Ethno_Lefebvre_1987_350b pdf - Ministère de la Culture et de

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Ethno_Lefebvre_1987_350b pdf - Ministère de la Culture et de
RITUELS :
REPAS D'ENTREPRISE ET FETES SYNDICALES
DANS LE MILIEU DU TRANSPORT PAR ROUTE
VOLUME II
AVRIL 87
VOLUME IV de L'étude des
routiers dans La région Lyonnaise.
Recherche effectuée pour
La Mission du Patrimoine EthnoLogique (Ministère de La CuLture)
et financée par La Mission du Patrimoine EthnoLogique
et La C.F.D.T./F.G.T.E. Rhône ALpes.
Bruno LEFEBVRE
Ethnologie
urbaine & industrielle
18. quai Jayr 69009 LYON
'S» 78 83 78 04
:.rono
LEFEBVRE
Ethnologie
urbaine & industrielle
• '.rit Jayr 69009 LYON
-• - 78 83 78 04
TABLE DES MATIERES
I - INTRODUCTION
3
1. A La recherche des.rituels
3
2. Rappels sur la méthode et la démarche
8
II - LES RELATIONS DANS L'ENTREPRISE ET LES
COMPORTEMENTS ECONOMIQUES
11
1. L'image publique des entreprises de transport
12.
2. Loueurs, affréteurs et gestion des stocks
15
a) Le groupe R.
15
b) Le groupe S.
17
c) Les transports M.
19
d) Les transports N.
21
e) Conclusion
23
3. Droits d'expression des salariés et
cercles de qualité et de progrès
25
III - RITUELS ET SOCIABILITES LOCALES
33
1. La Lance ou la désaffection des rituels
33
2. L'entretien des véhicules à Verly
46
a) Les équipes de chauffeurs
46
b) La ritualisation des comportements
professionnels
56
c) Le réseau des artisans locaux
- 1 -
60
3. Les transporteurs de Morly
63
4. Les transporteurs de Bergère
69
IV - QUELQUES MOUVANCES SYNDICALES
75
1. La position ordinaire d'un syndicaliste
77
2. Le bal de Noël de La F.N.C.R.
84
3. Les arguments d'un syndicat indépendant
87
4. L'affaire Borille
101
5. L'affaire Otra
114
V - CONCLUSION : ET L'ALIENATION ?
133
ANNEXES
143
- 2 -
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I -
INTRODUCTION
INTRODUCTION
1. A LA RECHERCHE DES RITUELS
Ce quatrième
volume de notre
étude
sur
les
routiers
doit
être
comme les autres, considéré comme un recueil de notes d'enquêtes. Les rythmes
d'acquisition de données étant différents selon les espaces investis, certains
paragraphes ou sous-chapitres
feront
référence à des écrits antérieurs afin
d'éviter les redites. Je m'excuse auprès du lecteur des difficultés que cela
entraîne. Une réécriture de l'ensemble apparaît nécessaire.
L'étude fin 83 et 84/85 portait
sur
la question des identités.
Nous y avions entrevu la complexité et l'hétérogénéité du milieu professionnel, la diversité des travaux effectués par les conducteurs de poids-lourd.
Des modes de sociabilité particuliers en situation de route semblent répondre
à des déplacements spécifiques inscrits dans l'espace et Le temps, dans des
aires de travail et des fréquences, ainsi qu'à des origines et des trajectoirès~soc i à Ces" désorma i s b i erTTdent i f i ées.
—
hors
ont
Si l'on résume—les rassemblements et rencontres entre chauffeurs
des
lieu
bâtiments
au bord
des
des
producteurs,
routes, dans
chargeurs,
les
clients
relais et
ou
transporteurs,
les parkings. Ces arrêts
sont à la fois imposés juridiquement aux conducteurs, et importants symboliquement, car les chauffeurs travaillent seuls.
Ces moments stratégiques ont donc plusieurs fonctions :
- une fonction d'information "technique" à propos de la mécanique,
de l'état de la route, des attitudes des chargeurs ;
- une fonction "structurale" dans le sens où les groupes de même
appartenance
négocient
et
hiérarchisent
leurs
statuts
professionnels
dans
une assemblée ;
- une fonction "politique" car quels que soient
les groupes et
l'argumentation, Les hiérarchies restent identiques, sanctionnées par l'assemblée. L'interdit
qui
consiste
à ne mentionner
explicitement
ni
sa
famille
ni ses rémunérations permet néanmoins à chacun de jouer l'opacité ou la transparence de ses actes face au contrôle des pairs ;
-3-
et
conjuration
enfin,
des
une
risques
fonction
physiques
climatiques, mais aussi
"culturelle"
et
dont
financiers
dûs
l'expression
aux aléas
est
la
mécaniques,
aux aléas des contrôles des administrations
ou des
exigences ou refus des chargeurs. Face à la marge de liberté, "l'autonomie"
du métier
qui
consiste
surtout
dans
la manière
dont
on
rattrape
perdu suite aux aléas -on peut
soit
se passer de manger, soit
Le temps
rouler très
vite- s'expriment des fables, des récits de transgressions qui peuvent illusionner.
L'étude sur les rituels avait pour but de saisir à la fois comment
les valeurs qui sous-tendent
Les comportements professionnels se diffu-
sent, et d'un point de vue diachronique, par quel syncrétisme elles ont été
produites. Nous
opposons
donc
les
conduites
stéréotypées
ev
emotionelles,
non imposées par la nécessité, des moments stratégiques, conduites ritualisées
selon
qui
une
définition
biologique
aux
rituels
de
définition
anthropologique
se déroulent dans un lieu précis et de manière régulière, où une nette
séparation entre acteurs et spectateurs est établie, où les séquences d'actes
sont prévues et connues. Mais trouver de tels rituels dans le monde du transport par route n'est-il pas une simple vue d'esprit?
Toute
un but
technique
d'entreprise
réunion
de
ou festif
par exemple est
chauffeurs
suppose
par
le
transporteur,
qu'elle
ait
leur participation. En outre, le repas
strictement
interdit
à toute personne qui n'y
travaille pas, ami, frère ou cousin ; seuls les épouses et les enfants sont
tolérés. Alors qu'il est possible pour l'ethnologue de participer à des manifestations conviviales organisées par les chauffeurs eux-mêmes à l'extérieur
de l'entreprise, être présent au repas d'entreprise est interdit par le patron et les salariés n'en voient guère l'utilité même s'ils comprennent très
précisément
l'objectif de la demande. Sur le plan du terrain, cette démarche
s'est soldée par un échec.
Nos hypothèses premières du repas d'entreprise comme outil efficace de gestion du personnel se rattachent
d'entreprise", cheval de bataille
à une problématique de "culture
actuel du patronat
: ce concept
confère
en effet une caution symbolique à des mesures disciplinaires pures et simples.
La "culture d'entreprise" n'est pas, selon une définition prosaïque "générée
par les hommes, mais le résultat d'un processus d'ajustement par le patronat
ou
les directions de
l'organisation
du travail en
fonction
des salariés et de leurs dispositons ou blocages affectifs.
- kr-
des
compétences
Or
La stabilité du personnel par
rituel peuvent avoir de l'influence n'est
laquelle
absolument
les répétitions
d'un
plus un impératif
pour
l'entreprise, exceptées celles qui sont très dépendantes économiquement d'autres transporteurs et de petits producteurs artisans, ou encore
celles qui
tiennent absolument à maîtriser un fret à forte plus-value, dit "fret à risques" (armes, lingerie, spiritueux, produits pharmaceutiques, HiFi...).
Dans
ce deuxième
cas
des
formes
"plus
modernes" que
le
repas
d'entreprise qui établit un consensus entre les acteurs à propos d'une activité, d'un
type de travail
censés ne pas évoluer, sont mis en place afin de
contrôler le personnel.
La gestion du personnel, c'est à dire, les critères
les manières de transmettre
d'embauché,
les ordres et de sanctionner, d'établir ou non
des moyens de communication entre différentes catégories de personnel, d'organiser les services sociaux, de contrôler les comités d'entreprise
existent, semblent
bien plus importants pour comprendre
comment
lorsqu'ils
les conduc-
teurs acquièrent des normes de comportement au travail.
Les
fêtes
syndicales
sont
également
un
sujet
d'ambiguïté. Tout
d'abord, la fête n'est pas l'objectif d'un syndicat et l'on pourrait s'attendre à ce que cette manifestation
consacre ou prétende, comme
partis politiques, à une forte implantation
seul
syndicat
de
routiers
qui
se
: ce n'est
revendique
les fêtes des
le cas d'aucun. Un
"traditionnaliste"
(au
moins
par les écrits de sa direction parisienne) en organise régulièrement en RhôneAlpes.
Nous avons cherché, à travers une histoire du syndicalisme routier, quelles étaient
ont
été
les
grèves
les sources d'inspiration
ou
des revendications, quelles
les révoltes, considérant
que
le syndicat
pouvait
être une institution, (une caisse de résonnance), qui amplifie certains événements, en censure d'autres, et construit
une mémoire de référence pour les
travai H e u r s .
Dès les premières lignes du premier volume, nous avions mentionné
que la profession n'avait pas de mémoire mais uniquement des souvenirs individuels. Cette absence peut s'expliquer
entre
les
chauffeurs
par le très grand décalage qui existe
sympathisants, dans
une
entreprise, à un
moment
donné
et la logique du permanent, la plupart du temps en désaccord avec son bureau
central
et qui
fait exister, par son engagement, la totalité d'un
-S-
syndicat
régional, c'est à dire, quelques militants. La mémoire est détenue par quelques personnes seulement et une pratique (bizarre tradition) (!), finalement
répandue, consis te à ce que le nouveau permanent détruise les archives de
son prédécesseur.
En bref, nous ne savons rien de la C.G.T/Route disparue en RhôneAlpes il y a quelques années, rien de F.O. et de la C.F.D.T. avant 1971,
et beaucoup par contre sur la F.N.C.R. à partir de 1936 ainsi que sur un
syndicat oublié, le S.N.I.R. (*) créé en 1952 et supprimé en 1974.(1)
Ces absences, ces dissolutions, ces bris, sont-ils
spécifiques
aux syndicats de conducteurs qui ne seraient pas^(?) inscrits dans l'histoire?
Si
L'on cherche une spécificité, rares sont
les salariés qui
manifestent,
font grève et prennent des risques juridiques sur ordre et payés par leur
patron, comme
saisir
les
en février
1984. Nous glissons donc dans
valeurs professionnelles
qui
génèrent
la perspective de
certaines
conceptions
du
monde du travail, de l'économie, du rôle de l'état, de la notion de fête
à celle de manifestation syndicale, point de repère de diverses sensibilités
bien éloignées souvent des étiquettes politiques que l'on attribue à chaque
syndicat.
L'entreprise,
les manifestations
et
expressions
patronales ont
été étudiées dès le premier volume à la lumière des événements de février
1984. La parole publique du patronat, son sens de l'honneur prétendu (nonspécifique aux seuls patrons du transport
routier), sont exprimés
lors de
rituels tels que les Journées du Transport départementales, les Foires, les
Championnats de meilleurs conducteurs, les courses de rallye^font apparaître
des valeurs communes entre l'employeur et l'employé, mais communes également
avec
les spectateurs, tous soit motards, soit automobilistes. Ces rituels,
les seuls ou i l y ait acteurs et spectateurs, .
des
un déroulement prévisible
séquences, sont adressés aux "sédentaires". Quels usages
en font
les
routiers, sinon d'affirmer leur différence, d'être "de la partie" ? Ces rituels répondant à une définition classique, ouvrent les pistes d'une anthropologie qui viserait à cerner le processus d'élaboration des valeurs qui donnent
(*) : Syndicat National des Indépendants Routiers
(1) : Je remercie MM. NIERFLEX, MASCÓLO, PECHIN, DE SAULIEU, syndicalistes.
-€-
sens à L'usage du moteur à explosion : on se trouve obligatoirement confronté
à
l'histoire
sociale du XXème siècle, avec ses révolutions techniques, ses
bouleversement politiques, ses fonctionnements économiques incontrôlés (1).
Nous ne reprendrons
tions, d'expositions,
la puissance
de
pas
rituels
dans cet écrit
adressés .aux
la description
sédentaires, qui
économique et politique des transporteurs
et dont
d'anima-
démontrent
la fonction
explicite est de faire pression sur les pouvoirs publics tant au niveau local,
où le groupement professionnel routier Rhône-Alpes compte 500 adhérents pour
950
entreprises
Loire
et
recensées, soit
l'Ardèche,
qu'au
20 000 salariés
niveau
national, par
dans
le Rhône, l'Ain, la
le biais
de
la
F.N.T.R..
Reportons-nous à la conclusion.
Les stratégies
locales des transporteurs ne visent pas seulement
le domaine économique et politique mais aussi celui d'une main-d'oeuvre qu'il
faut attirer et par laquelle il faut se faire reconnaître si l'on veut installer son pouvoir dans
la durée. En ce sens, les manières de
regrouper
les
chauffeurs entre eux, de négocier avec eux la valeur de leur travail peuvent
se prolonger
à
l'extérieur
de
l'entreprise
de façon diffuse, par ce qu'il
est convenu d'appeler la sociabilité locale. Les rituels d'entreprise généreraient
donc
dans
certaines
conditions
des
systèmes
de
relations
inscrits
dans l'espace de résidence. Toutefois, il convient de préciser que les comportements
économiques, dont
la
brève
description- a
pu
paraître
fastidieuse
dans le volume II (2) déterminent les conditions de ritualisation.
