soir, dans le ciel de Differdange,
mais beaucoup de nostalgie, de jour, dans les
rues, les façades en témoignent : rouge gris
elles étaient, rouge gris elles restent, comme
si clandestinement, alors que tout le monde
dort, on continuait à fondre du minerai de fer
dans l’usine d’à côté, comme pour ne décevoir
personne ou ne pas perdre la main, on ne sait
jamais. (Mpd, p.144)
Dans les deux romans, la représentation de
Differdange est caractérisée par la nostalgie,
la nostalgie non seulement de l’enfance que
suscite toute remémoration entreprise par un
adulte, mais de cette terre qui fut une terre d’accueil pour de nombreuses familles immigrées,
qui fut une terre nourricière. A la fin du roman,
le narrateur de La Mémoire de la baleine revient
à Differdange et se demande :
Combien de fois avais-je maudit ces hauts fourneaux et ces cheminées-là, crachant leur sale
poussière au-dessus de la ville, une poussière
s’engouffrant partout et menaçant à chaque
moment de ralentir l’engrenage de la vie quoti73
Terres Rouges
Differdange, Terres Rouges ou l’ancrage identitaire chez Jean Portante
dienne ? Quelle idée de mettre une usine au milieu d’une ville, avait dit Sandra [...]. Mais c’est
le contraire, lui avais-je répondu, l’usine était
la première, la ville est venue après. (p. 470)
Differdange est sa ville natale, comme elle est
celle du narrateur-écrivain de Mourir partout
sauf à Differdange et au-delà, celle de l’auteur
Jean Portante. Un détail d’ampleur pour la
place privilégiée que le bassin minier occupe
dans son oeuvre. Les évocations de la maison
natale dans les deux romans le rappellent : « une
maison natale, c’est tout de même important ».
(Lmb, p. 30) La maison natale fonctionne
comme point d’ancrage identitaire, comme le
symbole aussi d’une mémoire. Les nombreuses
occurrences de la maison natale, rue Roosevelt
à Differdange, contrebalancent dès lors les sentiments latents d’exilé chez les narrateurs des
deux romans.
La question de l’exil renvoie inlassablement à l’idée d’un voyage originel auquel
l’auteur comme les narrateurs du diptyque sur
Differdange n’ont pas participé et qui est à la
source du sentiment d’aliénation ressenti : né
à Luxembourg, mais de parents immigrés italiens, ils semblent appartenir irrémédiablement
à une terre de l’entre-deux, un ni ni qui les assi­
mile aux baleines. Chez Portante, le thème du
voyage est lié par conséquent à ce sentiment
d’aliénation originelle, métaphorisé dans les
deux romans par le passage du tunnel du SaintGothard qui sépare les deux côtés des Alpes ; ce
tunnel qui pourrait se faire rejoindre le mal du
pays de la mère et les aspirations de réussite sociale du père, ce tunnel qui est encore comparé,
dans Mourir partout sauf à Differdange, au « labyrinthe de veines […] qui trouent le sous-sol de
Differdange à la manière d’un Gruyère ». (p. 104)
Tous les chemins de Portante semblent ainsi mener à cette terre du bassin minier,
cœur des deux romans où l’entreprise de remémoration autour de la ville de Differdange est
inextricablement liée à l’entreprise romanesque
et poétique, dans l’interrogation des domaines
limitrophes de la fiction et de l’autobiographie.
La présence des Terres Rouges dans les deux
romans témoigne finalement de l’ancrage identitaire que seule l’écriture parvient à constituer
chez Portante. Bouclant la boucle avec le début
de ce survol du diptyque de Differdange, c’est
ainsi encore la langue d’écriture de Portante,
cette étrange langue qui aura le fin mot :
Je porte en moi un pays physique et un pays de
mémoire collective, fictive. Depuis le départ,
tout a oscillé entre ces deux pôles, ce qui m’a
fait prendre ce voyage pour la réalité alors
qu’il était fiction. J’ai dû inventer un paysage
à cette dualité : la baleine. Elle a fait le long
voyage de la terre vers l’eau et n’a gardé en elle
la terre que comme pays de fiction. [...] Chez
moi, le poumon serait la langue, quelque chose
à l’intérieur que je ne peux utiliser mais qui me
rattache à la fiction de l’origine. Elle filtre mon
existence même.13
13 PORTANTE, Jean, « La langue filtre mon existence », propos recueillis par Kristel PAIROUX, in Le Quotidien, 31.03.2004.
74
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la
baleine de Jean Portante
Marion Colas-Blaise
Quelle place la littérature migrante au Luxem­
bourg1 réserve-t-elle aux Terres Rouges ? Dans
quelle mesure celles-ci alimentent-elles l’expérience créatrice de certaines des personnes
qui sont venues s’installer sur nos terres, ou
qui sont des descendants de deuxième ou de
troisième génération, de celles et de ceux qui
ont quitté leur pays d’origine pour un pays
d’accueil ? Après une rapide caractérisation de
la littérature migrante par rapport à des littératures proches – la littérature de l’exil et la littérature postcoloniale – (première partie), il
s’agira, ensuite, de dégager quelques modèles
rendant compte de la manière dont l’immigrant
négocie son rapport à la terre d’accueil et d’en
repérer les traces dans l’ouvrage La mémoire
de la baleine de Jean Portante (deuxième
partie). Ce même ouvrage sera à la base d’une
réflexion sur la médiation opérée par la langue :
il importera de montrer en quoi c’est la langue,
ou plutôt, en ce qui concerne Differdange, la
coexistence, selon des modalités à déterminer,
de plusieurs langues qui règle l’insertion dans
le tissu social (troisième partie). Enfin, on se demandera dans quelle mesure les tensions ainsi
générées sont répercutées également au niveau
de la manifestation linguistique, du « style » de
l’auteur (quatrième partie).
1. La littérature migrante et les
littératures parentes
Pour baliser le champ des investigations, on
pourrait mettre en exergue la phrase du poète
tunisien Tahar Bekri :
Toute création véritable, et cela est encore plus
manifeste dans la création poétique, est un exil,
car elle est le lieu d’une vision unique, d’une
quête de soi et des autres, un espace où s’élabore la langue d’écriture, langue où se meut la
voix de chaque écrivain, son souffle, son rythme,
sa respiration, son corps, son être.2
Cependant, à l’évidence, toute création ne
relève pas d’une littérature de l’exil. Celleci mérite également d’être distinguée de la
littérature postcoloniale et de la littérature
migrante. D’où la nécessité d’une clarification
notionnelle, afin que se précisent les frontières,
certes perméables, entre différents continents
littéraires parents.
On se contentera, ici, de noter qu’étymologiquement, l’exil, c’est-à-dire « l’expulsion
hors de la patrie », est synonyme de « malheur »
ou de « tourment »3. Fréquent tout au long de
l’histoire, ce phénomène concerne entre autres
des intellectuels et des écrivains à des périodes
de fortes persécutions politiques et religieuses
(pour fuir la censure et la répression). Au XXe
siècle, on retiendra notamment ceux qui, tels
Thomas Mann ou Bertolt Brecht, fuient le
nazisme, ou encore les dissidents russes, tel
Victor Serge Soljenitsyne. S’en distingue l’émig­ration volontaire d’écrivains qui, à l’image de
Henry James, de Joyce ou d’Aldous Huxley,
gagnent le continent européen ou les ÉtatsUnis. On y ajoutera Ionesco, qui a quitté la
Roumanie en 1938 pour « monter » à Paris.
L’exil choisi peut constituer non seulement une
stratégie littéraire, mais une forme de vie.
Quant à la littérature postcoloniale – celle,
par exemple, de Tahar Ben Jelloun ou d’Azouz
Begag –, on notera brièvement qu’elle vise, surtout depuis une vingtaine d’années, à scruter les
rapports entre les (anciennes) colonies françaises
1 Au sujet de la spécificité de la littérature migrante dans un contexte multilingue et pluriculturel, voir notamment Jeanne E.
GLESENER, « La littérature de l’(im)migration au Luxembourg », in CONTER, Claude D. et GOETZINGER, Germaine
(éds), Identitäts(de)konstruktionen. Neue Studien zur Luxemburgistik, Luxembourg, Éditions Phi & CNL, 2008, p. 111-130.
2 BEKRI, Tahar , « Exils », in Littératures de Tunisie et du Maghreb, suivi de Réflexions et propos sur la poésie et la
littérature, Paris, L’Harmattan, 1994.
3 RANVIER, Alain, notice « Exil », in ARON, Paul et alii (éds), Le dictionnaire du littéraire, Paris, PUF, 2002, p. 214.
75
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
et britanniques et la métropole colonisatrice ;
l’accent est également mis sur les métissages
raciaux et culturels auxquels peuvent donner
lieu l’entrée en contact de deux mondes et la
création peut-être d’un « tiers espace »4. La
langue française devient le dépositaire de tensions fondamentales : elle est ressentie comme
une langue de libération qui, en tant que langue
de la colonisation, fait en même temps l’objet
d’une interrogation fondamentale.
Enfin, si la littérature de l’émigration a
ponctué les siècles – au moment de la Révolution française, lors du peuplement du Nouveau Monde au XIXe siècle… –, la littérature
migrante constitue, selon Paul Aron5, un phénomène relativement récent, lié à l’essor du
capitalisme. Ainsi, en ce qui concerne le monde
francophone européen, les immigrations ont
d’abord frappé le sud de l’Europe (surtout
l’Italie, l’Espagne, le Portugal) entre les deux
guerres, avant de toucher l’Afrique du Nord et,
jusqu’à un certain point, l’est du bassin méditerranéen dans les années 1960. Si l’on cherche
à dégager des traits définitoires, on dira que, en
mettant face à face des groupes sociaux et des
réalités culturelles différents, la littérature migrante soulève avec force des questions identitaires : il s’agit moins de s’intégrer dans une
nouvelle culture en abandonnant la sienne que
d’opérer une « transculturation » (F. Ortiz),
qu’il faudra distinguer de l’acculturation, trop
souvent mise en avant. Avant un approfon­
dissement de ces notions, on en pointera, à la
suite de Paul Aron, deux conséquences immédiates : i) l’impossible retour au pays d’origine
– le voyage permet à l’immigré de constater le
décalage entre la mémoire collective mythifiante et la réalité : le pays d’origine n’est pas
une terre d’accueil dont il pourrait se sentir
proche ; à l’inverse de l’écrivain postcolonial,
il ne peut le considérer comme une « terre
de repli » ; ii) la réflexion sur la langue, dans la
mesure où celle-ci répercute les tensions liées
aux contacts ou aux conflits entre les pratiques
linguistiques : par exemple, entre la langue
première, celle du milieu familial, qui prend
une forme volontiers dialectale, et la langue du
pays d’accueil, qui peut constituer la langue de
la scolarisation.
2. Comment penser le rapport à
l’autre ? Transculturation et
métissage, plutôt qu’acculturation
Comment construire la figure de l’Autre ? La
question doit être envisagée selon deux perspectives, strictement complémentaires : celle du
sujet collectif, dans un espace social donné, qui
accueille l’Autre ; contraint d’en négocier l’entrée dans son espace, de traiter le dissemblable,
la différence, l’« étrangéité », il doit aussi repenser sa propre identité, selon qu’il la considère
comme « menacée » ou comme pouvant se modifier en s’enrichissant au contact de l’Autre ;
enfin, la perspective de l’Autre, du groupe qui
vise à prendre pied dans l’espace d’accueil et
s’oblige, à cette fin, à transformer sa propre
identité culturelle.
Il s’agit ainsi pour nous de réfléchir aux modalités de ces transformations, aménagements,
adaptations, qu’on peut éclairer sous l’angle des
stratégies de traitement du dissemblable, qui
permettent une médiation du rapport à l’Autre et
donc un autre mode de présence à nous-mêmes.
Quoiqu’apparemment contraires, les stratégies de l’exclusion et de l’assimilation reposent,
en réalité, sur un accord tacite : face à l’Autre,
qui est d’abord l’étranger, défini par sa dissemb­lance, il s’agit, dans les deux cas, de préserver
la « pureté » du groupe d’accueil, soit en rejetant­
et en éliminant l’autre, soit en opérant une
standardisation qui nie toute différence et refuse
le droit à la différence, et donc une ingestion
de l’autre. Dans un cas, il s’agit de préserver
le soi des éléments surgis du dehors, qui sont
vécus comme une menace. Dans l’autre, la
fusion dans la masse signifie aussi la disparition
de ce qui est différent. Soit, l’autre est privé de
son existence (exclusion) ; soit il est ramené à
du même. Ici et là, en traçant une frontière entre
le « dedans » et le « dehors », les stratégies
visent la stabilisation d’un état et elles éliminent
tous les éléments dynamiques qui pourraient
conduire à inventer de nouvelles formes de
coexistence et mener à un renouvellement des
formations culturelles.
On y opposera les stratégies mixtes, qui
visent sans doute à maintenir un certain équilibre, mais sans exclure l’évolution, la mobilité
4 DELVAUX, Martine & CARON, Pascal, notice « Postcolonialisme », ibid., p. 482.
5 ARON, Paul, notice « Migrante (Littérature) », ibid., p. 387-388.
76
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
internes. Quelle que soit la perspective, celle
du « Nous » de la terre d’accueil, ou celle du
migrant, il s’agit avant tout de produire du
sens en se positionnant par rapport à l’Autre :
comment « se reconnaître en l’Autre, ou se
découvrir soi-même comme Autre »6 ?
Faut-il, dans ce cas, parler d’acculturation
du migrant ? La première acception répertoriée
par Le Petit Robert met en évidence la parenté
sémantique avec l’assimilation : il est question
non seulement de l’assimilation des valeurs de
l’Autre – ici du groupe d’accueil – mais encore
de l’assimilation à l’Autre, de l’absorption par
– de la fusion dans – la société d’accueil, qui
entraînent la soumission des valeurs propres, de
l’« étrangéité », à un mouvement d’homogénéisation et de normalisation ou uniformisation.
De ce point de vue, la transculturation correspond à une expérience plus satisfaisante de
reconnaissance de l’altérité en nous-mêmes.
Le modèle autorise une pensée non seulement
du conflit et de la tension, mais encore de la
transformation. Comme le note Alexis Nouss,
un chercheur canadien, le terme « transculturation », qui apparaît chez l’ethnomusicologue
cubain Fernando Ortiz en relation avec la situation culturelle de son île, « désigne l’ajustement
de l’immigrant à son nouveau statut par un
processus de négociation entre les éléments de
son ancienne culture et ceux de la nouvelle »7.
Trois traits méritent alors d’être soulignés. On
notera, tout d’abord, le caractère interpersonnel,
interculturel et donc collectif du transculturel.
Ensuite, l’hybridité résulte de la rencontre entre
deux composantes culturelles telles celles à la
base de l’arabesk de Turquie, mélange du fonds
ottoman et des influences du monde arabe.
La création originale trouve son ancrage dans
l’entre-deux des cultures en présence ; l’espace
médian correspond à un « hors-lieu », de l’ordre
de la combinaison, du « et… et… », délesté
de la valeur négative que revêt le « non lieu »
(de l’ordre du « ni... ni… »). Le transculturel
relève ainsi d’une pensée du compromis, de la
conciliation, de la synthétisation : « ceci et son
contraire, à la fois vrai et faux, noir et blanc, bon
et mauvais », écrit Alexis Nouss8. On constatera, enfin, la perte des spécificités, dans la mesure où les identités peuvent voler en éclats.
Comme le note Alexis Nouss, « transculturel
est l’usage d’une lingua franca à côté des langues communautaires : le latin, l’arabe, le russe
à l’époque du bloc soviétique, le turc, l’angloaméricain aujourd’hui. […] le transculturel […]
est statique, fixe et fixateur. Il bénéficie d’une
fixation puisque les deux composantes doivent
interrompre leur devenir respectif afin de trouver cette forme commune transculturelle »9.
C’est ce dernier point qui nous incite à
pousser la réflexion plus avant. Dans quelle
mesure la littérature migrante participe-t-elle à
un tel processus de transculturation ? Un autre
type de modélisation serait-il envisageable, qui
écarte le risque d’un figement et préserve les
chances d’une vraie dynamique ? La notion de
transculturation peut être confrontée avec profit
à celle du métissage, tel que le décrit Alexis
Nouss : il s’agit, dans ce cas, d’appartenir
pleine­ment à plus d’une culture, de se prévaloir
de plus d’une identité. L’exemple qu’il donne
est éloquent : Alice, de Lewis Carroll, peut être
des deux côtés du miroir, toute petite ou toute
grande, en fonction des métamorphoses opérées. Le métissage est intrapersonnel, dans la
mesure où l’opération s’opère au niveau même
de l’individu, du jeune beur, par exemple, qui
noue en lui l’héritage maghrébin à l’héritage
français. Alexis Nouss rapproche le métissage
du « bricolage » tel que peut l’entendre l’anthropologue Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage :
le bricolage permet de construire une nouvelle
réalité en faisant coexister des structures, en
les incorporant dans un tout, sans les unir, sans
« fondre [les] composantes dans un ensemble fusionnel » ni leur faire perdre leurs spécificités10.
En même temps, si pour Alexis Nouss,
« le métissage, c’est le même et l’autre »11,
si c’est être pleinement ceci et cela, la con­
jonction « et » pourrait être remplacée par « ou » :
alors que l’hybridité signifie le mélange, la
6 LANDOWSKI, Éric, Présences de l’autre, Paris, PUF, 1997, p. 24.
7 NOUSS, Alexis, « Métissage, transculture et singularité », in OUELLET, Pierre (éd.), Politique de la parole. Singularité
et communauté, Québec, Éditions Trait d’union, 2002, p. 103.
8 Ibid., p. 106.
9 Ibid., p. 104.
10 Ibid., p. 110.
11 Ibid., p.104.
77
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
conciliation, il s’agit, précisément, d’être « tour
à tour, et pleinement à chaque fois »12, alternativement. Le métissage ne fait pas perdre les traits
singularisants, mais les intègre dans un projet
inédit. Ainsi, dit Alexis Nouss, « le Turc n’est
pas mi-occidental mi-oriental mais tout à fait
occidental et tout à fait oriental. Le sujet métis
n’ignore pas les frontières, il les reconnaît mais
est autant à l’aise d’un côté que de l’autre »13.
Le principe de base étant celui de l’alternance, le zapping pourrait constituer, selon
lui, un exemple de l’expérience esthétique du
métissage. C’est permettre la reconnaissance de
l’altérité, son maintien, celui de la différence,
plutôt que sa négation, qui entraînerait une perte
de sens : « Face à face où l’autre n’est jamais
réduit au même, où la distance est maintenue lors
même que le dialogue s’établit »14. Le métissage
est ainsi, toujours et nécessairement, en devenir,
une réalité mouvante, qui exhibe les différences,
les inégalités, plurielles, infiniment. L’espace
correspondant n’est alors ni un « non-lieu »,
ni un « hors-espace », mais peut-être un « tiers espace », qui préserve la possibilité du battement15.
Dans quelle mesure l’ouvrage La mémoire de la baleine fait-il s’entrecroiser les
expériences de l’assimilation/acculturation,
dont le « non lieu » est une figuration, de la
transculturation, liée au « hors-espace », et
du métissage, en rapport avec le « tiers espace » ? Plus exactement, si tout migrant
s’installe dans un « entre-deux » qui est de
l’ordre du « ne plus » et du « pas encore »
– ce n’est plus le village d’origine, et pas
encore le pays d’accueil –, dans quelle mesure
l’interstice devient-il habitable, dans quelle
mesure devient-il producteur de sens ? Ou encore, comment passer du « ni… ni… » à du « il
y a quelque chose qui fait sens » ?
L’expérience du « non lieu »
L’expérience du « non lieu » correspond
très exactement à l’émigration, à la rupture,
au voyage hors du pays, en direction de ce
« Lussemburgo » auquel les bruits qui cir­culent
ont du mal à donner une forme.
Le « non lieu » est le lieu de la privation,
de la menace de l’a-signifiance, qui se traduit
négativement : les difficultés à prendre pied,
à avoir une emprise sur la réalité, sont manifestées figurativement par la précarité, l’étouffement des bruits, les blocages au niveau de la parole, les gestes furtifs, les mains qui soustraient
le visage aux regards et essuient les larmes :
[…] Nando regarda Maddalena dans les yeux,
parce qu’elle aussi avait une question dans les
yeux, non, tout un essaim de questions qu’elle
n’avait cessé de formuler dans sa tête en chemin, […], tout comme Nando n’avait cessé, depuis le même moment, de formuler ses questions
à lui, inscrites dans leurs regards maintenant,
gravées dans chaque trait de leur visage, […],
tandis que ni Maddalena ni Nando n’osaient
ouvrir la bouche, par peur d’interrompre le silence qui avait accompagné jusque-là le bruit à
peine audible de leurs pas, des pas sans chaussures, avec des petits bouts d’étoffe pleins de
poussière enroulés autour de leurs pieds, un
bruit à peine couvert par les murmures des
autres Nando et des autres Maddalena qui
avaient sans doute les mêmes questions dans les
yeux […]. (La mémoire de la baleine, Luxembourg, Éditions Phi/XYZ, 1993, Bordeaux,
Le Castor Astral, 1999, p. 43)
[…] les lèvres de Maddalena étaient cachées
derrière ses deux mains, tout comme y étaient cachés le nez et les yeux et le visage entier, et elles
étaient tout humides les mains de Maddalena,
[…] et si les mains de Maddalena ainsi que celles
des autres Maddalena étaient humides, c’était
à cause des larmes qu’elles séchaient sans se
faire remarquer de leurs Nando […]». (p. 48)
Les difficultés se traduisent également et surtout par une confusion généralisée, qui rend
impossibles la saisie de la réalité, l’analyse de
la situation ; or, sans une telle analyse, sans
l’étab­lissement de différences entre les
éléments et sans l’instauration de rapports,
pas de sens.
Plus globalement, la rupture avec le pays
d’origine entraîne un trouble identitaire. Qui
12 Ibid., p. 105.
13 Ibid., p. 106.
14 Ibid., p. 110.
15 Voir Martine Delvaux & Pascal Caron au sujet du postcolonialisme, in ARON et alii (éds), op. cit., p. 482, même si le
« tiers espace » tel que nous le concevons en relation avec le métissage n’est alors de l’ordre ni de l’hybridité, ni de
l’ambivalence, mais plutôt de l’ambiguïté (cf. NOUSS, Alexis, art. cit., p. 106).
78
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
suis-je ? Comment suis-je relié à mon passé ?
Ou encore, pour employer les termes du philo­
sophe Paul Ricoeur, dans quelle mesure mon Soi
se réalise-t-il par la répétition et la similitude,
par la permanence des rôles, des parcours narratifs et figuratifs caractéristiques de mon passé (le
Soi-idem) ? Dans quelle mesure puis-je égale­
ment me projeter dans le futur, avoir des visées
éthiques, esthétiques…, construire un parcours
cohérent (le Soi-ipse) ? En l’occurrence, il arrive
que les repères fassent défaut ; le passé n’informe
plus le futur, qui, ne pouvant plus être anticipé,
devient menaçant ; englobé dans la masse – « les
Nando » et « les Maddalena » –, anonymisé,
l’émigrant est réduit à un « non sujet », qui subit
la situation plutôt que de la maîtriser :
[…] les questions que Nando lisait dans les
yeux de Maddalena, et celles que Maddalena
lisait dans les yeux de Nando, et que tous les
autres Maddalena et Nando lisaient dans leurs
yeux réciproques, ne parlaient pas de passé,
parce que ce qui les angoissait ce n’était pas le
passé, ils le connaissaient bien leur passé, […],
non, c’était le futur qui leur faisait peur, parce
qu’ils l’imaginaient à la fois exactement pareil
et tout à fait différent du passé, et le temps s’embrouillait dans leurs têtes, le temps avec deux
côtés, à gauche le passé, puis un gros trait de séparation, ensuite, dans l’hémisphère droit, le futur, et si le temps s’embrouillait dans leurs têtes,
c’était parce que, les réponses aux questions du
futur, ils allaient les chercher dans l’hémisphère
du passé, alors que l’hémisphère du futur n’arrivait pas vraiment à répondre à leurs questions
du passé, et la chose s’emmêlait encore davan­
tage dans leurs têtes puisqu’ils savaient fort bien
quelles questions poser par rapport au passé,
mais ignoraient en revanche quelles seraient
les vraies questions de l’hémisphère du futur,
si bien que les deux hémisphères n’étaient pas
vraiment des hémisphères avec un gros trait de séparation au milieu, mais plutôt une seule grande
boule où s’emmêlaient les ques­tions sans réponses et les réponses sans questions. (p. 44-45)
L’expérience du « hors-espace »
La transculturation donne lieu, nous l’avons dit,
à la production d’une nouvelle unité, à partir
de deux composantes culturelles – ici l’Italie et
le Luxembourg –, par hybridation et fusion, au
profit d’une création inédite. La formation signi-
fiante qui naît de cette rencontre exige ainsi une
mise en commun des éléments et elle se traduit
par une perte des traits singuliers, le gommage
des identités, au profit d’une identité mixte, qui
émerge et finit par se doter de contours stables.
On pourrait la résumer par la formule « l’identité
de l’Italien luxembourgeois » ou « l’identité du
Luxembourgeois italien ». On voit que dans les
deux cas, la nouvelle identité transculturelle, qui
a la fonction d’une instance de médiation entre
les cultures, prend la forme d’un terme complexe
où s’allient les contraires, du type « et… et… ».
Dans La mémoire de la baleine, c’est le
retour au pays de l’adulte qui fait visiter le
village de ses ancêtres à sa femme qui sert
de révélateur : les sensations – en particulier
l’ouïe – permettent de reconstituer une réalité
qu’il imaginait différente, de renouer avec un
passé que la mémoire a transfiguré, accommodé,
réarrangé. Dira-t-on que la mémoire trahit la
réalité italienne ? Peut-être l’ajuste-t-elle à
la vie que le héros mène à Differdange, pour
constituer un tout de sens. Celui même de la
« fiction autobiographique », où se mêlent souvenirs et imagination, où le re-vécu – le passé vécu
à nouveau dans le présent – est immédiatement
repensé, transfiguré, et mis à distance. On peut
ainsi lire les phrases liminaires du roman :
Le bar est encore là. Mais ce n’est plus le même
bar. C’est le même et pas le même. La grande
porte est devenue plus petite, moins haute. Une
marquise et une enseigne lumineuse lui ont
coupé la tête.
Voilà ma première impression de ce premier
retour. Les dimensions ont changé. Tout est
soit plus petit, soit plus grand que je ne l’avais
pensé. Rien n’est resté tel quel dans ma mémoire. (p. 15)
Le corrélat affectif de cette re-con­naissance problématique, c’est d’abord le vertige : « Quand
je me suis retourné, pour examiner à mes pieds
le village, le vertige m’a pris » (p. 15). L’auteur
cependant ajoute : « Tout n’est pas perdu. Le
temps n’a pas touché à la musique, me suis-je
dit ». Tout n’est pas perdu, justement. L’expérience n’est plus celle de l’a-signifiance,
mais de la complexité du sens qui s’ébauche à
partir des contraires qui s’appellent et s’allient :
« L’église s’est aussitôt vidée et le prêtre nous
a dévisagés longuement. Je sais que vous
n’êtes pas d’ici, a-t-il fini par dire, et pourtant
79
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
quelque chose vous y rattache » (p. 18). Plus
loin, l’auteur écrit :
Mais la maison qui se trouve là, après la quat­rième porte, notre maison, n’est pas le lieu de
ma naissance. Ce n’est qu’une maison parmi
d’autres de mon enfance. J’y tiens et je n’y tiens
pas. Je la reconnais et ne la reconnais pas. (p. 21)
Une re-connaissance difficile, douloureuse
même, qui est fondamentalement une quête
du sens : celle-ci se heurte à la tentation de la
monoculturalité, quand le présent congédie le
passé en le virtualisant. Ce à quoi l’hybridation
doit faire barrage, c’est, précisément, à ce
nappage uniformisant qui se traduit par la
liquidation – la soustraction, de la même façon
qu’on peut parler d’un bilinguisme soustractif
– d’une part du vécu : « Nous avons donc
parlé, écrit Portante dans le premier chapitre
du roman. J’ai tenté d’expliquer comment,
en m’approchant de San Demetrio, je m’en
éloignais brusquement. Comment en tentant
d’imaginer dans quel état se trouverait notre
maison, elle s’est effacée de mes pensées et a
cédé la place à notre maison de Differdange, ma
maison natale » (p. 21). Dans ce cas, contrairement à l’expérience de la transculturation, le
passé se trouve virtualisé.
La création du « tiers espace »
De fait, c’est la re-création littéraire, à travers
l’autobiographie fictionnelle ou la fiction autobiographique, qui permet d’accéder à un troisième niveau, celui qui correspond au métissage.
Il ne s’agit ni d’amputer le présent du passé, ni
de hâter la fusion des éléments dans un amalgame qui en érode les contours. Il s’agit bien
plutôt de maintenir le battement entre les deux
cultures et les deux langues, la possibilité du vaet-vient, de l’alternance du type « ou… ou… ».
Telle est l’expérience d’un véritable dé­
doublement spatial et temporel décrite par
Portante lui-même, quand il relate le retour de
l’adulte au pays de ses ancêtres. Il faut que le
passé et le présent cessent de se combattre :
plutôt que de tendre à « prendre le dessus »
(p. 22), le présent italien doit se superposer au
vécu luxembourgeois sans l’effacer, sans y porter
atteinte ; relégué provisoirement au second plan,
celui-ci doit être prêt à passer de nouveau au
niveau de la réalisation dans un mouvement
80
de bascule. Ou plutôt, le passé et le présent ne
valent que conjointement, à travers les rapports
non dénués de tensions qu’ils nouent entre
eux. L’un s’impose sur le fond de l’autre, qu’il
invite à passer au premier plan en retour. Tel est le
secret de l’expérience dont il parle dans le
premier chapitre :
Je me dis encore ceci, et c’est le prêtre de la
Madonna qui en a donné le déclic : mon enfance, ou plutôt l’image que je m’en fais, m’apparaît bipolaire, désespérément mobile, un
fragile va-et-vient d’une maison à l’autre, d’un
pays à l’autre, d’une langue à l’autre, comme
si, en réalité, deux êtres vivaient en moi, ou un
être doté du don de l’ubiquité, deux êtres cohérents et antagoniques, plantés opiniâtrement
dans leurs mondes si différents et si identiques à
la fois, se livrant la plus insolite des guerres par
peur de sombrer dans l’oubli.
Je passe ainsi, sans effort, de la cuisine toute
blanche de la rue Roosevelt, escorté par la voix
stridente de Pol Leuck commentant à tue-tête
la guerre de Corée et le retour des volontaires
luxembourgeois, à la chambre à coucher de
Cardabello avec ses mouches malgré le tamis
vert des fenêtres, remplie encore du carillon
conjoint des cloches de Santa Nunziata et de la
Madonna. (p. 22)
C’est grâce aux couches de profondeur de la
mémoire, grâce à son épaisseur qu’il est possible de drainer vers le présent certaines au moins
des expériences du passé, de les faire re-vivre,
en les re-présentant cette fois-ci dans leur immédiateté :
Attention, tout à l’heure j’ai peut-être dit à
présent, deux fois même, mais cela ne signifie
nullement qu’il s’agit du même moment. Et cela
ne veut pas non plus dire que je parle du présent d’aujourd’hui, là, au moment de raconter,
d’écrire. Il s’agit plutôt d’un présent de la mémoire, d’un cadeau du temps, d’une présence à
l’intérieur du souvenir déclenchée sans doute par
cette photo que je tiens dans mes mains. (p. 78)
La mémoire ne trie-t-elle pas d’elle-même les
faits importants, enfouissant dans l’oubli ceux
qui ne sont pas nécessaires ou pénibles, reléguant au second plan ceux qui peuvent encore
attendre ? Elle me joue vraiment de sales tours
ces jours-ci, ma mémoire, et des choses que je
croyais oubliées à tout jamais surgissent sou-
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
dain, jaillissant comme un jet d’eau, comme
l’énorme colonne blanche s’échappant de
l’évent d’une baleine. (p. 81)
Il semblerait, pourtant, que le métissage ne
corresponde qu’à une forme de coexistence du
passé et du présent, toujours mobile, toujours en
devenir, et souvent hors de portée. Finalement,
si le va-et-vient s’autorise d’une structure bipolaire, peut-être ne s’agit-il pas tant de ressus­
citer le passé par la mémoire – il s’efface ou
s’estompe – que de le recréer, indéfiniment :
Mais aujourd’hui je sais que deux éternités, ça
n’existe pas. C’est tout simplement le temps qui
passe, l’oubli qui grandit, la mémoire qui rétrécit
et cède le pas à la raison. La mortadelle ambre
gris et les petits-beurre [les aliments qu’explorant le monde par l’odorat, le personnage associe à l’Italie et au Luxembourg] ne sont que
deux héros de la guerre du temps se déroulant
à l’intérieur de moi, ennemis et complices, des
prétextes. De futiles prétextes me cachant sans
vraiment le dissimuler ce que je sais depuis
longtemps : la seule mémoire possible est précisément la mémoire possible. (p. 97-98)
La mémoire des possibles – se risquera-t-on
à ajouter. La mémoire subit elle-même une
fiction­nalisation, celle qui autorise précisément
de parler de biographie fictionnelle ou de fiction
autobiographique. Le façonnement de la mémoire doit agir contre l’oubli. Ou plutôt : privilégiant l’hybridation aux dépens du métissage,
souvent hors d’atteinte, la mémoire façonnée
intègre l’oubli, l’effacement d’une partie du
vécu. « Tout migrant sent ou sait qu’en quittant
un lieu, il s’effaçonne », écrit Jean Portante16.