Nous débuterons donc
cet écrit avec
le souci
de poser quelques
bornes face à la tentation de généraliser une analyse qui tendrait à définir
le
rituel
d'entreprise
comme
le
seul processus
d'injonction
symbolique
de
valeurs professionnelles. Dans certains cas, comme celui des loueurs, l'organisation des services de transport est telle que le regroupement de salariés
ne se justifie pas. Dans
le soin
à
le cas des holdings, les commissionnaires
leurs affrétés
leurs hommes. Des
activités
de
régler
eux-mêmes
considérées
annexes
(1) : VOL. III des routiers ou 1er des rituels.
(2) : VOL II : les entreprises, p 30 à 42.
- *? -
la discipline
pour
laissent
au travail
de
le transporteur, mais
qui
cependant
deviennent
de plus en plus importante, comme
La gestion des
stocks, dans Le chiffre d'affaire, rendent Les ritueLs obsolètes, tout comme
La
construction
droit
d'une
d'expression
cuLture
des
d'entreprise
salariés
est
"à
confondus
La
japonaise"
avec
Les
où
cercLes
Le
de
récent
quaLité
ou de progrès.
La deuxième partie rend compte d'une série de monographies LocaLes
appréhendées de manière ordinaire en ethnoLogie. QueLles stratégies d'intégration
ils
Locale ou professionnelle,
lorsque
Les
transporteurs
ou quelles
qui
ont
dans
ruses
La
les chauffeurs
commune
d'autres
emploientactivités
ou responsabilités que celle d'employeur, affirment une volonté de signifier
leurs pouvoirs
? Les
conditions de ritualisation
sont-elles dépendantes de
l'histoire de ces communes à Laquelle les transporteurs participent
Enfin, nous
chercherons
au travers de mouvances
Í
syndicales, de
grèves, de révoltes, de Leurs publicités et interprétations partisanes, des
révélateurs de la volonté de construire une identité collective, de se rattacher à une tradition
ouvrière, ou bien de mettre en scène un culte des
héros et des pionniers. Ces histoires des conceptions du métier sont à relier
bien
sûr
aux
"bribes
d'une
histoire
technique
et politique"
(1) que nous
n'évoquerons pas ici par souci d'éviter la répétition.
2. RAPPELS SUR LA METHODE ET LA DEMARCHE
Nos
méthodes
d'investigation
n'ont
pas
fondamentalement
changé
par rapport à ce que nous avions expliqué dans le volume II. Nous investissons
toujours
Les quatre
espaces
que
sont
Le domicile,
l'entreprise,
la cabine
du camion, Les relais et parkings, de La même manière, soit par réseaux de
connaissances en nous faisant recommander, soit de manière impromptue.
Mais depuis fin 1983, la manière dont l'ethnologue est identifié
a changé. Dans une quinzaine de relais de L'agglomération que nous continuons
à fréquenter
afin de vérifier
la régularité des comportements, nous
sommes
devenu un quasi-habitué. Le tutoiement et la poignée de nain sont de rigueur
avec
Le patron, ce dernier
sachant
que nous habitons
la région, vaguement
chauffeur, vaguement autre chose : (tel qu'on me salue, je deviens un "gone").
(1) : Vol. III - p. 54 à 83.
-8-
Connaître de plus en plus de chauffeurs ne présente plus aucune
difficulté : certains nous invite chez eux afin de nous présenter à des collègues ou nous emmènent à leurs domiciles ; mais plus rares sont ceux qui nous
introduisent dans leur entreprise. Avec d'autres, qui n'habitent pas l'agglomération, nous entretenons des correspondances épistolaires ou téléphoniques,
et c'est
ainsi que nous avons pu être invité à des bals et championnats où
nous avons été présenté en qualité d'ami, et "pris en charge financièrement".
Les responsables départementaux de la F.N.T.R.,de
des PROMOTRANS, observent
d'exposition
par
à notre
l'intermédiaire
égard
de
une neutralité
l'éco-musée
l'U.N.O.S.T.R.A.
polie. Nos
Nord-Dauphiné
et
projets
de
films
ont changé notre image dans un sens négatif. Par bruits retours, indicateurs
de rumeurs, nous savons être considéré par des responsables de l'A.F.T.
qui
ne nous ont jamais rencontré, comme un "grand costaud avec des cheveux longs,
en blouson de cuir", c'est à dire un espèce de voyou (seule la première qualification
est
approximativement
exacte). Les
responsables
départementaux
de
la F.N.C.R. nous ont interpelé en déclarant que "les éco-musées, c'est tous
des communistes". Ils nous tolèrent cependant
lors de leurs réunions sachant
que nous entretenons des relations civiles avec
leurs permanents parisiens,
mais à chaque rencontre, ils nous demandent d'expliciter nos contacts avec
la C.F.D.T..
Seules
d'ex-permanents
les
relations
de syndicats
interpersonnelles
permettent
avec
de comprendre
des
permanents
ou
la dynamique de leur
mouvements et d'avoir accès aux archives. Dans quelques cas, la correspondance
entre syndicalistes, lors de conflits, est tellement précise et compromettante pour d'autres
syndicalistes ou hommes politiques que
l'analyse
que
l'on
peut publier doit rester à un niveau très général.
Les rencontres avec
les transporteurs sont aisées par l'intermé-
diaires de leurs représentants syndicauxYlors des foires mais ils sont très
réticents pour nous permettre de rencontrer librement leurs ouvriers. Certains
nous identifient comme "un psychologue d'entreprise" lorsqu'eux-mêmes rationnalisent
manière
nous
leur gestion du personnel. Il est possible de prendre contact de
satisfaisante
connaissons
pour
l'ethnographe
le transporteur
depuis
avec
plusieurs
Dans tous
les autres cas de monographies qui
rencontres
ont
indépendante
de
été permises
celle
du
par
un
parent
du
transport, également
été utile pour aborder les conducteurs.
les
chauffeurs
années
figurent
que
(cas
de M. C ) .
dans ce volume, les
transporteur, de
"enfant
lorsque
profession
du pays", ce qui a
Les monographies
ration où nous avions
Locales de communes
depuis
quelques
années
périphériques
contacts
à L'agglomé-
et observations
ont
d'abord été appréhendées avec La construction des shémas de parenté des élus
au conseil municipal, parmi
Lesquels on trouve
(forcément
producteurs de marchandises ou de services, donc
!) La plupart des
les transporteurs
; ainsi
que les responsables des associations culturelles et sportives. Cela ne veut
pas dire, si
quement
l'on reprend notre projet
initial, d'appréhender
La ville par ces rapports d'échange
anthropologi-
et de trafic, que nous faisons
de ces communes des métropoles en miniature, bien que l'on puisse évidemment
trouver parmi
les grandes parentés lyonnaises hommes politiques, industriels,
constructeurs de véhicules (BERLIET/MERIEUX) alliés entre eux, plus des transporteurs, présidents des clubs sportifs prestigieux de la région.
Si
est cependant
dernières
l'on n'assimile
commune, c'est
années
(deux
pas ces objets d'investigation, une démarche
celle du recours à l'histoire de ces cinquante
générations
seulement
! ) , Locale dans
certains
cas
mais rapidement nationale ou européenne dans d'autres.
Nous
avons
cependant
élaboré
en
quatre
ans, par des
relations
inter-personnelles, un réseau d'informations où salariés, artisans, entrepreneurs, fonctionnaires
nous font
saisir
de
diverses
administrations,
permanents
la dynamique de divers processus, comme
de
syndicats
Les conflits, Les
fraudes réprimées, Les révoltes, les négociations. La diversité de nos interlocuteurs n'aboutit pas pour autant à la dissolution d'une identité d'ethnologue (en admettant que cette identité nous soit reconnue par quelques "instances"), ni ne glisse vers un militantisme syndical (je ne suis pas chauffeur),
ou encore vers des recherches finalisées et rémunérées en vue d'une meilleure
"productivité" dans l'entreprise.
En
est
même
temps
rendue possible par
espaces
sociaux
auxquels
que
la
constitution
de
la durée. une analyse de
participe
chaque
ce
réseau
d'information^
l'articulation
des divers
conducteur. Nous avions
expliqué d«.
quelles conditions d'observation directe et de recueil de matériaux découlait
l'investigation
de tel ou tel espace abordé au préalable pour chaque chauf-
feur. La maîtrise de chaque première
rencontre
induit une suite pertinente
ou non de l'enquête et la poursuite vers d'autres espaces. Les observations
directes, participantes
ou non^ des
systèmes
de relation au bord des voies
routières, des entreprises, des lieux de résidence, permettent de comprendre
l'articulation
(par
ségrégation,
chevauchement
- 10-
ou
intégration)
des prises
de rôles de L'acteur dans sa trajectoire sociale (1). Mais l'on saisit aussi
la dialectique entre la logique de l'acteur et les systèmes de normes locales.
Le recours à la diachronie se justifie également pour comprendre les processus de
production
des
différents
rapports
sociaux
à
l'entreprise
ou
dans
l'espace de résidence. Les rapports sociaux au bord des routes font référence
à la genèse de notre culture ordinaire.
L'étude des
diachronie
puisqu'on
salariés vis
mouvements
peut
à vis non
penser
syndicaux
fait
également
qu'ils ont généré
seulement
de
leur travail
référence
à la
certaines attitudes des
et
de
leurs
employeurs,
mais également de leur manière d'habiter.
Nos
premières
observations
directes
en
situation
de travail ont pu être taxées de "phénoménologique"/ tant
le rapport à l'outil participent
de
route
et
les pratiques et
de la culture ordinaire du moteur à explo-
sion. Les observations dans le cadre d'une entreprise permettent plus facilement un regard distancié. En effet, les rapports hiérarchiques s'y expriment
avec plus d'évidence et ils ne correspondent pas au système de catégorisation
pratique,-au cliché que seraient des "rapports d'exploitation et de domination
//
//
économique" ou des rapports d'une grande famille.
Des processus
se dégradent
la
de
et s'adaptent
sociabilité
ritualisation
à l'extérieur
industrielle
devient
une
dans
l'enceinte
de
de celle-ci, ou si
sociabilité
l'entreprise
l'en préfère,
urbaine.
Inversement,
les convenances locales des espaces d'habitation, Z.U.P., lotissements pavillonnaires
(que
nous
avions
étudiés
il y a quelques
années), ou
quartiers
anciens populaires modèlent les manières de signifier son appartenance.
La
pertinence
d'utiliser
les
observations
indirectes
que
sont
interviews et histoires de vie salariales ou patronales ne sont pas de les
restranscrire brutalement
sont
utilisées
dans les processus globaux de notre société. Elles
pour comprendre
la stratégie et
les attitudes
objectivement
"adaptées", conformes à ce qui est possible, d'un individu parmi ces différents espaces.
Quant aux mouvements
syndicaux, nous aurions aimé en rester aux
faits, mais considérant qu'ils "parlent d'eux-mêmes" uniquement aux partisans
de telles ou
analyse
telles opinions, nous
extrêmement
délicate. On
sommes
comprendra
confrontés à la nécessité d'une
donc que nous nous
interdisons
la mise à jour d'une symbolique homogénéiste, tant les attitudes collectives
ont pu être et sontdiverses.d'un folklore nostalgique ou d'une réalité fictive.
(1) : "S'engager, se reconvertir ou s'installer dans le métier : constitution
des trajectoires sociales, rapport au salariat et recherche d'autonomie B.L. - Ctre de recherches interdisciplinaires de Vaucresson - juin 1986.
- 11 -
I - LES RELATIONS DANS L'ENTREPRISE
ET LES COMPORTEMENTS ECONOMIQUES
I - RELATIONSDANS L'ENTREPRISE ET COMPORTEMENTS ECONOMIQUES
1, L'IMAGE PUBLIQUE DES ENTREPRISES DE TRANSPORT
Lors du salon des transports, à EUREXPO, dans
La périphérie de
LYON, début 1986, La plupart des grands groupes de transport européens ainsi
que
les entreprises
cette manifestation
dustriels, de
importantes
est
avant
commerciaux
de
la
tout
région
sont
présents. L'objectif
commercial. Le public
est
composé
de moyennes entreprises de transport
qui
de
d'in-
recher-
chent des contrats d'affrètements, de petits producteurs... Les stands, aux
couleurs des groupes, couleurs que l'on retrouve sur les semi-remorques qu'ils
affrètent, sont très soignés.
Les cadres qui animent les stands sont jeunes, en chemise blanche,
cravate et blouson de cuir noir. Les démonstrations informatiques, aux principes calqués sur l'organisation du 505ème régiment du train de la 5ème région
militaire, visent à maîtriser
fret
en
cours
la logistique, la quantité et la position du
de déplacement.
Elles
sont
effectuées
par de jeunes
femmes
vêtues de mini-jupes de cuir et de bas résilles. Les secrétaires de direction, plus âgées, portent
robe ou tailleur classique agrémenté de fins col-
liers d'or en sautoir.
Le stand S.N.C.F. et T.G.V. est désert.
En cette ambiance
très
silencieuse, où
les tractations
se font
en public mais à voix feutrée autour de tables basses sur lesquelles trônent
des bouteilles
de whisky
que
l'on
utilise
peu... Seul dénote
le stand du
service de la Navigation, (Office National de La Navigation) où les cadres,vêtus de pull-over
et pantalon
de velours côtelé sont
très bruyants, autour
d'un tonneau de Beaujolais, selon la "tradition" lyonnaise.
L'objectif
de ces expositions
matériel, mais dans le fait, parmi
recherchent
un affrètement
ou
les
serait
la vente de service ou de
le public, rares sont
producteurs
qui
les artisans qui
proposent
du
fret. Les
sommes importantes dépensées pour louer un stand équipé et décoré (une seule
société ayant
le monopole) servent en fait à rencontrer les clients fidèles
et pour les agents commerciaux de différents groupes, à discuter entre eux.