Portant la marque d’un amalgame partiel,
c’est-à-dire d’un syncrétisme qui fait émerger
une seule unité indécomposable (à travers la
troncation du mot « effacement »), le terme de
« effaçonnement » concentre les tensions vives
entre les différentes figures de l’« entre-deux »,
en faisant triompher le « hors-espace ». On
montrera dans la troisième partie que la langue
en constitue un révélateur de choix.
3. L’« étrange langue »
En effet, la langue subit elle-même cet effaçonnement, devenant pour Jean Portante l’« étrange
langue ». Rappelant la métaphore de la baleine
et établissant une comparaison avec les aménagements que peut entraîner la traduction d’un
texte, Jean Portante la décrit ainsi :
Car c’est quoi une baleine ?
Aujourd’hui nous savons qu’elle vit dans l’eau.
Mais il n’en a pas été toujours ainsi. La science
nous a appris que, avant son séjour maritime, la
baleine vivait sur terre. [...] il y a, dans la baleine, une chose, une chose capitale, qu’elle a
laissée telle quelle, intacte. Ses poumons. Ce qui
lui permet de respirer. Le souffle. Voilà donc,
que pour pouvoir vivre dans son nouvel environ­
nement, la baleine a effacé tout son corps, mais a
gardé ses poumons, son âme en quelque
sorte. […] La métaphore de la baleine, on
l’aura compris, m’est venue pour transposer en
littérature le thème de la migration. Le thème
de mon moi intérieur, puisque je suis issu de
l’immigration. De l’effaçonnement donc qu’on
opère sur soi quand on se met en voyage. […]
Cela me ramène à la traduction. Les mots qui de
l’inconscient viennent à la conscience, je veux
dire les mots de l’écrivain, ont fait un long séjour dans son imaginaire avant qu’un déclic
ne les déverse sur la page blanche. Dès que,
cependant, ils quittent leur terre pour, par l’intervention du traducteur, en rejoindre une autre,
ils échappent à cet imaginaire-là pour se verser
dans celui du traducteur. Il y a, comme chez la
baleine, effaçonnement. […]
L’Étrange langue serait alors celle qui, tout
en effaçant une langue originale d’un livre,
en garderait le poumon, ce qui lui a permis de
respirer. (L’étrange langue, p. 224-227)
L’« étrange langue », qui constitue un fait identitaire, est d’abord plurielle : elle correspond
au réservoir linguistique des immigrés, éminemment variable en fonction de la compétence
acquise, et ajustable en fonction des situations
de communication, des usages et des besoins :
16 Cf. « L’étrange langue », in BOGGIANI, Jos et alii (éds), Paroles et images de l’immigration. Langue, Littérature et
Cinéma : témoins de la présence italienne au Luxembourg et dans la Grande Région, Luxembourg, Publications de
l’Université du Luxembourg, 2006, p, 221-231.
81
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
[…] trois [langues] étaient d’usage désormais
chez nous : l’italien, non seulement parce que
maman ne voulait pas l’abandonner, mais aussi
à cause des nouveaux venus qui […] transportaient dans leurs bagages […] le plus précieux
des trésors, disait maman, à savoir la langue
du pays natal, de plus en plus bizarre pour mes
oreilles ; le luxembourgeois ensuite, parce que,
à la différence de ma mère qui ne sortait de chez
nous que pour aller faire les courses, papa […]
ainsi que mon frère et moi, nous nous étions mis
à accumuler des copains de travail et d’école
et de rue qui n’avaient rien à voir avec notre
histoire et notre passé. Des copains orientés
vers le futur, parlant une langue du futur […] ;
le français enfin, le symbole de la résistance
de maman, de sa résistance et de son attachement au minimum possible, étant donné que le
maximum n’était déjà plus à portée de main.
La maison de la rue Roosevelt est ainsi devenue
peu à peu notre tour de Babel à nous […]. Et
malgré le fait qu’il y avait trois langues chez
nous, tout le monde comprenait tout le monde
[…]. (La mémoire de la baleine, p. 229-230)
Ce multilinguisme fonctionnel ne prend pas
la forme d’un équilinguisme ou multilinguisme balancé, où toutes les langues seraient
maîtrisées au même titre : si le personnage
Claude parle très bien les langues du pays (français, allemand, luxembourgeois), il n’atteint
pas le niveau du locuteur natif en italien.
Expérience euphorique que celle de la cohabitation des langues correspondant à l’expérience du
métissage. Il arrive cependant que chacune des
langues en présence perde de son autonomie,
soit reconfigurée à travers l’autre, donnant lieu
à des interférences, mais aussi à des créations
verbales qui deviennent le signe de tentatives
d’appropriation par le locuteur :
Mûrir. Un mot que ma mère, quand, refusant
toujours, je ne sais pour quelle raison, de parler la langue de tante Lucie, elle s’était mise à
appren­dre le français, prononçait toujours avec
un u à l’italienne : mourir, disait-elle à tante
Lucie, les raisins nécessitent beaucoup de soleil pour bien mourir, et les olives aussi […].
(p. 228)
Dans ces maisons au bout de la ville donc, se
sont forgés les mots nouveaux qui allaient résonner durant des années dans ma tête, comme
si toute une époque y était accrochée. Il s’agis-
82
sait cependant de mots n’appartenant à aucune
langue, ou communs aux trois […]. (p. 229)
Parmi les créations linguistiques les plus intéressantes inventées par ma mère, deux mots sont
restés dans ma mémoire, comme deux béquilles
que je n’ai pas osé abandonner. Gattone et plafone, deux mots venus tout droit du français et
importés par ma mère dans l’italien version maison. J’ignore si, ensuite, ces apports ont fait leur
chemin académique pour finir par s’incorporer
dans le trésor officiel de la langue italienne,
mais je sais que Rita et Paolo et tous les autres
cousins et copains de San Demetrio ont écarquillé les yeux, lorsque je leur ai demandé s’ils
aimaient le gattone ou s’ils avaient vu cette
énorme araignée noire collée au plafone. (p. 231)
Une appropriation souvent difficile, parcourue de tensions, les langues étant vécues comme
plus ou moins proches ou lointaines par le personnage Claudio lui-même, qui est pourtant bon
élève.Ainsi, quand il doit se confesser, telle langue
est ressentie comme un frein à l’appréhension
directe de la réalité et à l’expression du Soi :
D’habitude, quand je ne parlais pas, la langue
ne jouait pas de rôle. Comme dans mes rêves.
[…] Mais dits en allemand, les péchés n’étaient
plus de vrais péchés. Ils s’éloignaient comme un
bateau sans capitaine. Les mots allemands en
effaçaient le contenu. Lügen et mentir étaient deux
choses différentes. Comme stehlen et voler. Ou
bougie et bugia. L’argent que j’avais gestohlen
dans le porte-monnaie de maman ou les poches
de papa n’était pas de l’argent vrai. (p. 457)
Le rapport à la langue, quelle qu’elle soit, est
d’autant plus complexe que transitant de bouche
en bouche, d’un contexte à un autre, tout mot est
« habité par des voix autres », selon les termes de
Bakhtine. Drainant avec lui le « trajet » qui est le
sien, il résume en lui d’autres emplois antérieurs,
dans un contexte fondamentalement dialogique
ou auto-dialogique. Sur le fond d’une hétérogénéité « constitutive », le locuteur peut tout au
plus donner l’illusion de sa maîtrise énonciative.
Dans l’article « L’étrange langue », Jean Portante
se demande ce qui « se passe quand un Luxembourgeois se met à écrire en français » :
Écrit-il le même français que celui qui l’a en
lui en tant que langue maternelle ? En apparence oui. Les mots sont les mêmes. Quand un
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
Luxembourgeois écrit arbre, il utilise le même
mot qu’un Français. Il remonte en quelque
sorte le chemin inverse de celui du traducteur
pour remplacer les mots oraux de sa langue
maternelle par les mots écrits d’une autre. Il
est donc également un effaçonneur. Mais ils ont
beau être les mêmes que ceux d’un Français,
les mots français d’un Luxembourgeois, à l’intérieur d’eux dort un univers qui est distinct de
l’univers des Français. (p. 227-228)
Dans ce contexte, les noms propres, qui ont la
particularité de ne pas avoir de sens lexical codifié, mais d’être des « désignateurs rigides »
directs, associés en vertu d’un lien stable à une
entité dans une communauté linguistique donnée, méritent une attention particulière. Ils deviennent des révélateurs privilégiés des tensions
qui se nouent entre les tentatives d’ajustement
ou d’adaptation à la nouvelle réalité et le maintien du même. La crise de la (dé)nomination
porte en effet atteinte à la permanence, pour un
univers donné, que les noms propres sont censés
traduire. L’incertitude (dé)nominative va ainsi
de pair avec une déstabilisation générale, voire
une perte des repères telle celle qui accompagne,
fatalement, le départ du pays d’origine en direction d’une terre d’accueil. Francisés, luxembourgeoisisés, les noms propres deviennent la
trace tangible laissée par le changement de lieu
et de mode de vie ; l’émigrant est « marqué », à
vie : rentre-t-il au pays, il garde le nom qui lui a
été donné en France, au Luxembourg ou ailleurs:
Les femmes, en partant, s’appelaient encore
Guiseppina. Quelques syllabes ont été sacrifiées
à l’étranger. Le départ a raccourci les prénoms.
Claudio est devenu Claude, Giovanni, Jean,
Alfredo, Frédy. (p. 16)
Mais les métamorphoses du nom propre répercutent aussi les stades de l’acclimatation, en symbolisant pour ainsi le type de l’« entre-deux » :
alors que le métissage correspond à la juxta­
position des variantes italienne et luxembourgeoise des prénoms, auxquelles on recourt en
fonction de la situation, la transculturation et le
« hors espace » sont associés au nom propre hybride, à la création originale qui combine le nom
italien et le nom français ou luxembourgeois :
Je m’appelais Claudio. Maintenant je m’appelle
Claude. Mettons. Tout comme mon frère ne
s’appelle d’ailleurs plus Nando ou Fernando,
mais Ferni ou Fernand. (p. 25)
Pour mon frère, et c’est devenu une règle à
laquelle il tient beaucoup, tout le monde, sauf
nos grand-mères Maddalena et Lucia, dit
Fernand. Certes, ce n’est pas la même chose
si c’est ma mère qui le dit ou un de ses copains, Marco, par exemple. Je veux dire, c’est
la même chose et ce n’est pas la même chose,
parce que quand ma mère l’appelle, elle a
l’habitude d’accentuer la deuxième syllabe,
nand, comme si elle n’arrivait pas à s’arrêter
à temps et voulait à tout prix prononcer le d
final ou continuer par une troisième syllabe,
inexistante pourtant depuis belle lurette. Et
puis, elle roule exagérément, dit mon frère, le
r, au milieu du nom, et ça, il ne l’aime pas du
tout. (p. 26)
On se demandera, dans un dernier temps, dans
quelle mesure l’écriture de Portante – son
« style » – ressortit elle-même au modèle de la
transculturation ou à celui du métissage.
4. Le style de l’« entre-deux »
Comment les tensions entre les figures de
l’« entre-deux » se traduisent-elles à hauteur non
seulement du contenu, mais de l’expression ?
Dans l’article « L’étrange langue », voici ce
que note Jean Portante en réponse à la question
initiale « qui est l’auteur d’un livre traduit ? » :
Elle [la réponse] s’inscrit dans une sorte de
« ni ni ». Le livre traduit ne serait ni tout à fait
celui de l’auteur ni tout à fait celui du traducteur. Ou, pour le dire d’une manière un peu
plus nuancée, il n’appartiendrait déjà plus à
l’auteur sans pour autant encore être devenu la
propriété du traducteur. Il est donc en chemin.
Il erre dans un espace de personne. Tantôt il
se rapproche de l’auteur pour s’éloigner du
traducteur, tantôt il se rapproche du traducteur et s’éloigne de l’auteur. Il est en éternelle
errance. (p. 223-224)
À hauteur du plan de l’expression, les manifestations de cette « errance » peuvent être
au moins doubles : on scrutera les glissements qui s’opèrent au niveau du rendu des
pa­roles et des pensées des personnages, avant
de mettre l’accent sur la présence, dans le texte,
d’« îlots textuels ».
83
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
Les formes du rapport des paroles et des
pensées des personnages
Dans La mémoire de la baleine, l’entremêlement des discours, c’est-à-dire le passage entre
différents styles de rendu des pensées et des paroles des personnages par le locuteur rapporteur,
contribue à produire des « effets d’identité ».
On verra dans le balancement d’un style à un
autre, mais aussi dans le style indirect libre,
voire dans ces passages où, en l’espace d’une
même phrase, l’origine et la responsabilité
énonciatives deviennent proprement indécidables, les signes d’une hybridation généralisée. Celle-ci peut amplifier l’impression de vertige que produit le retour du personnage adulte
sur les terres de ses ancêtres :
… à hauteur de la gare, non ce n’est pas encore la gare, malgré les enseignes lumineuses
déjà allumées, des torrents de lumière multicolore, de part et d’autre de la route, une escorte aveug­lante presque, alors que la rangée
d’arbres, à droite, interminable depuis un moment, des troncs ceinturés d’une bande blanche,
s’est brusquement interrompue, momentanément, pour continuer quelques mètres plus loin,
une coupure préparée par le ralentissement de
la voiture transformant peu à peu la ligne des
arbres en arbres individuels, comptables, depuis
que Sandra a demandé à son mari de ralentir,
pour mieux voir le paysage qu’elle ne connaît
que par ouï-dire, et pour ne pas manquer la
petite gare dont il a tant parlé, une gare qui en a
vu de toutes les couleurs, pendant la guerre surtout, une gare témoin de tous les départs, mais
la gare ne vient pas encore, et Claude (faudraitil dire Claudio ?) accélère de nouveau, rendant
aux arbres leur anonymat d’avant, jusqu’au
ralentissement suivant qui en refait des troncs
à part entière, un ralentissement précédé, cette
fois-ci, d’un « c’est là ? » de Sandra, suivi du
coup de frein de Claude, du sursaut de la petite
Lucie qui se réveille sur le siège arrière (faudrait-il dire Lucia ?) et de la voiture qui recule
pour se garer dans l’intervalle entre les arbres,
juste au-dessous d’un panneau publicitaire,
allumé lui aussi, sur un chemin blanc qui entre
dans les champs et débouche sur une sorte de
mas de campagne […], alors que Sandra ouvre
la portière dans cet intervalle d’un arbre à
l’autre, sous l’enseigne qu’on ne voit que si on
s’arrête, a-t-on expliqué à Claude il y a un moment, lors de la pause essence à la station Agip,
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à la sortie de l’Aquila, l’enseigne et son poisson
avec au fond trois ou quatre lignes ondulées,
l’eau ébauchée dans la lumière, une redondance se dit Claude, d’autant plus que la mer
est loin d’ici, là et là derrière les montagnes,
à l’autre pied des montagnes […]. (p. 18-19)
On constate qu’au départ, le locuteur-narrateur
épouse le point de vue du personnage, dont il
restitue le flux des pensées : l’adverbe « non »,
qui introduit un réajustement du dire, constitue
ainsi une marque de subjectivité qui montre que
le personnage découvre et interprète le paysage
de proche en proche, en émettant des hypothèses qui peuvent ne pas être confirmées. Son
attente peut être déçue, quand son savoir, mis
en défaut, se révèle incertain, vacillant. Par la
suite, les adjectifs subjectifs traduisent des évaluations axiologiques, positives ou néga­tives,
ou ils renvoient à la manière dont l’expérience
est vécue : on notera la valeur affective de
« aveuglant » ou d’« interminable », qui ont
pour corrélat thymique l’inconfort du sujet qui
tente d’avoir prise sur la réalité, mais se heurte à
la résistance de ce qui se dérobe à lui : l’adverbe
« brusquement » indique que la confiance du
sujet est ébranlée ; le sujet se retrouve quelque
peu démuni, alors même que c’est son point de
vue qui construit l’espace.
Cette même impression de tâtonnement,
voire de confusion est créée par l’enchevêtrement des paroles, sans qu’il soit toujours pos­
sible de les attribuer à une source précise : ainsi,
les paroles prononcées par Sandra (la femme du
personnage devenu adulte) sont d’abord rapportées au discours indirect (« … Sandra a demandé
à son mari de ralentir ») ; la syntaxe du style
oral (notamment le « et » de coordination après
la virgule – « et pour ne pas manquer la petite
gare dont il a tant parlé » – traduit le caractère
quelque peu heurté d’un style qui opère par àcoups), le lexique, les répétitions suggèrent, ensuite, un possible glissement vers le discours indirect libre, quand la voix du personnage et celle
du locuteur-narrateur se superposent ; on peut
même supposer que s’instaure un dialogue entre
les personnages, le segment « une gare qui en a
vu de toutes les couleurs, pendant la guerre surtout, une gare témoin de tous les départs » pouvant être mis au compte de Claude, avant que le
locuteur-narrateur qui raconte l’histoire rétrospectivement ne reprenne les choses en main :
« mais la gare ne vient pas encore, et Claude
(faudrait-il dire Claudio ?) accélère de nou-
Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
veau…» ; il assume jusqu’à la responsabilité
de la parenthèse. Plus loin, le texte reproduit
au discours direct enserré par les guillemets la
question de Sandra – « c’est là ? » –, avant, une
fois encore, un commentaire du locuteur-narrateur. En même temps, le récit est parasité par
les paroles/pensées du personnage, comme le
suggèrent la précision « juste au-dessous d’un
panneau publicitaire » ou encore l’expression
« une sorte de (mas de campagne) », qui traduit
l’approximation et renvoie à l’affleurement des
pensées du personnage qui explore le paysage.
Plus loin, on constate un basculement du récit
assumé par le locuteur-narrateur vers le rapport
direct de paroles prononcées : « sous l’enseigne
qu’on ne voit que si on s’arrête, a-t-on expliqué à Claude il y a un moment ». Ce passage
de discours direct annonce un autre passage de
rapport direct des pensées du personnage, sous
forme de monologue intérieur : « une redondance se dit Claude, d’autant plus que la mer
est loin d’ici, là et là derrière les montagnes » ;
on notera les répétitions et l’adverbe « ici », qui
renvoie au présent de la situation d’énonciation.
L’« îlot textuel »
Un phénomène remarquable, dans ce contexte,
c’est celui de l’« îlot textuel » selon Jacqueline
Authier-Revuz17, qui constitue lui-même une
figure linguistique du mixte. Il s’agit, dans ce
cas, de parler avec les mots de l’Autre ou les
mots d’ailleurs, qui résistent à toutes les opérations de reformulation-traduction et sont donnés à voir dans leur littéralité. Ces emprunts
sont signalés généralement par des guillemets
ou des italiques – généralement, mais pas toujours, comme on le constate ici :
Parfois, quand je me retrouve dans le verger,
dans l’orto, et que j’y asperge les vignes, pareil
à un Martien à cause du réservoir de sulfurage
sur mon dos, j’entends la voix de ma mère qui
m’appelle parce que le dîner est prêt ou que je
dois encore faire mes devoirs scolaires ou qu’il
faut aller chercher grand-père Claudio dans
une des cantines de San Demetrio. (p. 22)
Il sera chanteur d’opéra ou musicien celui-là,
ne cesse de dire prémonitoirement la mère
Chiaramonte, tandis que son mari jure que
porca madonna et Dio cane, un musicien ça ne
nourrit personne, et que ce dont ils ont besoin,
c’est d’un vrai métier, Emilio et Piero. (p. 77)
L’absence de guillemets peut symboliser le degré d’interpénétration des idiomes, que le sujet
arrive à s’approprier jusqu’à un certain point
et à intégrer dans une synthèse originale. Cette
impression est renforcée par l’homogénéisation
syntaxique et énonciative à travers la construction indirecte – « … son mari jure que porca
madonna et Dio cane, un musicien ça ne nourrit
personne » –, par l’opération énonciative
d’accom­modation à la situation d’énonciation du
locuteur-rapporteur, qui fait en même temps
jaillir l’« îlot textuel » et le met en relief. La multiplication de bribes de discours direct signi­fierait,
quant à elle, une rupture au plan sémiotique.
Dira-t-on que le bilinguisme ou le multilinguisme exploite alors le continuum entre deux
des pôles décrits par Uriel Weinreich18, celui du
bilinguisme ou multilinguisme « subordonné »,
auquel les dires du personnage ne s’identifient
plus, et celui du bilinguisme ou multilinguisme
« coordonné », qu’ils ne rejoignent pas encore ?
En effet, il ne s’agit ni d’une langue en voie
d’acquisition, encore balbutiante, ni, à l’opposé,
de la mobilisation, en fonction des besoins, de
deux ou plusieurs réseaux différents parfaitement étanches. Pour Portante, le réservoir
linguistique de l’immigré est lui-même doté
d’une épaisseur, qui ferait pencher du côté d’un
multilinguisme de type « composé » : un seul signifié ou contenu correspond-il alors à des sig­nifiants appartenant à des langues diffé­rentes, qui
entrent en résonance les uns avec les autres ?
On dira, plus simplement, que les langues d’un
même répertoire, d’une même compétence
linguistique, sont nécessairement co-présentes,
avec des modes d’existence différents – concurrentes même, le feuilleté des paliers superposés
conférant non seulement une dynamique parti-
17 AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « Remarques sur la catégorie de l’“îlot textuel“ », Cahiers du français contemporain,
3, 1996, p. 91-115.
18 WEINREICH, Uriel, Languages in Contact. Findings and Problems, New York, Publications of the Linguistic Circle of
New York, 1, 1953. Le type « subordonné » caractérise les situations où la langue maternelle est bien acquise alors que
l’autre langue est en voie d’acquisition. Ervin et Osgood reprennent la distinction entre les types coordonné et composé en
insistant sur le fait que le type composé correspond assez bien au cas de l’apprentissage scolaire d’une deuxième langue,
alors que le type coordonné suppose l’expérience de deux cultures et donc la distinction entre deux codes ; « Second
language learning and bilingualism », Journal of Abnormal Social Psychology, Suppl. 49, 1954, p. 139-146.
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Terres Rouges
Une approche sémio-linguistique de La mémoire de la baleine de Jean Portante
culière, mais une profondeur indéniable, celle
du vécu. C’est ce que l’auteur suggère dans
« L’étrange langue » :
Le multilinguisme […] est un leurre. […] dès
que nous nous exprimons dans une autre langue
que la maternelle, dans la langue de l’Autre,
nous le faisons avec le poumon de la nôtre.
Je peux parler trente-six langues différentes,
dans toutes dort l’effaçonnement. Et plus je
parle de langues, plus le jeu de l’effaçonnement se complique. Tout se passe un peu
comme si chaque langue était le silence de
l’autre. Et parmi tous les silences, c’est celui de la langue maternelle qui est le plus
tonitruant. Elle a beau s’être glissée en clandestine dans mon écrit, c’est elle qui poumonne
en lui – si vous me permettez ce néologisme –
et fait que dans ce que j’écris vit ce que je suis.
(p. 229)
Conclusion
Au terme de ces explorations, dira-t-on que le
métissage reste un idéal ? L’expérience de la
littérature d’immigration serait-elle autrement
douloureuse, de l’ordre, dans le meilleur des cas,
de la transculturation ? L’écriture migrante se-
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rait-elle à jamais parcourue de tensions, tendant
vers la construction moins d’un « tiers espace »
que d’un « hors-espace », happée même par la
réalité du « non lieu » ? C’est là ce que suggère
un extrait de l’ouvrage Le travail du poumon,
qui reprend la métaphore de la baleine :
A-T-ELLE AGI PAR ÉTOURDERIE ?
Ne devait-elle pas savoir qu’en sauvant en
elle la pompe de la respiration terrestre elle
se condamnerait à l’exil éternel ? Que jamais
elle ne serait poisson parmi les poissons, tout
comme elle n’est déjà plus citoyenne de terre
ferme, tant sa traduction est allée trop loin ?
La voilà, arrêtant net,
à mi-chemin,
son destin,
figée dans une mer de personne,
engoncée dans la camisole de force d’un « ni ni »,
ni poisson ni être terrestre,
prisonnière d’une terre qui s’étend du « ne pas
encore » au
« ne déjà plus ».
Comme ma langue.
(Jean Portante, Le travail du poumon,
Bordeaux, Le Castor Astral, 2007, p. 141)
Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Musik im Land der Roten Erde
Damien Sagrillo
Im Schlepptau der industriellen Entwicklung
konnte in der Südregion Luxemburgs eine
musikalische Tradition gedeihen, die, wie ein
Schmelztiegel, die Assimilation nicht-luxemburgischer mit luxemburgischen Einwohnern
vorantrieb. Die Entfaltung der Musikkultur
wäre im Land der Roten Erde ohne den Faktor
Einwanderung wohl anders verlaufen. Musik
als Dreh- und Angelpunkt für Integration hin zu
einer gemeinsamen kulturellen Identität ist aus
heutiger Sicht eine Realität, die wohl nur hier
werden konnte. Sie ist aber auch nur ein Aspekt
eines Ganzen. Mit diesem Hintergedanken werden wir in der Folge den Musikbetrieb im Land
der Roten Erde von der soziologischen, der pädagogischen und der kulturellen Seite beleuchten. Zur Sprache werden Institutionen, Ausbildungsstätten, Laienmusikvereine, Festivals und
Musikerbiographien kommen, die das musika-­
lische Leben in diesem Teil des Großherzogtums
prägten und auch noch weiter prägen.
Die Musikausbildung im Land der
roten Erde
Die Dichte musikalischer Ausbildungsstätten
ist im bevölkerungsreichsten Kanton Esch
überproportional hoch. Immerhin existieren
hier fünf kommunale Musikschulen: das Konservatorium in Esch und die Musikschulen in
Düdelingen, in Differdingen, in Petingen und
in Niederkerschen. (Im übrigen Land existieren
lediglich weitere sechs Musikschulen in kommunaler Trägerschaft.) Daneben bieten etliche
Kommunen, wie Rümelingen und Monnerich,
Musikkurse in Zusammenarbeit mit dem Laienmusikverband UGDA an.
Das Konservatorium in Esch
Die Gründung des Escher Konservatoriums1
war zunächst mit erheblichen Startschwierigkeiten verbunden. Zwei Escher Musikvereine, die
Chorale Uelzecht und der Cercle symphonique,
nicht aber die damals schon existierende und
heute noch hochangesehene Harmonie Municipale, wagten im Jahre 1913 eine erste Initiative, die dazu führte, dass die Notwendigkeit
einer Musikschule bei den verantwortlichen
Politikern erkannt wurde. Die mit dem Projekt
verbundenen Kosten wurden allerdings als zu
hoch angesehen, und nach langen Diskussionen
wurde das Vorhaben von den zuständigen Instanzen im Jahre 1920 definitiv ad acta gelegt.
Es gilt zu bedenken, dass die Bevölkerungszahl
von Esch zu dieser Zeit bereits sehr hoch war
und dass das Errichten einer musikalischen Bildungsanstalt sich daher zwingend anbot.
Im Jahre 1923 schlossen sich wieder einige
Escher Vereine zusammen und starteten eine neue
Initiative. Diesmal waren es vier an der Zahl und
diesmal war ihnen das Glück hold. Die vier Vereine bildeten zunächst eine private Interessengemeinschaft, die sich um die Organisation von
Musikkursen in Esch bemühte. Nach nur zwei
Jahren Arbeit waren bereits 500 Schüler eingeschrieben. Finanzielle Beihilfen kamen von
privaten Geldgebern, wie der ARBED aber
auch von der Gemeinde und vom Staat. Im Jahre
1926 entschloss sich dann die Gemeindeverwaltung, ihre Verantwortung zu übernehmen und
die Musikkurse in einer städtischen Musikschule
zu organisieren. Zum ersten Direktor wurde
Alfred Kowalsky (1879-1943) (s. u.) berufen.
Das Fächerangebot entsprach in den großen
Linien dem gängigen Muster der Zeit: musikalische Grundausbildung, Sprech- und Gesangerziehung, Chorgesang, Instrumentalerziehung
und Orchesterklasse. Jedoch war es auf die Interessen der anfänglichen Trägerorgani­sationen
zugeschnitten. Die Ausbildung war anfangs auf
nur elf Lehrkräfte verteilt. In den letzten Jahren
haben sich die Lehrerzahl bei knapp 60 und
die Schülerzahl bei ungfähr 1000 eingependelt.
Im Jahre 1969 wurde die Escher Musikschule
durch Gemeinderatsbeschluss in den Rang eines
1 Vgl. hierzu: REITZ, Jean, Le Conservatoire de Musique de la Ville d’Esch-sur-Alzette. Als pdf-Dokument auf der
Internetseite: http://www.villeesch.lu/esch/Pages/sitemenu/07%20culture/conservatoire.aspx (07/03/2009).
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Konservatoriums erhoben. Heute ist die Institution mit ungefähr tausend Schülern – nach
Luxemburg-Stadt und Ettelbrück - die drittgrößte ihrer Art im Großherzogtum. Nichtsdestotrotz hat sie sich zu einer musikalischen
Hochburg entwickelt, die das Musik­leben in
der ganzen Region befruchtet. Das hohe künstlerisch-pädagogische Niveau des Konservatoriums lässt sich aber wahrscheinlich auch dadurch
erklären, dass in seiner Nachbarschaft Musikschulen existieren, von denen die talentiertesten
Schüler nach Esch übersiedeln, um dort ihre
Ausbildung fortzusetzen und zu verfeinern. Dabei darf aber keinesfalls übersehen werden, dass
auch in Esch eine Musikausbildung von Grund
auf möglich ist. Vor der eigentlichen musikalischen Grundausbildung, den Solfège-Jahren
1 - 3 wird ein musikalischer Kindergarten, die
sog. Initiation à la musique angeboten.
Alljährlich verleiht das Escher Konservatorium um die zwanzig Prix Supérieurs, den höchsten derzeit in Luxemburg möglichen Abschluss,
der allerdings kein akademischer ist. Das ist
angesichts der Schülerzahl ein eindrucksvolles
Kontingent, welches vom Konservatorium der
Stadt Luxemburg zwar übertroffen wird, aber
bei mehr als doppelt so vielen Schülern. Zudem
beginnen jedes Jahr um die zehn bis 15 Schulabgänger ein Musikstudium an einer ausländischen universitären Musikausbildungsstätte.
Waren zu Beginn der Musikschule in den
zwanziger Jahren die Streichinstrumente am
beliebtesten und kamen auch ausschließlich die
Lehrer von Streichinstrumenten in den Genuss
einer Festanstellung, so hat sich das Bild heute
grundlegend gewandelt. Zum Aushängeschild
sind ohne Zweifel die Blechbläser­klassen und
die nach englischer Tradition zusammengesetzte
Brass Band des Konservatoriums geworden.
Sie wurde vom heutigen Direktor Fred Harles
im Jahre 1973 gegründet und geleitet. Mit
vielbeachteten Konzerten im In- und Ausland
macht sie seitdem auf sich aufmerksam. Aus
ihren Reihen kommen eine Reihe von Berufsmusikern und Dirigenten von luxemburgischen
Musikvereinen.
Die Sichtbarkeit des Konservatoriums im
Musikleben von Esch beschränkt sich allerdings
nicht nur auf Konzert- und Wettbewerbsauftritte
der Brass Band. Dabei handelt es sich sicherlich
um die herausragendsten. Nein, es existieren
weitere Schülerensembles, die zumeist regional
in Erscheinung treten. Erwähnenswert sind in
diesem Zusammenhang das Sinfonieorchester
und das Harmonieorchester des Konservatoriums. Daneben gibt es ein nicht nur Schülern
vorbehaltenes Vokalensemble, das aber, wie
viele Chöre Luxemburgs, mit Mitgliederproblemen zu kämpfen hat. Weitere Schülerensembles
erfüllen rein pädagogische Aufgaben und treten
im Rahmen schulischer Projekte, z. B. bei Klassenvorspielen und Vorspielen zu bestimmten
Anlässen auf. Fortgeschrittene Schüler und
Laureaten musizieren regelmäßig zur Umrahmung von regionalen Festlichkeiten. Schließlich ist das aus Lehrkräften zusammengesetzte
Jazzensemble Crazy Eight erwähnenswert.
Die pädagogische Arbeit trägt ihre Früchte
in manchen, nicht aber in allen Laienmusikvereinen der Region, so z. B. in der Harmonie
Municipale aus Esch und in der Harmonie Zolver.
Die Musikschulen im Süden
Luxemburgs
Die Musikschulen sind im Rang den drei Konser­
vatorien nachgeordnet. Neben der Gemeinde
Esch betreiben die Gemeinden Düdelingen
(1946), Niederkerschen (1965) und Petingen
(1968) und seit geraumer Zeit auch Differdingen kommunale Musikschulen. Im Gegensatz zum Konservatorium in Esch werden hier
nur die unteren Ausbildungszyklen angeboten.
Außerdem organisieren die Gemeinden Kayl,
Monnerich und Rümelingen Musikkurse in Zusammenarbeit mit dem Musikverband UGDA.
Die Musikschule in Düdelingen wurde
gleich nach dem Zweiten Weltkrieg im Jahre
1946 auf Vorschlag der lokalen Musikvereine
und Chöre gegründet. Dies war in Esch zu Beginn
der zwanziger Jahre nicht anders. Der Bedarf
an kultureller Betätigung und an sozialem Miteinander nach den Kriegsjahren war groß. Zunächst wurden nur Kurse in solchen Instrumenten
angeboten, die in den Musikvereinen zur Anwendung kamen, sowie Gesangkurse, die den
Chorgesellschaften zugute kommen sollten.
Ab 1951 kamen dann Klavier und Streich­
instrumente hinzu. Die Schülerzahl ist in
sechzig Jahren von 150 auf 830 angewachsen.2
Im gleichen Jahr, 1946, wurde auch in
Petingen die Idee geboren, eine Musikschule zu
2 Vgl. hierzu: Ville de Dudelange, Enseignement, Ecole de Musique. Auf der Internetseite http://www.dudelange.lu/
Enseignement/Ecole+de+Musique.print (07/03/2009).
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Terres Rouges
gründen. Wie in Düdelingen stand die Idee der
Ausbildung des musikalischen Nachwuchses
dabei Pate.3 Doch wegen Mangels an Schülern
und Meinungsverschiedenheiten zwischen den
musikalischen Vereinen wurde das Projekt zunächst auf Eis gelegt. Erst im Jahre 1968 wurde
das Projekt Realität. Seither wuchs auch hier
die Schülerzahl beständig an, und das Fächerangebot wurde erweitert.
Musikgesellschaften und
Chorvereinigungen im Land
der Roten Erde
Laienmusikvereinigungen entstehen traditionsgemäß dort, wo der gesellschaftliche und der
industriell-ökonomische Rahmen dies begünstigen. Dies war in Luxemburg zunächst in
Gegenden fernab von Esch-Alzette der Fall.
In den heute u. a. von Touristen aufgesuchten
Orten Wiltz, Grevenmacher, Esch-Sauer usw.
entstanden die ersten Musikvereine in der
Zeitspanne zwischen Ende des 18. und Mitte
des 19. Jahrhunderts.
Im benachbarten Saarland sind die ersten
Musikvereine schon etwas früher in den dortigen Bergbaugebieten entstanden, haben sich
allerdings mit dem Niedergang dieses Indus­
triezweigs z. T. wieder zurückgebildet oder sind
ganz verschwunden.4 Ebenso sind im Land der
Roten Erde die musikalischen Laienvereinigungen mit der Industrie gewachsen; sie haben sich aber dank materieller Unterstützung
der öffentlichen Hand bis heute - trotz Mitgliederschwund - halten können. Dass sich die
kulturellen Vereinigungen in der Blütezeit der
industriellen Entwicklung zudem auf die Unterstützung der Konzerne verlassen konnten,
braucht nicht weiter erwähnt zu werden, zumal
ja dann auch im Interesse der Stahlindustrie
musiziert wurde.
Mit der Stahlkrise und dem damit verbundenen industriellen Wandel, der seit den siebziger Jahren des vorigen Jahrhunderts im Süden
des Großherzogtums stattgefunden hat, ging
auch ein kultureller Wandel einher, der dazu
führte, dass die glorreiche, auf viele Mitglieder
aufbauende Existenz mancher Musikgesell-
Musik im Land der Roten Erde
schaften früherer Jahrzehnte ein abruptes
Ende fand. Viele Vereine sahen ihre Mitgliederzahl rundweg dezimiert. Die Harmonie Municipale aus Differdingen, die unter der Leitung von Asca Rampini (s. u.)
von 1965 bis 1980 zu einem national
wie international anerkannten Harmonie­
orchester aufgeblüht war, hat sich heute zu einer
mittelmäßigen Formation zurückentwickelt, in
der wenige Idealisten bemüht sind, dem Verein
eine Zukunft zu sichern. Sicherlich ist ein Grund
dafür, dass die Gemeinde Differdingen in Oberkorn und in Niederkorn zwei weitere Musikgesellschaften unterhält, aber auch, dass Differ­
dingen eben nicht das dem wirtschaftlichen
Umschwung trotzende kulturelle Zentrum der
Südregion Luxemburgs ist. Wiederum andere
Gesellschaften, wie die Harmonie Municipale
aus Esch oder die Harmonie Municipale aus
Düdelingen, überlebten diesen Einschnitt relativ unbeschadet und andere, wie die Harmonie
aus Zolver, blühten neu auf.
Die Gesangvereine bilden neben den Musikvereinen einen zweiten Pfeiler der Laienmusik in Luxemburg. Wie in vielen Regionen des
Großherzogtums leiden die Chöre augenblicklich unter Mitgliederschwund. Obschon überwiegend als Männerchöre gegründet, drehen
heute hauptsächlich die Männer den Chören
massiv den Rücken zu, was zu einem Ungleichgewicht der Stimmen und zu einem verfälschten
Chorklang führt.
Unter den vielen Chören aus dem Land
der Roten Erde wollen wir hauptsächlich zwei
herausgreifen: Die Escher Chorale Municipale
Uelzecht wurde im Jahre 1895 als Männerchor
gegründet und später zu einem gemischten Chor
ausgebaut. Sie war traditionell ein mitgliederstarker Chor, um die hundert Sänger zählend,
und kann, wie fast kein anderer Chor im Lande,
auf eine große Vergangenheit mit erfolgreichen
Produktionen zurückblicken. Auftritte mit dem
früheren Rundfunkorchester von RTL, Aufführungen bedeutender Werke der Musikliteratur,
Konzertreisen ins Ausland und das Wirken
bekannter und langjähriger Dirigenten wie
Louis Petit (1920-1946) (s. u.) und Pierre Cao
(1961-1975) (s. u.) haben sie geprägt.5
3 Vgl. hierzu: KEISER, Léon, Musikschule Petingen. In: Harmonie Municipale Pétange (Hg.), 1909-1984. 75 Joer Peitenger
Musek, Pétange, 1984, ohne Seitenangabe.
4 Vgl. hierzu: MAHLING, Christoph-Hellmut, Beiträge zur Entwicklung der Werkschöre und Werkskapellen im
Saarländischen Industriegebiet. In: STEEGMANN Monica (Hg.), Musik und Industrie. Beiträge zur Entwicklung der
Werkschöre und Werksorchester (= Studien zur Musikgeschichte des 19. Jahrhunderts 54), Regensburg 1978, S. 160f.
5 Vgl. hierzu: Chorale Municipale Uelzecht (Hg.), Uelzecht. Chorale Municipale Esch-sur-Alzette, Esch-sur-Alzette 1995.
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Ein weiterer Traditionsverein im Süden
Luxemburgs ist die Chorale Municipale
Sängerfreed aus Bettemburg. Wie die Escher
Uelzecht bestand sie von 1920 an zunächst
als Männerchor, nach dem Zweiten Weltkrieg
wurden auch Frauen aufgenommen. Die
Chorale Sängerfreed konnte den Mitgliederschwund relativ unbeschadet überstehen und ist
heute immer noch ein mitgliederstarker Verein.
Allerdings macht sich auch hier das Ungleichgewicht zwischen Frauen- und Männerstimmen bemerkbar. Der aus Diekirch stammende
Musiker und Komponist Jos Kinzé drückte ihr
seinen Stempel auf. Er war von 1945-1993 (!)
mit zwei mehrjährigen Unterbrechungen ihr
künstle­rischer Leiter.6
Festivals
In jüngster Vergangenheit haben sich Festivals als Surrogat einer ruhmvollen Vereinsvergangenheit etabliert. Oft sind es ehemalige
Verantwortliche dieser Vereine, die sich um
eine musikalisch-kulturelle Weiterentwicklung
ihrer Heimatregion bemühen.
Diffwinds7
Dies ist der Fall beim Diffwinds-Festival, um
das sich seit 1996 Francis Goergen, seit jeher
eine der treibenden Kräfte der Differdinger
Harmonie Municipale, verdient macht. Das im
Zweijahresrhythmus im Juli in Differdingen organisierte Festival richtet sich an Jugendbläser­
ensembles in den verschiedensten Formationen, aber hauptsächlich an Harmonieorchester
mit sinfonischer Bläsermusik. Die Konzerte
finden vor einer Jury statt, ohne dass es sich dabei
aber um einen Musikwettbewerb mit Wertungsspielen handelt. Während des Festivals treffen
sich um die 60 junge Musiker in einem gemeinsamen Workshop-Orchester und erarbeiten u.
a. ein speziell zu dieser Gelegenheit in Auftrag
gegebenes Werk, welches dann im Rahmen des
Festivals zur Uraufführung gelangt. Im Jahr
2008 stand ein Werk aus der Feder von Roland
Wiltgen (s. u.) im Mittelpunkt.
Das Orgelfestival in Düdelingen8
Beim Neubau der Düdelinger Pfarrkirche im
neogotischen Stil im Jahr 1912 wurde die
Orgel­bauerfamilie Georg und Eduard Stahlhuth aus Aachen mit dem Bau der Orgel beauftragt. Stahlhuthorgeln fußten auf einer
französisch-angelsächsischen Tradition. Zu
ihrem Berater gehörte der elsässische Universalgelehrte, Friedensnobelpreisträger, Arzt,
Organist und u. a. Autor der Biographie Johann
Sebastian Bachs, Albert Schweitzer (18751965). Ihre Akzeptanz im deutschsprachigen
Raum war begrenzt und auch in unseren Breiten besitzt das Instrument Seltenheitswert.
Im Jahr 1962 wurde die Orgel den damaligen
Gepflogenheiten „angepasst“, eine Anpassung,
die ihr jedoch nicht gut tun sollte. Nachdem
sie am Ende des vorigen Jahrhunderts fast
nicht mehr spielbar war, wurde sie von der
Orgelbaufirma Thomas Jann restauriert und
zu einem guten Teil wieder in ihren Originalzustand zurückversetzt, ohne jedoch dabei auf
nötige technische Neuerungen zu verzichten.
So bekam sie z. B. eine MIDI-Schnittstelle.
Seit ihrer Restaurierung in den Jahren
2001/2002 wurde ein Festival ins Leben gerufen,
welches die Orgel der Düdelinger Pfarrkirche
zu einem Anziehungspunkt für Solisten nationalen und internationalen Ranges gemacht hat. In
regelmäßigen Abständen finden seither Orgelkonzerte bzw. Konzerte mit Orgelbegleitung
statt. Eine Reihe von CD-Publikationen zeugen
vom Erfolg dieses Festivals.
Das Festival Terres Rouges9 u.a.m.
Alljährlich im Spätsommer findet in Esch
das Festival Terres Rouges statt. Es handelt sich hierbei um ein Open Air Festival,
das sich hauptsächlich, aber nicht nur an die
junge Generation richtet. Bei diesem Ereignis
werden, neben anderen kulturellen Darbietungen, auch Konzerte organisiert. Traditionell
treten dabei die bekanntesten luxemburgischen Musikgruppen auf. Aber es werden
auch ausländische Größen der modernen
Musikszene engagiert.
6 Vgl. hierzu: Chorale Municipale Sängerfreed. Auf der Internetseite http://www.chorale-bettembourg.com (07/03/2009).
7 Vgl. hierzu: Diffwinds Festival. Auf der Internetseite http://www.diffwinds.lu/ (07/03/2009).
8 Vgl. hierzu: Conseil de la fabrique d’Eglise de la paroisse / Amis de l’orgue Saint-Martin, (Hg.), Die Düdelinger Kirche
und ihre Stahlhuth-Orgel, Luxembourg 2002; www.orgue-dudelange.lu. Auf der Internetseite http://www.orgue-dudelange.
lu/Pages/MainFrame.htm (09/03/2009).
9 Vgl. hierzu: Festival Terres Rouges 2008. Auf der Internetseite http://www.festival-terresrouges.lu (09/03/2009).
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Terres Rouges
Mit dem Festival Touch of Noir geht Düdelingen den Weg kultureller Interdisziplinarität,
indem es Musik mit darstellender Kunst in
Verbindung bringt.
Musik aus Schottland und aus Irland hat die
Kontinentaleuropäer schon immer fasziniert. So
wurden zum Beispiel zu Beginn des 19. Jahrhunderts große Namen wie Haydn, Beethoven
und Weber mit keltischer Musik in Verbindung
gebracht, und dies weil sie Hunderte von schottischen und irischen Volksliedern arrangierten.
Das exotisch-rustikale Miteinander von Musik
und Tanz hat keltische Musik seit einigen Jahren auf die Ebene einer Massenkultur gehoben,
die hierzulande auch nicht fehlen darf. In Düdelingen erfreut sich seit 1998 das Festival Zeltic
immer größerer Beliebtheit.
Wir wollen an dieser Stelle die Besprechung
der Festivals nicht weiter fortsetzen. Zu nennen
wären aber noch der seit dem Jahre 2004 organisierte Differdinger Blues Express, Rock a Field
in Roeser etc. Als Modephänomene unserer
Zeit, gepaart mit einem stets wachsenden
Freizeit- und Kulturangebot und – bedarf, werden
Festivals in der Zukunft nicht weniger werden.
Hier wird Musik als Konsumgut den jungen
und jüngeren Generationen vermittelt. Sie sind
aber gleichzeitig Betätigungs- und Ausgleichsmedium für die Ausführenden oder, im Idealfall, Sprungbrett für eine weitere Karriere.
Institutionen
Die Kulturfabrik in Esch10
Der als Kulturzentrum umgemodelte Schlachthof der Stadt Esch besteht in seiner ursprüng­
lichen Bestimmung seit 1885 und wurde wegen
des beträchtlichen Bevölkerungszuwachses
Eschs zu Beginn des 20. Jahrhunderts zu einem
4000 Quadratmeter und zehn Gebäude umfassenden Komplex ausgebaut, bis er im Jahr 1979
seinen Betrieb einstellte und in ein neues Gebäude umzog. Im Jahr 1980 führte zunächst ein
Sekundarlehrer des Escher Jungenlyzeums mit
seinen Schülern in einem ehemaligen Gefrierraum ein Theaterstück auf. In den Jahren
1982/83 stießen weitere Künstler dazu, und die
Idee wurde geboren, die originelle Architektur
zu bewahren und sich die vielen Gebäude,
die einer jungen – nicht nur musizierenden -
Musik im Land der Roten Erde
Künstlergeneration Ort für schöpferische Inspiration waren, zueigen zu machen. Raymond
Kleins Zitat vermittelt uns mit poetischer
Anmut einen Eindruck über die Ausstrahlung,
die das alte Bauwerk damals umgab:
Auch ich verspüre die Lust, selber Neues zu
schaffen, zu gestalten. Ich sage mir, daß diese
sonderbare Atmosphäre es ausmacht, dieses
Gebäude, das halb verfallen ist, aber auch halb
unfertig, wartend, zum Träumen und Schaffen
einladend.11
Die Nutzung des ehemaligen Schlachthofs geschah zunächst in Form einer quasi als illegal
zu bewertenden Art von Hausbesetzung, denn
der Eigentümer, die Stadt Esch, plante wegen
ihrer prekären Haushaltslage, das Areal zu veräußern. Die neue Ära des alten Schlachthofs
begann in einer Art Privatinitiative gemischt
mit Zivilcourage und Volkszorn und mündete
in eine Vereinigung ohne Gewinnzweck, der
Kulturfabrik. Die spektakulären Aktionen am
Rande der Legalität, wie Blockade von Straßen
und des Escher Stadttheaters, fruchteten allmählich und die Unterstützung vieler Künstler
und Persönlichkeiten bewirkte bei den politisch
Verantwortlichen ein Umdenken dahingehend,
dass aus dem alten Gebäudekomplex eine Begegnungsstätte für Kultur nicht nur, aber auch
für die jüngere Generation werden sollte. Die
Trägerschaft wurde von der Stadt Esch in private Hand übergeben. Zu Beginn des Jahres
1997 wurde das Escher Schlachthaus als Kulturzentrum anerkannt und mit Geldern des Staates,
der Gemeinde Esch und eines Hilfsfonds der
Europäischen Union renoviert und im Jahre
1998 seiner neuen Bestimmung übergeben.
Heute halten hauseigene Gruppen einen
regelmäßigen Konzertbetrieb aufrecht. Ebenso
stehen Theateraufführungen und Ausstellungen
auf der Tagesordnung. Neben einem größeren
und einem kleineren Konzertsaal stellt die
KuFa mehrere Proberäume zur Verfügung. Hier
hat schon so manche künstlerische Karriere
ihre Initialzündung erhalten.
Das sog. Ratelach – die Bezeichnung
stammt von einem Escher Lokalpolitiker aus der Zeit während der über den Verkauf des früheren Schlachthofs nachgedacht
10 Vgl. hierzu: Centre Culturel Kulturfabrik. Auf der Internetseite http://www.kulturfabrik.lu (09/03/2009).
11 KLEIN, Raymond, Es regnet hinein ins Escher Schluechthaus. In: Forum 123 (1990), S. 57.
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
wurde – ist heute zu einer gediegenen Begegnungsstätte zwischen Künstlern und deren
Publikum in einem rauch- und alkoholfreien
Bereich mutiert.
Hausbesetzung und Demonstration für
den Erhalt einer über mehrere Jahre offiziös
betriebenen Institution werden zum späten Symbol einer 68er-Bewegung in einer Region mit
gewachsenem Kulturbedarf. Anfangs von der
öffentlichen Hand unbeachtet, ja sogar bekämpft, wird die Nachfrage nach Kultur, wie sie
sich neuerdings auch in den oben beschriebenen
Festivals äußert, dann als Realität anerkannt,
gefördert und mit der Errichtung der Rockhal
auf eine institutionelle Ebene gehoben.
Die Rockhal auf Esch-Belval12
Durch die Gesetze vom 15. Mai 2003 und vom
26. Mai 2004 stimmte das Luxemburger Parlament dem Bau und dem Betrieb eines Centre
de Musiques Amplifiées auf dem ehemaligen
ARBED-Gelände in Esch-Belval zu und trug
damit einer Entwicklung Rechnung, die nicht
nur in der Kulturfabrik begann, sondern die
bereits in den Jahren zuvor in der Organisation
von Großereignissen auf luxemburgischem Boden, wie z. B. Rockkonzerten, ihren Ursprung
genommen hatte. Aufgrund fehlender Einrichtungen mussten diese im Freien und z. T. oft
unter widrigen meteorologischen Verhältnissen,
z. B. auf Krakelshaf zwischen Bettemburg und
Düdelingen oder in nicht hierfür vorgesehenen
Einrichtungen, wie z. B. in zweckentfremdeten
Ausstellungshallen stattfinden. Den Gesetzen
von 2003 und 2004 ging ein Vorhaben des Jahres 1999 voraus, das die ehemaligen Gebläsehallen von ARBED nutzen wollte, ein Plan, der
aber nicht weiter verfolgt werden sollte.
Die Rockhal erlegt sich eine Mission in
vier Punkten auf:
1. Sie ist Organisator großer musikalischer Veranstaltungen jeglicher Ausrichtung. Es wird ein
heterogenes Publikum anvisiert.
2. Sie soll ein Ort sein, wo künstlerische Projekte mit professionellem Anspruch, aber auch
Projekte aus dem Amateurbereich sich in Symbiose begegnen. Hier sieht sie sich mit der
Kulturfabrik auf einer Linie.
3. Sie bietet Musikgruppen den geeigneten
Raum zur Probenarbeit. In der KuFa ist das auch
möglich, jedoch in einem kleineren Rahmen.
4. Sie stellt die notwendigen Einrichtungen zur
musikalisch-kreativen Arbeit zur Verfügung,
wie z. B. Aufführungsräumlichkeiten, Studios
und Multimedia.
Wie schon in der Kulturfabrik sind in der
Rockhal zwei Räumlichkeiten für die verschiedensten Veranstaltungen vorgesehen.
1. Der große Saal – die Main Hall – bietet 6500
Steh- bzw. 2500 Sitzplätze.
2. Im kleinen Saal – der Club - stehen 1200
Steh- und 500 Sitzplätze zur Verfügung. Hier
ist der Ort für kleinere musikalische Veranstaltungen mit luxemburgischen Musikgruppen oder
Musikgruppen, die sich innovativer Projekte annehmen, die weniger Publikum anziehen.
Das Escher Theater
Komplementär zu diesen beiden Zentren, die
vor allem mit moderner Musik ein jüngeres Publikum ansprechen, steht das Escher Stadttheater als eine alteingesessene Kulturinstitution,
neben reinen Theateraufführungen, hauptsächlich für Aufführungen von klassischer Musik
und musikdramaturgischen Werken. Momentan
(2009-2010) werden die technischen Installationen und die Bühne renoviert, und während
dieser Zeit sind die Aktivitäten in ein Zelt am
Boulevard Hubert Clement ausgelagert.
Das Kulturzentrum Opderschmelz und
das CNA in Düdelingen13
Im hundertsten Jahr seiner Erhebung zur Stadt
beschenkte sich Düdelingen im Jahr 2007 mit
einem neuen Kulturzentrum selbst. Das neue
Bauwerk beherbergt auch das Centre National
de l’Audiovisuel. Wie viele Gemeinden in Luxemburg setzt es, dem Wunsch der luxemburgischen Regierung entsprechend, auf Dezentra­
lisierung des Kulturangebots. Dieses in den
Siebzigern durch den damaligen Kulturminister
Robert Krieps initiierte Vorhaben wurde erst zu
Beginn des neuen Jahrhunderts Wirklichkeit.
Die Dezentralisierung der Kultur, weg von der
Stadt Luxemburg und z. T. auch von Esch, hat in
vielen Teilen des Landes regionale Zentren her-
12 Vgl. hierzu: Memorial A-Nr. 101 (30. Juni 2004), Centre de Musiques Amplifiées, S. 1617-1620; Rockhal. Auf der
Internetseite http://www.rockhal.lu/fr/ (09/03/2009).
13 Vgl. hierzu: Opderschmelz. Auf der Internetseite http://www.opderschmelz.lu (9/3/2009); Memorial A-Nr. 120 (15. Juli
2004), Instituts Culturels de l’Etat, Centre National de l’Audiovisuel, S. 1802f.
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Terres Rouges
vorgebracht, so z. B. in Marnach, in Ettelbrück
und in Mersch. Im April 2008 wurde als vorläufig letztes das neue Konzert- und Konferenz­
zentrum Trifolion in Echternach eröffnet.
Das Centre National de l’Audiovisuel ist
eine dem Kulturministerium untergeordnete und
seit dem Jahr 2007 im Zentrum Opderschmelz
in Düdelingen untergebrachte behördliche
Kultur­einrichtung. Anfangs war es in für die Ansprüche viel zu kleinen Räumlichkeiten im ehemaligen Pensionnat de la Doctrine Chrétienne
beheimatet. Seine Bedeutung geht über das Regionale hinaus - das ist bei der Rockhal nicht
anders. Die zentrale Mission des CNA ist die
Archivierung und Restaurierung historischer
Tondokumente, Filme und Photos, verbunden
mit einer Öffentlichkeitsarbeit, die das Bewusstsein über nationales Ton- und Filmpatrimonium
wecken, fördern und der wissenschaftlichen
Forschung zugänglich machen soll. Neu erstellte
kommerzielle Musikdokumente kommen dem
CNA durch den Dépôt Légal automatisch zu
und sichern auf diese Weise eine universelle
bibliographische Aufnahme aller in Luxemburg
erstellten Ton- und Bildträger. Des Weiteren
werden hier sämtliche Tonaufnahmen des früheren Sinfonieorchesters von RTL aufbewahrt.
Die Notwendigkeit einer mit Ton- und Filmarchivierung betrauten Institution wurde erst
relativ spät erkannt und im Jahre 1989 in die
Tat umgesetzt, genau neunzig Jahre nachdem
die älteste Institution dieser Art, das berühmte
Phonogrammarchiv in Wien, seine Arbeit aufgenommen hatte.
Das Land der Roten Erde und
seine Musiker
Neben dem vorausgehenden hauptsächlich
institutionell ausgerichteten Bezug zur
Musik im Land der Roten Erde wollen wir uns
jetzt den dort wirkenden musizierenden
Menschen zuwenden. Allerdings werden
wir uns selektiv auf einige wenige Musiker
beschränken müssen und deren Werk bzw.
Wirken mehr im Detail erörtern. Bei unserer
Auswahl gehen wir jedoch nicht beliebig vor,
sondern wir richten diese nach der Frage aus,
inwieweit Wirken und Werk im Zusammenhang mit dem Land der Roten Erde stehen.
Andere werden wir am Rande kurz erwähnen.
Damit soll aber keine qualitative Wertung ihrer
Arbeit verbunden sein.
Musik im Land der Roten Erde
Matthias Thill (1880-1936)
Das eben formulierte Auswahlkriterium trifft
auf Matthias Thill nur z. T. zu. Sein Wirken
ist nicht nur von Bedeutung für seine Geburtsstadt Esch, sondern für ganz Luxemburg. Der
Primär­schullehrer Mathias Thill (1880-1936)
ist die wohl am wenigsten bekannte, mit Musik
in Verbindung zu bringende Persönlichkeit aus
dem Land der Roten Erde. Thills Werk ist heute
nahezu komplett in Vergessenheit geraten, auch
unter Musikern und dennoch ist es, wie nahezu
kein anderes, Beleg nationaler und regionaler
kultureller Identität. Und so ist auch hier der Ort
einer Würdigung. Matthias Thill war kein ausübender Musiker oder Musikpädagoge, sondern
ein Volksliedsammler. Er begann seine Sammel­
tätigkeit im Jahre 1901 dort, wo er wohnte und
seine erste Lehrerstelle inne hatte, nämlich in
der Escher Gegend und er setzte sie in weiteren
Gegenden Luxemburgs bis zu seinem Tode im
Jahre 1936 fort. Die bedeutendste, am meisten
ausgereifte und umfangreichste Sammlung
luxemburgischer Volkslieder ist somit das Ergebnis eines Entstehungsprozesses von mehreren Jahrzehnten. Das Werk umfasst 306 Nummern. Hinzu kommt eine große Anzahl an Varianten. Der kulturelle und musikethnologische
Wert übertrifft die bekannteren Sammlungen
von Lafontaine (Dicks) - Die Luxemburger
Volkslieder älterer Zeit, 1904 - und Kintzelé
(Brouilli) - Aus der Ucht, 3 Bde., 1926-1935 bei Weitem. Thill ließ sich jedes einzelne
Lied von einer Gewährsperson vorsingen und
brachte es sogleich und in authentischer Weise
zu Papier. Später gruppierte er die Lieder
nach inhaltlichen und musikalischen Variantengruppen und nach übergeordneten inhaltlichen Kategorien.
Matthias Thill konnte die Früchte seines
aufopferungsvollen und mühsamen Lebenswerks jedoch nicht mehr ernten. Nach seinem
Tode übertrug Thills Witwe den Feinschliff
bis hin zur Veröffentlichung der Luxemburger Volksliedersammlung unter dem Namen
Singendes Volk an einen Kollegen von Matthias
Thill, Nicolas Pletschette aus Rümelingen.
Abbildung 1 zeigt die regionale Verteilung
der Aufzeichnungsregionen. Aus den Umkreisungen geht hervor, dass Thill nicht aus allen
Regionen Luxemburgs Lieder zusammengetragen hatte, sondern lediglich an verschiedenen,
ausgewählten Orten, hauptsächlich solchen, mit
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
denen er aufgrund seiner pädagogischen Tätigkeit verbunden war. Aus seinen Aufzeichnungen geht ebenfalls hervor, dass er von manchen
Gewährsleuten bis zu zehn und mehr Lieder
bezog. Für jedes Lied der Sammlung wird der
Name der/des Gewährsfrau/mannes sowie Ort
und Datum der Aufzeichnung angegeben. Hinzu
kommen Literaturverweise.
mit folgenden luxemburgischen und nicht-luxemburgischen Quellen hat:
1. Spedener steht für: SPEDENER, Gregor, Die
Bauernhochzeit in früheren Zeiten, Luxem- burg 1933, S. 55f.
2. E. = B. III steht für: ERK, Ludwig / BÖHME,
Franz-Magnus, Deutscher Liederhort, 3 Bde,
ND Wiesbaden 1988, Bd. 3, Lied Nr. 1541.
3. Gaßmann, Wiggert steht für: GAßMANN, Alfred Leonz, Das Volkslied im Luzerner Wiggertal, Basel 1906,
4. Pinck, Weisen III steht für: PINCK, Louis, Verklingende Weisen. Lothringer Volkslieder,
5 Bde., Metz/Kassel 1928ff, Bd. 3.
Abbildung 2 zeigt einen Ausschnitt aus Thills
Sammlung. Mit Lit. A gibt Thill die luxemburgischen Varianten zum Lied an. Unter Lit.
B sind die nicht-luxemburgischen Quellenverweise aufgeführt. In dem Beispiel handelt es
sich um ein Lied, welches Berührungspunkte
Weiswampach
Ulfingen
82 km
Clerf
Wiltz
Kautenbach
Burscheid
Diekirch
Ettelbruck
Echternach
Bissen
Redingen
Fels
Mersch
Wasserbillig
Junglinster
Grevenmacher
Capellen
Strassen
Wormeldingen
Luxemburg
Remich
Petingen
Mondorf
Differdingen
Esch/Alzette
Düdelingen
54 km
Abb.1 – Regionen der Sammeltätigkeit Thills, SAGRILLO, Damien, Melodiegestalten
im luxemburgischen Volkslied, Bonn 1997, Bd. 1, S. 123.
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Abb.2 – Ein luxemburgisches Volkslied aus Singendes Volk, THILL, Matthias, Singendes Volk, Esch/A., 1937 posth.:
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Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Bei Singendes Volk ist die Hilfestellung des
Deutschen Volksliedarchivs (DVA) in Freiburg
im Breisgau und seines Leiters und Begründers John Meier zu erkennen. Die mit äußerster
Sorgfalt verfasste Sammlung luxemburgischer
Volkslieder hat Thill mit Hilfe der am DVA
üblichen Standards angefertigt. So waren und
sind die Verweise zu den Varianten aus anderen Regionen im DVA gängige Praxis. Der Umstand, dass der Germanist Meier hauptsächlich
Textforschung betrieb, findet seinen Niederschlag in der Sammlung Thill, die in 14 textlichthematische Rubriken unterteilt ist. Den größten
Raum nehmen die Liebeslieder ein. Dies ist für
eine Volksliedersammlung nicht ungewöhnlich.
Die relativ umfangreiche Rubrik historische,
Kriegs- und Soldatenlieder ist auf den histo­
rischen Kontext Luxemburgs als Festungsstadt
zurückzuführen. Der Text dieser Lieder spiegelt
als volkskundlicher Zeuge der Vergangenheit die
abwechslungsreiche Geschichte Luxemburgs
als Zankapfel und Objekt der Begierde größerer
europäischer Nationen wider. Den Anspruch
einer nach den wissenschaftlichen Erkenntnissen der Zeit zusammengestellten Sammlung wird
Thill in vieler Hinsicht gerecht. Die Quellenverweise sollen das Aufspüren von Varianten in
Sammlungen überregionalen Charakters oder
in Sammlungen anderer europäischer Regionen
erleichtern. Thill gibt Verweise zu insgesamt 14
luxemburgischen und 37 ausländischen Quellen
an. Am Ende seines Werkes erstellt er ein Verzeichnis von 23 nicht veröffentlichten Liedern
und dies, „weil sie entweder allzu derb und
beleidigend sind oder keine interessanten Eigentümlichkeiten gegenüber bereits anderswo abgedruckten Texten und Melodien aufweisen.“14
Singendes Volk liefert bei Weitem nicht
nur Erkenntnisse einer musikalischen Kultur
Luxemburgs, sondern ist auch ein hilfreicher
Zeuge luxemburgischer Volkskunde, der luxemburgischen Sprache und des Sprachgebrauchs
sowie nationaler und regionaler Geschichte aus
der Sicht singender Menschen.
Asca Rampini (1931-1999)
Der Name Asca Rampini ist eng verbunden mit
der Geschichte der Harmonie Municipale aus
Differdingen und mit jener der italienischen
Einwanderer in der Südregion Luxemburgs.
Wie Matthias Thill ist Rampini nie Berufs­
musiker gewesen, sondern Stahlarbeiter bei
Hadir - seit 1967 Arbed - in Differdingen. Er war
das älteste von drei Kindern einer aus Italien eingewanderten Arbeiterfamilie und erblickte auf
der „Sonnenseite Differdingens“ im Wangert
das Licht der Welt. Hier im Wangert, wo die
Sonne allerdings nicht so hell scheint wie in der
italienischen Heimat, wie es Francis Goergen
in einer Laudatio auf Rampini beschreibt,15
schufen sich viele Einwanderer eine neue Existenz in der Fremde und konnten trotzdem unter
ihresgleichen bleiben. Schon Rampinis Vater
verdiente durch körperliche Schwerstarbeit in
der Erzgrube den Lebensunterhalt für sich und
seine Familie. Wie viele italienische Einwanderer fand Asca Rampini den Weg zur Musik,
als intellektueller Ausgleich für alltägliche
manuelle Arbeit. Seine musikalische Begabung
öffnete ihm viele Türen, doch bei Weitem nicht
alle. Wären seine Wurzeln nicht mit dem sozia­
len Geflecht des Arbeitermilieus, in der zu dieser Zeit die Tätigkeit in der Stahlindustrie vom
Vater auf den Sohn weitergegeben wurde, verwoben, so wäre ihm eine musikalische Berufs­
karriere sicher gewesen. Eigentlich wollte er
Opernsänger werden. Für Rampini war es aber
bereits ein Erfolg, sich an der Escher Musikschule bei Daniel Kater in Oboe einschreiben
zu können. Bald stellte sich jedoch heraus, dass
die musikalische Welt in Form einer Oboe für
Rampini zu klein war. Neue Musikstile, wie
Jazz und Swing schwappten von jenseits des
Atlantiks nach Europa herüber und Rampini
widmete sich weiteren Instrumenten mit einer
Art an autodidaktischem Können, das nur musi­
kalisch Hochbegabten in die Wiege gelegt ist.