Les grands groupes internationaux, commissionnaires
de transport
offrent d'étudier, d'organiser, de contrôler et de coordonner toute opération
terrestre, aérienne ou
maritime
; se
chargent
- 1X-
également
de
la
couverture
du fret
par
Les assurances et des
formalités
des douanes. Ces groupes orchestrent
requises par
également
L'administration
Le conditionnement, L'embal-
lage/ le stockage, le convoyage, le ramassage, Le groupage des marchandises.
Certains
de
ces
groupes, connus
comme
"français" étaient
à
l'origine
des
services de transport pour compte propre de constructeurs de véhicules comme
PEUGEOT ou RENAULT. D'autres groupes européens sont spécialisés dans Le transport de marchandises spécifiques sans offrir Les mêmes services de stockage.
En Rhône Alpes, selon nos estimations, 50 % des chauffeurs qui
conduisent
des véhicules à leurs couleurs seraient des travailleurs
Le
maires
rité et
recours à ce type de main-d'oeuvre est expliqué par
l'imprévisibilité
contrats d'achat
sociétés
messageries
la production
offrent
des
des auto-
|_es
restreints
: les cartes de France de Leurs dépliants publicitaires sont co-
lorées
fonction de
services
leurs délais de livraison. La régularité
bilité de leurs enlèvement
gionaux) seraient
de
de
l'irrégula-
mobiles.
en
grandes
des
intéri-
et distribution
(effectués par
et
plus
la fia-
les livreurs ré-
Leurs atouts principaux. Des lignards, employés dans d'au-
tres sociétés assurent
la jonction
entre centres de distribution, mais
les
colis peuvent également transiter par Le train ou l'avion.
Enfin, de puissantes sociétés (issues du compte propre ou du compte d'autrui
ont pris
Leur essort en 1946. Equipées de 5 véhicules ; elles en acquièrent
100 en 1950 et en possèdent 500 en 1985. Ces entreprises familiales considèrent
leur fondateur comme un pionnier. D'une envergure internationale, elles
assurent
tous
les types de transports, y compris
nels. Elles font valoir
Les transports
exception-
La stabilité de leur personnel formé à la conduite,
La mécanique, La gestion, le commerce par les services de l'entreprise.
Les syndicats des loueurs de véhicules (qui peuvent être également
constructeurs), représentant
près de 7000 entreprises en France, organisent
un débat entrecoupé de films à caractère humoristique. Très dynamiques, ils
en appellent
à "l'agressivité des commerciaux"
;."L'écoute du client" ; la
"subjectivité" ; "l'imagination" nécessaires à La compétitivité
Ils
affirment
qui
est
ne pas
l*objet->
concurrencer
le transport
Les
pour
compte
Loueurs élargissent
^cl'une viol
iolente polémique avec Le publicTN
- 13 -
économique.
d'autrui
: ce
Leurs services à
d'autres
domaines que celui du seul véhiculage. Leurs clients sont soit de
petites sociétés/ jeunes, en mutation et donc, sans grandes garanties financières, soit des entreprises en difficulté. Dans ce cas, les loueurs offrent
de racheter
le parc
la déchargeant
ainsi
et
les transports pour compte propre de
d'une
infrastructure
délicate
l'entreprise,
à gérer et de sa main-
d'oeuvre "transport" dont les contrats de travail sont renégociés.
"La flexibilité
avouent
prendre
assurent
le
parfois
risque
a fait
de
évoluer
devenir
le stockage
et
la
les esprits" disent-ils, et ils
"concurrents
gestion
du
client", puisqu'ils
administrative
des
chargeurs.
Le chauffeur est donc prétendu plus qualifié que le chauffeur salarié d'une
entreprise
de transport
pour
compte d'autrui. Polyvalent, il assurerait
la
conduite, la manutention, les relations avec la clientèle et les tâches administratives ; ce qui permet une "personnalisation" de la prestation, en contradiction avec la transparence des tarifications.
On peut douter de cette différence de qualification entre chauffeurs. Les
tâches à effectuer
observations,
les
compte propre
raient
pLus
loueur
ou
trajectoires
vers
des
frequentes
que
qu'ils
sont
de
sensiblement
chauffeurs
les mêmes, et d'après
effectuant
du
transport
nos
pour
loueurs ou encore pour compte d'autrui, sembleL'inverse, Que
démissionnent
pour
leur
travailler
société
chez un
les
"vende" à un
transporteur, ils
considèrent le transport pour compte propre comme un apprentissage.
- 14 -
2. LOUEURS, AFFRETEURS ET GESTION DES STOCKS
a ) LE GROUPE R.
Le groupe
GALERIES
avec
des
R.
qui • déjà' en 1905 ravitaillait
camionnettes, loue toutes
sans chauffeur. Il prend également en charge
les NOUVELLES
sortes de véhicules, avec ou
l'entretien,
la vignette, les
taxes, les dépannages des véhicules des clients. Il gère les plans de trésorerie et propose des crédits industriels.
Le groupe possède 5000 véhicules en France et se subdivise en
différentes sociétés, qui, outre le transport industriel, assurent la gestion
des transports urbains de grandes villes françaises, des voyages touristiques
internationaux.
Son
agence, située
dans
la grande
zone
industrielle
du sud de LYON, semble minuscule. 4 comptables de moins de 30 ans ; 3 agents
- 15 -
commerciaux se partagent
Les bureaux vitrés ; 9 mécaniciens assurent
L'entre-
tien des 300 véhicuLes dont eLLe a La charge dans La région.
Le
responsabLe
de
L'agence, un
ancien
miLitaire, organise
des
réunions d'information par catégories professioneLLes deux fois par an.
Les
retrouvent
chauffeurs
qui
travaiLLent
auprès
de
cLients
différents
se
ensembLe à L'agence seLon cette fréquence. Les pannes mécaniques,
Les accidents, Les voLs, ainsi que
Les vidanges ou Les révisions de mote ur
Leur permettent de rencontrer Les mécaniciens une fois par trimestre environ.
Cette agence de f i Li a Les en hoLding forme son personneL par promotion
interne
à
stages
des
grâce
de
aux
services
de
L'A.F.T.. Les
conduite, de commerce, apprennent
d'accident, et une fois
par an, suivent
chauffeurs
à rédiger
une formation
se
rendent
des
constats
spécifique
seLon Le
type de marchandise q u ' U s transportent.
ALors
passage
de
que
Les mécaniciens
La situation
à administratif
est
de chauffeur
peuvent
devenir
à mécanicien
rare. "Les chauffeurs
"administratifs", Le
ou encore, de chauffeur
se reconvertissent
difficiLement.
ILs sont indépendants". ILs seraient reLativement stabLes professionneLLement,
seLon
Le responsabLe de
L'agence, et sont
recLassés
Lorsque
Le cLient fait
faiLLite.
Comme Les
Se»
travaiLLeurs
intérimaires,
Leurs
tâches
quotidiennes
Les conduisent àVsentir davantage proches au niveau reLationneL du personneL
du cLient pLutôt que de ceLui de L'empLoyeur. A teL point "adaptés" aux services proposés, iLs ne se pLaignent qu'exceptionneLLement
dent ceLui-ci Lors de Litiges avec L'empLoyeur.
- 16 -
du cLient,' et défen-
b ) L E GROUPE S.
Le P.D.G. du
holding
S. est
issu d'une
parenté du Nord
de La
France qui débute dans Le transport en 1804, tout d'abord en acheminant Lettres et
journaux
; puis en 1817 en développant
Le transit
de marchandises
entre L'Angleterre et La France.
En 1868, La société s'oriente vers des activités internationales
par
la prise
de contrôle de sociétés
régionales et
L'ouverture
de bureaux
et de filiales en Europe et dans les pays d'Outre-Mer.
En 1962, la société anonyme
se développe aux U.S.A. et à Hong-
Kong. En 1979, le réseau national est restructuré. En 1985, 15 sociétés de
transport par route sont acquises. Elles conservent leur "identité régionale".
Ce premier groupe français "entièrement" privé de transport
ploie quelques 9000 personnes en France dont 4000 s'occupent
internationales. IL couvre
em-
des
relations
le territoire national avec 110 points
d'implan-
tation ; l'Europe avec 200 ; L'Afrique, L'Amérique et L'Asie avec 75 filiales,
délégations commerciales ou partenaires associés.
Le holding utilise tous les modes de transport, et comme d'autres,
organise
Les
commandes,
approvisionnements,
L'étiquetage,
le
stockage,
le montage,
La
la
gestion
transformation.
des
Le
stocks, les
conditionnement
des marchandises. Il a des participations dans des sociétés de charbonnage,
de pétrole
et d'immobilier.
Il ne cotise
pas à la caisse de retraite des
chauffeurs qu'il emploie.
L'agence
internationale
de
la zone
industrielle
sud
emploie
30
personnes : 4 cadres administratifs ; 5 chargés de relation avec Les douanes ;
3
chefs d'exploitation
; 12 jeunes
secrétaires
bilingues
ou
trilingues,
et seulement 6 chauffeurs et manutentionnaires.
En effet,
0W) - fier exposition
les transports en direction
au* FîliaA«.s
S.rt.C.f.
- 17 -
de
l'Italie
et
la Suisse
sont assurés par des tractionnaires ; ceux pour Le Portugal passent par une
entreprise
affrétée
;
ceux
pour
L'Allemagne
utilisent
des
caisses
mobilfiS
échangées à la frontière.
Seule
une
ligne
régulière
vers
la Grande
Bretagne
est
assurée
par deux chauffeurs salariés de L'agence. Le garage et Les 15 attelages annexés à l'agence appartiennent à une société indépendante et servent à faire
transiter
les
semi-remorques
entre
les
différentes
sociétés
dans
la zone
industrielle.
Lorsque des chauffeurs pénètrent dans ce pool vitré où L'on parle
toutes
les
langues d'Europe, ils semblent
très impressionnés. Ils se tien-
nent droits, pieds joints et emploient un langage châtié.
Les
affrétés
et
tractionnaires
réguliers
"sont
presque
de
la
famille". Ceux-là, au nombre de 5 ou 6 dans la région, ont des semi-remorques
aux couleurs du groupe, et l'agence prend en charge Les ennuis mécaniques.
Les cadres, Lors de leurs tractations avec
les affrétés irrégu-
liers refusent absolument de baisser les prix. Le ton est sec, sans réplique.
Le bénéfice de L'agence est de 20 % sur chaque voyage.
Les cadres sont particulièrement attentifs au respect de la réglementation sur les charges et les temps de conduite. Pour un grand transitaire,
"on ne peut pas se permettre de prendre des risques : on est astreint à respecter
La
chauffeurs
Législation". Pour
étrangers qui
L'Angleterre qui
pénètrent
contrôle très sévèrement
sur son territoire,'les
deux
les
chauffeurs
de L'agence roulent "en double" ; ce qui suppose que Les marchandises envoyées
soient très onéreuses, à forte plus value.
Les
"pots" que
chauffeurs
Les secrétaires
et
personnel
organisent
des
quais
ne
participent
pas
aux
entre elles, lors des anniversaires,
par exemple...
(1) : Transporteurs et chauffeurs considèrent que la sévère répression aux
infractions est une mesure protectionniste. Les histoires de garde à
vue suite à une surcharge à L'essieu sont nombreuses parmi les chauffeurs : "Ils L'ont mis à poil devant tout le monde et ils l'ont enfermé
dans une cage avec les drogués ! IL a fallu qu'il ait 45 ans et qu'il
aille en Angleterre pour se retrouver en tôle !".
- 18 -
LES TRANSPORTS M.
Le groupe
auquel
appartiennent
Les transports
étiquette et distribue des produits alimentai res pour
M. gère, stocke,
les grandes surfaces.
L'ensemble du territoire national est couvert au moyen de 7 entrepôts régionaux. Les transports M. distribuent la région Rhône Alpes ainsi que le Cantal,
la Creuse, le Cher, la Nièvre, la Côte d'or et le Doubs. L'évolution du marché alimentaire est récente.
Vers 1972, les grandes surfaces et les supermarchés s'approvisionnent
directement
sistes
chez
le
: ce qui conduit
fournisseur
et
ainsi
à la création de dépôts
court-circuitent
les gros-
régionaux. Les
transports
routiers sont considérés par ces entrepreneurs comme "peu développés" à l'époque.
En
gèrent
1974, avec
la marge de
20 dépôts
régionaux
la première
leurs
coûts
sont
réduits
"crise" économique,
de production
à 7. Les
les
industriels
avec plus de rigueur et les
transports M. se crééent
et se
développent à ce moment, et l'immense entrepôt sur plusieurs étages est installé dans
la zone industrielle d'une petite commune à l'est de
l'agglomé-
ration lyonnaise.
Hormis la maîtrise, parmi
gasiniers, 16
les 46 salariés, sont employés 14 ma-
préparateurs, 5 manutentionnaires, 2 employés
administratifs
et 6 gestionnaires du stock.
Le
ravitaillement
des
supermarchés
CARREFOUR,
MAMMOUTH, EUROMARCHE, LECLERC, STOCK, e t c . . de toute
assuré par
une dizaine
d'artisans
RECORD,
AUCHAN,
la région élargie est
; soit, 25 véhicules de gros et
moyens
tonnages.
L'absence
de
chauffeur
salarié
- 19 -
se comprend
aisément. En effet,
Les périodes
d'inflation
sont
des moments
favorables
pour
spéculer
sur
le
stock d'alimentation et donc, la régularité de la distribution des marchandises sera différente.
En 1986, avec
la nouvelle politique du gouvernement, et
ce d'une nouvelle inflation, Monsieur M. réorganise entièrement
et
les délais
de
livraison
des artisans
âgés de 30 à 45 ans et sont
qu'il
l'amor-
la fréquence
affrète. Les artisans
sont
choisis selon des critères de régularité dans
le travail, de présentation également puisqu'ils contribuent, avec les magasiniers, à l'image de marque de l'entreprise auprès des clients.
Lorsque des
ciles, lorsque
contestations
ont
lieu à propos de tournées diffi-
les chauffeurs, loués en modèle 13, jouent sur la souplesse
de leur temps de travail pour effectuer des voyages à leur compte ou ne tiennent plus leurs engagements
; lorsque
la spéculation
sur
les stocks suppose
de supprimer des lignes et de créer de nouvelles tournées, Monsieur M. aide
les salariés des artisans à se mettre à leur compte; Ils
achètent
des
véhicules et Monsieur M. finance les traiies de leurs assurances.
Les marchandises et les palettes sont filmés dans les entrepôts,
les fourgons cadenassés
: aussi, y a t'il très peu de litiges, de ponctions
ou de bris.
L'ensemble
pour Monsieur
des
M. se réunit
chauffeurs
une
qui
travaillent
fois en septembre
de manière
lors des
exclusive
réorganisations
du travail, et une fois en mai, au cours d'un repas. Les chauffeurs remplaçants pendant
les vacances d'été sont choisis parmi
ressés.
- 20 -
les familles des
inté-
LES TRANSPORTS N.
Monsieur N. avait
fondé en 1971 un groupement
intercommunal de
transports. IL était, parmi d'autres, un petit transporteur régional en Isère
lorsqu'il se fait racheter par un groupe d'entreposage de produits alimentaires surgelés en 1981. De même type que celui auquel appartient Monsieur M..
Le marché
des surgelés
est en pleine
expansion
en France. La
consommation de 2 kg par personne et par an en 1981 passe à 7 kg en 1986/
contre 16 kg dans les pays Scandinaves et 23 kg aux U.S.A..
L'entreprise
en
1981 ; elle
croît
rapidement.
en emploie aujourd'hui
Six chauffeurs
27 ainsi
déservent
l'Ain
que 15 manutentionnaires,
2 mécanicien';, 10 administrateurs. •
Le jeune fils de Monsieur N. est chef d'exploitation. Les clients
des
moyennes
surfaces
et des grossistes
sont
répartis
dans
l'ensemble du
sud est du territoire national.
Les frigos de .19 tonnes sont parfois utilisés pour
transporter
des vaccins et autres produits bactériologiques.
L'entreprise
une nouvelle
familiale
vient
tout
récemment
de s'établir
dans
zone industrielle du sud de Lyon. Les bâtiments sont neufs et
des électriciens s'affairent encore dans le grand entrepôt réfrigéré à -30°c.
Un local de repos est prévu pour les chauffeurs car les départs et les arrivées ont lieu toute la nuit. Les conducteurs ne se retrouvent presque jamais
ensemble sauf à l'occasion d'une partie de campagne, en juillet, où le personnel se retrouve dans
la commune d'origine de l'entreprise. Pourtant, seuls
Messieurs N. père et fils y habitent.
Les vols chez les clients et les constats d'alcoolisme
pas rares ; les chauffeurs
restent donc peu de temps chez Monsieur N. (le
turn-over est de 28 '/.). O " )
- 21 -
£*.) : WrtovG*. -
^ c
ne sont
d«. y*V r? fc ^
^
+ A L> a
u
nJ^
Des
chargés de
chauffeur
isérois
recruter
roule
en
sont
embauchés
de
préférence. Les
Les prétendants. Pendant
compagnie
d'un
"ancien"
quelques
afin
de
chauffeurs
sont
semaines, Le nouveau
repérer
et
connaître
la direction
a du mal
clients et tournées.
Il n'y
à
trouver
un
a pas de
délégué
du
comité d'entreprise
personnel
volontaire.
et
Devant
ces
refus. Monsieur
N. fils a créé une association du personnel financée par la vente de
sons
des
distributeurs
afin de "resserrer
automatiques
et
les
la troupe". L'expansion
cartons
récupérés
"trop rapide" suppose, en effet,
organiser entièrement les relations de l'entreprise.
- 22 -
d'emballage
bois-
CONCLUSION
Les
comportements
sociaux de production, et
dans
Les entreprises qui
auxiliaire et
économiques
ceci
influent
donc
de manière probablement
ne vendent
sur
Les
plus
rapports
importante
pas des services. Que L'employeur
loueur (cas de R.) ou auxiliaire et transporteur
que
soit
(cas de S . ) ,
Les chauffeurs sont exclus à la fois des Locaux et des possibilités de promotion interne.
Stables dans
au niveau
relationnel
leur emploi, les chauffeurs des Loueurs s'associent
avec
le client
et s'interdisent
toute stratégie dans
l'entreprise.
Les commissionnaires
nombre
sont
minimum
très
de
chauffeurs
exigeant
sur
Le
de grande
affectés
respect
de
envergure
à des
tâches
• n'emploient
très
La réglementation
qu'un
spécialisées, et
de
Leurs
affrétés
réguliers, ceux de la "famille".
En ce qui concerne le transport ordinaire, le contrôle du travail
est beaucoup moindre. La plate-forme Lyonnaise de S. sous-traite par exemple
presque
l'ensemble
du fret
venu d'Europe
du nord en direction du sud-ouest
de La France, de L'Espagne et du Portugal à des transporteurs espagnols connus pour le nombre très élevé d'heures de conduite qu'ils effectuent.
Lorsque
opportunités
"flexibilité"
de
du
Les
transporteurs
spéculation
transport
leur
est
gèrent
interdisent
ainsi
poussée
des
stocks
L'embauche
à
son
(cas
de
maximum.
de
M . ) , les
roulants
Les
: la
artisans
"locatiers" (Loués en modèle 13, Location exclusive) doivent trouver d'autres
clients en prévision d'une
rupture de contrat et se situe ainsi en infrac-
tion par rapport à Leur employeur
et à la juridiction du commerce. L'affré-
teur constitue des parentés d'artisans puisqu'il choisit ses "collaborateurs"
au sein des mêmes familles, en les aidant à se mettre à leur compte, et cesparentés
font office de réservoir dans
lequel il est possible de puiser si
d'aventure le trafic s'intensifiait.
- 23 -
Le repas annuel/ où sont présents ces parentés et non uniquement
Les affrétés du moment. Lie Les hommes
potentielle
en
commun.
Selon
selon
cette optique,
La perspective d'une activité
le cas de N. est
même activité que M., l'entreprise était auparavant
ge. Le déplacement
des bâtiments et
hybride. De
localisée dans un villa-
les nouvelles embauches
se soldent par
des infractions accrues de la part des chauffeurs et l'inefficacité du sentiment
collectif
L'entreprise
lors
des
envisage
festivités
donc
champêtres
de mettre
dans
la
commune
en place des mesures
de
d'origine.
contrôle du
fret rigoureuses ainsi que d'affréter de plus en plus d'artisans.
Dans
quelle
mesure
l'on préfère un turn-over
yeurj ? Le véhiculage de
exactement
la
stabilité
des
personnels roulant?, ou si
réduit, peut-il être une préoccupation des emplolots industriels ou de stocks alimentaires
suppose
le contraire. D'autre part, les bas salaires compte tenu du tra-
vail demandé ne favorisent pas non plus le projet d'intégration dans l'entreprise
pour
personnel
le
est
chauffeur.
associée
Dans
l'argumentation
à une qualité
requiert
un marché de messagerie
convoité
et
négociable,
client, le chauffeur et
ainsi
de
que
patronale,
la
stabilité
du
de service. Cette qualité de service
luxe, de "fret
des
"contacts
à risques", facilement
personnalisés"
le transporteur. On s'aperçoit
entre
le
que de telles entre-
prises ont des fondateurs encore vivants et qu'elles ont su rester indépendantes de groupes plus importants. De telles activités supposent-elles néanmoins des rituels d'entreprise ?
- 24 -
3. DROITS D'EXPRESSION DES SALARIES ET CERCLES DE QUALITE ET DE PROGRES
LES TRANSPORTS 0.
La société est née en 1925 dans Le "triangle des CHOUANS" qu'affectionne
le président
national de la F.N.T.R. et elle prend son essort en
1950 avec la prise en main des quatre frères.
Le groupe
messagerie,
de
de vêtements
lots
"familial" est
divisé
industriels, de
en 7 sociétés
transport
de transport
international, de
de
transport
sur cintres, de stockage. Il emploie 630 salariés répartis en
38 agences en France.
Le personnel est stable, ce qui est souvent
la fierté des entre-
prises familiales. Le "turn-over", (nombre de contrats
conclus + nombre de
contrats
résiliés divisé par
la moitié de
l'effectif
moyen), est
d'environ
9 % alors que le taux moyen de la profession est de 20 %.
L'agence de Lyon, dans
la zone
industrielle Est, emploie 65 sa-
lariés dont 22 livreurs.
L'originalité de l'entreprise est d'avoir mis en place, en 1982,
au même
moment
salariés, des
L'entreprise
aussi
que
les
"cercles
lois dites "AUROUX"
de
de se situer
socialen
progrès". Ils
le droit
s'inscrivent
à l'avant-garde
responsabilisant
sur
sur
L'ensemble
du
d'expression
"dans
la
volonté
des
de
Le plan professionnel, mais
personnel". Les
animateurs
de ces cercles sont des cadres, volontaires, de La société, formés au cours
de stages.
Ces
générer
s'appuie
une
sur
cercles
"élite". La
une
de progrès
ne
participation
richesse
humaine
et
sont
pas permanents
de tous
des
est
outils
afin
de ne pas
demandée.
"L'entreprise
performants
: autonomie,
confiance de La direction, large délégation, formation interne, modification
des relations hiérarchiques à tous niveaux... avec comme résultat une QUALITE
toujours plus pointue du service à La clientèle".
- 25 -
Lors de La mise en place de :es cercles et de la chartes retenue/
signée
par
F.N.C.R./ et
la direction,
les
syndicats
représentés/
C.G.C./
C.G.T./
le comité central d'entreprise, certains cadres ne se seraient
pas adaptés.
Cette chartes mentionne :
.
organisation
des
meilleures conditions
de
vie
matérielle
et
morale pour les salariés ;
. impératif de rentabilité ;
. décentralisation des initiatives et des responsabilités ;
. le respect des personnes...
Des bulletins
trimestriels
"TOP NIVEAU" restituent
aux
salariés
les résultats des cercles de progrès et de qualité qui ont eu lieu dans la
société. Parfois/ les clients y sont
invités. Le bulletin commence
toujours
par le mot du président et invariablement il y est.écrit que la participation
du personnel aux cercles contribue à maintenir, malgré un environnement diff ici le, un excellent moral et un haut niveau de qualité dans le travail des
hommes de l'entreprise...
Un
suivi
"sérieux
et
permanent"
permettrait
de
résultats obtenus. Les retombées pour les salariés en seraient
maintenir
les
: "une ouver-
ture d'esprit"/ "des méthodes rationnelles et logiques", "de meilleurs conditions
de
travail", "l'expression
chacun". Ce qui assure
de
l'imagination
le "développement
et
et
de
l'intelligence
la prospérité de
de
l'entreprise" J
"fini les YAKA !, YZONKA !".
Les bulletins sont envoyés à chacun, en même temps que la fiche
de paie. En dernière page figurent le nom des participants, celui de l'animateur,
la
date
ainsi que l'objet des réunions.
Dans tous les cas, l'objectif
cles
portant
sur
"LITIGE
H.",
semble avoir été atteint. Les cer-
"PALETTISATION
- 26 -
CORRESPONDANT",
"ENLEVEMENTS
LOUPES", "ORGANISATION DU TRAVAIL ADMINISTRATIF D'EXPLOITATION", "ORGANISATION
CONGES",
"PORTS
DES
CONTAINERS",
"PALETTES
CONVERTIBLES",
"PERTE
DES
DIA-
BLES"... , "RECHERCHE D'UNE MUSIQUE 0.", "REDUCTION DES FRAIS DE TELEPHONE",
"ENTRETIEN DU MATERIEL
D'EXPLOITATION", "INFORMATISATION
DU SERVICE AFFRETE-
MENT".... sont parfois détaillés à l'intérieur des pages de la revue lorsqu'
une
solution
ces
solutions
pertinente
semble
détaillées
avoir
s'adressent
été
trouvée. Mais
l'on
aux
chauffeurs
manutentionnaires,
et
remarque
que
jamais aux commerciaux ou informaticiens...
Dans
d'affrètement
tribuent
les locaux de l'agence
de LYON, sont abrités
les services
longue distance d'une autre société du groupe. Les Lignes dis-
douze grandes
à des artisans
villes
françaises. Les
lots
incomplets
sont
confiés
affrétés. La moyenne d'âge est de 32 ans et une clause de
mobilité figure dans le contrat de travail.
Le directeur
de
l'agence
est
un homme
qui
inspire
le
respect.
Très soigné, il a débuté sa carrière comme agent commercial dans une filiale
routière S.N.C.F. puis a passé 10 années "sabbatiques" à gérer un restaurant
de
luxe dans
la banlieue ouest
de Lyon. "Alors, moi, je me marre quand on
me parle d'horaire". En trois ans, il a réorganisé entièrement l'agence.
Les deux équipes des quais, celles de l'agence qui effectue les
lignes,
les
commerciaux
régionaux,
les
employés
du
bureau
d'exploitation
auraient appris à décloisonner leurs relations et les services ont été "réinterprétés". "On est tous les clients les uns des autres".
Les cercles ont
lieu, selon
tion, dans un souci de non-directivité.
- 27 -
l'animateur, cadre dans
l'exploita-
Lors de La mise en place de ces cercles/ un chauffeur, délégué
C.G.T. a démissionné. Il ne reste plus aujourd'hui que deux personnes syndiquées : "c'est fictif !".