Die Posaune wurde bald zu seinem bevorzugten
Instrument und mit ihr fand er Eintritt in die
in den fünfziger und zu Beginn der sechziger
Jahre bekannten Luxemburger Orchester Jean
Roderes und René de Bernardi, für die er auch
diverse Arrangements schrieb. Im Jahre 1965
übernahm Rampini den Taktstock bei der Differ­
dinger Harmonie Municipale, nachdem im
Vorjahr auf seine Initiative hin und unter seiner
Leitung die Nachwuchsformation Harmonie
Prince Guillaume gegründet wurde. Rampinis
musikalische Begabung, sein organisatorisches
14 THILL, Matthias, Singendes Volk, Esch/A., 1937 posth., S. 637.
15 Vgl. hierzu: GOERGEN, Francis, le trait d’union 62 (2001), S. 3.
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Terres Rouges
Geschick und seine zwischenmenschlichen Beziehungen trugen dazu bei, dass das Orchester
in den 15 Jahren, in denen er die Verantwortung
trug, sich an die Spitze der luxemburgischen
Musikvereine spielte und auch international
Anerkennung fand. Seine Persönlichkeit, die
jedoch für viele an die eines raubeinigen Stahlarbeiters erinnerte, dessen Bemerkungen seine
Mitmusiker hin und wieder düpierten und
weniger talentierte Zeitgenossen schon einmal
mit der Realität konfrontierten, taten dieser im
luxemburgischen Blasmusikwesen einmaligen
Symbiose zwischen Dirigent und Orchester
keinen Abbruch. In den 15 Jahren seiner Tätigkeit gewann Rampini mit der HMD nicht nur
Wertungs­spiele, sondern initiierte, aufgrund
seiner Erfahrung in den Tanzorchestern Roderes
und de Bernardi, mit den als Show-Music getauften Galakonzerten neue Wege, auf sein
Publikum zuzugehen. Lange Zeit blieb er mit
seinen auf Unterhaltung zielenden Konzerten in
Luxemburg konkurrenzlos.
Jahre später erst erkannte ein weiterer
Musikverein aus dem Süden, dass diese neue
Unterhaltungsform nicht nur dem Verein große
Genugtuung bringt, sondern darüber hinaus
auch noch als Publikumsmagnet die Kassen aufzufüllen vermag. Das alljährliche Nonstop-Konzert der Harmonie Municipale aus Bettemburg
findet bis heute statt. Heute, im medialen Zeitalter ist das Publikum, was den Unterhaltungswert von Konzertveranstaltungen lokaler
Musikvereine betrifft, anspruchsvoller ge­
worden und von den Vereinsverantwortlichen
wird diesbezüglich mehr abverlangt als noch
vor einigen Jahrzehnten. So ist ein Großteil der
Musikgesellschaften in Luxemburg dazu übergegangen, ihr alljährliches Hauptkonzert mit
Showeinlagen abwechslungsreicher zu gestalten. Was Rampini vor vierzig Jahren in die Wege
leitete, ist gegenwärtig im Laienmusik­wesen
Luxemburgs zur Selbstverständlichkeit geworden. Größere und musikalisch leistungsfähigere Musikgesellschaften wie z. B. die Escher
Harmonie Municipale beschränken sich allerdings bis heute auf die klassische Konzertform.
Rampini stand von 1965-1980 an der Spitze
der Differdinger Musikgesellschaft. Aller­dings
blieben ihm private Schicksalsschläge in dieser
Zeit nicht erspart. Aber sein Abgang im Jahre
1980 ist nur z. T. darauf zurückzuführen. Er erkannte wohl eher die Zeichen der Zeit. In den
siebziger Jahren begann im Land der Roten Erde
Musik im Land der Roten Erde
die Stahlkrise und führte zu dem bereits oben
angesprochenen schmerzlichen Strukturwandel,
der heute größtenteils überwunden ist. Parallel
dazu wurden etliche Musikgesell­schaften und
Chöre ihrer Existenzgrundlage beraubt.
Rampinis kompositorisches Werk ist im
Zusammenhang mit seiner Dirigententätigkeit
zu sehen, d. h. es ist immer seinem Orchester
zugeschnitten. Ein Teil davon sind Arrangements oder Adaptationen. Ein weiterer Teil hingegen sind Originalkompositionen. Einige davon wurden vom Wiener Musikverlag Kliment
publiziert. Viele wurden speziell für die ShowKonzerte geschrieben. Weil es oft für eine
bestimmte Idee nicht das richtige Werk gab,
passte Rampini kurzerhand das zu komponierende Werk der Idee an.
Nicht nur in Differdingen, sondern auch
in anderen Ortschaften der Stahlregion des Südens integrierten sich italienische Einwanderer
in örtlichen Musik- sowie in Sportvereinen und
bildeten nicht selten deren Rückgrat. Der Inte­
grationswille der italienischen Bevölkerung
auf der einen Seite und der Aufnahmewille der
luxemburgischen Bevölkerung auf der anderen Seite sind beispielhaft für einen heute als
erfolgreich anzusehenden und z. T. auch abgeschlossenen Prozess. Ich wage zu behaupten, dass die künstlerischen Impulse, die durch
die Einwanderer von außen nach Luxemburg
herein­getragen wurden, zu einem großen Teil
dazu beigetragen haben.
Roland Wiltgen (*1957)
Der aus Differdingen stammende Roland
Wiltgen begann seine musikalische Ausbildung
am Konservatorium in Esch, wechselte dann
über ins Konservatorium nach Metz; anschliessend ging er an die Ecole Normale de Musique nach Paris und schloss sein Studium am
renommierten Pariser Conservatoire National
Supérieur de Musique in Tonsatz ab. Seit 1983,
dem Jahr seiner Nominierung, unterrichtet er
die mit musikalischem Tonsatz zusammen­
hängenden Fächer am Konservatorium in
Esch. Der Komposition hat Wiltgen sich schon
während seiner Studienzeit gewidmet.Wiltgens
Œuvre umfasst bis zum heutigen Tag um die
vierzig Werke:
• Kammermusikwerke,
• Werke für verschieden besetzte Ensembles, wie z. B. Luxembourg Sinfonietta... ,
97
Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
• Klavier- und Orgelwerke, wie z. B. Les Lunes
de Jupiter... ,
• Werke für Harmonieorchester,
• Werke für Brass Band,
• Werke für elektroakustische Tonträger,
• Chorwerke
• und ein Auftragswerk für Luxembourg 2007 namens Tri-Partite.
Wiltgens Kompositionen im und über das
Land der roten Erde
Roland Wiltgen erweist seiner Heimat und
seinen eigenen Wurzeln mit seiner Musik die
Referenz. In seinem Werkverzeichnis sind das
vor allem Red Earth für Brass Band (1995),
die Trilogie Schmelz (1999-2001) und das
Chorwerk D’Saelerbunn (2003).16
Red Earth
Im Jahre 1993 wurde Wiltgen durch Les Amis
du Brass Band du Conservatoire d’Esch/Alzette
damit beauftragt, ein Werk für Brass Band zu
komponieren. Die Gelegenheit dazu bot sich,
weil Luxemburg als europäische Kulturhauptstadt des Jahres 1995 Austragungsort der alljährlich in einem anderen Land stattfindenden
europäischen Brass-Band-Meisterschaften war.
Roland Wiltgen komponierte mit Red Earth das
Pflichtstück des Wettbewerbes. Für den Komponisten bot sich die Gelegenheit, bis dorthin
nicht ausformulierte musikalische Ideen in ein
formales Ganzes einzuarbeiten. Dabei musste er
aber auf eine festgefügte Instrumentierung, auf
stilistische Vorgaben und auf aus der Wettbewerbssituation gewachsene Traditionen Rücksicht nehmen. Die Großform von Red Earth
lässt sich von der klassischen viersätzigen Sinfonie ableiten. Allerdings wurden die vier Sätze
(schnell – langsam – mittelschnell – schnell) zu
einer durchgehenden Komposition zusammengefügt. Dem ganzen Werk liegt ein Anfangsmotiv mit lediglich vier Tönen zugrunde. Der
Komponist verwehrt sich gegen jegliche programmatische Aussage in seinem Werk, die auf
eine Beschreibung der Natur und der Lebensund Arbeitsverhältnisse im Land der Roten Erde
schließen lassen würde. Red Earth sei lediglich
eine Referenz an die Heimat des Komponisten
mit seinen Eisenminen, seinen Hüttenwerken
und den dort arbeitenden Menschen.
Schmelz I-III
In einem weiteren Werk von Roland Wiltgen
ist das nicht viel anders. Das Werk Schmelz
ist als Trilogie konzipiert, und die drei Sätze
sind als mehr oder weniger lose zusammen­
hängende Teile zwischen 1999 und 2001
entstanden. Sie liegen vor in zwei Instrumentierungen, einer für Brass Band und einer für
Harmonieorchester. Obwohl der Titel Schmelz
einen klaren Bezug zu einem programmatischen Inhalt erahnen lässt, existiert ein solcher,
laut Auskunft des Komponisten, nicht. Dennoch
lässt die Werkbeschreibung, wie sie Wiltgen auf
seiner Homepage veröffentlicht, zunächst an
ein Programm denken:17
« Le temps va changer », disait-on en observant
la fumée qui s’échappait du complexe Arbed Belval tourner à l’est. Je n’y ai jamais mis les
pieds; c’était un endroit mystérieux, presque
irréel, et pourtant si proche. Sa silhouette,
parfois auréolée d’un nuage rougeâtre, ses
bruits, ses rythmes et ses odeurs font partie de
mes souvenirs d’enfance.
« Les hauts fourneaux brûlent plus longtemps
que les volcans », a dit quelqu’un; et pourtant:
Les temps ont changé; beaucoup d’endroits sont
redevenus calmes et déserts, et les sons de jadis ne
nous parviennent que par bribes. Le promeneur
nostalgique peut les entendre en pensant à
cette étrange parenthèse de l’histoire du bassin minier.
In der Musikgeschichte sorgte die Problematik
im Zusammenhang mit der Programmmusik für
viel Diskussionsstoff. Hauptsächlich ein Produkt der Romantik, wurde sie seit Ende des 19.
Jahrhunderts thematisiert. Heute ist Programmmusik ein willkommenes, wenn auch viel strapaziertes Instrumentarium der Musik­pädagogik.
Viele Komponisten – so auch Wiltgen –
verschließen sich einer Werkinterpretation, die
ihren Werken Außermusikalisches zugrunde
legt. Das Umsetzen von Bildern in Musik, wie
bei Bilder einer Ausstellung von Mussorgsky
oder das Vertonen von vorab festgelegten
Programmen, wie in der Alpensinfonie von
Richard Strauss, die Außermusikalisches, wie
Handlungen, Situationsbeschreibungen oder
ganz allgemein Gedanken, Gefühle und Empfin-
16 Vgl. hierzu: Roland Wiltgen et sa musique. Auf der Internetseite http://www.homepages.lu/wroland (12/3/2009).
17 Vgl. hierzu: Textes, Schmelz. Auf der Internetseite http://www.homepages.lu/wroland/PAGE5.HTM#Red%20Earth
(09/03/2009).
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Terres Rouges
dungen musikalisch zu umreißen vorgeben, sind
Paradebeispiele, die immer wieder für die Idee
der Programmmusik herhalten müssen. Doch es
stellt sich die Frage, inwieweit Musik Außermusikalisches beschreiben kann. Ist Programmmusik nicht eher eine Illusion? Und wird sie
nicht, sei es bewusst durch einige wenige Komponisten selbst oder durch die Musikwissenschaft
im Nachhinein, an den Zuhörer herangetragen?
Wiltgens hier besprochene Werke im Zusammen­
hang mit dem Land der Roten Erde sind weitere,
luxemburgische Belege für diese so viel diskutierte und von vielen Seiten umstrittene Idee.
D’Saelerbunn
D’Saelerbunn ist ein Werk für gemischten Chor,
Streichorchester, Horn und Harfe auf einen
Text von Gast Rollinger aus dem Jahre 1998.18
Wiltgen gewann im Jahr 2003 mit D’Saelerbunn
einen Wettbewerb, der von der Kulturvereinigung Minettsdapp und dem Verband der luxemburgischen Laienmusiker UGDA ausgeschrieben worden war. Das Lied sollte in musikalischtechnischer Reichweite eines Laienchores sein.
Der Bezug zur Region der Stahlindustrie wird
bereits durch den Text hergestellt, aber auch in
der Musik kommt er zum Tragen. So soll die
Harfe die klickernden Geräusche der Seilbahn
hörbar symbolisieren. Diese kilometerlangen
Seilbahnen durchzogen die Eisenerzregion und
beförderten das Eisenerz von den Gruben bis
hin zu den Eisenhütten. Ihre Geräusche begleiteten die Bewohner der Erzgegend wie das Rauschen eines Gebirgsflusses viele Bewohner des
Alpenlandes in ihrem Alltag; stetig im Hintergrund, mit einer zur Gewohnheit gewordenen
Monotonie. Der melancholische Ton der Musik
untermalt den Text von Rollinger. Beide, Text
und Musik, veranschaulichen in einzigartiger
Weise die jüngste Vergangenheit einer Region
und ihrer Menschen, die in jahrzehntelanger
harter Arbeit ihr Leben mit dem von den Seilbahnen transportierten Rohmaterial verdienten
und die letztendlich zum Wohlstand des ganzen
Landes beitrugen. Das Pathos dieser Aussage
reflektiert Musik und Text, und wir kommen
nicht an der Feststellung vorbei: Die programmatische Aussage der Musik ist unverkennbar.
Musik im Land der Roten Erde
Weitere Musiker im Land der Roten Erde19
Bei den drei oben besprochenen Persönlich­
keiten hat jede auf ihre Weise einen Beitrag
zum Musikleben in der Minetteregion und in
ganz Luxemburg geleistet. Ihnen gemeinsam ist,
dass sie auf den ersten Blick nichts gemeinsam
haben. Während Thill sich musikethnologisch
betätigt hat, waren und sind die beiden anderen
ausführende Musiker. Allen ist gemeinsam, dass
sie hauptsächlich Pädagogen waren oder sind.
Thill war Primärschullehrer, Rampini, obschon
nur nebenberuflich, hat sich bei der Differdinger Harmonie in besonderer Weise dem
Nachwuchs gewidmet, und diese pädagogische
Tätigkeit hat dann auch, wie wir es heute wissen,
Früchte getragen. Viele seiner ehemaligen Schüler sind Berufsmusiker geworden. Wiltgen ist
Dozent für Tonsatz am Konservatorium in Esch.
Das ist auch bei den nächsten Musikern nicht
anders. Auch sie waren oder sind hauptsächlich
Musikpädagogen, ihre hauptberufliche Tätigkeit, die ihnen ihre Existenz sicherte bzw. sichert und ihnen eine musikalisch-künstlerische
Tätigkeit erst ermöglicht, bzw. ermöglichte. Das
Phänomen, dass Musiker in ihrer Hauptbeschäftigung Musikpädagogen sind und sich erst in zweiter Instanz als ausführende Musiker betätigen, beschränkt sich nicht nur auf den Süden Luxemburgs, sondern gilt für das ganze Land und auch
noch darüber hinaus. Der Zuwachs an Musikpädagogen in den letzten Jahren hat dem Musikleben
in ganz Luxemburg zu einem nie gekannten Aufschwung verholfen. Auch dieses Phänomen ist
nicht regional begrenzt, obschon durch die Konzentrierung an Musikschulen im Süden, die Minetteregion in besonderer Weise davon profitiert(e).
Felix Krein (1831-1888)20
Felix Krein kam in Esch-Sauer zur Welt. Sein
Vater und dessen Vater und Großvater übten
einerseits einen „handfesten“ Beruf als Tuch­
weber aus und waren andererseits Amateurgeiger. Anscheinend beherrschte der junge
Felix Krein mit zwölf Jahren bereits eine große
Anzahl von Instrumenten, von der Violine
bis hin zur Basstuba. Zunächst war Krein als
Militärmusiker tätig und schloss mit dreißig
18 Vgl. hierzu: ROLLINGER, Gaston, D’Sälerbunn. In: Fir den Aarbechter mäi Papp, Lyrik, Gedichte, Poèmes, De
Minettsdapp, Kultur am Süden, (Hg.), Esch-sur-Alzette 2003, S. 111.
19 Vgl. hierzu: BLASEN, Léon: Letzebuerger Komponisten. In: MACKEL Eugène (Hg.), 125 Joer Letzebuerger Stadtmusek,
Luxembourg 1988, S. 24-191.
20 Vgl. hierzu: REITZ, Jean, Felix Krein, Spross einer Musikerfamilie. In: Harmonie Municipale Bascharage (Hg.),
Harmonie Municipale Bascharage: 125 Joer, Bascharage, 1997, S. 113-127.
99
Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
Jahren eine Ausbildung als Dirigent ab. Im
Jahre 1871 quittierte er den Dienst und ließ sich
fortan in Esch-Alzette nieder. Hier übernahm er
als erster Dirigent die Leitung der Stadtmusik.
Ab 1872 dirigierte Krein auch die Chorgemeinschaft Orania in Niederkerschen, die sich ab
1875 in eine instrumentale Musikgesellschaft
umwandelte. Im Jahr 1876 eröffnete er zusätzlich ein Musikgeschäft in Esch. Nachdem Krein
im Jahre 1882 seine Dirigententätigkeit in Esch
aufgegeben hatte, wechselte er in relativ kurzen Abständen von zwei Jahren zu den Musik­
gesellschaften in Niederkorn, in Differdingen,
in Schifflingen und in Kayl und prägte deren
Anfangsphasen mit. Als Komponist sind von
Krein 66 Kompositionen überliefert, viele für
die Vereine, für die er tätig war: vor allem Märsche, Walzer und Potpourris, die zu dieser Zeit
von den Musikgesellschaften gespielt wurden.
Möglicherweise ist jedoch eine Vielzahl seiner
Werke verschollen.
Charles Günther (1872-1942)
Der Deutsche Charles Günther studierte in Weimar und ließ sich in Remich nieder. Im Jahre
1906 wurde er Dirigent der Escher Harmonie
und hatte diesen Posten bis zu seinem Tode im
Jahre 1942 inne. Seine bekannteste Komposition
ist die Musik zu dem Bühnenwerk Eng Hellecht
op der Musel. Außerdem schrieb er noch vokale
Einzelwerke und verschiedene Orchesterstücke.
Helen Buchholtz (1877-1953)
Durch Zufall wurde der Nachlass von Helen
Buchholtz gerettet.21 Es war zu ihrer Zeit recht
ungewöhnlich, dass sich eine Frau dem Komponieren widmete. Das große Vorbild ist Clara
Schumann (1819-1896). Ihre Musikausbildung
erhielt Buchholtz wahrscheinlich privat, weil
es die Escher Musikschule noch nicht gab.
Möglicherweise konnte sie aber im Mädchengymnasium in Longwy, das sie nach der Grundschule in Esch besuchte, ihre Musikkenntnisse
vertiefen. Sie stammte aus einer Familie erfolg­
reicher Escher Geschäftsleute, in der die Musik
ihren Stellenwert hatte und Hausmusik groß
geschrieben wurde. Hausmusik war dann auch
die einzige Möglichkeit der jungen Musikerin,
sich künstlerisch zu betätigen. Musikvereine,
ebenso wie Chöre waren reine Männerdomänen
und blieben dies in der Minettegegend z. T. bis
in die siebziger Jahre des 20. Jahrhunderts.
Durch ihre Familienverhältnisse stand
Helen Buchholtz auf einer materiell sicheren
Grundlage. Im Jahre 1914 heiratete sie den deutschen Arzt Bernhard Geiger und nötigte ihm im
Angesicht dieser existentiellen Unabhängigkeit
qua Ehevertrag ab, ihre musikalische Tätigkeit
zu akzeptieren und kinderlos bleiben zu dürfen.
Alfred Kowalsky (1879-1943)
Alfred Kowalsky war der erste Direktor der
Escher Musikschule (s. o.). Er hatte bei so
namhaften Komponisten wie Charles-Marie
Widor in Paris (Orgel) und bei Richard Strauss
in Berlin (Komposition) studiert. Er leitete die
Musikschule bis zum Ausbruch des Zweiten
Weltkrieges im Jahre 1939. Seine Leistung
als Komponist erbrachte er durch eine Oper,
Operetten, Vokalwerke und Kammermusik.
Loll Weber nennt Kowalsky zusammen mit
Louis Petit den „Vater der sinfonischen Konzertszene in Luxemburg“22, eine etwas gewagte
Einschätzung im internationalen Vergleich, in
der regionalen Dimension jedoch angemessen.
Louis Petit (1890-1953)
Geboren wurde Louis Petit in der Stadt Luxemburg, aber er arbeitete seit 1916 als Musiklehrer
am Mädchenlyzeum und in der Industrieschule
in Esch. Im Jahre 1923 war er Mitinitiator beim
Aufbau der Escher Musikschule. Louis Petit
machte sich vor allem einen Namen durch seine
Vokalwerke und als Chordirigent der Escher
Uelzecht von 1920 bis 1946. Das war sein
Terrain, auf dem er sich musikalisch am besten
auskannte, und es gelang ihm, den Laien­
chor zu höchsten musikalischen Leistungen
zu führen. Als Musikpädagoge versuchte er,
eigene Wege zu gehen und sich von einer starren
Musik­ausbildung zu lösen. Hierzu legte er zwei
Manuskripte vor: „Für die Neugestaltung der
Musikerziehung im mittleren Unterricht“ und
„Die musikalische Entwicklung beim Kind“.
Alphonse Foos (1894-1945)23
Von seiner Ausbildung her war Foos nicht Musiker, sondern Deutschlehrer. Als Musiker hat
21 Vgl. hierzu: ROSTER, Danielle, Die Escher Komponistin Helen Buchholtz. In: Ville d’Esch-sur-Alzette (Hg.), 100 Joer
Esch 1906-2006, Esch-sur-Alzette, S. 374-381.
22 Vgl. hierzu: WEBER, Lol, “Gees de den Owend mat op de Concert?“ In ebd., S. 391.
23 Vgl. hierzu: HILGERT, Romain, Heimatdichtung als Nationalliteratur. In: d‘Lëtzebuerger Land (13. Dezember 2002).
Auf der Internetseite: http://www.land.lu/html/dossiers/dossier_luxemburgensia/hilgert_131202.html (11/03/2009).
100
Terres Rouges
Musik im Land der Roten Erde
er nie gearbeitet. Seiner musikalischen Begabung verdanken wir jedoch ein breitgefächertes
Werk, mit dem sich aber bislang wenig beschäftigt wurde. Zu erwähnen wäre der im Jahre
1934 erschienene 14 Nummern umfassende
Liederzyklus für Solostimme und Klavier nach
Texten aus dem Gedichtband Klor Stonnen von
Michel-Joseph Hever aus dem Jahre 1932. Aber
aus seiner Feder stammt u. a. auch eine im Jahre
1935 erschienene Monographie über Nikolaus
Welter: Nikolaus Welter und sein dramatisches
Werk. Da Foos ein Anhänger der Nationalsozialisten war - er war Vorsitzender der Gedelit
Luxemburg -, musste er am Ende des Krieges
Luxemburg verlassen und starb wenig später.
aber auch als Komponist hervorgetan und sich
künstlerisch viel in der Minettegegend eingebracht. Der in Esch geborene Marcel Wengler
(*1946) hat sich als Komponist einen Namen
gemacht und ist weit über die Grenzen Luxemburgs bekannt und tätig. Der jetzige Direktor
des Escher Konservatoriums Fred Harles
(*1946) leitet seine Schule seit 1978 (!) und hat
daraus eine über die Region hinaus anerkannte
musikalische Ausbildungsstätte gemacht. Die
Brass Band des Escher Konservatoriums (s. o.)
wurde von ihm gegründet und ist Aushängeschild dieser kleinen, aber leistungsstarken Institution.
Pierre Cao (*1937)
Der in Düdelingen geborene Pierre Cao widmet
sich hauptsächlich der Chormusik. Schon mit
18 Jahren leitete er einen Chor in seiner Heimatstadt. Später wechselte er als Dirigent zur
renommierten Uelzecht nach Esch und blieb
dort von 1961-1975. Er studierte am Königlichen Konservatorium in Brüssel Komposition und Dirigieren und gewann im Jahre 1968
einen Dirigentenwettbewerb. Daraufhin wurde
er Assistent unter Louis de Froment beim
damaligen Rundfunkorchester von RTL. In
dieser Zeit enstanden eine Reihe von Schallplattenaufnahmen. Er investierte sich in der
Ausbildung von Chordirigenten an den Konservatorien in Esch und in Luxemburg und leitete
zahlreiche Meisterkurse. 1991 gründete er das
Institut Européen du Chant Choral (INECC).
Nach seiner Pensionierung als Musiklehrer am
Konservatorium in Luxemburg setzte er seine
Chorleitertätigkeit auf internationaler Bühne
fort und ist heute künstlerischer Leiter mehrerer angesehener Chorensembles in Frankreich.
Er lebt zurzeit in Paris und gastiert regelmäßig
mit Chorkonzerten in der Philharmonie in
Luxemburg-Kirchberg.
Wir könnten die Reihe von Musikern aus
Esch weiter fortsetzen und auf das Wirken des
früheren beigeordneten Direktors des Konservatoriums Josy Asselborn (*1929) näher
eingehen. Er hat sich als Organist und Pianist,
Résumé und Danksagung
Das Thema Musik im Land der Roten Erde
präsentiert sich als ein nicht abgeschlossenes
Mosaik, welches sich im Laufe der Jahrzehnte
vervollständigt und welches heute als Momentaufnahme, aber auch rückblickend betrachtet
werden kann. Zunächst waren in der Gegend um
Esch Komponisten und Musiker im Bereich der
Laienmusik tätig. Später kam es mit Gründung
der ersten Musikschulen zu einer ersten Phase
der Professionalisierung, und heute sammeln
sich die Mosaiksteine und lassen das Bild
einer „musikalischen Landschaft“ erkennen, die
sich stetig erweitert und diversifiziert. Dieses
Phänomen ist mitnichten ein regional begrenztes. Dass musikalische Betätigung in regionaler
Ausprägung ihren Weg aus dem Laienmusikbereich hinein in ein professionelles Stadium
findet, scheint universelle Gültigkeit zu haben.
Die Informationen im Zusammenhang
mit dem Thema Musik im Land der Roten Erde
fließen in spärlicher Form. Sie liegen vor als
(nicht-)wissenschaftliche Artikel, Festbroschüren, Internetseiten, Gesetzestexte... Auch das
Stöbern in Archiven gehörte zur Erkenntnisgewinnung dazu. Ein großer Teil des Wissens
existiert jedoch nicht in geschriebener Form,
sondern konnte erst durch Interviews gewonnen
werden. Den vielen Helfern und Interview­
partnern sei an dieser Stelle gedankt.
101
Terres Rouges
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région
des Terres Rouges. Une étude de cas
Julie Schroell
Le terrain de la Jeunesse d’Esch dans les années 1980, entouré de colonies ouvrières, avec en arrière-fond la friche
industrielle de l’ancienne usine de Terres rouges et, au loin, l’usine de Belval avec les hauts fourneaux A, B et C.
(Coll. Denis Scuto)
Pendant le siècle dernier, la Jeunesse d’Esch est
devenue une équipe emblématique, façonnée
par le contexte historique, sociopolitique, culturel et historique du Luxembourg.
Des questions d’ordre sociologique, politique et culturel, en rapport avec la Jeunesse et
son parcours, permettent de comprendre comment et pourquoi le club et son terrain sont
devenus l’étendard d’un quartier ouvrier, la
Hoehl/Frontière, et le point de ralliement d’une
métropole industrielle, Esch-sur-Alzette.
Dans quel sens les facteurs socioéconomiques de la région des Terres Rouges, parmi
lesquels l’industrialisation, ont-ils influencé
l’émergence et l’évolution du football dans
cette région du pays ?
L’histoire de la Jeunesse est illustrative
ou représentative d’autres histoires sportives
dans la région étudiée. En effet, le lien entre
le développement industriel de la région et le
développement du football est aussi visible à
propos d’autres clubs, comme les Red Boys de
Differdange, l’Alliance de Dudelange ou l’US
Rumelange. Mais plus encore que ces autres
clubs du Sud du pays, la Jeunesse continue à
maintenir et à véhiculer une image de toute
une région, souvent associée à des facteurs
extérieurs au sport, comme le monde ouvrier,
l’immigration, le quartier. En effet depuis un
siècle, la Jeunesse d’Esch s’est vu attribuer de
nombreuses qualités devenues légendaires ;
dans l’opinion publique, la Jeunesse d’Esch
est souvent synonyme de « club d’ouvriers »,
« club de quartier », ou encore « club des Italiens ».
Les diverses vertus et caractéristiques
conférées à ce club centenaire par les Luxembourgeois méritent un questionnement, afin de
pouvoir en déterminer le degré de réalité.
A travers l’analyse socioprofessionelle
des joueurs de la Jeunesse, basée sur l’étude de
leur domicile et de leur profession, nous nous
demanderons si ces attributs correspondent à la
réalité ou plutôt à des mythes, élaborés par la
mémoire collective ?
103
Terres Rouges La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
Avant de commencer l’étude de cas et de
comprendre quel rôle le football a joué dans la
région des Terres Rouges, il est important de
parler des origines de ce sport de ballon collectif et de son arrivée au Luxembourg.
Le football, un sport d’élite
importé d’Angleterre
L’histoire du football commence en GrandeBretagne au milieu du XIXe siècle, où ce nouveau sport d’équipe était considéré comme
un sport réservé à l’élite. C’est ainsi qu’il se
développe au sein des public schools et dans
les universités, où les équipes sont constituées
essentiellement de fils de la bourgeoise.
À la même époque, les sports athlétiques
prennent de l’importance tant au niveau de la
médecine que de l’hygiène ou de la pédagogie,
étant utilisés dans la perspective d’une éducation nouvelle visant à la réhabilitation du corps.
Les sports répondent aussi à la demande d’un
anti-intellectualisme en promouvant l’action et
l’énergie vitale, vus comme une libération par
les jeunes élèves soumis à la discipline.
Le football est arrivé par des chemins
divers en Europe continentale et dans le
reste du monde.
D’une part, ce sont les agents de l’expansion
économique britannique dans le monde qui assurent la diffusion du football. Transporté par
les matelots anglais sur les plages du Brésil ou
de Marseille vers 1884, ce nouveau jeu attire le
regard des curieux. Ensuite le football pénètre à
l’intérieur des terres grâce aux techniciens des
compagnies de téléphonie ou par le biais des
compagnies des minières.
En ce qui concerne la pénétration du football en Europe du Nord-Ouest, les Britanniques
ont alimenté des canaux multiples. Ce sont des
négociants et des courtiers, installés près des
ports, ou encore des commerçants qui amènent
le football dans les centres économiques et les
capitales. Dans d’autres cas, il s’agit d’élèves
anglais des collèges continentaux qui associent
les autochtones à leur jeu. De par sa proximité
géographique, le sport arrive dès les années
1860 dans les collèges anglais de Bruges, de
Bruxelles et d’Anvers. En Belgique, le premier
club de football association est fondé en 1880 :
l’Antwerp F. C. Pour la Suisse, la présence de
nombreux élèves anglais dans des instituts scolaires privés y explique l’ancienneté de la pratique du football (1860)1.
Une seconde voie de pénétration du football en Europe a été assurée par les continentaux eux-mêmes, qui ont ramené le football
dans leur pays après un séjour plus ou moins
long en Angleterre. Tel est le cas par exemple
des professeurs d’anglais qui reviennent de leur
stage linguistique accompli en Angleterre. Ils y
ont appris à connaître le football, dont la pratique était directement associée à l’éducation.
C’est de cette façon que le football arrive au Grand-Duché. Un professeur d’anglais,
Jean « John » Roeder, introduit ce sport viril à
l’école industrielle et commerciale d’Esch aux
environs de 1902, après le retour de son stage
en Angleterre. Roeder fonde la première équipe
luxembourgeoise en décembre 1906 à Esch, le
Football and Lawn Tennis Club2. La FOLA,
club des classes moyennes, sera pendant de
longues années le rival de la Jeunesse d’Esch.
Arrivé en Europe, le football s’est développé dans un premier temps parmi les couches
aisées de la population. En effet, l’adoption du
football et d’autres sports anglais sur le continent révèle avant tout la volonté d’affirmer un
style de vie. Le football du début du siècle constitue en outre un moyen de contrôle social, une
instance disciplinaire et moralisatrice qui servait souvent à encadrer la jeunesse.
Pendant ses premières années d’implantation en Europe, les pionniers du football
sont des juristes, des administrateurs ou des
journalistes réputés. Il est significatif dans ce
contexte que la licence de football n°1 de la
Fédération des Sociétés Luxembourgeoises de
Sports Athlétiques fut délivrée en 1909 à un
étudiant en droit, Alphonse Weicker, futur fondateur et dirigeant de ce qui deviendra la plus
importante banque luxembourgeoise.
Au Luxembourg, les associations du début
du siècle se caractérisent par une grande instabilité et une difficile mise en place. Leur vie est souvent marquée par des restructurations et des scissions. La création de la plupart des clubs relève
d’initiatives personnelles de pionniers motivés.
1 WAHL Alfred, La balle au pied, histoire du football, Paris, 2002, p.30.
2 SCUTO Denis, « Jeunesse Esch – Ein historischer Rückblick », in : Magazine N° 32, Annuaire 2002-2003, pp. 34-45.
104
Terres Rouges
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
La création de la Jeunesse
(1907-1920)
En août 1907, un élève de Jean Roeder, JeanPierre Weber, employé de l’usine d’Esch, et
Henri Rizzi, électricien, sont à la base de la
création du Football et Lawn-Tennis Club Jeunesse de la Frontière, la future A. S. La Jeunesse
d’Esch. Ils convoquent un groupe de jeunes
Eschois dans un local du quartier de la Frontière
à Esch, pour concrétiser leur idée.
Les premiers joueurs de la Jeunesse d’Esch
ne possédaient pas de véritable terrain de jeu.