Les élus au comité d'entreprise sont des "leaders", des "entraîneurs", des
"gens
à forte
personnalité"
qui
suscitent
parfois
la
réunion
d'un cercle.
Avant
la
exploitants avaient
sur
tel
ou
tel
création
des
l'habitude
cercles
de convoquer
problème. Maintenant,
g
"patron-capital" a disparue. "Il n'y
de
progrès,
les
commerciaux
les délégués pour
l'image
du
syndicaliste
a plus de mauvaise
et
les consulter
à propos du
représentation
du
personnel. On dit bonjour à des gens plutôt qu'à des fonctions"...
Cette politique
de communication
a des effets sur
les livreurs
même si ceux-ci sont étrangers aux cercles de progrès. Les résultats de l'exploitation communiqués, le coût des litiges ^d'envi ron 20 000 F par mois) les
conduisent indirectement à accepter une limitation de vitesse à 80 km/H:_ce,cyj'. permet"
Latent«, o c
fe.ftl»icr une.
ecor\orrM «-
aux environ de 10 000 F par animes Livreurs
signent maintenant un carnet de bord lors du plombage et déplombage des fourgons, manipulent
de manière
correcte
leur
propre "image de marque", manutentionnent
chronotachygraphe,
soignent
les colis avec soin et surveillent
les ponctions des manutentionnaires des clients.
Ils ne sont jamais à l'initiative d'un cercle de progrès.
- 28 -
leur
Le chef d'exploitation qui mène eh qualité d'animateur
le cercle
de progrès est également présent à chaque réunion d'expression des salariés.
"C'est des règlements de compte personnels, ils marquent
sur un tableau qui
pense quoi de qui... des conneries comme ça !". Les deux adhérents d'un syndicat n'y participent jamais.
Bientôt, après
salariés,
réunions
confondues
avec
orale, ils ont
c'est
par
cinq
ou
six
"branches"
réunions
de droit
professionnelles,
d'expression
ces
dernières
les cercles de progrès, début
1986. "C'est
été découragés
que
valorisant, ils sont
de venir
cités dans
alors
les
des
seront
de
l'expression
cercles
de progrès,
le canard de l'entreprise. C'est
les
plus réfractaires qui nous ont fait la meilleure pub."
De
personnel
ces
ayant
initiatives, on peut
demandé
le contrôle
des
remarquer que certains délégués du
actes
des
cadres, ne
participent
plus aux cercles : "Il faut pas tomber dans l'abus. Il faut relire la charte
ensemble."
Les
livreurs ont
été responsabilisés par les résultats des cer-
cles de progrès des sédentaires. Ils doivent noter
de
refus
fascicules
de
réception, ils doivent
présentant
chauffeurs. Son
"Cette
répression
l'entreprise...
pouvoir
est
à
la demande
Le
accru. Des
les réserves, les formes
remettre
aux
clients des
chef de quai note maintenant
contrôles
mensuels
sont
est bien perçue par le personnel". Quelques
les
organisés.
licenciements
suite à des détournements de colis ont eu lieu "en accord avec les représentants du personnel". Une
fois, un vol d'arme
a nécessité
un
contact
avec
la gendarmerie, rarement avertie lors des autres détournements de marchandise.
Lors des "pertes" de diables
sur
les quais ; "pertes" évaluées
à environ 50 000 F, l'agence ne remplace pas le matériel
: "ils n'ont qu'à
travailler avec les mains... ou apporter une solution par eux-mêmes !".
- 29 -
La
une nouvelle
réorganisation
répartition
de
l'agence, a depuis trois ans, consisté en
spatiale
du travail
sur
les quais
et
la mise en
fiche informatique de tous les colis. Un côté du quai est affecté aux transbordements
des
livreurs
et
à
l'opposé
sont
garées
les
semi-remorques
des
lignards. Une chaîne circulaire tire les chariots chargés de l'une à l'autre.
Aucun colis n'est élevé, par souci de sécurité. Les "gens du froid", lignards
et
livreurs "sont deux
de
l'agence,
de relation
et
gens
les autres
d'une
société
coopérative du groupe, n'ont
jamais
entre eux. Les heurts à propos du contenu des chargements sont
réglés par
partagent
races différentes" ; par ailleurs, salariés les uns
le chef de quai
une- commune
des
qui
en détermine
opposition
bureaux, auxquels
informatique, bientôt
aux
il
optique
"gens
rendent
l'ordre. Livreurs
du
oour
(*)
chaud", ou
chaque
et
lignards
réceptionnistes
colis une
étiquette
ainsi qu'un bordereau d'en-
lèvement ou de réception manuel remis par le client.
Lors des départs de l' agence, par laquelle transite 1000 tonnes
de marchandise
par jour, les
lignards
en bout de chaîne doivent
expliquer
aux réceptionnistes la raison des manques : colis partiels, absents, détériorés ou absence de place dans la semi.
Derrière
les bureaux
techniciens qui effectuent
vitrés des réceptionnistes
une double comptabilité
se trouvent
les
: "théorique et réelle".
Les bordereaux manuels sont conservés car ils peuvent être envoyés par télé-:
copie aux clients en cas de litige.
Malgré
cette
organisation
lieu, mais les auteurs sont facilement
dans "le
fret
à risques" : vins
rigoureuse, des
ponctions
ont
encore
localisés par la société, spécialisée
fins, produits
pharmaceutiques,
lingerie,
armes,... et les coups de rasoir sur les cartons deviennent rares.
La productivité des
roulants est connue de manière très précise
par rapport à celle des manutentionnaires. Les agents commerciaux sont chargés
de
prospecter
sur
les
lignes
de
distribution
seulement
afin
d'économiser
les trajets. Les livreurs sont payés "à la feuille", c'est à dire au nombre
(*)
où figurent : n° du récépissé, agence expéditrice, date de remise de
la marchandise, destinataire, n° de tél. agence expéditrice, ligne de
chargement au départ, n° colis dans l'expédition, agence de livraison,
nombre de colis dans l'expédition, n° tournée de livraison.
- 30 -
d'enlèvements et de Livraisons. Au-dessus d'un fixe correspondant à un nombre
établi/ils
salaire
ont
s'ils
de salaire
une prime
de
n'atteignent
"au mérite"/
rentabilité, mais
pas
ce nombre
le fixe doit
également
(40 par
être
des
retenues
jour). Selon
supérieur
ce
au S.M.I.C.
sur
système
pour
que
les retenues ne donnent pas un salaire inférieur à celui-ci de façon chronique. Les manutentionnaires
jour où
je
ne sont pas encore rémunérés de
les paie au mérite, y'en a la moitié qui
sont trop habitués à ce que les collègues fassent
s'en
la sorte
: "Le
vont, pasqu'ils
le travail à leur place"
dit le directeur.
L'agence ayant
gagné
le challenge de
la meilleure
productivité
dans le groupe, une prime de 1000 F a été allouée à chacun en fin d'année.
Le salaire
les
livreurs
et
"au mérite", système de
les routiers, travesti
rémunération
classique
pour
en fixe plus primes, se généralise
avec prudence dans les entreprises de la région car il rencontre l'opposition
des cadres (1). Seuls la C.F.T.C. et F.O. ont signé des accords.
Mais
et
le droit
la fusion
d'expression
"à
des
la
japonaise" entre
salariés doit
le contenu du droit à l'expression
retenir
les
cercles
de
qualité
l'attention. En effet,
directe et collective vis<2-dans le trans-
port : -
accueil des nouveaux embauchés,
hygiène et sécurité, prévention des accidents du travail,
moyens et outils de travail,
répartition de la charge de travail et horaires de travail,
méthodes et organisation du travail :
. répartition des tâches
. définition des responsabilités de chacun
. problèmes relatifs à la communication verticale (hiérarchique)
et horizontale (inter-services),
- moyens et méthodes d'amélioration des conditions de travail. (2)
Ce droit recouvre dans les faits les objectifs des cercles de qualité.
Les
organisations
syndicales
C.G.T.,
C.F.D.T.
sont
à priori
favorables à
ce droit et parlent de "l'imposer" dans les entreprises sans que les prérogatives qui en découlent soient le fait des responsables hiérarchiques et qu'il
(1) : B. LEFEBVRE, Routiers... op. cit. - Vol III :"Les enjeux de la communication", p. 32
(2) : Tract C.F.D.T./F.G.T.E. sur "Le droit d'expression".
- 31 -
ne distingue pas Les statuts professionnels'et ne marginalise pas les travailleurs intérimaires. A l'agence, les syndicalistes (chauffeurs et manutentionnaires) démissionnaires
ont été
pour stratégie personnelle
remplacés par des employés
la participation
dans
et
cadres ayant
l'entreprise. Les ouvriers
sont donc exclus de ces cercles de qualité et droit d'expression à adhésion
volontaire. Alors qu'il
promotion
y avait, de manière traditionnelle, possibilité de
interne par la participation à un syndicat
des stages de formation, cette promotion
sont
à
agents
l'initiative
commerciaux
des
et
est
permettant
réservée désormais à ceux qui
cercles de qualité... Les employés
techniciens
promoteurs
de négocier
de
réunions
administratifs,
dans
les
années
1985/86 ont été depuis lors mutés à des .postes plus importants dans d'autres
agences du groupe.
- 32 -
III - RITUELS ET SOCIABILITES LOCALES
Ill - RITUELS ET SOCIABILITES LOCALES
1. LA LANCE ou La désaffection des rituels
Rares sont Les coopératives de transporteurs. Des deux pLus importantes dans
Le sud est de La France, LA LANCE est née en 1960 sous L'impuLsion d'un petit
entrepreneur
installé en 1947 dans
la vallée du Rhône qui transportait
des
fruits et légumes en direction de Lyon.
La version officielle de la création de la coopérative par ses
fondateurs
est
l'apparition
l'évolution
des
chaînes
des
de
marchés
de fruits
supermarchés.
Face
et
aux
légumes
en 1956 avec
nouveaux
horaires
des
clients, trois hypothèses de croissance étaient envisageables :
Premièrement, faire entrer des capitaux extérieures pour financer
la croissance de L'entreprise ;
Deuxièmement, développer la sous-traitance et devenir commissionnaire de transport ;
Troisièmement,
fonder
une
coopérative
entre
transporteurs
afin
de réunir les capacités des services...
C'est
"de par
la troisième
hypothèse
ses origines". La version
la faillite,
le fondateur aurait
Leur compte, comme
qui
est
retenue par
des chauffeurs est différente
incité ses dix conducteurs
on l'observait
fa*v<\tS
Le fondateur,
: frisant
à se mettre à
fréquemment dans La région
•* *anc»ann«* m o d e "
jusqu'à
il y
a 10 ans. Depuis,\*£~~ entreprises en faiUiteVse contentent de financer les
stages de capacité au transport
cadres de
La' coopérative
la-loi" puisque
des chauffeurs avant de les Licencier. Les
soulignent qu'à
le Ministère
l'époque
des Transports ne
l'entreprise
reconnaît
les
était "horscoopératives
de transport routier qu'à partir de 1963.
La coopérative croît rapidement : en 1961 elle emploie 70 personnes,
en 1976, 440 ; en 1980, 530 ; en 1986, 560.
- 33 -
Dans
orientent
les années
soixante. Les magasins
à succursaLes
multiples
La coopérative vers un axe MARSEILLE/PARIS/ REIMS Longues distan-
ces au détriment
des marchés
Locaux. Vers 1965, Les acheteurs se dépLacent
vers L'Aquitaine du fait de La concurrence de La production espagnoLe. Aussi,
assiste-t-on à une réduction de La durée d'expLoitation
mes de 5 mois à 2 mois dans
Lots
industrieLs
compLets
L'année et L'orientation
que
rend
possibLe
La
des fruits et Léguvers
Le transport de
mobiLisation
du
parc
des
coopératetirs. De nouveLLes Lignes sont créées en direction de Li LLe et Nancy
ainsi que Le "système" RoLL On/RoLL Off vers L'Afrique du Nord (cf définition
voL. II).
En
de gérer
1979,
La
coopérative
assure
L'entreposage
des
stocks
afin
Les impératifs d'arrivage et de distribution de La cLientèLe. Cela
L'amène à gérer La stratégie des•industrieLs en regroupant
Les grandes
surfaces n'ont
est motivée par
Leurs achats car
pas de stock en réserve. Cette absence de stock
Les industrieLs par
Le refus d'investir
dans des entrepôts
et La possibiLité d'éviter que des grèves bLoquent La vente.
A
cette
période
se
crééent
des
entreprises
de
transport
qui,
comme ceLLe de Monsieur N. centralisent Les commandes des différentes chaînes
de supermarchés. La Livraison doit être rapide, ce qui Laisse moins d'amplitude au
La quasi
service
route et aux chauffeurs. Les conséquences sont, d'une part,
suppression, ou du moins
La diminution notabLe des grossistes, et
d'autre part, Le développement de La messagerie.
La
coopérative
480 semi-remorques. Chaque
primeurs
en
fraction
1985, 177 tracteurs, 40 porteurs
de parc
Longue distance, en provenance de
France, regroupé
de lots
possède
puis envoyé
industriels
est
attribuée
au transport
l'Italie, de l'Espagne
et
de
et de la
au Nord et à l'Est du territoire ; au transport
; à La distribution
régionale.; à L'import-export
avec
les pays du Maghreb.
Un
ensemble
de
transporteurs
sont
affrétés
échange de fret pour les retours.
- 34 -
au
départ
de
l'agence-mère
en
Enfin, La coopérative Loue de manière
excLusive
des
atteLages
à
un
groupe
d'industries agro-aLimentaires ainsi qu'à AIR FRANCE.
A
L'agence mère sont
instaLLé.s toutes
Les directions, Les ser-
vices administratifs, Le service dispatching et L'entrepôt principal.
La
coopérative
est
égaLement
une
centraLe
de vente
et
d'achat
pour ses adhérents.
L'agence-mère, très
dont
Le propriétaire n'a
étendue, encercLe
une expLoitation
agricoLe
jamais vouLu vendre son terrain. A côté, Le fiLs
du fondateur gère une agence de véhicuLes industrieLs qui
fournit.L'ensembLe
de La coopérative et assure Les entretiens.
Les 4/5ème des saLariés, dont 100 empLoyés de bureau/ 180 chauffeurs,
résident
dans
Le département. Les 47 coopératives qui ont 4 ou 5 chauffeurs chacune
sont
gérées
75
par
manutentionnaires
des
travaiLLent
coopérateurs
considérés
à
L'agence-mère
comme
cadres ou
et
agents de
maîtrise,
même si beaucoup font office de chauffeurs. ILs éLisent Le P.D.G. et queLquesuns d'entre eux font partie du comité de surveiLLance du conseiL d'administration.
L'accroissement
a queLques
et
années. "Le
Les nouveaux
pLus
considérée
nombre
choix
coopérateurs
ancien. L'intégration
rare, maLgré
du
poLitique
trop
coopérateurs
est
directe
d'un
ceLLe-ci
raLenti
saLariéS d'un
transporteur
a
s'est
de faire grossir
sont des chauffeurs
Les demandes, et
comme
de
déjà
Lieu. Lorsa^La
importante. Le transporteur
Les petits",
coopérateur
étabLi
est
sous-traitance
amène aLors
iL y
pLus
est
sa cLientèLe
propre et garde sa spéciaLisation. Le service dispatching essaie de répartir
Le fret, donc Les chiffres d'affaire, entre différents coopérateurs.
Tous Les chauffeurs sont payés sur une base identique. Le saLaire
est indexé sur Le nombre de kiLomètres parcourus : "c'est ce qui se rapproche
- 35 -
Le plus du temps de travail". Afin de respecter
feurs en zone
plus une
gagnent
la législation, les chauf-
longue ont un fixe mensuel minimum de 7000 F pour 8800 kms,
prime au kilomètre. Parcourant
environ
11
500 kms
par mois, ils
9600 F, plus une prime de non-accident, une prime d'entretien, une
prime de qualité
de
service
(signalée
par
les clients) de
180 F chacune.
Comme dans d'autres entreprises, les assurances organisent un challenge pour
récompenser les meilleurs conducteurs. La récompense est un voyage pour deux
personnes (d'un montant de 10 000 F ) . Chose rare, les conducteurs ont également
un
treizième mois. Une
centaine
d'accrochages
par
an pour
l'ensemble
du parc et le vol d'un attelage par an semblent ordinaires pour les cadres.
Aucun syndicat n'est présent à la coopérative. Le comité d'entreprise a des activités "classiques". Il gère une épicerie approvisionnée par
les litiges sur les marchandises, un bar;.assiste les "cas sociaux", organise
pour une participation
de 50 F un Arbre de Noël, un banquet par catégorie
de personnel, et en été, une Ferrade en Camargue. Toutes ces manifestations
sont interdites à ceux qui ne travaillent pas à LA LANCE.
L'Arbre de Noël regroupe 500 adultes, conjoints compris. La distribution des jouets est suivie d'un repas dansant. Le repas des chauffeurs
est abandonné car
il n'a
ces dernières années suscité
la participation que
d'une trentaine de familles.
Les Ferrades sont des manifestations propres à quelques grandes
sociétés du sud de la France. Les jeunes taureaux des manades de Camargue
sont
dirigés
par
des
cavaliers
vers
un
enclos
afin
d'être
marqués au
fer
rouge. Le jeu consiste pour un groupe d'une vingtaine d'hommes à les attraper
à pied et à main nue dans une arène afin de les maîtriser. Cette manifestation semble avoir été un phénomène de mode da Suá ck l<* franc*auquel ont adhéré
les clubs tauromachiques de la région, le personnel des Chambres de Commerce
- 36 -
et d'Industrie de La région, Les sociétés comme THOMSON, MERLIN GERIN ainsi
que LA LANCE. Les Locations de sites sont maintenant beaucoup moins éLevées
qu'en 1980. Les Ferrades, ."jeux d'hommes" rassembLent pLus de chauffeurs
que Les repas dansants "trop guindés".
TabLeau : Participation aux Ferrades
Effectif
Agence
„.
Mere
Salariés
Non RouLants
Chauffeurs
Epouses
1983
149
67
82
39
428
1984
171
82
89
16
441
1985
172
74
98
21
456
1986
129
51
78
63
461
NB : Les non-rouLants se partagent entre manutentionnaires et empLoyés.
La manifestation est également suivie d'un repas sous un hangar •/
puis d'un concours de pétanque. On peut remarquer qu'après un succès grandissant auprès du personnel, La désaffection
des chauffeurs s'accompagne de
la présence plus importante des épouses. Parmi les chauffeurs, 1/3 effectue
des trajets en zone longue.
Même si LA LANCE offre les billets de T.G.V. aux familles qui
souhaitent
participer
à ces
rituels, Les participants
rattachés à l'agence mère.
- 37 -
sont presque tous
D'autre
catégorie
part,
Les
chauffeurs
en
zone
Longue
sembLent
être
La
La pLus >nsVaWt*. Les mises en retraite. Les Licenciements, ainsi
que Les reconversions professionneLLes ou Le fait que Les chauffeurs en zone
Longue pour des "raisons famiLiaLes" deviennent
Livreurs régionaux sont fré-
quents. On assiste donc à des désaffections ou des départs mais aussi à des
déménagements qui visent à rapprocher
Le Lieu d'habitation
de L'agence mère
dans un rayon de 30 km.
Les chauffeurs en zone Longue
Prévenu par
munis tous
d'autoroute
de
L'agence
de Lyon grâce au radio-téLéphone dont sont
Les tracteurs de LA LANCE, Domi, 35 ans, attend
sur un parking
(très apprécié à cause des douches) en bordure des
Feyzin. Après
queLques
mots
courtois
avec
L'agent
commerciaL
raffineries
venu
nous
présenter, nous démarrons.
Domi, comme de nombreux
chauffeurs de LA LANCE rouLe
Légèrement
pLus vite que Les autres poids Lourds, à 90 km/H environ. Nous transportons
dans La semi, réfrigérée à -17°c, une dizaine de tonnes de peroxyde, un expLosif particuLièrement réactif. Aussi, La charge Légère permet à Domi de doubLer
poids
Lourds et véhicuLes
pLaques
accoLées
sur
La
Légers dans Les côtes, et Les cibistes voyant Les
remorque
nous
font
queLques
"Attention de pas faire un trou dans ta semi
couLeur de L'atteLage de LA LANCE et demandent
remarques
amicaLes
!". D'autres reconnaissent
:
La
de transmettre Leurs saLuta-
tions à une connaissance^: "PopoL, n° 343" ; "Tu sais, on est 500 chauffeurs,
je connais pas tout Le monde !",fnommant
Le prénom et Le numéro du tracteur.
Domi
Laissée branchée en permanence mais
réceptionne
Les appeLs sur sa cibi
n'appeLLe jamais. Le radio-téLéphone dont Les empLoyés de LA LANCE se servent
pour transmettre
Les consignes de route en cas de fret à charger urgemment,
n'est pas ut i Lise par Les chauffeurs pour communiquer entre eux. Toute conversation peut être entendue par Les agents de maîtrise.
- 38 -
Domi parle beaucoup de mécanique. Un ami de sa compagne est garagiste
:
il bricole, et fournit
sa famille en véhicules. Après avoir
couché
son attelage sur l'autoroute il y a 6 mois, il tienb un discours sur le risque et
les accidents de manière très responsable. Il a eu encore
un accident
: un conducteurYTvre
avait
percuté
récemment
sa remorque à l'arrêt. Les
procès-verbaux sont fréquents. Les infractions dues à un dépassement du nombre d'heures de conduite sont payées par son patron et coopérateur. Les feux
rouges
sont
à la charge du
salarié. Les
excès de vitesse
sont à discuter
en fonction des consignes de route.
Originaire
du
sud de
la France/ suite à un "coup de.tête", il
se marie à 18 ans et s'engage pour 5 ans dans l'Armée de l'Air.
de pendant
10 ans dans
le Nord,
Il rési-
les Ardennes. Il divorce. Il songe alors
à se faire embaucher dans une "boîte comme chez Dassault", ayant acquis des
connaissances
en mécanique. Finalement,
il trouve un emploi, "par connais-
sance" à LA LANCE. "La discipline à LA LANCE, c'est un peu comme à l'armée"
explique-t-il "et c'est des emplois où l'on monte en grade". Lignard depuis
8 ans maintenant, il pense bientôt se mettre à son compte et devenir coopérateur pendant encore 10 ans.
La
point
coopérative
lui
de vue économique, y'a
semble
que
une
perspective
ça". Il s'est
intéressante
: "du
installé dans une ville à
30 km de
l'entreprise, a fait venir sa mère et la vie lui est agréable en
compagnie
de sa nouvelle
femme, son beau père
et
ses amis garagistes. Il
n'a pas voulu trouver de logement dans la petite agglomération de 3000 habitants où est installée l'entreprise : "je suis trop connu".
Arreté contre
le frigo
sur
les
longs quais de LA LANCE, il dételle, branche
le générateur, vérifie
en place. "Voilà
mon
singe
si
les palettes
!" : son patron
arrive et Domi
"déballer'], àz
décharger
tour
sur Marseille. En effet, il n'a dormi
régional
à sa place, ainsi
pendant 780 km dans la journée
d'explosif
que d'effectuer
sont bien
lui demande de
le lendemain un
que 3 heures et roulé
: "ça fera pour tous les temps du mois der-
nier".
- 39 -
Trop pressés, nous
n'avons
pu nous arrêter
rendre
visite à sa
"copine Lisette" : "C'est un super relais, on est 3, 4 à s'arrêter. On peut
piocher dans Le frigidaire. Elle fait des repas à crédit". Nous prenonsYáTorscJok»\£
sa vieille
voiture
de sport
car
il veut
saluer ses connaissances
locales.
Il y a peu de perspectives d'emploi dans la petite ville : "Soit, tu ramasses
les
fruits,
soit
tu
les
transportes".
Hamburger, nous rejoignons
Sur
l'unique
place,
dans
un
Café
I un de ses amis, chauffeur régional à LA LANCE.
"C'est une grande gueule, mais il est sympa, comme toutes les grandes gueules".
Celui-ci
me
"l'Internationale
salue
des
d'un
bras
Emmerdeurs"
et
d'honneur.
commande
déclare
un
faire
"foetus" à
partie
de
la patronne,
(un "baby" est une demi-dose de whisky).
Domi
offre
chaleureusement. Dans
un Martini
à une
jeune
femme
le café, un groupe de maghrébins
qui
vient
l'embrasser
reste à l'écart, si-
lencieux. Une tablée de cadres "technico-commerciaux" fait circuler des bouteilles
de vin
monopolisent
rosé parmi
l'assistance
et
lorsque
les deux
chauffeurs/qui
la parole au bar, s'en vont, un artisan-miroitier, un "poète",
respecté de la société locale se met à imiter la voix et les textes de fantaisistes à la mode (Coluche, Magdane...) ainsi qu'à déclamer des louanges versifiées à chacun des cadres présents.
Domi
ne se rend jamais ni aux
Ferrades, ni à l'Arbre de Noël.
"Je n'aime pas les histoires de famille...".
Le dortoir de LA LANCE pour
dans
la région est
les chauffeurs qui ne résident pas
l'un des plus propres que nous ayons rencontrés
nos voyages. Le ménage
est
fait
au moins deux
lors de
fois par semaine et 4 lits
sur 10 sont en général occupés chaque nuit. On y repose peu : chaque nouvel
arrivant s'enquiert de reconnaître les dormeurs et les contacts sont prétextes à facéties diverses. Le "titi parisien" que l'on m'a présenté y a passé
la nuit et maugrée contre .les réveils intempestifs, les lits "en portefeuille"
ou, d'une manière plus général la sociabilité^enfantine qui règne, similaire
- 40 -
à celle des colonies de vacances ou des internats.
"Titou" a 24 ans et est une "putain" : c'est à dire un chauffeur
qui
après avoir passé son C.A.P. de conduite est
exclusif
à LA LANCE. Titou est "polyvalent"
des programmations de LA LANCE sur toutes
salarié d'un artisan non
: il tire
les semis en surplus
les lignes françaises mais surtout
transporte les chargements d'Air France et des P.T.T. sur les lignes européennes. Appelé d'un jour à l'autre, selon des Sufplus
cAeu chargements aériens,
imprévus, il est "réquisitionné" à n'importe quelle heure de la nuit ou le
week-end.
Il est
payé
"au voyage" ; soit, par exemple, en 1986, de 500 F
à 700 F pour un trajet Paris/Amsterdam.
Pour 11 000 km par mois, Titou préfère rouler dans les pays européens du Nord plutôt
qu'en
Espagne
ou en. Italie où de brèves
expériences
1
en qualité de salarié d'un patron artisan "affrété par Marseille. 'lui laissent
de mauvais
souvenirs. Son
travaille également
patron
actuel
qu'il
rencontre une fois par mois
pour une filière routière S.N.C.F., en ligne régulière.
Lorsqu'il
passe
à
l'agence-mère,
il
ne
fréquente
pas
le même
café que Domi mais Le pub situé à proximité, car il estime que la clientèle
est plus proche de son âge
: "Il y a des jeans, quoi, mais rien de plus,
y'a pas de contact".
Il s'estime mieux payé que les chauffeurs de LA LANCE : "Les PTT
et Air France sont les voyagesyplus rentables". C'est pourquoi il fait partie
de
la catégorie des "putains". "Passer
coopérateur, c'est
la logique de LA
LANCE, c'est le truc qui les intéresse au bout de 3 ou 4 ans".