Comme des nomades, ils transportaient avec
eux les poteaux pour former les buts et s’installaient là où ils trouvaient de la place. Les propriétaires de ces terrains chassaient souvent les
joueurs de ce sport peu apprécié à l’époque.
Qu’en est-il de la Jeunesse d’Esch ? Dans
la société luxembourgeoise, il est assez commun d’affirmer que depuis ses débuts, le club
compte parmi ses joueurs essentiellement des
ouvriers, travaillant à l’Arbed d’Esch.
Quelle était la configuration des équipes
de la Jeunesse d’Esch pendant les premières
décennies de son existence ? Est-ce que le profil
socio-professionnel des joueurs s’inscrit dans la
« règle », ou forme-t-il une exception ?
La légende veut que la Jeunesse d’Esch
soit un club d’ouvriers depuis le départ. Qu’en
est-il réellement ?
Le profil professionnel des joueurs
de la Jeunesse
1907-1918
25,00%
20,00%
10,00%
La démocratisation du football
Apparu d’abord comme un instrument de l’élite
sociale et un moyen de distinction, le football
est devenu peu à peu l’apanage des couches
moyennes. En effet, le football n’a pas résisté
au mouvement social en cours et, dans la plupart
des pays, en moins d’une génération, ce sport
d’élite est accaparé par les couches populaires.
Dans la plupart des pays, le football va
être diffusé en milieu populaire après la Grande
Guerre. A partir de 1920, le sport est complètement absorbé par les couches sociales inférieures en ville et à la campagne, grâce entre
autres au développement des transports au début
du XXe siècle (proximité des gares, autocars).
De plus en plus, l’idée que le sport contribue à promouvoir la santé physique et mentale
de la jeunesse prend le dessus et stimule dans
tous les pays l’essor du mouvement sportif associatif à partir de 1920.
En même temps, le développement du
mouvement associatif répond à une recherche
d’une nouvelle communauté, poursuivie par les
populations urbaines récemment installées en
ville et souvent déracinées par le changement
de vie qui accompagne l’urbanisation4.
Le quartier de la Frontière : la
« Hiehl », la « Grenz » et le « Brill »
5,00%
15,00%
Nous constatons que les joueurs de cette époque
sont majoritairement issus de la classe moyenne
et de la bourgeoisie d’Esch. Toutefois, on peut
observer un lien étroit entre le monde industriel,
la création des usines dans le Bassin minier à la
même époque et la fondation de la Jeunesse. En
effet, la majorité des joueurs travaillent au sein
de l’Arbed, mais appartiennent plutôt à la classe
des cadres ou des supérieurs3.
Ouvrier Arbed
Employé Arbed
Supérieur Arbed
Fonctionnaire
Employé privé
Commerçants
Indépendants
Banques, assurances
20,00%
Bien que la première équipe « officielle »
de la Jeunesse soit principalement formée
d’hommes aisés, le football se répand rapidement au sein de ce quartier émergeant autour
des usines nouvellement construites. Et le phénomène de démocratisation du football a rapidement pris le dessus dans le petit univers de
la ville d’Esch, où cette pratique sportive ne se
limitait pas aux fils de la bourgeoisie.
3 SCHROELL Julie, E stoarkt Steck Minett, analyse socioprofessionelle des joueurs de la Jeunesse d’Esch, mémoire en
histoire contemporaine, ULB, Bruxelles, 2007, p. 38.
4 WAHL Alfred, Les Archives du football. Sport et société en France (1880-1980), Paris, Gallimard-Julliard, 1989, p. 13.
105
Terres Rouges La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
En effet, à partir de 1902, des équipes de
quartiers se sont créées. Le quartier, de par sa
surpopulation, se prêtait bien à la formation
de jeunes footballeurs. Dans les environs de la
« Brasseurschmelz » érigée en 1870 (usine de
la future Arbed / Terres Rouges), le quartier de
la Frontière constituait un ensemble homogène,
éloigné du centre-ville, dans lequel les jeunes
pouvaient se prêter au football sans déranger
quiconque5.
En outre, les rencontres ressemblent à des
manifestations festives permettant avant tout
de nouer des liens amicaux ; l’ambiance autour du stade est aussi importante que l’enjeu
sportif. L’association sportive offre en effet une
structure fraternelle et conviviale aux individus
arrachés à leur milieu traditionnel, ainsi qu’un
surcroît de sécurité.
Quand la localité d’Esch-sur-Alzette reçoit
le statut de ville en 1906, le nombre de ses habitants a augmenté de 100% en 30 ans, depuis la
création de la première usine en 1871. Ceci est
dû à l’industrialisation qui a engendré un mouvement d’exode rural. Il y a eu d’abord une migration des paysans au sein même du pays,
suivie d’une internationalisation de la main
d’œuvre industrielle, essentiellement allemande
et italienne.
Les liens sociaux entre les habitants de ce
quartier d’ouvriers expliquent aussi la création
ainsi que le développement d’un club de football. En effet, les jeunes hommes du quartier se
côtoyaient à la fois sur le terrain de football, à
l’usine, dans la rue et au café.
Pour le jeune ouvrier travaillant à l’usine
du quartier, le football offre une possibilité de
compensation après une longue journée de travail. Le sport permet une régénération physique
et mentale, alors que la monotonie du travail
manuel sollicite le corps de manière répétitive
et unilatérale.
En outre, la surpopulation de ce quartier au début du siècle incitait les gens à sortir dans la rue dès que possible, non seulement pour y jouer au football, mais aussi
pour y vivre.
Les colonies ouvrières du quartier, constituées de maisons unifamiliales avec jardin,
étaient destinées aux ouvriers qualifiés, luxembourgeois ou allemands. Tous les autres travailleurs, majoritairement italiens, vivaient dans des
baraques, des cafés-pensions ou des immeubles
surpeuplés. L’enquête sur les conditions de logement dans ce quartier, réalisée en 1905/1906 par
la Commission permanente de statistique, est
assez éloquente à cet égard.
Carte postale de la Hoehl des années 1930 : en avant-plan, les wagons chargés de minerai de fer, puis la rue Hoehl
avec la „Casa grande“, le seul immeuble de trois étages, derrière le terrain de foot de la Jeunesse d‘Esch et les colonies
ouvrières, enfin la colline du Kazebierg. (Collection Pagliarini-Clemens)
5 SCUTO Denis, „Gedanken zur Sozialgeschichte des Luxemburger Fussballs“, in: forum, n° 128-129, p. 26.
106
Terres Rouges
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
Quartier italien du Brill en 1907, in: SCUTO, Industriekultur in Esch, p. 72.
Dans le quartier de la Frontière, à population à majorité ouvrière, 63% des logements
sont surpeuplés, alors que pour le reste de la
ville, ce taux est bien moindre. Parmi les quatre
immeubles à trois étages dont dispose le quartier,
le premier héberge 96 personnes, le deuxième 91,
le troisième 72 et le dernier 48. La rue des Boers
compte en moyenne 49 personnes par immeuble.
A côté de cela, l’actuelle rue Renaudin (colonies
ouvrières), compte quatre habitants par maison.
En ce qui concerne la superficie des appartements du quartier, les chiffres parlent d’euxmêmes. Ainsi, la superficie de presque 60 % des
logements est considérée comme insuffisante
(« durchaus ungenügend », « ungenügend »,
« unzureichend ») par rapport au nombre d’habitants qui y résident6.
La démocratisation du football dans les
milieux suscite de l’intérêt, mais aussi de la
réticence dans les divers milieux de la société.
Si la bourgeoisie tend à maintenir le caractère
élitiste du football, les partis de gauche ne sont
pas nécessairement en faveur de la mixité sociale au sein des équipes. Ils préconisent bien
sûr la pratique du football pour les démunis,
mais ce sport ne doit pas se confondre avec le
football bourgeois. Foncièrement, ils considèrent que le sport est un moyen et non le moindre
pour réduire les contradictions sociales, puisque
« des gens en tenue de sport, qui ne permet plus
de reconnaître le riche du pauvre, et qui ont
combattu pour les mêmes couleurs, sont devenus des amis pour la vie7» .
L’Église également se montre opposée à
la démocratisation de ce sport. Elle n’accepte
pas ce jeu, pratiqué par des hommes en culottes
courtes le dimanche, jour du Seigneur.
Industrialisation et
développement du football
La démocratisation du football va donc de pair
avec l’industrialisation et l’émergence d’une
nouvelle population : le monde ouvrier industriel. Tel est le cas aussi pour la région des Terres
Rouges où les équipes de football se multiplient
en parallèle avec les usines.
En dépit de la faible proportion initiale
de joueurs-ouvriers, nous pouvons observer un
lien étroit entre la création et le développement
6 Ständige Kommission für Statistik, Häuser- und Wohnungsuntersuchung in den Gemeinden Differdingen, Düdelingen,
Esch Alzette, Hollerich, Arsdorf, Mertert, Rodenburg und Klerf, Heft XVI, Teil 2, Wohnungsstatistik, Luxembourg, 1909,
p.125.
7 Le Sport alsacien, 3.3.1922, in : WAHL Alfred, Les Archives du football, op. cit., p.194.
107
Terres Rouges La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
de la Jeunesse et l’industrialisation de la ville
d’Esch, où employés et cadres supérieurs des
groupes sidérurgiques et même un directeur
d’usine jouent au sein de son équipe.
Un autre rapport entre sidérurgie et
Jeunesse d’Esch est observable au niveau du
comité de direction du club. En effet, dès ses
origines, ce dernier est en majorité composé de
personnalités appartenant au monde de la sidérurgie, et plus particulièrement à l’Arbed. Il est
aussi intéressant de constater que les joueurs
des premières équipes en 1907 sont en même
temps membres du comité. La présence de personnalités importantes du secteur de l’industrie
au sein du comité de la Jeunesse va rester une
donne pendant pratiquement tout le siècle.
Dans le sens inverse, ce lien permet d’expliquer le nombre important de joueurs employés au sein de la grande société sidérurgique
jusque dans les années 1970. En effet, faute
de recevoir une rémunération en espèces, les
joueurs étaient placés comme ouvriers au sein
de l’Arbed. On peut parler d’un véritable rôle
d’intégration sociale grâce au sport corporatif.
De même, c’est grâce aux personnalités
importantes de l’industrie au sein de la Jeunesse
que cette association obtient ses premiers terrains de jeu. Ainsi, le club inaugure sa première
aire de jeu au Katzenberg (terrain vague) grâce
aux engagements du secrétaire du Aachener
Hüttenaktienverein, prédécesseur de l’usine
Arbed / Terres Rouges.
Plus tard, en 1920, la Jeunesse obtient son
terrain actuel dans la Hoehl grâce à l’aide de
directeurs d’usines (le directeur d’Arbed Mines,
le directeur de la Société Minière des Terres
Rouges), d’ingénieurs, de conseillers communaux et d’autres personnalités faisant partie de
son comité de direction. A la même époque,
nous observons un début d’institutionnalisation et le nombre de ses membres passe de
265 à 492. Une caisse de maladie pour les
joueurs est créée, les réunions du conseil du
club se multiplient.
De manière générale, les entreprises s’intéressent beaucoup au football, y voyant la
possibilité de diriger la vie sociale des ouvriers
même à l’extérieur de l’usine. Les ingénieurs et
les employés des diverses usines du Bassin mi-
8 WAHL Alfred, La balle au pied …, op. cit., p. 81.
9 WAHL Alfred, Les Archives du football, op. cit., p. 208.
108
nier prennent la direction des différents clubs de
football dans la région sidérurgique et mettent
gratuitement des terrains à disposition. C’est
ainsi que les Red Boys ont reçu leur premier
terrain de la société HADIR.
D’un point de vue international, la mise à
disposition de terrains par le biais de notables
ou d’industriels a souvent permis aux clubs de
mettre en place des structures administraives solides et de se professionnaliser. En Allemagne,
par exemple, une entreprise de Gelsenkirchen
cède pour 99 ans l’un de ses terrains au club
de Schalke 04. En 1928, le club y construit un
stade de 40.000 places8.
Dans d’autres villes, ce sont les grands
industriels ou les négociants qui prennent le
pouvoir dans le football à partir des années
1930. Des hommes d’affaires influents et
même des entreprises multinationales se trouvent souvent à la direction des clubs majeurs,
comme Philips à Eindhoven ou Fiat [En toute
logique, il faudrait écrire : FIAT] à la Juventus
de Turin.
La prise en main des clubs de football par
des personnalités importantes du monde industriel s’inscrit parfaitement dans l’état d’esprit de
l’époque : la pratique du football émerge dans
les régions industrielles et devient rapidement,
pour les patrons d’usines, un moyen d’encadrer
et de contrôler les ouvriers.
En quelque sorte, à travers ces activités
orientées vers le divertissement et la détente,
les employeurs espèrent limiter le mécontement
social et dépolitiser les ouvriers. Dans ce sens,
la démocratisation du football a une fonction
instrumentale ; « il s’agit d’accréditer l’idée que
le football favorise l’intégration sociale (…) et
offre un moyen pour réduire les contradictions
sociales ». En effet, après avoir lutté ensemble
sur le terrain de jeu, les différentes classes se
sentent plus unies9.
Dans le cas de la Jeunesse, tout le quartier dans lequel elle évolue est conçu dans cette
optique. La construction à proximité des usines
de colonies ouvrières avec école, commerces,
cafés, buanderie, à l’image du quartier Hoehl au
centre duquel se trouve le terrain de la Jeunesse
à partir de 1920, entend surtout fixer l’ouvrier à
son lieu de travail.
Terres Rouges
La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
La Jeunesse –
un « club d’ouvriers » ?
Mais quelle est la proportion d’ouvriers dans le
club tout au long du siècle passé ?
Le graphique ci-dessous démontre que le
« mythe » concernant la profession ouvrière
des joueurs de la Jeunesse d’Esch est largement
justifié lors de certaines périodes de son histoire. Les années correspondant à un taux très
élevé d’ouvriers au sein des différentes équipes
sont celles de la période faste de la sidérurgie
luxembourgeoise.
Comme nous le montre le graphique cidessous, l’image de la Jeunesse comme « club
d’ouvriers » devient légitime à partir des années
1920. En effet, jusque dans les années 1960,
nous remarquons une augmentation progressive
du nombre d’ouvriers, qui atteint plus de 70%
du groupe de joueurs dans les années 1960.
Parallèlement, le nombre d’employés et d’employés supérieurs au sein de l’Arbed diminue
dans les équipes successives.
La diminution du nombre d’ouvriers à partir des années 1970 trouve son explication dans
la crise sidérurgique de ces années-là. A partir
de cette décennie, l’augmentation du nombre de
fonctionnaires, d’employés privés et de banques
résulte d’une véritable explosion du secteur tertiaire à l’échelle nationale. Elle s’accompagne
d’une intervention de plus en plus importante
de l’Etat dans l’économie du pays. La diversification industrielle, nécessitant de plus en plus
de main-d’œuvre, a pour conséquence l’augmentation du nombre de joueurs employés par
les nouvelles entreprises. La tertiarisation de la
société luxembourgeoise et l’essor de la place
financière que devient le Grand-Duché permettent de comprendre la plus forte proportion
de joueurs occupés dans les services et le secteur bancaire à partir des années 1990.
Enfin, les diverses stratégies de la Jeunesse en matière de « placement » professionnel des joueurs au fil du siècle éclairent aussi
le développement de leur profil en termes
d’emploi. Si, jusque dans les années 1970,
les joueurs ont pu être « placés » au sein de
l’Arbed, c’est la commune d’Esch qui a pris
la relève à partir des années 1970. Le lien de
sponsoring avec des entreprises a aussi permis
le placement dans ces sociétés (supermarchés
Cactus, etc.). Cependant, on observe que, depuis les années 2000, il est devenu de plus en
plus difficile pour le club de procurer un travail
aux joueurs et que la Jeunesse a été amenée par
conséquent à leur fournir directement un salaire. Cette nouvelle donne pécuniaire a rendu
possible l’augmentation du nombre de joueurs
encore scolarisés10.
La Jeunesse –
un « club de quartier » ?
Qu’en est-il de la légende, qui veut que la Jeunesse d’Esch soit le parfait exemple d’un club
de quartier ?
Le « mythe » selon lequel la Jeunesse serait
un « club de quartier » s’avère correspondre à
la réalité pour la première moitié de l’existence
du club. En effet, l’entre-deux-guerres mis à
part, les premières cinquante années du club
sont clairement marquées par la prédominance
de joueurs habitant le quartier de la Frontière.
C’est pendant l’immédiat après-guerre et les an-
Profession des joueurs de la Jeunesse 1907-2007
80,00%
Ouvrier Arbed
Employé Arbed
Supérieur Arbed
Fonctionnaire
Employé privé
Commerçants
Indépendants
Banques, assurances
Chômage
Élève
70,00%
60,00%
50,00%
40,00%
30,00%
20,00%
10,00%
0,00%
1907-1918
1920-1945
1945-1949
1950-1959
1960-1969
1970-1979
1980-1989
1990-1999
2000-2007
10 SCHROELL Julie, E stoarkt Steck Minett, analyse socioprofessionelle des joueurs de la Jeunesse d’Esch, mémoire en
histoire contemporaine, ULB, Bruxelles, 2007, p. 104.
109
Terres Rouges La Jeunesse d’Esch et le rôle des sports dans la région des Terres Rouges
nées 1950 que le club compte le plus de joueurs
habitant ce quartier ; pendant la même période,
le taux d’ouvriers y est également majoritaire.
Cependant, l’analyse du domicile des
joueurs souligne que la décennie qui compte le
taux le plus élevé d’ouvriers marque un changement brutal au niveau du domicile des joueurs.
En effet, pendant les années 1960, le nombre
de joueurs domiciliés dans d’autres quartiers
eschois ou dans d’autres localités du GrandDuché dépasse de loin celui des « Hiehler ». Ce
mouvement, dû à une amélioration des conditions de vie de la population en général – et de
celle des ouvriers – va crescendo pendant les
périodes ultérieures. L’émergence de la société
de consommation semble avoir (eu) pour effet
une volonté accrue de la part des joueurs de voir
s’améliorer leurs conditions de logement, et les
avoir incités à s’installer dans les nouveaux
quartiers résidentiels d’Esch ou dans la ceinture
verte à mi-chemin entre Esch et la capitale.
En outre, travaillant désormais moins souvent à l’usine que dans les nouvelles entreprises
installées dans la périphérie, les joueurs ont été
naturellement poussés à élire domicile près de
leurs nouveaux lieux de travail. D’autres facteurs d’éloignement de la ville d’Esch comme
choix de logement ont été le développement
de la place financière de Luxembourg-Ville et
l’augmentation correspondante de joueurs travaillant dans les banques de la capitale.
Enfin, depuis les années 1950, le processus
de l’internationalisation du football se reflète
aussi au sein de la Jeunesse. En effet, beaucoup
de joueurs français, domiciliés en France, font
partie du club depuis cette époque. À partir
de 2000, la proportion de joueurs domiciliés à
l’étranger s’est encore accrue11.
Pour conclure
L’analyse statistique a permis de mettre en évidence à quel point le profil socioprofessionnel
des joueurs de la Jeunesse avait été lié, au fil
d’un siècle, aux évolutions de la société luxembourgeoise. Les changements d’ordre sociologique, économique et politique de l’histoire
du pays et de l’Europe se sont reflétés dans
la composition des diverses équipes. Si un
grand nombre de ces mutations a directement
influencé la composition socioprofessionnelle
des équipes, les causalités ne sont pas toujours évidentes : pour la plupart des périodes
étudiées, la composition des équipes reflète
parfaitement les transformations de la société,
mais les caractéristiques des joueurs montrent
parfois des développements paradoxaux, notamment influencés par l’histoire particulière
du football européen.
Il est intéressant de constater que, malgré
l’évolution du profil socioprofessionnel des
joueurs eschois parallèlement à la mutation de
la société luxembourgeoise, la Jeunesse d’Esch
contribue à sauvegarder et à véhiculer une certaine image de marque du pays vivant de la
« minette ». Alors que la région des Terres
Rouges a perdu depuis des décennies sa caractéristique de région ouvrière, la mémoire collective a encore tendance à être attachée à cette représentation. Il en est de même pour la Jeunesse
d’Esch, devenue en 100 ans le symbole d’identification pour la région entière.
Domicile des joueurs de la Jeunesse 1907-2007
100,00%
Quartier Frontière
Esch reste
Grand-Duché
France
Allemagne
90,00%
80,00%
70,00%
60,00%
50,00%
40,00%
30,00%
20,00%
10,00%
0,00%
1907-1918
1920-1945
1945-1949
1950-1959
1960-1969
1970-1979
1980-1989
1990-1999
2000-2007
11 SCHROELL Julie, E stoarkt Steck Minett, analyse socioprofessionelle des joueurs de la Jeunesse d’Esch, mémoire en
histoire contemporaine, ULB, Bruxelles, 2007, p. 102.
110
Terres Rouges
Sprache im Minette
Sprache im Minette
Peter Gilles
Der Süden Luxemburgs, besser: der Südwesten,
gilt in der allgemeinen Einschätzung als eine
mehr oder weniger gut abgrenzbare sprachliche, aber auch wirtschaftliche und administrative (Kanton Esch-Alzette) Teilregion des
Landes. Kaum ein Luxemburger kennt nicht die
sprachlichen Stereotype, die die Sprecher aus
dieser Region charakterisieren. Als Stilmittel
werden südliche Sprachmerkmale auch in der
luxemburgischen Literatur eingesetzt, z. B. bei
Guy Rewenig:
Ech ginn all Dag méi queesch. Déi Stad schléit
mär op de Geescht. „Ech fannen dat blöd!“
seet d‘Nada. „Wat?” Son ech. „Dass du ëmmer
‚mär‘ an ‚där‘ sees“, seet hatt. „Firwat?“ son
ech. „Et as ebe blöd!“ seet hatt. Aha. Elo kréien
ech de Minett sou lues mat der Baatsch ausgedriwwen! Ech erklären dem Nada, eng Sprooch
wär eppes extrem Perséinleches. Eppes wat lues
a laang gewuess as. Wat séch eragrieft an de
Kapp a Wuerzelen zillt an der Séil. D‘Sprooch
wär eng Planz, déi een nët einfach ausrappe
kéint. Dat wär, wéi wann een engem Mënsch de
Réckstrank géif erausoperéieren. (Guy Rewenig
(1986), Mass mat dräi Hären, S. 176; in Originalorthografie, Hervorhebung PG)
Wie Rewenigs Zitat belegt, ist es insbesondere
das kleine Wörtchen mär, das als Parademerkmal zur Kennzeichnung des Minettes ausreicht.
In diesem Beitrag1 nähere ich mich den
sprachlichen Strukturen der Minette-Region
aus zwei Richtungen: In Abschnitt 1 erfolgt
zunächst die soziolinguistische Einordnung der
Region, wie sie sich im Sprachbewusstsein und
in den Spracheinstellungen (sog. ‚Attitüden’)
der Luxemburger manifestiert. In Abschnitt 2
werden konkrete sprachliche Merkmale der
Lautebene und des Wortschatzes beschrieben,
die charakteristisch für diese Region sind.
1. Sprachsituation
und Regionalbewusstsein
Trotz der geringen Größe Luxemburgs haben
sich hier fünf Dialektregionen herausgebildet: der Norden (Ösling/Éislek), der Osten
(Sauer- und Moselgegend), das Zentrum um
Luxemburg-Stadt, der Süden und der Westen
um Redingen-Attert (vgl. Bruch 1953, 1954).
Die Bezeichnung Minette für das südliche Gebiet verweist unmittelbar auf die wirtschaftliche
Basis, die als Namengeber fungierte. Bedingt
durch umfangreiche Eisenerzfunde in dieser Gegend, hat sich zwischen dem Ende des
19. Jhs. und den 1970er Jahren eine schnell
wachsende und florierende Schwerindustrie
mit Bergbau und Stahlwerken herausgebildet.
Im Zuge dieses Aufschwungs, der in engem
Zusammenhang mit der wirtschaftlichen Entwicklung von Lothringen zu sehen ist, kam es
auch zu massiver Arbeitsmigration ins MinetteGebiet; zu den Migranten gehörten neben
Italienern auch Luxemburger aus den ländlichen nördlicheren Gebieten. Das Luxemburger
Wörterbuch (1950–1977)2 verzeichnet in diesem Zusammenhang die feste Wendung e geet
op de Minett schaffen in der Bedeutung ‘zieht
zur Erzgegend zum Arbeiten’. Der Begriff Minette selbst leitet sich von einer Diminutivform
von frz. mine ‘kleine Mine’ her, und das Luxemburger Wörterbuch differenziert zwischen einer
Bezeichnung für Eisenerz (de Minette (Maskulinum) oder d’Minette (Femininum)) und einer
Bezeichnung der Region (d’Minett), die immer
Maskulinum ist. Neben diesem metonymischen
Terminus sind auch die geologischen Regionenbezeichnungen wie Minettsbaséng oder Bassin
minier in Gebrauch. Auch die Bewohner selbst
bezeichnen sich zuweilen als Minetter oder
Leit aus dem/vum Minette. Eine interessante
Entwicklung hat die Bezeichnung Minetts-
1 Für viele Hinweise danke ich Cristian Kollmann.
2 Das Luxemburger Wörterbuch (sowie andere luxemburgische Wörterbücher) ist im Rahmen des FNR-Forschungsprojektes
LexicoLux online zugänglich unter der Adresse: http://lexicolux.uni.lu.
111
Terres Rouges Sprache im Minette
dapp ‘Kerl aus dem Minette’ genommen: Ursprünglich als pejorativer Ausdruck für den
Erzgrubenarbeiter entstanden, hat das Wort eine
Bedeutungsverbesserung erfahren, indem die
Bergarbeiter anfingen, sich durchaus selbstbewusst selbst als Minettsdäpp zu bezeichnen.
Natürlich ist die Identifizierbarkeit von
Sprachräumen, verstanden als Gebiete mit einer
identifizierbaren, sich von der Umgebung abgrenzenden Sprechweise, an spezifische Sprachstrukturen gebunden: Idealerweise besitzt eine
Region eine eigene Laut-, Wort- und Satzstruktur.
Je deutlicher sich diese Strukturen von angrenzenden Regionen unterscheiden, desto größer
ist der linguistische Abstand. Bei vollständiger
Differenz liegen verschiedene Sprachen vor,
bei größtenteils überlappenden Merkmalen
spricht man von Dialektunterschieden. Neben
diesen strukturlinguistischen Kriterien existieren aber auch außerlinguistische Merkmale, die
einen Sprachraum maßgeblich mit definieren.
Gemeint sind hier individuelle und kollektive
Vorstellungen von und Einstellungen zu der
Sprechweise einer bestimmten Region (sog.
Spracheinstellungen, Sprachwertstrukturen).
Diese Trennung zwischen innerlinguistischen
sprachlichen Strukturen eines Sprachraumes
und außerlinguistischen Meinungen und Vorstellungen über diesen Sprachraum ist zentral
für jegliche neuere sprachwissenschaftliche Beschäftigung mit den Sprachräumen; und es wird
sich im Verlauf dieser Analyse auch herausstellen, dass diese beiden Manifestationsbereiche
nicht immer vollständig deckungsgleich sind.
Die außerlinguistischen Spracheinstellungen und Spachwissensstrukturen lassen sich z. B.
durch gezieltes Fragen nach der Identifizierbarkeit der Sprechweise einer Region erheben. In
der jüngsten Untersuchung von Fernand Fehlen
wurden landesweit über 1000 Teilnehmer nach
solchen regionenbezogenen Spracheinstellungen abgefragt (Fehlen 2009). Abb.1 zeigt
die Resultate für die Frage, ob die Teilnehmer
der Meinung sind, dass die Sprechweise ihrer
Region erkannt werden kann. Erwartungsgemäß finden sich hohe Werte bei den als sehr
dialektal geprägt bekannten Regionen des
Nordens (Wiltz, Vianden, Clerf) und Westens
(Redingen) sowie der Mosel (Remich), aber
auch der Kanton Esch-Alzette erzielt hier mit
ca. 82 % sehr hohe Werte. Dies bedeutet, dass
die meisten Personen sich sehr sicher sind, dass
Luxemburger heraushören können, ob eine
Person aus dem Süden kommt oder nicht. Im
Bewusstsein vieler Luxemburger existiert damit ein (wie auch immer geartetes) Wissen um
die Region ‚Minette‘. Wichtig hervorzuheben
ist jedoch, dass es sich hierbei immer um subjektive Einstellungen zur Sprache handelt, die
sich auf der Grundlage zahlreicher Merkmale in
einem kulturellen Konstruktionsprozess herausgebildet haben. Dazu gehört u. a. die historische Tradierung des Regionenbewusstseins
(z. B. durch Redensarten), das Wissen um entsprechende regional-administrative Strukturen,
die Präsenz der Region in den Medien und natürlich auch die Kenntnis von Personen mit der
für den Süden typischen Sprechweise.
Graphique 12 : Peut-on identifier les habitants de votre région
par leur accent? Pourcentage de OUI selon les cantons (Ceux
qui savent reconnaître les variations régionales, N = 1053
Wilz
Vianden
Redange
Clervaux
Echternach
Remich
Esch-sur-Alzette
Diekirch
Capellen
Grevenmacher
Luxembourg-ville
Luxembourg-campagne
Mersch
0%
20%
40%
60%
Abb.1: Subjektive Identifizierbarkeit
Regionen (aus Fehlen 2009: 17)
112
von
80%
100%
luxemburgischen
Terres Rouges
Danach gefragt, wie viele Personen in den
luxemburgischen Kantonen die regionaltypische Sprechweise verwenden, kommt Fehlen
(2009) zu folgenden Ergebnissen (siehe Abb.2).
Auch hier nimmt der Kanton Esch-Alzette zusammen mit weiteren Kantonen, die für ihren
Dialekt bekannt sind, eine Spitzenstellung ein:
40 % der Befragten gaben an, dass man von der
regionalspezifischen Sprechweise auf die Herkunft fast aller Einwohner schließen kann, nur
ca. 20 % gaben an, dass dies nur noch auf ältere
Menschen zutrifft.
Gestützt werden diese subjektiven Einschätzungen, wenn Personen danach befragt werden,
mit welchem Begriff sie ihre eigene Sprechweise bezeichnen. Ungefähr 80 % der Befragten
gaben an, ‚wéi am Minette‘ oder ‚Minetter‘ zu
sprechen, während ca. 20 % ihre Sprechweise
als ‚normaalt Lëtzebuergesch‘, also als regional
unauffällige, unmarkierte Sprechweise charakterisierten (Fehlen 2009: 180). Insgesamt lässt sich
bei den Befragten eine feste Überzeugung ermitteln, wonach sehr viele Personen im Süden eine
identifizierbare Sprechweise verwenden bzw.
daran zu erkennen sind. Die Region ‚Minette‘
besitzt damit eine klare subjektive Verankerung
auch als Sprachregion; und es bleibt als nächstes
zu analysieren, wie die Realität der tatsächlichen
Sprachverwendung aussieht.
2. Sprachliche Merkmale der
Minette-Region
Wenn es sich bei der Sprechweise der MinetteRegion um einen (zumindest teilweise) eigen-
Sprache im Minette
ständigen und abgrenzbaren Dialekt handeln
soll, dann müssen im nächsten Schritt der
Untersuchung exklusiv im Minette vorhandene sprachliche Merkmale gefunden werden,
die in den umliegenden Gebieten nicht vor
handen sind. Da es sich hierbei um sprachliche Variation innerhalb der Einzelsprache
‚Luxemburgisch‘ handelt, sind regionale Unterschiede v. a. im lautlichen Bereich zu erwarten, da die übrigen sprachlichen Ebenen wie
Morphologie oder Satzbau räumlich gesehen
nur wenig variieren. Neben der Beschreibung
der lautlichen Merkmale in 2.1 folgt in 2.2 ein
Abriss des Fachwortschatzes für Bergbau und
Stahlindustrie.
2.1 Lautliche Merkmale
Das Luxemburgische wurde bereits relativ
früh im Rahmen der Dialektologie untersucht.
Die ersten umfangreichen Spracherhebungen
fanden im Zusammenhang mit dem Deutschen
Sprachatlas (Wrede et al. 1926–1956) und dem
Luxemburgischen Sprachatlas statt (Schmitt
1963; für einen Überblick vgl. Gilles/Moulin
2008), und es folgten verschiedene Einzeluntersuchungen. Die Dialektologie, die Wissenschaft von der Beschreibung sprachlicher
Variation im Raum, und die Sprachgeschichte,
die Erforschung des Sprachwandels in der Zeit,
stehen seit jeher in engem Wechselverhältnis
zu einander. In der Erforschung des Luxemburgischen manifestiert sich dies in den diversen
Forschungslinien, die ihren Beginn gegen Ende
des 19. Jhs. nahmen: Im Zuge der deutschen
Graphique 16 : Combien se démarquent par leur parler ? Pourcentage selon les cantons (L21 = OUI, N = 1059)
baal alleguer
fill
eng gudd Partie
nëmmen die eeler Leit
Remich
Vianden
Echternach
Redange
Capellen
Diekirch
Wilz
Luxembourg-ville
Grevenmacher
Luxembourg-campagne
Esch-sur-Alzette
Mersch
Clervaux
0%
20%
40%
60%
80%
100%
Abb.2: Anteil der Personen, die einen luxemburgischen
Regionaldialekt verwenden (aus Fehlen 2009: 177)
113
Terres Rouges Sprache im Minette
Dialektologie wurde das Luxemburgische als
ein Dialekt des Gesamtsprachsystems ‚Deutsch‘
gesehen, das durch seine Randlage an der
germanisch-romanischen Sprachgrenze einen
anderen Entwicklungsweg als die deutschländischen Dialekte eingeschlagen hat. Durch
Robert Bruch wurde die Perspektive dahingehend erweitert, dass die Verschränkung von romanischer und germanischer Dialektologie und
Sprachgeschichte eben gerade in der luxemburgischen Kontaktzone zwischen beiden Sprachfamilien als konstitutives Prinzip in den Vordergrund gerückt wurde (vgl. v. a. Bruch 1953, 1954).