Pour aller
sieurs
dans
fois
les
charger des palettes de pâtes, Titou
de route. Les
carrefours
repères
indiqués
préalables
par un employé
aux
de
se trompe plu-
changements
L'agence
de
semblent
direction
évidents
à qui connaît le département, ce qui n'est pas son cas.
Arrivés sur les lieux, il pleut beaucoup. Titou me fait remarquer
que
les
sabots suédois, à hauts talons qu'il porte comme
- 41 -
les chauffeurs du
Nord
sont
mieux
adaptées
pour
franchir
Les cours boueuses
et
inondées que
Les sandaLes ou Les chaussures de sport des "gens du sud". Après avoir tra versé
Les
s'activent
habiLLée
chaînes
une
d'un
de
conditionnement
vingtaine
dans
d'ouvrières
tailleur, nous
de
reçoit
un
18
fort
hangar , autour
ans. La
poLiment
"chef"/
et
nous
des
très
griLLes
soignée,
échangeons
Les
formuLai res.
En
repartant, Titou montre L'heure aux ouvrières, iL est déjà
•V&. propor ¿A.ß*ia cVicf"
19 H ; declárela un jeune baLayeur qu'iL emmènerait bien "La petite dame
en voyage" mais ne dit mot aux caristes intérimaires pLus âgés qui chargent
La semi.
ApfeSUne centaine de kiLomètres/ pour décharger, Titou cherche La zone
industrieLLe pendant presque 2 H. IL ne fait pas usage du radio-téléphone.
qui
pourrait
Le
guider.
Arrivé
sur
Les
Lieux
.de
L'entrepôt,
qyant aperçu un membre du conseiL d'administration de LA LANCE dans un entrepôt,
iL
se met
à courir
pour manoeuvrer
L'atteLage, "rempLir
Les papiers"
et changer de semi.
De grand-père
auvergnat, "émigré" à Paris, Titou
fréquente
peu
son père éLectricien ou son frère, "démarcheur en vente de viLLas". IL passe,
par contre, chaque vacances d'été en Grèce avec sa soeur institutrice. "Les
copain ? ILs font rien. Je Les vois pas onourPt-ufi»,
RouLant
moins
vite
que
Domi, iL
critique
Le modèLe
imposé
du
tracteur sans option. "Y'a rien !". IL aimerait, comme Le revendique un syndicat professionneL, un raLentisseur éLectrique pour L'atteLage et non un ralentisseur à cLapets qui bloquent Les gaz d'échappement, "esquintent" Le moteur.
IL ne manque pas de s'excLamer et de commenter Longuement Les deux accidents
de poids
A son
Lourds
que
L'on
avis, Les attelages
croise
chaque nuit
quittent
sur
La
avec
rapport
à l'axe de la semi) lui font évoquer
des Turcs
rencontrés
MarseiLLe/LYON.
Leur voie à cause d'un mauvais
des freins. Les "porte-feuilies" (le tracteur ayant
par
Ligne
sur un parking
- 42 -
réglage
dérapé sur plus de 90°
largement
à Amsterdam,
les
les expériences
"feux de
camp"
de planches de palettes entre les camions pour faire griller les brochettes
et aussi
l'accoutrement
des chauffeurs orientaux et leurs réactions devant
les "femmes dans les vitrines". "Je l'ai vécu".'
- 43 -
LA LANCE/
considérée par
La population
comme
Le plus gros employeur
de La
région a mis en place des "services sociaux" importants. Mais la coopérative
d'achat
pour
les salariés est peu fréquentée, les chauffeurs n'achetant
les produits
domestiques à la place des épouses et
les lieux de
pas
résidence
étant rarement situés dans la commune.
Les repas par catégories professionnelles sont l'objet de désaffection,
sauf peut-être
en ce qui
concerne
Les employés
de bureaux, Les chauffeurs
préférant se retrouver par petits groupes d'affinité.
Les ferrades qui, à priori, permettent
souplesse
et
recueillent
épouses
l'adresse
familiales, même s'il
une
hommes
contre
Les
taureaux
de moins en moins de participation
investissent
Le
des
un jeu viril ou
système
négociation
les
manifestations
qui
sont
la force, la
célébrés,
au fur et à mesure que les
deviennent
ainsi
des
y a encore, chaque année, quelques blessés
coopératif
de prise
en
permet
en
charge
des
fait,
•..
entre
infractions
chauffeurs
ou de
sorties
légers...
et
patron,
répartition
des
charges et du temps de travail, sans doute plus facile que dans la relation
habituelle
: artisan/salarié,
dans
la mesure
où
le passage
(possible) du
statut de routier à celui de coopérateur suppose une conciliation entre Les
partenai res.
"L'esprit maison" de La coopérative reprend à son compte La promotion
interne traditionnelle par Laquelle le manutentionnaire pouvait devenir chauffeur ; le chauffeur, artisan...
Si un tel consensus est établi entre salariés et coopérateurs, quelle
est alors la logique des rituels ? Pourquoi ont-ils de moins en moins d'importance ?
Les
conducteurs
stratégie
de
devenir
comme
Domi
qui
élaborent, après quelques années, La
coopérateurs, s'établissent
à proximité
de
l'agence-
mère, mais pas dans la commune. Ils ménagent ainsi une distance par rapport
à un espace
fréquentent
très
les
investi
lieux
et contrôlé par
publics. Domi
les cadres de la société qui en
peut ainsi
jouer dans
les bars et sur
La place centrale, devenir un personnage public, se permettre des transgressions comme boire, draguer, se battre de temps en temps, sans avoir à subir
les sanctions
habitant.
du voisinage
ou sans
avoir à respecter
Il ne participe donc pas aux
- 44 -
les convenances
rituels que sont
d'un
les ferrades, Les
repas de
chauffeurs ou de Noël, afin d'éviter de signifier
un certain
ne
sens de La discipline
L'empêche
pas de songer
et sa participation
sérieusement
à s'y
son adhésion à
à La société, ce qui
intégrer. Habitant une vi Lie
voisine, il développe son propre réseau de sociabilité, reconstruit une famille "élargie" avec sa mère et Le père de sa compagne.
Titou, très étranger à cette
sionnelle, ressent
négativement
la
Logique d'intégration
Locale et profes-
sociabilité du village. Dans
le bistrot
"Hamburger", Les consommateurs du Lieu interpellent chaque nouveau-venu ressenti comme étranger. Il y a obligation de parler, de répondre aux galéjades,
pointes, provocations, défis
ordinaires
par
quelques
mots, ou
si
L'on
n'en est pas capable, de payer sa tournée. Ceci semble à Titou une sociabilité
"typique du Sud" et il ne
La supporte pas. Ce bistrot
révèle pourtant
les
positions symboliques de tous les habitués. Domi et son "copain de L'Internationale des Emmerdeurs" parlent
techniciens
mais
provocatrice,
l'ensemble
ne
leur
haut
répondent
Le poète-miroitier
des consommateurs
et fort, acceptent
pas. Après -cette
rétablit
l'équilibre
les bouteilles des
démonstration
en faisant
un
peu
participer
à ses "blagues", expressions de transgressions
ludiques.
Titou a participé, depuis qu'il est à LA LANCE, aux banquets de Noël,
"mais quand je bois, je deviens bête et méchant" et pense se rendre prochainement
aux
ferrades
car
"on
s'éclate
bien". Les
rituels
sont
un moyen
pour
Titou de signifier son appartenance à la coopérative. Il a un statut marginal par rapport aux autres chauffeurs salariés. Il ne connaît pas le réseau
routier ni les entrepôts du département. Novice, iL survalorise Les événements
qui
peuvent
paraître extraordinaires
à qui
ne connaît
pas
L'activité. Les
descriptions de situations sur Les parkings, des accidents sont
l'expression
d'une volonté d'adhésion à La communauté supposée alors qu'il est sanctionné
par ses pairs...
- 45 -
2. L'ENTRETIEN DES VEHICULES A VERLY
a) Les équipes de chauffeurs.
sur
Les
Verly
est
une
commune
collines
qui
dominent
de 3300
les
du Rhône. Les productions, avant
habitants
industries
l'expansion
au sud ouest
d'hydrocarbure
de
la métropole
de
de Lyon,
la
vallée
lyonnaise en
1945 étaient fruitières et maraîchères. Un certain nombre de familles fabriquaient des cagettes destinées au véhiculage des fruits.
Mais surtout/ Verly est une commune
demeures de plaisance
des
industriels
de
la
où ont
été construites
région. La
plus
célèbre
les
est
celle de La famille des Armes et Cycles de St Etienne, construite après les
ventes de la Guerre de l'Opium. Chef d'oeuvre de l'art nouveau et de La modernité
de
l'époque. Chaque
personne, originaire
du
lieu, se souvient
des
grandes fêtes qui y étaient organisées. Les successeurs de la propriété ont
publié à ce propos un ensemble de cartes postales "erotiques".
Ces
propriétés
bourgeoises
ont
été
rachetées
par
des
médecins
et des avocats. Certains ouvriers ou artisans transporteurs consideréis
comme
des "va-nu-pieds"
entre
(comme
Monsieur C
père) par
les producteurs
locaux
deux Guerres, sont devenus des transporteurs importants.
Depuis une vingtaine d'années, la commune devient résidentielle.
Sur 1360 actifs, 380 travaillent dans la commune. On dénombre 23 cultivateurs
dont 8 ouvriers agricoles
; une centaine de chômeurs
; 400 élèves et étu-
diants. Les nouveaux pavillonnaires font croître la commune de 150 personnes
par an environ et le nombre de locataires logés en H.L.M. lors de leur construction en 1965, régresse.
La commune
connaît
un accroissement
modéré, stagne même
depuis
10 ans malgré la proximité de La métropole, ceci surtout du fait de la rareté
et
^Uprix prohibitif des sols. En 1936, on compte 1350 ha ; en 1945, 1500 ;
en 1962, 1800 ; en 1968, 2000 ; en 1975, 3300...
- 46 -
Le
maire
de
La
commune
est
également
directeur
départemental
de la Mutuelle des Salariés Agricoles. Les adjoints sont employés de cette
Mutuelle
ou encore notaire, pharmacien, industriel dans
l'agro-alimentaire,
agriculteur de vieilles familles locales.
Monsieur
importante
vers
dans
C (voir vol. I/II) dirige une entreprise de transport
la
région, effectuant
des
lignes
directes
bi-journalières
l'ouest, de Nantes à Bordeaux, et de la messagerie de produits indus-
triels dans la "région^ de Besançon à Montpellier. Les bâtiments de l'entreprise sont
construits
sur les flancs d'une colline, entourés
de
pavillons.
A l'entrée, dominant les quais et les parkings, les bureaux vitrés des "administratifs" permettent
qui
Vers
ont
lieu dans
l'entrée
sieur C
de surveiller
les garages
l'ensemble
activités, sauf
de réparation mécanique, situés à
également, un peu à l'écart
entourée d'arbres
des
est
construite
celles
l'opposé.
la villa de Mon-
fruitiers. Au rez-de-chaussée, le bureau du pa-
tron, décoré de peluches et d'un grand poème mural mais aucun chauffeur n'est
capable de mentionner ce décor : "Quand on est convoqué, on regarde pas trop
autour
de soi". En
des SCANIA
D'autres
pour
contrebas
les tonnages
fourgons, plus
sont
garés des
importants
anciens, sont
véhicules
de tous tonnages
:
et. des MERCEDES pour les fourgons.
de marque
française. Quelques
vieux
tracteurs comme les BERNARD, ayant roulé jusqu'en 1975, attendent une réfection mécanique. Ils figurent là "par sentimentalisme" dit Monsieur C., témoins
de l'histoire mécanique de l'entreprise.
Tracteurs
l'aire
cabines
et
fourgons
rangés
forment
un
demi-cercle
autour
de
de lavage, tous rouge vif et beige, aux couleurs de la famille. Les
portent
des
noms
de
la
mythologie
gréco-romaine,
Hermès, Vénus,
Aphrodite... ; des prénoms de femmes, Christine, Martine... ou de personnages
de bandes dessinées, Mini, Daisy, Popeye, Nimbus, Bug Bunny...
Chaque chauffeur est tenu, en fin de tournée hebdomadaire, d'effectuer un nettoyage rapide de son véhicule au poste de lavage automatique
- 47 -
et une fois par mois, Le samedi matin, un Lavage complet, moyennant une prime
d'entretien
environ
de 200 F par mois. De 8H à 12H, chaque samedi, sont
dix
chauffeurs
pour
savonner
bâches
et
présents
carrosseries, nettoyer
au
gas oiL, au jet d'eau de forte pression, moteurs et châssis.
Les équipes sont en principe toujours
Les mêmes et eLLes mêLent
Les conducteurs de semi, fourgon-porteur, fourgon et camionnette.
CKc2_ pnoni'icuvC , syndicaListe
nouveaux
embauchés
"Ca défi Le" disent
conduisent
F.N.T.R. et personnaLité
camionnette
et
fourgon
Les chauffeurs. Très nombreux
de
de
L'A.F.T., Les
10 et
25 tonnes.
sont ceux qui ne restent
pas pLus de trois mois et ceux qui ont pLus de trois ans de présence à L'entreprise se considèrent
comme des "anciens". IL y a, sur La quarantaine de
chauffeurs, toujours une dizaine de "nouveaux".