In dem von Bruch (zu) weit gespannten zeitlichen wie räumlichen Kontext ist das Luxemburgische eingebunden in langandauernde
Entwicklungslinien der europäischen Sprachgeschichte zwischen Seine und Weichsel, die
sich in der Zeitspanne von der Spätsteinzeit bis
in unsere Tage ereignet haben. Durch die Kreuzungen und Überlappungen dieser vielfältigen
Prozesse (sog. ‚Fränkischer Kreislauf‘) auf dem
luxemburgischen Territorium ist es zu der Herausbildung der verschiedenen luxemburgischen
Unterdialekte gekommen.
Um die regionale Variation und daran anschließend die exklusiv für eine bestimmte Region konstitutiven Merkmale zu ermitteln, ist
der Forscher auf umfangreiche und verlässliche
Sprachdaten angewiesen. Es ist als Glücksfall
zu betrachten, dass für das Gebiet Luxemburgs
gleich mehrere Erhebungen aus unterschiedlichen Zeitstufen zur Verfügung stehen, die einen
validen Einblick in den permanent ablaufenden
Wandel der Sprache erlauben. Die erste flächendeckende Erhebung wurde im Jahr 1889 durch
John Meier mit Hilfe der sog. ‚Wenkersätze‘
durchgeführt. Bei dieser, in der älteren Dialektologie üblichen Erhebungsweise, wurden pro
Ortschaft Probanden aufgefordert, ihre lokale
Aussprache von vierzig, auf Standarddeutsch
vorliegenden Sätzen schriftlich festzuhalten.
Dabei sollte die schriftliche Fassung die tatsächliche phonetische Realisierung weitgehend getreu abbilden. Für Luxemburg liegen
solche ausgefüllten Wenkerbögen für ca. 340
Ortschaften vor.3 Abb. 3 zeigt einen Ausschnitt
des Wenkerbogens für die Ortschaft Lamadelaine/Rollingen, auf dem der Proband ‚seine‘
Übersetzung der ersten 14 Wenkersätze eingetragen hat. Dabei fallen bereits die ersten
südlichen Merkmale auf: Das Verb ‚schneien’
in Satz 2, zentralluxemburgisch schneien, erscheint hier in der typischen Form schnéden.
Die zentralluxemburgische Verbform war
(Satz 6) wird korrekt mit der Minetter Form
woar wiedergegeben. Interessanterweise ist bis
heute diese älteste dialektologische Quelle des
Luxemburgischen noch nicht umfänglich ausgewertet worden.
Abb.3: Ausschnitt aus dem Wenkerbogen der Erhebung durch John Meier aus dem Jahr 1889 für die Ortschaft
Lamadelaine/Rollingen
3 Online konsultierbar über den digitalen Luxemburgischen Sprachatlas ‚LuxSA‘ unter http://www.luxsa.info.
114
Terres Rouges
Sprache im Minette
Abb.4: Ausschnitt aus dem Wenkerbogen der Erhebung durch Richard Huss aus dem Jahr 1924/25 für die Ortschaft
Lamadelaine/Rollingen
Auf die gleiche Art und Weise führte
1924/25 der ungarische Linguist Richard Huss
in Zusammenarbeit mit der Luxemburgischen
Sprachgesellschaft seine Erhebung durch (Huss
1927). Im Zentralarchiv der evangelischen
Kirche in Rumänien (Hermannstadt/Sibiu) sind
heute noch ca. 360 der Originalbögen vorhanden.4 Abb. 4 zeigt die ersten Sätze dieser Erhebung, und es lassen sich interessante sprachhistorische Vergleiche anstellen: Während es
1889 noch Wanter, Mann, gefall, gebrannt,
Salz hieß, finden sich 1924/25 die auffälligen
südwestlichen Formen Waunter, Maun, gefaul,
gebraunt, Saulz, die weiter unten ausführlicher
besprochen werden.
Es hat damit also den Anschein, dass in
den Huss’schen Daten die regionalen Formen zuverlässiger erhoben wurden als in
der Meier’schen Erhebung. Weitere systematische Untersuchungen müssen allerdings
durchgeführt werden, um diesen vorläufigen
Eindruck zu untermauern.
Nach diesem Überblick über die älteren
Sprachdatenerhebungen zum Luxemburgischen
sollen nun die spezifischen Merkmale des Minette-Dialekts herausgearbeitet werden. Dabei
dienen die älteren, flächendeckenden Daten als
Vergleichswerte für den Kontrast zur aktuellen
Struktur des Minette-Dialekts.
2.1.1 Diphthongierungen
Das erste zu besprechende Merkmal betrifft
die Entwicklung von Wörtern, die einen mittel-
hochdeutsch-mittelfränkischen Kurzvokal enthalten (a, i, u), der von einem Sonoranten wie
l oder n gefolgt wird. Am Beginn des 20. Jhs.
sind für diese Wörter die folgenden Realisierungen belegt: Während im Zentralluxemburgischen ein einfacher Kurzvokal erscheint (gefall ‘gefallen’, Mëllech ‘Milch’, fonnt ‘ gefunden’), ist es in einigen südwestlichen Ortschaften zu auffälligen Diphthongierungen von a zu
au, von i zu éi und von u zu ou gekommen.
mhd-mfr. a
salz
kalf
hals
hant
gebrant
gevallen
man
> au (vor Nasal/Lateral)
>
Saulz >
Kaulef
>
Hauls
>
Haund
>
gebraunt
>
gefaul
>
Maun
mhd-mfr. i
milch
drinken
> éi (vor Nasal/Lateral)
>
Méilech
>
dréinken
mhd-mfr. u
vunden
> ou (vor Nasal/Lateral)
>
fount
Über die regionale Verteilung dieser Formen
informiert die Karte 2 des Luxemburgischen
Sprachatlasses (siehe Abb. 5). Diese Karte basiert auf den oben vorgestellten älteren Erhebungen der Jahre 1889 und 1924/25 und ist somit
als historische Situation zu begreifen. Obwohl
4 Teilweise existieren auch Phonogramm-Aufnahmen, allerdings keine für das Minette.
115
Terres Rouges Sprache im Minette
Abb.5: Regionale Verteilung der Reflexe für mhd. a vor Sonorant (aus: Schmitt (Hg.) (1963), Karte 2)
die Formen in der Minette-Region vorkommen
(aber nicht in der Stadt Esch-Alzette), ist erkennbar, dass sie sich auch nördlich in den Kanton
Redingen hinein erstrecken. Dieses Diphthongierungsmerkmal gilt also nicht ausschließlich
für den Südwesten. Dieser Schwierigkeit, vollständig exklusive Merkmale für das Minette zu
finden, wird noch öfters zu begegnen sein.
Es ist offensichtlich, dass die Diphthongierung von a zu au im Südwesten eine Weiterentwicklung des mittelhochdeutschen Zustandes ist. Nach Bruch (1954: 82ff.) steht diese
Entwicklung im Zusammenhang mit ähnlichen
Diphthongierungen in den angrenzenden romanischen Varietäten (Wallonisch, nordfran116
zösische Varietäten), und er schließt daraus,
dass die Diphthongierung durch den Sprachkontakt zwischen fränkischen und romanischen
Volksgruppen entstanden ist. Vergleicht man
die diphthongierende Region mit der nichtdiphthongierenden zentralluxemburgischen Region, dann zeigt sich, dass der Südwesten lautgeschichtlich betrachtet einen jüngeren Zustand
repräsentiert, während das Zentralluxemburgische einen lautgeschichtlich älteren Zustand
bewahrt hat.
Wie sieht nun der heutige Sprachgebrauch
im Südwesten aus? Eine flächendeckende Erhebung des heutigen Zustands, die für einen neuen
luxemburgischen Sprachatlas notwendig wäre,
Terres Rouges
ist nach wie vor ein Forschungsdesiderat. In
Gilles (1999) wurden mit einer ähnlichen Methode für einige Minette-Lokalitäten Erhebungen
durchgeführt, die hier nun als Vergleichswerte
dienen mögen. Es ergibt sich ein einfaches (und
ernüchterndes) Bild: An keinem Erhebungsort ließen sich die auffälligen diphthongierten
Formen mehr feststellen. Möglicherweise finden sich heute noch einzelne verstreute diphthongierte Formen, doch kann wohl davon
ausgegangen werden, dass das Merkmal mehr
oder weniger vollständig abgebaut wurde. Stattdessen finden sich die zentralluxemburgischen
Formen Mann, gebrannt usw. Damit ist es also
hier zu einem sog. ‚Dialektausgleich‘ in Richtung auf das Zentralluxemburgische gekommen.
Für die Umgebung von Esch-Alzette können
noch verdumpfte, lange Monophthonge vom
Typ [ɔ:] ermittelt werden ([mɔ:n] für Mann),
Sprache im Minette
doch stellte schon Palgen (1948: 9) fest, dass
dieser Laut mehr und mehr ausstirbt und nur
noch bei alten Leuten zu hören ist.
2.1.2 Verdumpfung von a
Das nächste Merkmal betrifft Wörter, die ein
mittelhochdeutsches kurzes a gefolgt von einem r enthalten. Während im Zentralluxemburgischen dieses a gedehnt wurde, ist es im
Süden ‚verdumpft‘ und diphthongiert, d. h. es
hat sich zu einem o-und teilweise auch u-ähnlichen Laut entwickelt, dem ein a nachklingt.
Beispiele sind: hoart/huart, Oarbecht, Goart/
Guart, Moart, Schoartech. In diese lautliche
Entwicklung ist auch das französische Lehnwort gare > Goar hineingeraten, das wohl schon
sehr früh auf luxemburgischem Gebiet verwendet wurde und dessen a im Süden ebenfalls zu o
verdumpft bzw. zu oa diphthongiert wurde.
Abb.6: Regionale Verteilung der Reflexe für mhd. a vor r im Beispielwort schwarz (aus:
Schmitt (Hg.) (1963), Karte 11)
117
Terres Rouges Sprache im Minette
Aus Abb. 6 für das Wort schwarz ist zu
entnehmen, dass die verdumpften Formen,
also schwoarts, schwuarts, überwiegend im gesamten Süden zu finden sind, aber auch noch
vereinzelt über die Hauptstadt hinaus nördlich
ausstrahlen; auch das Ösling weist vergleichbare Formen auf. Obwohl diese verdumpften Formen in weiten Landesteilen vorkommen, gelten Aussprachen wie schwoarts oder
hoart trotzdem als typische Formen des Minettes. Dies kann nur damit erklärt werden,
dass das Minette als Region in der regionalen
und überregionalen Wahrnehmung in Luxemburg eine höhere Prägnanz als andere
Regionen hat.
In der heutigen Sprachverwendung sind
die Formen Goart, hoart usw. noch vielfach zu
hören. Obwohl diese regionalen Ausspracheformen außerhalb des Südwestens teilweise negativ konnotiert sind, werden sie dennoch mit
gewissem Selbstbewusstsein zunehmend auch
auf öffentlicher Beschilderung verwendet. Dazu
gehört z. B. die offizielle Gemarkungsbezeichnung Schlassgoart ‚Schlossgarten‘ oder die
Bushaltestelle Esch-Goar. Doch ist es auch bei
diesem primären Dialektmerkmal zum Abbau
gekommen. Nach Gilles (1999) wird nur noch
ca. ein Drittel der Wörter mit der ursprünglichen
Lautung realisiert. In diesem Dialektausgleichsprozess zu Gunsten des Zentralluxemburgischen kann es auch zu Mischungen kommen,
indem z. B. parallel zu den regionalen Formen
woar, woaren die zentralluxemburgischen Formen haart oder Gaart verwendet werden.
2.1.3 Unterbliebene Diphthongierung
zu ai und au
Wörter, die zentralluxemburgisch ein ei (phonetisch [ai]) oder au enthalten, erscheinen im Südwesten nach Auskunft der historischen Quellen
mit kurzem ë oder o. Während im Zentralluxemburgischen schneiden, reiden, Freiden,
Leit, haut, gebaut zu hören ist, lauten die Minetter Formen schnëdden, rëdden, Frëdden,
Lëtt, hott, gebott. Dem Luxemburgischen
Sprachatlas ist zu entnehmen, dass es sich
hierbei ebenfalls nicht um ein exklusiv südwestliches Merkmal handelt. Vielmehr sind
diese Formen mit kurzem Vokal anstelle eines
Diphthongs auch in einem schmalen Streifen
westlich der Hauptstadt sowie in einem größeren Gebiet im Osten vorhanden. Heute hat
auch dieses Merkmal weitgehenden Abbau
erfahren. Nur noch selten sind in diesen Wörtern die Kurzvokale zu hören. Eine gewisse
118
Resistenz zum Abbau von lautlichen Merkmalen zeigen die Ortsnamen. So entspricht dem
offiziell französischen Ortsnamen Saeul (d. i.
die französische Schreibweise für Sæul oder
Säul < *Sǖl) im Luxemburgischen Sëll; die
lautgeschichtlich erwartbare Variante Seil ist
hingegen ungebräuchlich.
2.1.4 Tilgung von ch vor t
Ein häufig anzutreffendes Merkmal aus dem
Bereich des Konsonantismus betrifft die Tilgung des Konsonanten ch (ausgesprochen als
[ɕ] oder als [x]), wenn diesem in der gleichen
Silbe ein t folgt.
Zentrum
Nuecht
bruecht
schluechte
Luucht
Fruucht
fiicht
Gesiicht
gemaach(t)
Minette
Nuet
bruet
schlueten
Lut
Frut
fit
Gesit
gemeet
‘Nacht’
‘gebracht’
‘schlachten’
‘Licht’
‘Frucht’
‘feucht’
‘Gesicht’
‘gemacht’
Der Grund für diese Entwicklung dürfte in
einer Tendenz zur lautlichen Vereinfachung
liegen, wodurch komplexe Auslautverbindungen wie -cht auf einen einfachen Konsonanten
reduziert werden. Diese Formen sind im Süden
auch heute noch sehr häufig anzutreffen. Der
Dialektausgleich in Richtung Zentralluxemburgisch scheint hier nicht zu greifen. Tatsächlich
lässt sich heute sogar eine Ausbreitung der
ch-losen Formen beobachten. So ist z. B. die
Form Nuet auch im Zentrum des Landes zu
hören. Ferner ist zu beachten, dass die Tilgung
des ch-Konsonanten in ähnlicher Form auch
im äußersten Norden zu finden ist (z. B. Lut,
Nait ‚Nacht‘). Dies deutet darauf hin, dass die
ch-losen Formen früher deutlich weiter im ganzen Land verbreitet waren und im Laufe der
Zeit durch die Ausbreitung des Zentralluxemburgischen in den Süden bzw. Norden zurückgedrängt wurden.
2.1.5 basch de, huesch de, musch de:
Palatalisierung von -st zu -ʃt
Nach Ausweis des Luxemburgischen Sprachatlasses (Karte 167) ist der gesamte Süden (inklusive der Moselgegend) durch den Wandel
der auslautenden Konsonantenverbindung von
-st zu -ʃt (graphisch <scht>) charakterisiert. Von
dieser Entwicklung sind sehr viele Wörter, aber
auch grammatische Endungen betroffen.
Terres Rouges
Zentrum
Fënster
Schwëster
Gréisst
héchstens
Süden
Fënschter
Sëschter
Gréischt
héchschtens
Sprache im Minette
‘Fenster’
‘Schwester’
‘Größe’
‘höchstens’
In flektierten Formen wie dem Partizip Perfekt (nicht eher: Partizip Präteritum) oder der 2. Person
Singular des Verbs kann ebenfalls ‚palatalisiert‘ werden:
Zentrum
wëssen – gewosst
schwätzen – hie schwätzt
mussen – dir musst
du schwätz Süden
wëssen – gewoscht
schwätzen – hie schwätscht
mussen – dir muscht
du schwätsch ‘wissen – gewusst’
‘sprechen – er spricht‘
‘müssen – ihr müsst’
‘du sprichst’
Besonders auffällig ist die Nebensatzkonstruktion mit Verben in der 2. Person Singular, denn auch
hier kann die ‚gestrandete‘ Flexionsendung –s nach der Konjunktion zu sch werden.
Zentrum
pass op, datt s de net fälls Süden
pass op, datt sch de net fällsch
Heute ist dieses Merkmal besonders an der Mosel noch recht häufig vorhanden, im Minette selbst
jedoch stark abgebaut.
2.1.6 mär an där
Im eingangs angeführten Zitat von Rewenig
wurde die auf die beiden Pronomen mir und dir
bezogene Dialektalität der Minetter Formen mär
und där, die als die Schiboleths des Südens gelten können, bereits thematisiert. Obwohl auch
dieses Merkmal als ‚typisch Minette‘ eingestuft
wird, informiert der Luxemburgische Sprachatlas (Karte 58), dass auch der äußerste Westen
und das Westösling diese Formen aufweisen.
Wiederum handelt es sich hierbei also um ein
Merkmal, das in verschiedenen luxemburgischen Räumen anzutreffen ist, das jedoch
in landläufiger Auffassung als exklusives
Minette-Merkmal gilt. In der heutigen Sprachverwendung ist dieses Merkmal noch mit einer
mittleren Häufigkeit anzutreffen. Es widersetzt
sich damit stärker als andere Merkmale dem
nivellierenden Einfluss des Zentralluxemburgischen (vgl. Gilles 1999: 252ff.).
2.1.7 Freideg, Freiden a Fredden
Die letzte Variation betrifft die Realisierung der
letzten Silbe in den Wochentagen. Die auf ein mit-
telhochdeutsch-mittelfränkisches -dag zurückgehende Endung -deg in Méindeg, Dënschdeg, Donneschdeg, Freideg, Samschdeg, Sonndeg ist in den meisten luxemburgischen Regionen anzutreffen. Wie die Freitag-Karte in
Abb.7 zeigt, ist es jedoch ziemlich genau die
Minette-Region, in der der Wochentag auf
-en endet (Freiden in einem kleinen Gebiet
um Garnich, Frëdden im südlicheren Gebiet).
Stärker noch als alle übrigen bisher vorgestellten Merkmale hat damit die Aussprache der
Wochentage als das prototypische MinetteMerkmal zu gelten.
Die Variante Freiden, die ursprünglich nur
in einem kleinen Gebiet beheimatet war, dürfte
heute als die Leitvariante im Süden gelten und
ist nicht von Dialektausgleichstendenzen betroffen. Mehr noch, Wochentagsnamen auf -en haben sich heute in ganz Luxemburg ausgebreitet.
Eine Google-Recherche5 über alle luxemburgischen Webseiten ergibt, dass die -en-Formen
heute bereits zwischen 12 und 50 % vorkommen, und es erscheint unwahrscheinlich, dass
alle diese Webseiten aus dem Minette stammen
5 Es sei hier jedoch darauf hingewiesen, dass die Häufigkeitsangaben bei Google-Recherchen immer mit Vorsicht zu
genießen sind. Informationen über einen quantitativen Trend lassen sich dennoch daraus ableiten.
119
Terres Rouges Sprache im Minette
Abb.7: Regionale Variation von Freitag (aus: Schmitt (Hg.) (1963), Karte 109)
(siehe Abb.8). Damit liegt hier der interessante
Fall vor, dass sich eine kleinräumig belegte
Variante (hier: eine Minette-Variante) in ein
größeres Gebiet hinein ausbreitet. Das Minette
ist also heute nicht ausschließlich durch den
Abbau von alten Formen charakterisiert, sondern zeigt hier vielmehr auch, dass es Einfluss
auf das Zentralluxemburgische nimmt.
Insgesamt zeigt sich, dass sich die Sprachform des Minettes nach Auskunft der verschiedenen historischen dialektologischen Quellen
aus der ersten Hälfte des 20. Jhs. durch zahlreiche phonetische Merkmale von den umliegenden Sprachformen, insbesondere vom
Zentralluxemburgischen unterscheidet. In der
heutigen Sprachverwendung jedoch sind einige
120
dieser Merkmale verschwunden, zurückgegangen oder variabel verwendet, d. h. es ist
eine Mischung zwischen originären Minetter
Formen und neueren zentralluxemburgischen
Formen festzustellen. Die charakteristischsten
Merkmale heute sind die Verdumpfung bzw.
Diphthongierung von a > oa (Goar) sowie das
wortbezogene Merkmal mär/där.
2.2 Gléck op, Mineur!
– Lexik der Schwerindustrie
Abschließend sollen noch lexikalische Merkmale des Südwestens vorgestellt werden. Im
Vergleich mit dem oben untersuchten Bereich
der Phonetik lassen sich hier deutlich weniger
Unterschiede zum Umland feststellen. Dies ist
Terres Rouges
Sprache im Minette
100%
en
eg
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
Méind-
Dënschd-
Donneschd--
Freid--
Samschd-
Sonnd-
Total
en
3350
695
876
2820
6290
7350
21381
eg
7100
5060
5680
6640
7570
7780
39830
Abb.8: Häufigkeiten der -en- bzw. -eg-Endung in den Wochentagen gemäß Google-Recherche
(Stand: April 2008)
auch nicht weiter verwunderlich, da der Wortschatz (ebenso wie auch die Morphologie und
der Satzbau) generell weniger im Raum variieren als lautliche Phänomene. Doch bevor der
für den Süden charakteristische Wortschatz der
Schwerindustrie behandelt wird, ist es lohnenswert, einen Blick auf den Alltagswortschatz zu
werfen, in dem sich ebenfalls einige regionale
Besonderheiten herausgebildet haben. In der
folgenden Zusammenstellung von Tiernamen
aus dem Luxemburger Wörterbuch sind nach
der zentralluxemburgischen Variante (fett gedruckt) die lokalen Varianten wiedergegeben:
Päiperlek ‘Schmetterling’: Fléif(l)ank (Differdingen), Pappillon, Pappeljong (Rodingen),
Päipameel (Rümlingen), Pimpampel (Düdelingen); Seejomes ‘Ameise’: Seejemonsel
(Bettemburg), Seejomes (Bettemburg, EschAlz., Körich, Oberkorn, Machtum, Messancy),
Jeesomes (Esch-Alz.), Purjhelli (Rodingen),
Bujhelli, Bujhelchen (Rodingen); Kiewerlek
‘Maikäfer’: Mollermal (Differdingen); Kreuzotter / Kräizotter: Wipper (Beles, Zolver);
Léierchen ‘Lerche’: Li(i)tväilchen (Düdelingen)
Neben regionalen Varianten der germanischen
Wörter wie Fléi(f)lank oder Mollermal sind
für den Süden besonders diejenigen Varianten
interessant, die Spuren des Sprachkontakts
mit dem unmittelbar angrenzenden Französischen erkennen lassen. Die Rodinger Variante
Pappillon lässt sich als direkte Übernahme
erklären, während bei Pappeljong eine Anpas-
sung an die luxemburgische Phonetik vorliegt.
Die Form Wipper kann als eine Entlehnung aus
dem französischen vipère gewertet werden.
Konstitutives wirtschaftliches und gesellschaftliches Merkmal des Minettes war bis
zu ihrem Rückgang in den 1970er Jahren die
Schwerindustrie. Aufgrund der teilweisen Erschließung durch deutsche Gesellschaften und
durch grenzüberschreitende Kooperationen mit
französischsprachigen Partnern in Lothringen
und Belgien, erweist sich die Terminologie der
Schwerindustrie als geprägt durch deutsche und
französische Einflüsse (vgl. auch Hess 1926).
Geradezu symbolisch verdichtet zeigt sich dies
im Bergmannsgruß Gléck op, Mineur! Für viele
Termini lassen sich germanische und romanische Entsprechungen finden:
Hauer
>
Schlepper >
Kap
>
Stempel
>
Daach
>
Weck
>
Péckel
>
Mineur
Rouleur
Chapeau
> ‘Holzkonstruktion in der Abbaustelle’
Chandelle > ‘Stützen in der Abbaustelle’
Plafong
> ‘Dach der Abbaustelle’
Coin
> ‘Keil’
Piosch
> ‘Spitzhacke’
Für die spezifischen Arten des lokalen Eisenerzes haben sich vielfältige Bezeichnungen
herausgebildet: Stackminett, wëll giel Minett,
santeg Minett, Wiseminett. Zu finden ist die
Minette in verschiedenen Lagen, den Couchen:
121
Terres Rouges Sprache im Minette
déi gro, déi rout, déi giel Couche. Bezeichnungen für das Arbeitsgerät stammen häufig aus
dem Französischen:
Turnéckel, Tourniquet, Turnicki
Volée
Krampong, Krampo
Kall, Cale
Longeron, Logeron
>
>
>
>
>
‘Handbohrmaschine’
‘Sprengsalve’
‘Eisenhaken’
‘unterschobenes Holz, Keil’
‘Schalholz’
Das Wort Buggi ‘Lore’ stammt hingegen
aus der englischen Bergbauterminologie
(< engl. buggy); ebenfalls aus dem Englischen
kommt der Begriff Lorri (< engl. lorry).
Ein interessanter sprachhistorischer Weg
lässt sich für den Kräsi ‘Kies’ nachzeichnen.
Es handelt sich hierbei um ein aus der französischen Bergbauterminologie (< frz. crassier,
crasse) übernommenes Fachwort für ‘gekörnte
Schlacke’, also um ein Abfallprodukt der Verhüttung. Im Laufe der Zeit hat Kräsi seine
fachsprachliche Konnotation eingebüßt und ist
in den Alltagswortschatz übergegangen.
3. Resümee
Nach Ausweis der historischen Zeugnisse aus
dem Beginn des 20. Jhs. lässt sich für das Minette ein luxemburgischer Dialekt ausmachen,
der sich von den umgebenden Regionen durch
zahlreiche sprachliche, überwiegend phonetische Merkmale absetzt. Viele dieser Merkmale
sind jedoch nicht auf die eigentliche (südwestliche) Minette-Region eingeschränkt, sondern
finden sich entweder im gesamten Süden beziehungsweise im gesamten Westen des Landes.
Aufgrund der erhöhten sozialen wie räumlichen
Mobilität und der zunehmenden Urbanisierung
des Gebietes zwischen dem Minette und der Stadt
Luxemburg hat der Sprachkontakt zu einem
Abbau zahlreicher, originär Minetter Merkmale
geführt und es fand Dialektausgleich in Richtung zentralluxemburgischer Sprachraum statt.
Obwohl also festzustellen ist, dass sich
der vormalige Minette-Dialekt heute als stark
abgebaut und an das Zentralluxemburgische
angeglichen präsentiert, ist es dennoch bemerkenswert, dass mindestens drei Eigenschaften
quasi als ‚Exportschlager‘ ihren Weg in das
Zentralluxemburgische hinein gefunden haben: Wie gezeigt, haben sich (1) die ch-lose
Aussprache von Wörtern wie Nuet, bruet, geduet, (2) die auf -en auslautenden Varianten der
122
Wochentage (Freiden, Samschden, Sonnden ...)
und (3) die Bezeichnung Kräsi aus dem Süden
heraus ausgebreitet.
Wie ist nun die augenfällige Inkongruenz zu erklären zwischen dem eindeutig nachweisbaren starken Bewusstsein über/um eine
abgrenzbare Minette-Sprachvarietät und der
tatsächlich vorhandenen linguistischen Struktur, die linguistisch betrachtet nur noch wenige
Unterschiede zum Zentralluxemburgischen enthält? Zum einen spielt hier die wirkmächtige
Vorstellung hinein, wonach eine Region, zudem eine Region, die durch starkes Regionalbewusstsein konstruiert wird, auch eine eigene,
abgrenzbare Sprachvarietät besitzt bzw. besitzen sollte. Zum anderen darf der psychische
Faktor nicht vernachlässigt werden, wonach
die mentale Vorstellung eines Raums bzw. die
Grenzziehung um einen Raum sich auch dann
noch als wirksam erweist, wenn der Raum als
solcher nicht mehr existiert. Diese Überlegung
geht zurück auf die Raum-Theorie des Soziologen Georg Simmel aus dem Beginn des 20. Jhs.:
Ist sie [die Grenze, PG] freilich erst zu einem
räumlich-sinnlichen Gebilde geworden, das
wir unabhängig von seinem soziologisch-praktischen Sinne in die Natur einzeichnen, so übt
dies starke Rückwirkungen auf das Bewußtsein
von dem Verhältnis der Parteien. […] [dann]
wird sie zu einer lebendigen Energie […]
(Simmel 1903/1995: 141).
Die Wirkmächtigkeit des Raumes, aufgefasst
als mentale, historisch konstruierte Vorstellung, ‚überlebt‘ die tatsächlichen sprachlichen
Verhältnisse (vgl. Auer 2004). Dies trägt dann
maßgeblich dazu bei, dass sich die Überzeugung, einen eigenen Dialekt zu sprechen, wie
sie sich im Sprachbewusstsein und im Sprachwissen niederschlägt, auch dann noch erhält,
wenn sich eben diese Sprachverhältnisse bereits
verändert haben.
Terres Rouges
Sprache im Minette
Weiterführende Literatur
AUER, Peter (2004). „Sprache, Grenze,
Raum“. In: Zeitschrift für Sprachwissenschaft
23 (2), S. 149-179.
BRUCH, Robert (1953). Grundlegung einer
Geschichte des Luxemburgischen. Luxemburg
(Publications littéraires et scientifiques du Ministère
de l‘Éducation Nationale 1).
BRUCH, Robert (1954). Das Luxemburgische
im westfränkischen Kreis. Luxemburg (Publications
littéraires et scientifiques du Ministère de l‘Éducation
Nationale 2).
FEHLEN, Fernand (2009). BaleineBis. Une
enquête sur un marché linguistique multilingue en
profonde mutation - Luxemburgs Sprachenmarkt
im Wandel. Luxembourg (SESOPI - RED 12).
GILLES, Peter (1999). Dialektausgleich im
Lëtzebuergeschen. Zur phonetisch-phonologischen
Fokussierung einer Nationalsprache. Tübingen
(Phonai 44).
GILLES, Peter / MOULIN, Claudine (2008).
“Der digitale luxemburgische Sprachatlas (LuxSA).
Stand und Perspektiven“. In: Germanistische Linguistik 190-191, S. 133-148. [Stephan Elspaß/Werner
König (Hg.): Sprachgeographie digital - Die neue
Generation der Sprachatlanten.]
HESS, Joseph (1926). „Die sprachliche Eigenart der luxemburgischen Erzindustrie“. In: Jahrbuch
der Luxemburgischen Sprachgesellschaft 2, S. 47-49.
HUSS, Richard (1927). Studien zum luxemburgischen Sprachatlas. Luxemburg (Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde 2).
LuxemburgischeWörterbuchkommission (Hg.) /
Vorsitzender: TOCKERT, J. (1950-1977). Luxemburger Wörterbuch. 5 Bände. Luxemburg. [online
verfügbar unter: http://lexicolux.uni.lu]
SCHMITT, Ludwig Erich (Hg.) (1963). Luxemburgischer Sprachatlas. Laut- und Formenatlas von
Robert BRUCH. Für den Druck vorbereitet von Jan
GOOSSENS. Marburg, 16 S. 174 Ktn. (Deutscher
Sprachatlas. Regionale Sprachatlanten 2). [online
verfügbar unter http://www.luxsa.info]
SIMMEL, Georg (1903). Soziologie des
Raumes. In: Otthein Rammstedt (Hg.) (1995).
Gesamtausgabe (Bd. 7: Aufsätze und Abhandlungen 1901-1908), Frankfurt am Main, S. 132-184.
WREDE, Ferdinand / MITZKA, Walther /
MARTIN, Bernhard (1926-1956). Deutscher
Sprachatlas auf Grund des von Georg WENKER
begründeten Sprachatlasses des Deutschen Reichs
und mit Einschluß von Luxemburg in vereinfachter Form bearbeitet von Ferdinand
WREDE, Walther MITZKA und Bernhard
MARTIN. Marburg. [online verfügbar unter:
http://www.diwa.info]
123
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
Art contemporain :
Regards distanciés sur le Bassin minier
Paul di Felice
Avant d’analyser quelques œuvres significatives d’artistes nationaux et internationaux dont
les sujets se rapportent au thème général du
Bassin minier, précisons d’abord les notions qui
figurent dans le titre et qui délimitent le champ
d’investigation. Une des caractéristiques du
regard de l’artiste contemporain sur les choses
de la vie est la sélectivité conceptuelle à travers
laquelle il questionne la vision devenue fragmentaire dans un monde de plus en plus globalisé. Plus que jamais, les artistes d’aujourd’hui
montrent que même à travers des médias dits
objectifs comme la photographie, il y a autant
de vérités qu’il y a multitude de points de vue.
On parle de regard distancié mettant en relation
les différentes réalités de l’artiste avec celles de
l’objet analysé et interprété de façon objective
ou créative. Ce regard va au-delà, en deçà des
choses, les sujets servant souvent de prétextes
pour mettre en avant une démarche artistique
spécifique. Ainsi, en affrontant la réalité du
monde, l’artiste se distancie des représentations
que nous nous faisons à travers les images dominantes, et devant ce flux d’images, il met le
spectateur en situation d’arrêt sur image, privilégiant l’analyse à la description.
Il est évident que les exemples qui vont
suivre ont été choisis en fonction de leur originalité et de leur esthétique contemporaine. Ce choix
ne se veut aucunement exhaustif. Ici, le terme
« contemporain » n’est pas uniquement une désignation chronologique, mais il reflète également une conception artistique particulière, qui
sera développée à l’aide des analyses d’œuvres
qui ont été réalisées dans le cadre des missions
photographiques et des commandes artistiques
au Bassin minier, lors des deux manifestations
de Luxembourg, capitale européenne de la
culture en 1995 et en 2007. Il s’agit exclusivement d’œuvres artistiques, tableaux photographiques et installations ayant été exposés à
Luxembourg et en dehors des frontières.
En général, quand on parle de représentations artistiques du sud du pays, ce sont surtout
les exemples modernistes d’artistes ouvriers,
comme Emile Kirscht ou Jeannot Bewing, auxquels on pense. Autodidactes, ayant vécu l’expérience de l’ouvrier sidérurgiste, ces artistes
avaient très bien réussi à travers la peinture et
la sculpture abstraite à ré-interpréter l’univers
de l’usine dans l’après-guerre. Alors que cette
génération voyait encore dans l’acte créatif de
l’art une espèce d’auto-libéralisation, voire de
sublimation du quotidien, la génération d’artistes qui émerge dans les années 90 a un regard beaucoup plus décalé sur ce monde désormais en mutation dont elle découvre souvent elle-même le territoire, la population,
la culture.
Dans le cadre d’une mission photographique sur le thème de Paysages : lieux et nonlieux menée en 1995 pendant l’année culturelle
Luxembourg capitale européenne de la culture,
deux artistes sur les dix invités ont travaillé sur
le Bassin minier. Deux interprétations différentes de ces notions de lieux et non-lieux allaient conduire cette mission à terme. D’abord,
évoquons la référence évidente à Marc Augé
qui poursuit son anthropologie du quotidien en
explorant les non-lieux, qu’il définit comme des
espaces d’anonymat1. Pour lui, les non-lieux
sont aussi bien les installations nécessaires à la
circulation accélérée des personnes et des biens
(voies rapides, échangeurs, gares, aéroport,
rond-point) que les moyens de transport euxmêmes (voitures, trains ou avions), tout comme
les grandes chaînes hôtelières aux chambres
interchangeables, les supermarchés, les zones
commerciales et industrielles.
Puis, plus proche des exemples qui se rapportent au thème des Terres Rouges du Bassin
minier se trouve la définition de non-lieux que
donnent les artistes du landart comme Robert
Smithson. Leur intérêt porte sur l’évolution
et la décomposition organiques des matériaux
naturels dont sont issues les interventions artistiques dans la nature, souvent dans des lieux
abandonnés. Décomposées dans le temps, sans
1 AUGE, Marc, Pour une anthropologie des mondes contemporains, Champs, Flammarion, Paris 1994.
125
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
durée fixe, ces œuvres revendiquent leur caractère éphémère et remettent en question le temps
et l’espace réels. L’idée de va-et-vient, voire de
mutation d’un lieu qui devient en quelque sorte
un non-lieu, accompagne l’éclatement de la
notion de paysage sur laquelle ont travaillé les
artistes de la mission photographique.
Les travaux photographiques du Belge
Gilbert Fastenaekens, réalisés au Luxembourg en 1995, témoignent des mutations de
l’environnement post-industriel. Après avoir
réalisé à la fin des années 80, une série de photographies en noir et blanc sur le thème du travail dans les usines du Bassin minier et participé
à la mission photographique de la Datar en
France en 1984, Gilbert Fastenaekens s’est fait
remarquer par son style personnel, sa façon
d’aborder l’espace à travers le paysage naturel
et urbain. L’œuvre de cette période a été réunie dans les livres Nocturne et Essai pour une
archéologie imaginaire.
En 1987, lors d’une mission photographique sur le territoire de Belfort (Les quatre
saisons du territoire), Gilbert Fastenaekens
joint à la notion de paysage, petit espace circonscrit, toute la force d’une expérience intimiste.
Celle-ci prendra toute son ampleur dans le
périmètre délimité d’une forêt en ChampagneArdenne, sous le titre de Noces en 1988.
L’artiste Gilbert Fastenaekens décrit bien cette
symbiose avec les lieux :
Après un certain temps, quand je n’attendais
plus rien, quand j’avais oublié les raisons de
ma présence, quand toute idée de fuite ou d’urgence avait disparu, survenaient des moments
rares, de sensations fortes et sereines, qui me
permettaient de me sentir pleinement dans l’instant des choses. Je me sentais devenir l’arbre,
la pierre, le paysage, acceptant le temps présent pour ce qu’il était, révélant par là même
son sens. Je m’écoulais avec lui et ressentais
humblement que le passage symbolique du
temporel au spatial dissipait l’éphémère
pour n’indiquer que l’instant présent dans
l’espace.2
En 1995, dans le cadre de la mission luxembourgeoise, Gilbert Fastenaekens, connu pour
ses nuances de noir dans ses prises de vue
nocturnes, commence une nouvelle série en
couleur. Mais son jeu avec la couleur a été très
subtil. Alors que les nuances dans les tons gris
de la série des Noces, en noir et blanc, expriment une certaine proximité avec le motif, ici
la couleur l’aide à ce que l’image ne soit pas
trop séduisante afin de pouvoir l’utiliser en tant
qu’effet de distanciation. Ce choix, il l’a expliqué : « Il fallait trouver un moyen d’échapper
à la séduction de la couleur et de ne pas rester paralysé devant la beauté du paysage. »3
A la recherche de lieux où il pouvait trouver
un certain désordre, Gilbert Fastenaekens a
présenté des terrains bâtards, des sites au passé
industriel qui, après la crise économique, ont été
apprivoisés en paysage. Thématiquement, il est
proche de ce qu’il avait réalisé en ChampagneArdenne ; formellement, il s’en libère par une
approche plus conceptuelle.
Les photographies de grand format (1m
sur 3m), prises avec une chambre photographique, présentent des terrains vagues où la
nature semble avoir repris le dessus sur l’industrie. Sur la ligne d’horizon, placée à un tiers supérieur de l’image et occupant le plan médian,
se regroupent de part et d’autre différents arbres
qui contrastent avec la forêt d’arrière-plan aux
formes floues et au sfumato rehaussé par un tirage volontairement éclairci. Le premier plan
dominant l’image aux détails nets met en scène
une grande flaque d’eau claire qui répond au gris
clair du ciel et qui contraste avec la terre sombre.
Sa forme cartographique évolue au centre d’une
surface rectangulaire. Le véritable sujet de ce
paysage se trouve justement là, au milieu de
l’image. Gilbert Fastenaekens fait le portrait de
ce vide, le paysage ne servant que de prétexte
à l’expression des troublants rapports entre
l’homme et la nature. L’artiste pose la question
du redevenir nature en focalisant l’attention sur
cette tache claire qui, selon les interprétations,
peut devenir surface réfléchissante (une sorte de
miroir ne reflétant plus rien) ou trou absorbant,
s’ouvrant à d’autres nouvelles couches qui se
succèdent par la force de la nature.
Avec le regain d’intérêt du paysage dans
les années 80, beaucoup d’artistes utilisant la
photographie se sont inspirés des recherches
autour des expériences du groupe américain
New topographics (dont faisait partie Lewis
2 FASTENAEKENS, Gilbert, Noces, Arp éditions, 2004.
3 DI FELICE, Paul, Paysages : lieux et non-lieux, Les limites d’une mission photographique sur le paysage
126
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
Joël Tettamanti, Lux, 2005, MUDAM courtesy, © Joël Tettamanti
Baltz, autre invité de cette mission luxembourgeoise). Sans s’attacher aux aspects écologiques, comme le font les artistes américains
autour de Baltz, Fastenaekens déconstruit le
paysage à partir d’une image apparemment banale, tout en cherchant l’interpellation, plus par
l’absence que par la présence. Il rejoint ici le
travail conceptuel du Néerlandais Wout Berger
qui, à travers sa série Poisoned landscapes,
esthétiquement proche des tableaux de paysages
néerlandais, montre des photographies des sites
irrémédiablement pollués mais qui conservent
un côté vierge. Ce qu’on ne voit pas sur l’image
– le sol pollué – est présenté sous forme de texte
qui accompagne les photographies. Si le travail
de Wout Berger est beaucoup plus conceptuel,
on trouve néanmoins des correspondances
avec la série plus poétique et intuitive de
Gilbert Fastenaekens.
Les deux artistes réinterprètent le paysage en tenant compte à la fois de ses dimen-
sions culturelles et naturelles. Chez Gilbert
Fastenaekens, la beauté qu’il trouve dans ce
qu’il appelle « ces paysages ré-apprivoisés » est
marquée par ce processus de changement dans
les rapports de force entre l’homme et la nature.
Comme il le dit lui-même de cette série : « […]
la nature est belle, mais domptée […] ; il n’existe
aucun endroit où l’homme n’a mis sa main […].
Ces images de lieux sans racines, où la mémoire
s’est effacée forment en quelque sorte le complément d’un paysage qui a été pensé socialement
et économiquement par l’homme. »4 Les spectateurs de l’exposition Paysages : lieux et nonlieux avaient la possibilité de confronter les
recherches de ces deux artistes et par là de relativiser les interprétations d’un artiste à l’autre.
A dix ans d’écart, les photographies des
« nouveaux » paysages industriels du sud du
Luxembourg réalisées par Joël Tettamanti,
sont à cheval entre le documentaire et la photographie plasticienne. Commandées par le
4 Ibid.
127
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
Joël Tettamanti, Lux, 2005, MUDAM courtesy, © Joël Tettamanti
MUDAM dans le cadre de Galerie : Portraits
du Luxembourg, elles montrent les mutations
du paysage industriel luxembourgeois. Ayant eu
carte blanche pour travailler sur un aspect du
Luxembourg, le Suisse Joël Tettamanti nous a
révélé récemment que son choix s’était porté
assez vite sur le sud du pays :
Les promenades à Luxembourg se sont très
vite concentrées sur ces sites. Je trouvais que
c’était très intéressant de se concentrer sur ce
passé presque oublié, en quelque sorte caché du
Luxembourg, loin du Kirchberg et des quartiers
bourgeois de Luxembourg. Sans doute aussi une
référence à ma famille d’origine italienne qui
elle aussi avait dû immigrer en Suisse pour des
raisons économiques, comme beaucoup d’Italiens l’ont fait au Luxembourg au moment du
développement de la sidérurgie.5
Mais plutôt que de s’intéresser directement aux hommes, Joël Tettamanti recherche
les lieux en pleines mutations, chargés d’un
lourd passé, qui s’offrent aujourd’hui à l’artiste
sous des aspects les plus insolites. L’ancienne
centrale thermique de l’usine de Terre Rouge à
Esch-sur-Alzette en est un bel exemple. Les éléments de béton sont des restes des cheminées qui
avaient été détruites (dynamitées). Le cadrage
et le principe d’all-over confèrent une dimension plastique à ces tirages de grands formats.
De même, ces sites en ruines aux formes et couleurs étonnantes qui composent ces photographies parfois étranges, nous incitent à la projection imaginaire, à développer en quelque sorte
le regard créatif qui tient compte de la complexité des informations visuelles véhiculées.
Comme on peut le lire dans l’article du premier
catalogue du Mudam :
Les études de Joël Tettamanti de lieux
et non-lieux traduisent l’idée de palimpseste
et nous poussent à réagir face au vide, au déconstruit d’un territoire abandonné. Tout en
5 TETTAMANTI, Joël, interview non publiée 2008, archives Café Crème.
128
Terres Rouges
nous confrontant aux problèmes de l’environnement, ces états des lieux rendent aussi hommage
à une région active dans le passé qui aujourd’hui
n’est plus « regardée » qu’à travers l’œil du
photographe.6 Qui est à l’origine de ce propos ?
Ces exemples rendent compte de cette tendance
des jeunes photographes, comme l’écrit Christian
Gattinoni dans la Photographie contemporaine,
« […] [à] privilégier désormais les vues d’espaces intermédiaires, […] des lieux transitoires
ou provisoires à l’identité incertaine […] et [à]
expérimenter une esthétique capable de concilier
conscience politique au sens originel donné par
les Grecs anciens à ce terme et enjeux purement
formels7 ». De même, comme les photographies
de Fastenaekens et de Berger, les travaux de Joël
Tettamanti nous invitent à regarder ce qui n’est
pas toujours dans notre champ de vision et à participer de façon critique à leur vision détachée
d’une certaine réalité luxembourgeoise.
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
La mission Deep south, réflexion sur le
sud du Luxembourg, dans le cadre des Sentiers
rouges, Konscht am Besch, projet initié en 2003
par l’association CIGL, a été confiée à quatre
photographes luxembourgeois : Patrick Galbats,
Romain Girtgen, Jeanine Unsen et Roger
Wagner. Leur rôle a consisté à capter et à retenir
une situation précise du territoire à travers les
thèmes suivants : nature, patrimoine architectural, espaces urbains, habitat et population.
La sensibilité du photographe luxembourgeois Romain Girtgen est proche de l’esthétique
de Gilbert Fastenaekens, mais correspond
aussi par ses compositions et ses choix formels, comme celle de Roger Wagner, à l’école
de Düsseldorf notamment représentée par des
œuvres d’Andreas Gursky des années 90. Il y a
une similitude avec la photographie Dudelange
de Fastenaekens, mais l’approche de Girtgen
est moins directe. La force de la flaque est estompée par une intégration plus forte du plan
Romain Girtgen, Bascharage, 2007, Mission photographique Deep south, CIGL courtesy, © Romain Girtgen
6 DI FELICE, Paul, Regards distanciés sur le Luxembourg, in Mudam Luxembourg Eldorado, édition Mudam,
Luxembourg 2006.
7 GATTINONI, Christian, VIGOUROUX Yannick, La photographie contemporaine, Édition Scala, Paris 2002.
129
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
d’eau dans le paysage. La composition est plus
équilibrée, la ligne d’horizon est exactement au
milieu de l’image. Les détails sont plus flous,
mais l’ensemble révèle davantage le site qui se
caractérise par son opposition entre terrain industriel et paysage naturel. Le contraste entre le
ciel vide, gris clair et le sol jaunâtre et brun est
nuancé par la bande claire de l’eau qui traverse
la photographie horizontalement en faisant écho
au ciel, alors que les branches des arbres et les
mats électriques en filigranes rythment verticalement l’espace vide de la partie supérieure de
la photographie.
Ces différences, on les perçoit aussi dans
les propos de Romain Girtgen qui, en tant que
Luxembourgeois, est concerné différemment
par les vicissitudes du paysage : « Lors de cette
mission photographique, j’ai fixé mon intérêt
sur la recherche des vestiges de l’implantation
sidérurgique et sur la documentation des changements visibles des intérêts économiques qui
en résultent, afin de montrer les multiples muta-
tions de l’aménagement urbain au sud du GrandDuché. »8 La photographie est amusante et choquante à la fois. Le jeu formel y est intéressant :
les poteaux et les câbles électriques rythment la
composition. Chez Girtgen comme chez Galbats,
nous sommes en plein « non-lieu », les repères visuels étant d’ordre purement plastique,
l’image révèle de façon critique la modification
radicale de notre relation à l’espace.
Un des premiers photographes s’inspirant
de l’école de Düsseldorf est le Luxembourgeois
Roger Wagner. Dans sa série sur les intérieurs
des gens du sud, réalisée dans le cadre de Deep
south, il montre ses intérêts pour l’approche
typologique, sérielle. L’absence / présence de
l’humain, démarche récurrente dans son travail, prend ici une dimension presque théâtrale de mise en scène. Sa série joue sur cette
limite entre l’enregistrement d’un moment, le
hic et nunc cher aux artistes contemporains, et
la construction de l’image comme processus de
monumentalisation.
Romain Girtgen, Bascharage, 2007, Mission photographique Deep south, CIGL courtesy, © Romain Girtgen
8 GIRTGEN, Romain, in Deep south, réflexion sur le sud du Luxembourg, CIGL, Schifflange 2007.
130
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
Carole Chaine, Adventices, 2007, Sentiers rouges, CIGL courtesy, © Carole Chaine
Patrick Galbats, Bascharage, 2007, Mission photographique Deep south, CIGL courtesy, © Patrick Galbats
131
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
En jouant sur le privé et le public, la jeune
photographe Jeanine Unsen ne cache pas la
mise en scène dans ses photographies posées.
Le concept est simple. Pour la mission de Deep
south, elle a demandé à des personnes du sud de
choisir un lieu de leur région qui leur importait.
Pas forcément un bel endroit, mais un espace
qui raconte quelque chose, qui leur tient à cœur.
Pour ajouter une touche d’intimité au portrait,
elle leur a demandé au préalable d’apporter un
objet personnel. Les lieux et les rapports des
objets ne sont pas révélés au spectateur. A lui
de continuer ce témoignage révélateur et énigmatique à la fois, en projetant ses propres histoires dans ce mélange polyvalent de souvenirs
visuels.
Dans un autre registre, mais également
dans le cadre des Sentiers rouges, Katharina
Krenkel, artiste allemande, a réalisé une œuvre
in situ sur un des sentiers pédestres de Schifflange. Femme sculpteur, elle utilise toujours
le tricotage, le maillage qu’elle revendique
comme occupation féminine, sans connotation
négative de femme au foyer (sujet qui revient
souvent dans son œuvre). Ces travaux nous font
penser à des oeuvres telles que Cogito ergo sum,
dans lesquelles Rose Marie Trockel, artiste allemande, a utilisé sans complexe le crochet pour
rappeler que les femmes sont des êtres pensants.
Comme Trockel, Katharina Krenkel s’amuse à
utiliser les techniques féminines traditionnelles
(la couture, le tricot, la maille) tout en s’appropriant par ce jeu connoté les dispositifs du
site et non-site, et en questionnant les dichotomies entre extérieur et intérieur, entre construit
et vivant.
Dans le texte du catalogue les Sentiers
rouges, Yoann Van Parys remarque :
Dans l’usage du tissu comme matériau artistique et plus encore comme matériau sculptural, on en arrive très logiquement à produire un
travail qui se trouve concerné par la question
du corps. Cette interrogation peut être posée
dans l’œuvre de façon plus ou moins explicite :
souvent elle est présente. C’est que le tissu
est semblable à la peau qui nous couvre, fait
notre apparence, dessine nos formes : enjeu
sculptural tout autant qu’existentiel. Et conséquemment, de voir l’artiste aborder des sujets
tels que ceux des origines, de la naissance, de
la maternité […].9
Roger Wagner, Dudelange, 2007, Mission photographique Deep south, CIGL courtesy, © Roger Wagner
9 VAN PARYS, Yoann, in Sentiers rouges. Catalogue des œuvres réalisées dans le cadre de l’édition, CIGL, Schifflange 2007.
132
Terres Rouges
Vu l’emplacement proche des minières, il est
intéressant de voir comment l’artiste récupère
cette terre virile des mineurs.
La question de l’immigration est métaphoriquement exprimée par l’artiste luxembourgeoise Carole Chaine, dans son installation
intitulée Adventices. Celle-ci est constituée de
panneaux de signalisation à l’intérieur desquels
figurent des images sérigraphiées de détails de
photographies de mauvaises herbes. Ces panneaux de signalisation rehaussent par leur bord
rouge l’idée de l’intrusion. Leur installation
près des gares, lieux de passage par excellence,
accentue l’idée de plantes venues d’ailleurs
ou d’herbes migratrices. Sorties hors de leur
contexte habituel, abandonnées sur ces lieux
urbains, elles dérangent et éveillent la curiosité
du passant, du voyageur. Avec Adventices, le
nom scientifique donné aux mauvaises herbes,
Carole Chaine réhabilite l’image négative de
ces plantes, comme elle l’exprime dans une interview dans le cadre de la publication du catalogue d’exposition :
Inspirée des lectures de Gilles Clément et soucieuse de me tenir au thème fédérateur de 2007
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
sur les migrations, j’avais envie dans le cadre
du projet Sentiers rouges de mettre en valeur
des plantes considérées comme mauvaises.
Des plantes envahissantes qui migrent sans invitation dans nos jardins et nos cultures, mais
qui font partie de cet immense jardin qu’est la
planète.
Ces plantes envahissantes, que nous rejetons,
au travers d’une classification vulgarisée, mauvaise herbe, sont dans ce projet mises en valeur.
Attirer l’attention du spectateur par rapport
à une plante qui le dérange et qui perturbe
l’organisation de son jardin, est l’objectif. Qui
est donc cet intrus ? Qui sont ces végétaux qui
troublent le paysage arrangé par l’homme ?
Personne ne se pose de questions sur ces graminées migratrices.10
L’approche conceptuelle est symptomatique
pour cette jeune génération d’artistes vivant
les vicissitudes du paysage de façon décalée et distanciée.
Minimaliste, conceptuel, influencé par des
artistes comme Barbara Krüger qui utilisent
l’espace public pour y introduire des messages
insolites, le Belge Djos Janssens a réalisé dans
Djos Janssens, A bridge too far, 2007, Sentiers rouges, CIGL courtesy, © Djos Janssens
10 Ibid.
133
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
le cadre des Sentiers rouges cette œuvre intitulée A bridge too far. L’endroit de l’installation
est banal, sans caractéristiques, à part le dédoublement du pont qui rend celui-ci insolite avant
même l’intervention de l’artiste. Le long de la
route de Differdange, à Soleuvre, ce lieu-dit
appelé Nonnebësch en luxembourgeois a inspiré
Janssens pour la réalisation de cette installation,
qui consiste en un travail de lettrage sur plaques
métalliques fixées horizontalement sur les deux
côtés du deuxième pont et illuminées par de
petites ampoules le soir. La question What’s
wrong with Hollywood? en plein Bassin minier
inscrite sur le pont au lieu-dit Nonnebësch nous
interpelle par son effet déconstructeur auquel
s’ajoute un jeu de mots savoureux par la traduction comme l’évoque l’auteur : « Nonnebësch
[…] holy wood ? »11 D’un côté, l’industrie du
cinéma, les lieux magiques, les héros en scènes
et l’architecture en papier mâché ; de l’autre,
l’industrie finissante, les rêves déchus, toutes
les projections d’une résistance au quotidien.
Retournons à la mission photographique
de 1995 afin d’analyser l’œuvre d’un grand
artiste et théoricien de la photographie, l’Espagnol Joan Fontcuberta dont la résistance s’exprime à travers le détournement artistique du
quotidien. Ses frottogrammes, photogrammes et
chimigrammes, développés à la fin des années
80, sont à l’opposé de ces images conformes
aux objectifs programmatiques de la photographie réalisée avec la chambre photographique,
comme nous l’avons vu chez les photographes
de Deep south, génération en quelque sorte
héritière de l’école des Becher de Düsseldorf.
Dans son livre Le baiser de Judas,
J. Fontcuberta explique sa démarche :
Dans les années 90, j’ai commencé un travail
sur le paysage industriel, entendu comme dépôt d’archéologies culturelles, historiques, humaines, physiques et matérielles. La morphologie de l’usine et le monde de la technologie,
qui avaient fasciné les artistes des avantgardes, apparaissent en cette fin de siècle
comme le point mort d’une révolution lointaine
dont les échos nous parlent d’une force et d’un
dramatisme humain révolus. Le capitalisme tardif a condamné ce paysage morose à se rénover
ou à mourir, et nous assistons avec mélancolie
à la métamorphose du monument en ruine. Le
projet consistait techniquement à réaliser des
photogrammes sur des photographies. Pour
les photogrammes, je récupérai des déchets et
des matériaux trouvés par hasard (pièces mécaniques abîmées, ferraille…) au cours de promenades dans des zones portuaires, près des
usines ou des zones industrielles. Les photographies sur lesquelles je faisais les photogrammes
sont celles qui décrivaient précisément les parages où les matériaux ont été trouvés.12
Après les collages créatifs mettant en scène le
monde animal et végétal dans des confrontations que Christian Caujolle appelle les greffes
photographiques13, cette série particulièrement
picturale explore une autre technique empruntée
aux avant-gardes artistiques, le photogramme.
Comme pour ses frottogrammes, mélange de
frottage du négatif et du photogramme, Joan
Fontcuberta s’approprie les techniques de la
photographie par empreinte directe d’artistes
dada comme Christian Schad et Man Ray,
inventeurs de ces procédés appelés respectivement schadographies et rayogrammes à
partir de 1918. Fontcuberta, dès ses premières
séries, interroge la relation de la photographie
au réel. A travers ces techniques créatives qui
marquent une certaine liberté par rapport au
médium, il pervertit les illusions originelles
de ce dernier : l’empreinte immédiate comme
vérité absolue se révèle être moins vraie que la
photographie prise avec un appareil.
Dans Altos Hornos de Vizcaya, à Bilbao
comme dans la série réalisée au moment de
la mission photographique au Luxembourg,
particulièrement à Esch et à Dudelange, Joan
Fontcuberta confronte l’empreinte photographique de l’objet trouvé à l’image réalisée sur
le site même. Le travail de laboratoire réunit ces
différents éléments qui sont complétés par des
virages aléatoires et qui, par cette patine liante,
donnent une dimension plastique aux photographies. Ainsi, les différents éléments sortis de la
réalité, transcrits dans différents langages photographiques, semblent du coup flotter dans une
atmosphère onirique. Comme des palimpsestes,
ces photographies se construisent couche par
couche en laissant apparaître les anciennes
traces en contact avec les nouvelles, mais
11 Ibid.
12 FONTCUBERTA, Joan, Le baiser de Judas, Actes Sud, Arles 2005.
134
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
Katharina Krenkel, Wollformationen, 2007, Sentiers rouges, CGIL courtesy, © Katharina Krenkelt
aussi en révélant la stratification de la mémoire.
Chez François Méchain, autre artiste invité
lors de la mission photographique de 1995 et
de 2001, l’acte sculptural, auquel il associe le
moment photographique, est préfiguré par un
travail de recherche critique sur le lieu où il explore toutes les strates mnémoniques, géographiques, historiques et politiques du paysage.
Plus qu’une traduction de la vérité unique et
réductrice, l’œuvre de François Méchain est
d’abord un moment d’interrogation sur la représentation : « L’objet de sa prise de vue n’est plus
la réflexion d’une nature et de sa lumière […]
mais une réflexion sur la nature de la photographie. »14 Tout en continuant à explorer tous
les registres possibles pour ses investigations,
François Méchain voit de plus en plus dans l’acte
créateur une manière d’appréhender le monde.
L’art, pour lui, est en quelque sorte une gestion
des tensions et un exercice répété, engagé et
critique des choses qui nous entourent. Ainsi
l’engagement de l’artiste le porte au-delà de la
seule raison paysagère dans une multitude d’in-
terprétations où se joue ce que Michel Guérin
appelle la « dialectique en acte entre l’ordre
des concepts, l’énergie des corps et la force des
choses15 ». Le travail de François Méchain procède toujours de la mise en situation des liens,
des relations, des forces et des tensions.
Dans Abri de fortune, tel un abri de SDF,
l’artiste a créé une sculpture éphémère en tôle,
perchée sur un arbre au milieu du jardin de
l’ancienne villa du directeur de l’Arbed, actuellement le musée de la ville et le Centre
Nei Liicht. Le dispositif a été réalisé in situ,
alors que le travail photographique pour lequel
la sculpture a servi de base, a été montré à la
galerie de la villa. En opposant l’éphémère au
durable, le vivant au construit, le politique à la
métaphysique, le photographique au sculptural, l’artiste nous interpelle sans cesse pour que
nous nous rendions compte de ce qui se trouve
devant voire derrière l’image.
Comment conclure ce petit parcours sur la région du Bassin minier si ce n’est en constatant
13 CAUJOLLE, Christian, Joan Fontcuberta, Phaidon Press, London 2001.
14 LAMBERT, Frédéric, Les hypothèses du paysage, in MECHAIN, François, Paysages de l’improbable, Marval,
Paris 1989.
15 GARRAUD, Colette, GUERIN, Michel, François Mechain, l’exercice des choses, Somogy Éditions, Paris 2002.
135
Terres Rouges
Art contemporain : Regards distanciés sur le Bassin minier
que l’analyse des œuvres rend compte de
sa diversité et de sa richesse dans la représentation artistique, tout en montrant ses liens
avec d’autres situations et les correspondances qu’elle entretient avec d’autres expressions à travers l’histoire récente de l’art contemporain. Notre parcours aura permis de proposer de nouvelles lectures d’œuvres encore
peu connues mais néanmoins déjà intégrées à
notre patrimoine.
136
Dans ces regards distanciés d’artistes contemporains, nous avons aussi pu voir comment
ces derniers parviennent aujourd’hui à créer des
relations de tension entre les recherches plastiques qui alimentent leur œuvre et le passage à
l’acte face à une réalité sur laquelle ils ont été
invités à travailler. Il en résulte de nouvelles
rencontres ouvrant de nouveaux espaces, aussi
bien pour ce qui concerne l’image d’une région que pour ce qui relève de celle de l’artiste.
Terres Rouges
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Die räumlichen Implikationen des Projektes
Belval-Ouest
Christian Schulz
Vorbemerkungen
Mit einer Fläche von insgesamt 120 ha (davon 70
ha Bauland) gehört die Reaktivierung der Industriebrache Belval-Ouest zu den derzeit größten
städtebaulichen Entwicklungsvorhaben in Europa. Westlich des noch in Betrieb befindlichen
Elektrostahlwerks der ARCELOR-MITTALGruppe entsteht auf dem 1996 aufgegebenen
Betriebsgelände (Roheisenphase, Kokerei) zwischen Esch-sur-Alzette und Sanem ein neuer
Stadtteil, der in naher Zukunft 6.000 bis 7.000
Einwohner sowie 20.000 bis 25.000 Arbeitsplätze beherbergen soll. Insgesamt 1,2 Mio. m2
Bruttogeschossfläche sind in den neuen Büround Wohngebäuden vorgesehen. Der halbstaatlichen1 Entwicklungsgesellschaft AGORA
obliegt die Aufbereitung und Erschließung der
Flächen, die Schaffung der planungsrechtlichen Voraussetzungen sowie die Vermarktung
des Standorts, während der staatliche, dem
Ministère du Développement durable et des
Infrastructures unterstehende Fonds Belval ausschließlich für die öffentlichen Bauvorhaben
sowie die Konservierung des industriekulturellen Erbes (s.u.) zuständig ist. Die geplanten
öffentlichen Investitionen belaufen sich auf
ca. 1 Milliarde Euro, davon entfallen mehr als
50% auf die Cité des Sciences, den künftigen
Standort der Université du Luxembourg sowie
weiterer öffentlicher Forschungseinrichtungen.
Ziel des Beitrags ist es, einen Überblick
über die strategisch-planerischen Facetten des
Projekts zu geben und gleichzeitig dessen mög-
lichen räumlichen Implikationen zu diskutieren.
Bei letzteren handelt es sich zumeist um persönliche Einschätzungen, da es an entsprechenden
wissenschaftlichen Expertisen (bisher) mangelt.
Im ersten Teil wird der allgemeine raumplanerische Kontext dargestellt. Im nächsten Schritt
werden die Grundzüge des Masterplans für das
Projektgebiet vorgestellt, bevor detaillierter auf
städtebauliche Aspekte des Vorhabens eingegangen wird. Ein besonderer Schwerpunkt liegt
sodann auf der Rolle der Cité des Sciences.
Der abschließende Ausblick tritt den Versuch
an, Entwicklungschancen und -probleme des
Standorts sowie seine Bedeutung für das lokale
städtische Gefüge herauszuarbeiten.
Raumentwicklungspolitischer
Kontext
Nicht zuletzt aufgrund seiner grenznahen Lage
kann das Projekt Belval-Ouest nicht nur im
nationalen, d.h. landesplanerischen Kontext gesehen werden, sondern muss zunächst in einen
größeren räumlichen Zusammenhang eingeordnet werden. Auf Ebene der so genannten Großregion2 zeichnet sich seit einigen Jahren ab,
dass das Großherzogtum Luxemburg aufgrund
seiner wirtschaftlichen Prosperität und demographischen Dynamik zu einem Entwicklungspol geworden ist, der weit über die Landesgrenzen ausstrahlt und unter anderem große
Zahlen von Grenzpendlern aus den Nachbarregionen anzieht3. Laufende Forschungsprojekte
des CEPS/INSTEAD sowie der Université du
1 Anteilseigner dieser im Jahr 2000 gegründeten Kommanditgesellschaft sind zu je 50% ARCELOR-MITTAL sowie der
Luxemburgische Staat; an ihrem Conseil de Gérance wirken ferner die beiden Gemeinden Esch-sur-Alzette und Sanem
mit.
2
Die „Großregion“ bezeichnet einen grenzüberschreitenden Kooperationsraum, zu dem neben dem Großherzogtum die
französische Region Lothringen, die deutschen Bundesländer Rheinland-Pfalz und Saarland sowie die belgische Region
Wallonien (inkl. der Deutschsprachigen und der Französischen Gemeinschaft) gehören. Mit über elf Millionen Einwohnern
und einer Fläche von über 65.000 km2 handelt es sich dabei um den größten subnationalen Kooperationsraum in Europa.
3
WILLE, Christian / BLÄSER, Ralf, Grenzgänger im Großherzogtum Luxemburg. In: Geographische Rundschau 61-1
(2009), S. 36-42.
137
Terres Rouges
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Luxembourg widmen sich diesen so genannten
„Metropolisierungstendenzen“ 4 Luxemburgs
und deren grenzüberschreitend interregionalen Konsequenzen5. Besonders wichtige Arbeitsmarktimpulse gehen von den hochqualifizierten (Dienstleistungs-)Arbeitsplätzen aus,
wie sie in Luxemburg v.a. im Finanzsektor und
dessen Umfeld, aber auch in den zahlreichen europäischen Institutionen entstanden sind6. Zwar ist
das Gros dieser Arbeitsplätze in der Hauptstadt
Luxemburg und den angrenzenden Gemeinden
konzentriert, jedoch zeigen sich zunehmend
Dezentralisierungstendenzen7 - vor allem von
Back-Office-Aktivitäten, wie sie etwa bereits
am Standort Belval-Ouest anzutreffen sind
(s.u.). Der wirtschaftliche Aufschwung der letzten beiden Jahrzehnte hat nicht nur grenzüberschreitende Arbeitsmarktverflechtungen intensiviert, sondern auch zu einem wachsenden
Druck auf den nationalen Immobilienmarkt geführt. Dies gilt sowohl für das Segment der Wohnimmobilien, das eine rasante Preisentwicklung
erfuhr8, als auch für Gewerbeimmobilien. Der
luxemburgische Markt für Büroimmobilien
verzeichnet seit Jahren die europaweit niedrigsten Vakanzraten (derzeit knapp über 2%)9,
d.h. ansiedelnde bzw. expandierende Unternehmen sind mit großen Schwierigkeiten bei der
Suche nach geeigneten Flächen konfrontiert.
Dieser Entwicklungsdruck sowie die unausgewogene Raumstruktur durch die Dominanz des Oberzentrums Luxemburg-Stadt sind
Ausgangspunkt einer auf Dezentralisierung ausgerichteten Raumentwicklungspolitik, wie sie
das Programme Directeur de l’Aménagement
du Territoire10 aus dem Jahr 2003 vorgibt. Als
landesplanerisches Leitbild wird hier das Konzept der „déconcentration concentrée“ (in der
deutschen Fachterminologie: dezentrale Konzentration) verfolgt, d.h. durch Förderung der
Entwicklung bestimmter Mittel- und Unterzentren11 des Landes soll einerseits eine Balance zur
hauptstädtischen Agglomeration geschaffen werden („déconcentration“), gleichzeitig aber auch
ein disperses Siedlungswachstum in der Fläche
vermieden werden („concentrée“). Wichtigste
Ausgleichzentren bzw. Gegenpole zur Hauptstadt sollen dabei die so genannte „Nordstad“ im
Raum Ettelbruck-Diekirch sowie der Süden mit
dem Zentrum Esch-sur-Alzette werden.
Das Projekt Belval-Ouest kann somit als
raumentwicklungspolitisch motiviertes Vorhaben verstanden werden, das sowohl internen
landesplanerischen Leitlinien folgt als auch
durch Schaffung neuer Arbeitsplätze an diesem
Standort den grenzüberschreitenden Verflechtungen und den überwiegend aus Nordlothringen
kommenden Grenzgängern Rechnung trägt und
eine weitere Zunahme der Verkehrsströme in
Richtung Hauptstadt vermeiden helfen soll.
Gleichzeitig wird dem Projekt eine große Bedeutung für den wirtschaftlichen Strukturwandel in Luxemburgs Süden beigemessen, sowohl im sozio-ökonomischen Sinne (Branchendiversifizierung, Schaffung von neuen Arbeitsplätzen, Zugang zu Bildung etc.) als auch im
städtebaulichen Sinne durch Wiedernutzung der
weitläufigen Industriebrachen zwischen Esch
und Sanem. Somit ist auch die Entscheidung
vom 23. Dezember 2005, den Hauptstandort
der neuen Université du Luxembourg in BelvalOuest anzusiedeln, als (durchaus mutige) strukturpolitische Entscheidung zu verstehen.
Die städtebaulichen Facetten des Vorhabens sollen im Weiteren anhand des Masterplans für Belval-Ouest erläutert werden.
4 SOHN, Christophe / WALTHER, Olivier, Métropolisation et intégration transfrontalière : le paradoxe luxembourgeois. In :
5
6
7
8
9
10
11
Espaces & Sociétés 134 (2008), S. 1-15.
SCHULZ, Christian, Die „Metropolisierung“ Luxemburgs. In: AMANN, Wilhelm / MEIN, Georg / PARR, Rolf (Hg.),
Periphere Zentren oder zentrale Peripherien? Kulturen und Regionen Europas zwischen Globalisierung und Regionalität.
Heidelberg 2008, S. 89-97.
Etwa im Rahmen des FNR-Projekts METROLUX, s. http://metrolux.ceps.lu, oder des jüngst angelaufenen ESPONProjekts METROBORDER, s. http://www.geo.ipse.uni.lu.
WALTHER, Olivier / SCHULZ, Christian, Finanzplatz Luxemburg - vom Steuerparadies zur Investmentfonds-Kapitale.
In: Geographische Rundschau 61-1 (2009), S. 30-35.
WALTHER / SCHULZ, Finanzplatz (Anm. 5).
Zu demographischer Entwicklung und Wohnungsmarkt s. Observatoire de l’Habitat unter http://observatoire.ceps.lu/
sowie Wohnungsbedarfsprognose 2001-2021 des Ministère des Classes moyennes, du Tourisme et du Logement unter
http://www.logement.lu/pdf/Wohnungsbedarfsprognose.pdf .
Jones, Lang, LaSalle, Luxembourg City Report Q1 2009. Luxembourg 2009.
Ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire (Hg.), Programme Directeur de l’Aménagement du Territoire.
Luxembourg, 2003.
Centres de développement et d’attraction (CDA).
138
Terres Rouges
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Masterplan Belval-Ouest
Bei einem so genannten „Masterplan“ handelt
es sich weder um ein planungsrechtlich vorgeschriebenes noch um ein städtebaulich verbindliches Dokument. Vielmehr ist es ein auf
freiwilliger Basis initiiertes Instrument, das in
einer frühen Phase des Planungsprozesses urbanistische und landschaftsplanerische Leitprinzipien für einen zu entwickelnden Standort erarbeitet. Es wird insbesondere für städtebauliche
Großvorhaben oder für die Überplanung und
Umgestaltung größerer städtischer Areale (z.B.
Altstadtsanierung, Bahnhofsviertel o.ä.) genutzt und hat zumeist partizipativen Charakter.
Mit der Erarbeitung des Masterplans für
Belval-Ouest wurde das Büro Jo Coenen & Co.
/ Maastricht beauftragt, das 2002 als Sieger aus
dem von AGORA organisierten europaweiten
städtebaulichen Realisierungswettbewerb hervorging und heute eine Zweigstelle auf dem
Standort unterhält. Der Masterplan gliedert das
Entwicklungsgebiet in folgende Viertel, die
jeweils unterschiedliche Nutzungsprofile erhalten sollen (siehe Abb.1):
BELVAL
- im Osten den Bereich der Hochofenterrasse
(28 ha), auf der im Umfeld der teilweise erhaltenen Industrieanlagen eine Mischung aus
Forschungs- und Hochschuleinrichtungen,
öffentlicher Verwaltung, Einzelhandel, Gastronomie sowie Kultur- und Freizeiteinrichtungen
(Konzerthalle, Kino, industriehistorisches Museum) geplant ist;
- westlich an die Hochofenterrasse anschließend die Square Mile (21 ha) als gehobenen
Büro- und Dienstleistungsstandort, der in den
Obergeschossen der Bürobauten und Einzelhandelseinrichtungen in nennenswertem Umfang auch Wohnnutzungen vorsieht (s.u.);
- einen zentralen Parc Belval (33 ha) mit Sportanlagen und Schulgebäuden;
- sowie die überwiegend als Wohnstandorte
konzipierten Viertel Belval-Sud und BelvalNord (jeweils ca. 20 ha).
Die sich in der Kurzcharakterisierung der einzelnen Viertel andeutende Nutzungsmischung
soll im nächsten Abschnitt aus städtebaulicher
Sicht näher erläutert werden.
MASTERPLAN - Fortschreibung - Stand 30.03.2009
DIRECTION
LUXEMBOURG
ROND POINT
RAEMERICH
SOTEL
SOTEL
WEIHER
QUARTIER BELVAL NORD
PARK BELVAL NORD
PUMPSTATION
311.4
N 31
310
319
LIAISON
MICHEVILLE
N 31
SS 3
339
PORTE DES SCIENCES
BELVAUX MAIRE
SS 2
307.4
318.9
PLATEAU
ST. ESPRIT
300.6
303
HSS 1
CITE DES SCIENCES
312
314.3
300
CIPA
305.7
308.5
PLACE DE L’UNIVERSITE
302.5
ARRET
BELVAUX CENTRE
310
MAISON
DES SCIENCES HUMAINES
ECOLE SANEM
314
313
304,5
DEXIA II
INKUBATOR
DEXIA I
DEXIA III
Source Belval
RINGSTRASSE
HFB
PLACE
AGORA
308.5
313.5
BELVAL
PLAZA II
SQUARE 1
SQUARE 1
HFA
AVENUE DES HAUTS-FOURNEAUX
304
308.5
RINGSTRASSE
LYCEE
TECHNIQUE
HFC
FUNDAMENT
AVENUE DE LA FONTE
313
304
RESTAURANT
MAISON
DU NOMBRE
308.5
PORTE DE FRANCE
RINGSTRASSE
HIGHWAY
308,5
MÖLLEREI
PARC BELVAL
315.8
MAISON DU SAVOIR
GEBLÄSEHALLE
AVENUE DES SIDERURGISTES
WASSERTREPPE
318.2
WERKSGELÄNDE
ARCELOR MITTAL
308.5
303.4
SQUARE 1
HOTEL
BELVAL
SQUARE
CENTRE SPORTIF
SÜDBAND
308.5
Agora-Grenze
geplante Gemeindegrenze
Landesgrenze
SÜDBAND
SÜDBAND
AVENUE DU ROCK’N’ROLL
SÜDBAND
PLAZA
TOWER
308.5
PLACE DU ROCK
AGORA
BELVAL PLAZA I
ACCES
SUD
ROCKHAL
in Staatsbesitz
nachrichtliche Übernahme Planung Fonds Belval
ARRET BELVAL LYCEE
DIRECTION
FRANCE
CR 168
ARRET BELVAL
DIRECTION
FRANCE
P+R
QUARTIER BELVAL SÜD
PARK BELVAL SÜD
SQUARE MILE
QUARTIER THFX
ORIGINE MASTERPLAN: DROITS RESERVES A JO COENEN & CO ARCHITEKTEN - COPIE ET REPRODUCTION INTERDITES
ORIGINE CADASTRE: DROITS RESERVES A L’ETAT DU GRAND DUCHE DE LUXEMBOURG (BD-TOPO 1997, ORTHO 2004) - COPIE ET REPRODUCTION INTERDITES
Jo Coenen & Co Architekten
Site Belval
B.P.193
L-4002 Esch-sur-Alzette
00352/ 2617361
MASTERPLAN - Fortschreibung
Städtebaulicher Rahmenplan
Maßstab
1:2000
Erstellungsdatum
22.04.2002
Letzte Änderung
30.03.2009
Abb. 1: Masterplan Belval-Ouest
12 AGORA (Hg.), Les Quartiers (2009): http://www.belval.lu/fr/Comprendre-Belval/Les-Quartiers
139
Plancode
CO7_Ü01_V43a
Format
A0
Bearbeiter
MB
Terres Rouges
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Städtebauliche Aspekte
Im Masterplan für Belval-Ouest wird den folgenden städtebaulichen Grundprinzipien besondere Bedeutung beigemessen:
Funktionsmischung
Durch die bewusste Mischung verschiedener
Gewerbe-, Kultur-, Freizeit- und Wohnfunktionen soll eine möglichst hohe interne Verflechtung des Standorts erreicht werden, die z.B.
Wohnen in der Nähe des Arbeitsplatzes oder
Freizeit­aktivitäten im direkten Umfeld des
Arbeits­platzes (Kultur, Sport, Gastronomie)
ermöglichen oder auch schlicht alltägliche Versorgungsfunktionen (Einzelhandel und andere
Dienstleistungen) erfüllen. In einer zeitlichen
Dimension soll Funktionsmischung auch dazu
beitragen, weder so genannte „Schlafsiedlungen“ (Cités dortoires) mit ausschließlicher
Wohnfunktion und mangelnder Versorgungsinfrastruktur entstehen zu lassen, noch die eher
gewerblich genutzten Bereiche nach Büro- und
Ladenschluss „aussterben“ zu lassen (CityPhänomen). So ist beispielsweise vorgesehen, dass jedes Bürogebäude im Bereich der
„Square Mile“ in den Obergeschossen auch
Miet- bzw. Eigentumswohnungen anbietet.
Durch das teilweise bereits bestehende Kulturangebot (Rockhal, CinéBelval) und die vorgesehene Gastronomie, aber auch den Park und
die geplante Sportinfrastruktur soll sowohl für
in Belval wohnende als auch dort arbeitende
Menschen ein breites Spektrum möglicher
Aktivitäten angeboten und damit eine hohe
Standortqualität erzeugt werden.
Verdichtetes Bauen und kurze Wege
Was die städtebauliche Gestalt angeht, wurde
eine stark verdichtete und damit flächen­
sparende Bauweise gewählt. Sie besteht aus
relativ kompakten, mehrgeschossigen Gebäuden (z.T. Bürotürmen) und relativ schmalen
Straßengrundrissen. Nicht nur die geringe Entfernung zwischen den Gebäuden, sondern auch
die interne Erschließung (ohne Durchgangsverkehr) soll die so genannten Langsamverkehre
wie Radfahren oder Zufußgehen begünstigen.
Verkehrserschließung
Das wohl ambitionierteste Ziel des Projektes
ist es, einen Modal-Split, d.h. eine Verteilung
auf den motorisierten Individualverkehr (MIV)
und den öffentlichen Nahverkehr (ÖV) bzw.
Langsamverkehr (LV) im Verhältnis 60/40 zu
erreichen. Dieses soll unter anderem durch eine
günstige Anbindung an das nationale Schienennetz erreicht werden. Kurzfristig wird hierzu
der bereits von „Belval-Usine“ in „BelvalUniversité“ umbenannte Haltepunkt der CFL zu
einem attraktiven Regionalbahnhof ausgebaut.
Mittel- bzw. langfristig ist der Neubau einer
direkten Bahnstrecke zwischen LuxemburgStadt und Belval geplant, die die Fahrzeit auf
dieser Strecke um etwa zehn Minuten verkürzen würde, vor allem aber eine höhere
Frequenz der Züge ermöglichen würde. Daneben plant man derzeit auf französischer
Seite die Inbetriebnahme eines Personenzuges auf bestehenden Gleisen von Thionville
über Audun-le-Tiche (F) und Belval (L) zurück nach Frankreich (Longwy), um hier eine
für Grenzpendler aus Lothringen interessante
Querverbindung in dem sonst radial auf die
Stadt Luxemburg ausgerichteten Bahnnetz zu
schaffen. Ferner bestehen auf lokaler Ebene
weiterhin Planungen einer Straßenbahnverbindung zwischen der Innenstadt von Esch, BelvalOuest und den westlichen Nachbargemeinden.
Eine strikte Parkraumbewirtschaftung bzw.
-verknappung soll die Nutzung öffentlicher
Verkehrsmittel weiter begünstigen13.
Erholung und Freizeit
Zu dem integrativen Ansatz gehört – wie bereits
angedeutet – auch die Bereitstellung verschiedenster Freizeitangebote. Neben den Naherholungsmöglichkeiten im Park sowie den geplanten Sporteinrichtungen sind mit der Rockhal,
einer Konzerthalle von internationalem Format
mit zwei Sälen (max. 6500 bzw. 1200 Plätze)
sowie zahlreichen Proberäumen für einheimische Bands, sowie dem Multiplex-Kino
„CinéBelval“ zwei kulturelle Einrichtungen
entstanden, die nicht zuletzt den auf Belval
arbeitenden und lebenden Menschen zugute kommen.
13 Zur Verkehrsanbindung s. ausführlich KIES, Alex / LEHNERS, Magali, Esch-Belval – Standort der Universität
Luxemburg! Population et Territoire 12 (2007).
140
Terres Rouges
Einbindung des industriehistorischen
Erbes
Ein nicht nur aus städtebaulich-gestalterischer
Sicht wichtiges Element der Masterplanung war
die angemessene Einbindung der verbleibenden
industriehistorischen Relikte dieses ehemaligen
Schwerindustriestandorts. Auf diesen Punkt
wird weiter unten gesondert zurückzukommen
sein. Zuvor sei jedoch etwas detaillierter das
Konzept der „Cité des Sciences“ vorgestellt, die
in dem industriehistorisch sensibelsten Bereich
der Fläche entstehen wird.
Cité des Sciences, de
la Recherche et de l’Innovation
Unter dem Namen „Cité des Sciences, de la Recherche et de l’Innovation“ (im Weiteren kurz:
Cité des Sciences) firmiert der künftige zentrale
Wissenschafts- und Forschungsstandort des
Großherzogtums. Im nördlichen Teil der Terrasse des Hauts Fourneaux (s. Abb. 1) werden
neben der Universität ferner die beiden Centres
de Recherche Publics (CRP) Gabriel Lippmann
und Henri Tudor, das ebenfalls öffentliche
CEPS/INSTEAD sowie ein Gründerzentrum
(Incubateur) für aus den Forschungseinrichtungen hervorgehende Start-up-Unternehmen
(„Spin-offs“) angesiedelt. Die von der Konzentration dieser Einrichtungen erhofften Synergien beziehen sich dabei nicht nur auf die räumliche Nähe, sondern teilweise auch auf die gemeinsame Nutzung spezieller Forschungsinfrastrukturen (z.B. Labore, Serverräume usw.). So
sollen beispielsweise das sozialwissenschaftlich ausgerichtete CEPS/INSTEAD gemeinsam
mit der Faculté des Lettres, des Sciences Humaines, des Arts et des Sciences de l’Education
(FLSHASE) die so genannte Maison des Sciences Humaines beziehen. Dieses neben der Maison du Savoir (Hauptgebäude der Universität
mit Rektorat, Verwaltung und Hörsälen) erste
fertig zu stellende Gebäude soll im Jahr 2013
bezugsfertig sein. Mit Ausnahme der zentralen
Universitätsbibliothek (Maison du Livre) in der
ehemaligen Möllerei (s.u.) werden ausschließlich Neubauten errichtet. Inzwischen gilt als
sicher, dass alle drei Fakultäten der Universität, also neben der FLSHASE und der Faculté
des Sciences, de la Technologie et de la Communication (FSTC) auch die Faculté de Droit,
d’Économie et de Finances (FDEF) in die Cité des
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Sciences ziehen werden. Lediglich die der FDEF
angehörige Luxembourg School of Finance
(LSF) sowie die europäischen Rechtswissenschaften sollen in der Hauptstadt verbleiben.
Neben den Hörsälen, Seminarräumen, Büros, Labors und Verwaltungseinrichtungen
wird die Cité des Sciences auch Wohnraum
für Studierende sowie Gastwissenschaftler/
-innen schaffen.
Bewertung des Vorhabens
Belval-Ouest gilt derzeit als eines der größten
und ambitioniertesten städtebaulichen Entwicklungsvorhaben in Europa. Neben einmaligen
Gestaltungschancen in für Luxemburg sicher
historischer Dimension sind hiermit nicht nur
wirtschaftliche Risiken für die öffentlichen
und privaten Investoren verbunden, sondern
durchaus auch die Gefahr urbanistischer Fehlentscheidungen bzw. langfristiger Festlegungen, die sich als unangemessen erweisen und
Folgelasten nach sich ziehen könnten. Ein
wichtiger Streitpunkt etwa aus Sicht der künftigen Nutzerinnen und Nutzer der Cité des
Sciences sind deren vorgebrachte Zweifel an der
Umwelt- und Aufenthaltsqualität des Standorts.
Trotz der angestrebten hohen architektonischen
und gebäudeklimatischen Qualität der ersten
Universitätsgebäude bleiben Fragen hinsichtlich der Atmosphäre der Cité des Sciences, die
aus o.g. Gründen bewusst nicht als geschlossener und vor allem nicht als weitläufiger Campus nach angelsächsischem Vorbild angelegt
wurde. Bei allem Verständnis für verdichtete
Bauformen und großer Sympathie für die Verflechtung der Cité mit anderweitig genutzten
öffentlichen Räumen wird vielfach die Frage
nach den Unterschieden zu einem profanen
Bürostandort mit Blockrandbebauung (wie z.B.
auf dem östlichen Kirchberg) laut. Damit verbunden ist die Angst, dass innerhalb der Cité
des Sciences mit Ausnahme von Innenhöfen
und teilweise zugänglichen Dachterrassen sowie der geplanten Gastronomie wenige Flächen
zum Verweilen einladen, die nicht unmittelbar
Arbeitsfunktion (Büros, Labore, Bibliothek,
Seminarräume) haben. Hinzu kommen nicht
zu unterschätzende „Konsumreize“, die vom
benachbarten Einzelhandel und der Gastronomie im Bereich Belval Plaza ausgehen und
einer universitären Campus-Atmosphäre nicht
zuträglich sein dürften.
141
Terres Rouges
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
Eine standortübergreifende Frage, die weniger für Belval-Ouest als für die gewachsenen
Siedlungskerne im Umfeld virulent ist, betrifft
die Integration des neuen „Stadtteils“ - die beteiligten Kommunalvertreter lehnen den Begriff
der „neuen Stadt“ aus naheliegenden Gründen
strikt ab - in das bisherige städtische Gefüge.
Dies betrifft sowohl die bisherige sozio-ökonomische Struktur des Standorts als auch sich verändernde funktionale Beziehungen und räumliche Nutzungsmuster. Verständlicherweise
– und wie an vielen anderen Altindustriestandorten auch – stehen große Teile der lokalen Bevölkerung der Entwicklung zumindest ambivalent gegenüber. Neben einer gewissen Skepsis
bezüglich der zuziehenden Personen und ihrer
Lebensstile werden oft eher Befürchtungen
hinsichtlich steigender Immobilienpreise als
Hoffnungen hinsichtlich entstehender Arbeitsplätze geäußert. Nach der zugespitzten Logik,
ein ehemaliger Stahlarbeiter könne nicht als
Banker oder Wissenschaftler arbeiten, werden
lokale Arbeitsmarkteffekte sogar bezweifelt.
Wenn auch nur wenige der in Belval entstehenden Arbeitsplätze dem lokal dominierenden
Qualifizierungsprofil unmittelbar entsprechen,
wird die Chance dieses längerfristig positiven
Wandels oft nicht gesehen bzw. für die eigene
Lebenssituation als irrelevant erachtet.
Nicht unberechtigte Ängste bestehen auch
seitens des lokalen Einzelhandels und insbesondere hinsichtlich der Entwicklung der Innenstadt von Esch. Bedingt durch die räumliche
Entfernung und die zumindest psychologisch
starke Barrierewirkung des noch produzierenden Stahlwerkgeländes zwischen dem Zentrum
von Esch und Belval ist zu erwarten, dass es
auf Seiten der Nutzer von Belval-Ouest eher
zu geringen Kontakten mit dem Escher Stadtzentrum kommen wird. Positive Ausstrahlungseffekte des neuen Standorts, von denen auch die
umliegenden Gemeinden profitieren, sind v.a.
hinsichtlich des allgemeinen Imagewandels zu
erwarten, werden aber in der lokalpolitischen
Debatte über die Wirkungen des Entwicklungsvorhabens mitunter überschätzt.
Dies gilt nicht zuletzt für den erwarteten
Einfluss der studentischen Gemeinschaft, auf deren Potential beispielsweise die Standortpolitik
der Gemeinde Esch abstellt. Diese hat u.a. damit begonnen, ihre Gastronomie auf diese neue
Klientel vorzubereiten und private Hausbesitzer
für die studentische Nachfrage nach erschwinglichem Wohnraum zu sensibilisieren.
142
Zweifelsohne wird der Zuzug von Studierenden spürbare Effekte haben, jedoch
sind Zweifel hinsichtlich ihrer Dimension
angebracht. Noch ist nicht abzuschätzen,
wie viele der zum Zeitpunkt des Umzugs der
Universität zwischen 5000 und 7500 Studierenden tatsächlich auch im direkten Umfeld wohnen werden. Zieht man den voraussichtlich weiterhin hohen Anteil von einpendelnden Studierenden aus der Großregion
sowie von im Elternhaus lebenden luxemburgischen Studierenden ab, handelt es sich
um eine vergleichsweise kleine studentische Gemeinschaft, die sich nur punktuell
bemerkbar machen wird.
Es ist auch absehbar, dass ein nicht unerheblicher Teil der zuziehenden Studierenden
einen preisgünstigeren Wohnstandort im benachbarten Lothringen, etwa in Audun-le-Tiche oder
in Villerupt bevorzugen wird. Damit verbunden
ist die grundsätzlichere Frage der grenzüberschreitenden Implikationen des Projekts BelvalOuest. Trotz aller Koordinierungsversuche mit
den benachbarten Gebietskörperschaften und
trotz deren ausgeprägtem Interesse an einer Teilhabe an der von Belval ausgehenden Entwicklungsdynamik fehlt es bisher an einer konzertierten Vorgehensweise auf französischer Seite. Dies
hat unter anderem damit zu tun, dass gleich zwei
Départements (Moselle sowie Meurthe-et-Moselle) an Belval stoßen, d.h. die in Frankreichs
zentralstaatlichem Gefüge ohnehin große Zahl
zu beteiligender Stellen ist hier zusätzlich erhöht.
Die sehr zögerlichen Planungen und Mittelbewilligungen für die Weiterführung der von Luxemburg aus unter Belval-Ouest hindurchführenden
Schnellstraße auf französischer Seite („Liaison
Micheville“) gibt ein erstes Beispiel für politische Komplexität bzw. die Ungleichzeitigkeit
der Entwicklung. Die jüngst vom französischen
Staatspräsidenten angekündigte Schaffung einer nachhaltigkeitsorientierten Modellsiedlung
(EcoCité) auf lothringischer Seite erzeugt eine
neue Dynamik, deren Folgen für das Gesamtprojekt noch nicht absehbar sind.
Ein weiterer, eingangs bereits angedeuteter
Konfliktpunkt liegt im Bereich des Umgangs
mit dem industriekulturellen Erbe des Standorts.
Zwar bescheinigt der für diesen Bereich operativ verantwortlich zeichnende Fonds Belval dem
Hochofenensemble herausragende Bedeutung:
« Les deux hauts fourneaux seront l’articulation
centrale de la Cité des Sciences, non seulement
Terres Rouges
sur le plan urbain mais également sur le plan
conceptuel, culturel et sémantique. »14
Dennoch gab der Umgang mit den Abriss- und
Sicherungsarbeiten an den Hochöfen und in
ihrem Umfeld vielfach Anlass zu offener Kritik. Anders als bereits 1998 von der nationalen
Denkmalschutzkommission angeregt und im
Regierungsbeschluss vom 14. Februar 2005
festgehalten, sollen wesentliche Elemente der
Hochofenterrasse nun doch nicht in ihrem funktionalen Zusammenhang erhalten bleiben. Dies
wird nicht nur von lokal engagierten Initiativen
wie etwa der Amicale des Hauts Fourneaux A
et B15 bemängelt. Die fortwährenden Debatten
können hier nicht im Detail wiedergegeben werden, drehen sich aber im Wesentlichen um die
sukzessive Ausweitung des Démantèlement der
Hochöfen, die Überbauung der Fundamente des
Hochofens C, die weiter unklare Zukunft der
benachbarten Gasgebläsehalle (Halle des Soufflantes) sowie den ursprünglich nicht vorgesehenen Teilabriss des so genannten Highways.
Bei letzterem handelt es sich um eine ehemals 538
Meter lange, auf Betonstützen stehende LKWTrasse, die unter den Hochöfen hindurch­führt
und nach Vorstellung der Masterplaner nicht
nur ein imposantes Zeugnis der Produktionsanlage darstellt, sondern auch einen idealen
Fußweg zwischen der südlichen Erschließung
des Geländes (Bahnhof) und dem Hauptgebäude der Universität, der Maison du Savoir.
Deshalb war vorgesehen, die Trasse in Gänze
in die künftige Nutzung zu integrieren. Im Zuge
der Abriss- und Sicherungsarbeiten an den
Hochöfen wurden jüngst jedoch Teile der Trasse
abgerissen; weitere Abschnitte sollen nicht
in Originalform erhalten, sondern abgetragen
und später durch eine moderne Nachbildung
ersetzt werden.
Geplant ist der Bau eines Centre National
de la Culture Industrielle (CNCI) zwischen den
beiden erhaltenen Hochöfen, in dem indus-
Die räumlichen Implikationen des Projektes Belval-Ouest
triekulturelle Themen im weiteren Sinne, also
nicht nur Technikgeschichte und die Biographie
des Standorts, sondern auch sozio-kulturelle
Aspekte der industriellen Arbeit und Gesellschaftsentwicklung in Südluxemburg thematisiert werden sollen.
Die oben bereits erwähnte „Landmarkenfunktion“ der beiden erhaltenen Hochöfen hat
als Wiedererkennungsmerkmal des Standorts
besondere Bedeutung. Die Höhe des unmittelbar benachbarten DEXIA-Gebäudes sowie der
(bewusst) um wenige Meter höher geplante
Turm der Maison du Savoir - evtl. auch weitere zukünftige Bürobauten – werden jedoch
die Sicht auf diese Landmarke aus westlicher
und nördlicher Richtung enorm einschränken.
Weithin sichtbar werden deshalb eher profane Bürobauten sein – auch eine Landmarke,
aber sicher mit weniger identitätsstiftendem
Potential.
Ausblick
Der Erfolg des Standorts Belval-Ouest wird von
einer Vielzahl exogener und endogener Faktoren
abhängen. Zu ersteren zählt insbesondere die
(krisenbedingt derzeit zurückgehende) Investitionsbereitschaft privatwirtschaftlicher Akteure,
aber auch die weitere Mobilisierung öffentlicher
Gelder für den Ausbau der Cité des Sciences.
Die Ausgestaltung des Standorts wird maßgeblich sein für seine Akzeptanz durch die jetzigen
und künftigen Nutzer. Fragen der Aufenthaltsund Umweltqualität sowie der Erreichbarkeit,
Wohnstandards und Angebotsstrukturen werden über die Nachfrage mitentscheiden. Große
Fragezeichen stehen hinter den ambitionierten
verkehrspolitischen Zielen, den zu erwartenden Komplementärprojekten auf französischer
Seite sowie hinter der Frage der Integration des
Standorts in das lokale Umfeld. Diesem Aspekt
sollten nicht nur die umliegenden Gemeinden
besondere Beachtung schenken.
14 Fonds Belval (Hg.), Les hauts fourneaux de Belval (2009) :
http://www.fonds-belval.lu/TexteArchi_Suivant.php?menu1=2&menu2=HFAB&menu3=1&position=0&compteur=1
(letzter Abruf 14.07.2009).
15
Amicale des hauts fourneaux A et B : http://www.hauts-fourneaux.org/ (letzter Abruf 14.07.2009).
143
Autorenverzeichnis
Marion Colas-Blaise
Professeur de linguistique et sémiotique françaises à l’Université du Luxembourg; directrice du
Bachelor en Cultures européennes/études françaises
Paul Di Felice
Chargé de cours en Arts visuels à l’Université du Luxembourg
Norbert Franz
Privatdozent für neuere und neueste Geschichte an der Universität Trier; directeur de projet à
l’Université du Luxembourg
Peter Gilles
Professeur de linguistique à l’Université du Luxembourg; responsable du Laboratoire de
linguistique et de littératures luxembourgeoises
Michael Overbeck
M.A., Mitglied der Arbeitsgruppe “Archäometallurgie” an der Westfälischen Wilhelms-Universität
Münster, dort derzeit Promotion im Fach Ur- und Frühgeschichtliche Archäologie, 2003-2005
Ausgrabungsleiter im Genoeserbusch bei Peppange
Michel Pauly
Professeur d’histoire luxembourgeoise transnationale à l’Université du Luxembourg; responsable
des ‚Etudes luxembourgeoises‘ à l’Unité de recherches IPSE; responsable du Laboratoire
d’Histoire
Tonia Raus
Doctorante à l’Université du Luxembourg et à l’Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3
Damien Sagrillo
Assistant-professeur de musicologie à l’Université du Luxembourg
Julie Schroell
Licenciée en histoire contemporaine, réalisatrice et scénariste
Christian Schulz
Professeur de géographie à l’Université du Luxembourg; directeur de l’Unité de recherche IPSE
Myriam Sunnen
Docteur en littérature française; enseignante de français au Lycée Michel Rodange, Luxembourg
Frank Wilhelm
Professeur de littérature française à l’Université du Luxembourg; responsable du Centre d’études
et de recherches françaises et francophones en Littérature et Linguistique
144
145
La Fondation Bassin Minier est un établissement d’utilité publique créé en 1989 qui a pour objet de contribuer à la
valorisation culturelle de la région du Bassin Minier, en participant à l’organisation d’activités et à la mise en oeuvre
de projets dans les domaines de la culture, de l’écologie, du tourisme et du patrimoine industriel. Partant de l’histoire
industrielle, ouvrière et des migrations de la région du Bassin Minier, la Fondation est un instrument privilégié d’une
transmission vivante de cette histoire et assure le rôle de témoin dynamique d’une culture qui se veut prospective. La
Fondation Bassin Minier bénéficie du soutien financier du Ministère de la Culture.
Die Fondation Bassin Minier ist eine gemeinnützige Stiftung, die 1989 mit dem Auftrag geschaffen wurde, zur kulturellen
Entwicklung im Luxemburger Erzbecken (Bassin Minier) beizutragen. Die Stiftung beteiligt sich an der Umsetzung und
fördert Projekte in den Bereichen Industrieerbe, Kultur, Umwelt, Tourismus und Innovation. Von der Wirtschafts-, Migrationsund Sozialgeschichte des Bassin Miniers ausgehend und den Bogen spannend bis zur heutigen Entwicklung der Region als
Forschungs- und Technologiestandort, möchte die Stiftung die Rolle eines Übersetzers spielen, der Geschichte mit Zukunft
verbindet und Perspektiven für eine starke Region aufzeigt. Die Fondation Bassin Minier wird vom Kulturministerium
finanziell unterstützt.
urg
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1 Lux
L-298
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Comm ier.lu
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a
t
n
o
c
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