L
•ebSerYGt'V*
Les conducteurs
de semi
répétée
passent
des
beaucoup
séances
de
nettoyage
montre
que
moins de temps à L'opération
que
Les chauffeurs de "trottinettes" ; iLs se contentent de faire passer l'atteLage dans Les rouLeaux et de savonner bâche, roues et carrosserie. ILs restent
à
L'écart
de La piste bétonnée pour nettoyer
Leur cabine ou bricoLer
Leur
cibi. Une équipe est constituée, si L'on excepte Les chauffeurs super-Lourds,
entièrement de salariés récents. Pendant La matinée, iLs ne parLent pas entre
eux, tout occupés à neH"o^eT. Leur moteur.
Est présente, avec
eux, une jeune
femme de 23 ans, La "miss",
conductrice depuis 4 ans dans L'entreprise. ELLe dirige Les tours d'utilisation du jet d'eau. "C'est
disent
chouette, on a une gonzesse qui
fait Le ménage"
Les chauffeurs. Les conducteurs de tracteur passent inspecter
L'état
des moteurs et donnent quelques conseils...
A L'égard des routiers et de L'ethnologue, les jeunes embauchés
font des remarques sur la circulation d'étrangers à l'entreprise dans
ceinte
: "C'est
Le vrai
moulin, cette boîte. Y'a
l'en-
la B.M.W. du patron qui
va se faire désosser".
A la fin de la matinée, La "miss" passe elle-même
- 48 -
le jet d'eau
sur
La piste afin d'évacuer
graviers, boue et cambouis. Ensuite, elle pro-
pose : "On va boire un apéro au village ?". Mais elle n'est pas suivie.
Les autres
équipes
20 tonnes, d'anciennetés
sont
constituées de conducteurs de moins de
diverses. Seuls,
les nouveaux
font
référence
aux
"beaux camions" de Monsieur C mais se plaignent des longues tournées journalières auprès des clients "difficiles" qui obligent
à attendre ou qui n'ont
ni quai, ni matériel élévateur pour décharger ("dépoter").
Pour Dijon ou Besançon, certains démarrent
à 4H du matin et re-
viennent à 22H.
Ce jour-là, un routier- amène son attelage, explique qu'il a un
déménagement à faire pour un copain et demande à ce qu'on lui lave son véhicule : "On s'arrangera !".
Abdala,
à élever
la voix.
chauffeur
Il
nettoie
dans
l'entreprise
soigneusement
depuis
l'intérieur
un an, est
de
sa
cabine
des produits ménagers dont on fait la publicité à la télévision
dire que
le seul
avec
: "Faut pas
les chauffeurs y s'occupent plus- de leur camion que de leur femme.
Moi, j'ai fait le ménage chez moi avant de venir ce matin !". Lorsque d'autres
chauffeurs
arguant
lui
demande
de leur prix
de
serveur, pompiste
obtenu
ses
produits,
: "Ici, ils ne fournissent
Un chauffeur plus ancien
vant
prêter
l'année dernière
il
que
les
rabroue
vertement,
le savon, et encore".
le traite de "fayot". Abdala dit avoir été aupara-
: "partout
où y'a des relations. Faut
aimer". Il a
le 1er prix du challenge des assurances et a gagné
un voyage en Tunisie. Les deux autres prix : une nuit au Moulin Rouge à Paris,
ont
été
attribués à des chauffeurs d'une agence de
l'ouest
: "Là-bas, ils
sont plus du pays, y font des repas et des fêtes le dimanche".
Le neveu du patron passe alors et demande à un chauffeur récent
d'aller
livrer deux
palettes
puis, le neveu parti, se fait
à Vénissieux.
Ce dernier
tente
de protester,
longuement expliquer le chemin par un ancien.
Sa prime de nettoyage va être supprimée. "Il ne va pas rester trois mois,
çui-là !" sont les commentaires alors qu'il part chercher le camion chargé.
- 49 -
Les commentaires
met à nettoyer
vont
Le sol. Chaque
bon
train alors qu'un deuxième novice se
fois qu'un remplacement
impromptu
est effec-
tué, le chauffeur à qui est attribué le véhicule retrouverait sa bâche trouée,
les cordes élastiques entaillées, et perd ainsi des points pour le challenge.
Parmi tous les chauffeurs de fourgon, tous ne sont»aussi motives
par
le challenge
des assurances. En quelques
années, tous ont eu quelques
accrochages et ils ne rejettent pas aussi sévèrement les nouveaux venus.
Marc, 32 ans, dont
Rhône-Poulenc, avant
le père
de vendre des
travaillait
dans
la grande
société
légumes, du poisson, puis des vêtements
sur les marchés forains, donne aux novices des conseils judicieux pour nettoyer
leur camion ou savoir quelle attitude adopter vis à vis des "chefs".
Il a commencé à travailler
soeur des vêtements
pour son père en confectionnant
vendus sur
les marchés. Il "faisait
mésententes entre sa femme et sa belle-soeur
avec sa belle-
la mode" mais des
l'ont contraint a cesser cette
activité qui pourtant lui plaisait. "Le commerce, une fois qu'on y touche...".
Chez Monsieur C depuis
relativement
critique
3 ans, à la différence d'Abdala,
sur
la
répartition
du
travail
dans
il porte un oeil
l'entreprise
et
serait favorable à la création d'un syndicat, même si cela lui semble complètement irréaliste.
Jean,
d'Alès
plus
: "Si t'enlèves
retraités, t'as
qu'Abdala,
se
considère
comme
migrant.
Il
vient
les rentiers, les étudiants, les fonctionnaires, les
plus que des chômeurs. Y'a 5000 chômeurs sur 50 000 habi-
tants". Arrivé à Lyon, hébergé par des cousins, il se fait embaucher
M. x au bout de cinq
jours et trouve un appartement
chez
en plein centre ville
en un mois. En dix huit mois il s'est fait reconnaître dans les équipes en
jouant l'amuseur et racontant multiples galéjades, forçant son accent : "T'es
ben un mec du Sud, toi !" ; "Oui, le matin, faut pas être pressé, et le soir,
faut y aller doucement
!". Livreur dans la banlieue sud-est de
tion, il revendique en plaisantant tourner sur Montpellier,
régionale;1 en référence à Besançon.
- 50 -
l'aggloméra-
"tournée
Comme
La possibiLité
"à
AbdaLa,
de
iL tient
L'intéresser
à L'écart
à entrer en contact
La hauteur" de répondre de manière pLus
chauffeur
un peu
Lent
Le nouveau
et maLadroit>
tout
avec
en ménageant
Lui, s'il
se sent
Ludique, moins agressive. A un
considéré
comme
"fainéant",
iL décLare
à La cantonnade : "Moi, je L'aime bien, Jojo, y'en a qui L'aiment pas. Mais,
moi,
je
L'aime
La pLaisanterie
qui
L'on
bien...". Mais, généraLement
et
attribue
restent
des
Les nouveaux
ne
reLèvent
pas
cois. SeuLs, Les anciens, expérimentés, ceux à
porteurs
Lourds détournent
L'attention
en maugréant
sur Les dures conditions de travaiL.
Fréquemment, en fin de semaine, Le vendredi soir, queLques chauffeurs
se
retrouvent
au
café
du viLLage. "La Miss" s'y
avec des routiers qui effectuent
La Ligne vers L'Ouest
rend
réguLièrement
; Marc et Jean pLus
rarement. AbdaLa, jamais.
Lorsque ces reLatifs habitués sont absents, La saLLe est investie
par d'autres
conducteurs
comme ALex
et Didier, deux1 amis qui résident dans
La même commune, dans La banLieuede St Etienne. ILs ont connu des experiences
professionneLLes pLus stabLes que Marc, Jean ou AbdaLa. ALex, 36 ans, a été
pendant
11 ans ouvrier puis contremaître dans une usine de St Etienne avant
d'être Licencié, et est depuis 8 ans chauffeur. Didier, 24 ans, ouvrier depuis
L'âge de 13 ans, avait acheté en Location-vente avec sa femme un petit café
qu'iLs ont dû revendre iL y a 3 ans : "Ca rapportait que daLLe !". Puis iL
est devenu chauffeur pour Casino
depuis 2 ans, L'autre 18 mois
: "Etre ouvrier, c'est
La vie rêvée". L'un
chez M. x, iLs regrettent
de ne pas pouvoir
manger chez eux à midi : "IL y a jamais de tournée chez soi".
ALex
a deux
enfants
et pense
se marier
bientôt. IL
entretient
à St Etienne des reLations très réguLières avec sa soeur, infirmière et son
frère, magasinier.
Didier, Les bras et
La poitrine entièrement
- 51 -
tatoués, Les doigts
sertis de bagues d'or, est fils de routier. Ses deux frères sont
également
routiers. Tous deux ne pensent pas rester chez M. £ très Longtemps. Un salaire1
de 4 900 F net plus des primes à hauteur de 1 000 F par mois
de
service)
considérées
ne
leur semblent
comme
un
forfait
pour
les
heures
pas très bien payé. Ils ressentent
(d'entretien,
supplémentaires
une exclusion
certaine
de la part des chauffeurs et des gens des quais et des bureaux qui ne s'adressent à eux que pour "faire des bringues" lorsqu'ils en ont les possibilités
familiales. Ils n'ont
pas
teurs de passage à qui
le temps de nouer des relations avec
les conduc-
l'on confie dans les premières semaines des tournées
longues et
lontaines. Leurs critiques vis à vis de l'entreprise ne sont pas
virulentes
mais
plutôt
fatalistes. Ils attendent
l'opportunité
d'un
nouvel
emploi.
Lorsqu'ils
les
manières
tension
décrivent
les
d'expliquer
monte*, ils déplacent
relations
les
leurs
dans
l'entreprise
rapports
sociaux,
explications
sur
un fait
et
la
divers
: "Tu
sais, c'est comme cette institutrice qui logeait 25 Africains dans une piaule
de 50 m2, 3 500 balles par mois, elle leur faisait payer !". (/0
Le groupe des habitués se rassemble autour de "la Miss", depuis
8 ans, salariée de l'entreprise
: "Etre chauffeur, c'est dans la tête. Toute
petite, j'ai travaillé, à 15 ans. J'ai fait des fugues. Je voulais être zorro
puis
St
menuisier,
Chamond".
puis
Elle
pompier
ponctue
et
presque
finalement,
toutes
j'ai
passé
ses phrases d'un
un
C.A.P.
"Oh, maman
à
!".
Son apprentissage de conducteur à St Chamond ne lui laisse pas un bon souvenir.* Elle était plus âgée que les élèves garçons du L.E.P..
Jean
et
Marc,
plus
discrets,
participent
pourtant
activement
aux discussions. Celles-ci portent, entre chaque tournée de bière ou de pastis
sur l'entreprise. Le fils de Mme C soeur, comptable, se trouve dans les bureaux ; celui de Monsieur Q frère, chef de quai, travaille au garage. L'un
cjs jeunes serait plus "j'm'en foutiste" que l'autre.
(1) : fait vérifié
- 52 -
de.
Les
repas d'entreprise
qui
réunissaient
L'ensemble
du personnel
-
ont été supprimés il y a quelques années lors de la création du comité d'entreprise
composé
de
représentants
des
quais, des
bureaux
et
de
la route.
Les festivités collectives font partie du "bon vieux temps".
Dans
re
ce
-s. L'essentiel
semaine.
L'un
chaussures
neuves
est
l'accident
café
des
a
du
village,
conversations
trouvé
tombées
les chauffeurs
concerne
sur
d'un
n'évoquent
les petits
la
route
fourgon... Mais
événements
des
le grand
jamais
ces
de la
boîtes
sujet
de
de ce soir
volontaire qu'un routier a provoqué avec une B.M.W.. La voi-
ture avait fait une queue de poisson' et le conducteur de poids lourd s'estimait
se
prioritaire.
mit
à
prendre de
Ce dernier
ralentir
ou
devait
freiner
ralentir
pour
systématiquement
se
laisser
lorsque
la vitesse. Excédé, le chauffeur a embouti
doubler. Il
l'attelage
pouvait
la voiture à un feu
rouge en dosant bien sa vitesse, et raconte, amusé, comment
l'automobiliste
prétendait avoir été victime du "coup du lapin". [4)
vft^)
Les "4 roues", (comprendre les 2 essieux, automobiliste sVprésents
en bout
et
les
de table ne disent
artisans
affrétés
rien. Les
présents
leaders sont
au bistrot. L'un
les routiers de
des
lignes
routiers, 35 ans,
depuis 11 ans dans l'entreprise, promet de payer sa tournée la semaine prochaine car il quitte "téwt le m©v\«lc,
pour
être salarié d'un artisan ancienne-
ment chauffeur chez M. C-- Trois anciens de chez M . C
se sont
'établis à leur
compte et effectuent du transport volumineux.
L'un d'entre eux vient d'une famille ouvrière, sa femme est O.S.
et i l a deux enfants. L'un de ses frères, plus âgé, est technicien et réside
en Suisse ; l'autre travaille dans le syndicat d'initiative d'une ville touristique. Il critique vertement
l'entreprise, mais alors que Marc, Jean et
les "4 roues" y mettent du leur, provoquant des altercations, le ton commence
à monter. Car, si les primes sont du même montant pour tous, le salaire fixe,
négocié directement
et secrètement entre chauffeur et patron, ne l'est pas.
"Garde tes sous ! Garde tes sous !" crie Jean à Marc, puis il s'en va.
(1) Perdre des points volontairement au challenge n'est permis qu'aux anciens.
- 53 -
L'ancien quitte à son tour Le bistrot et revient bien_tôt accompagné
du
chef
conversation
d'exploitationv) Celui-ci
s'interrompt
Montpellier. Comme
et
c'est
commande
seul, Jean
demande
une
à
tournée
nouveau
générale. La
des
tours
la veille de Noël, le chef d'exploitation
sur
propose
aux chauffeurs qui voudraient acheter des huitres que les véhicules transportent en ce moment, de dresser leurs commandes, payables en argent liquide.
Parmi
l'assistance,
un
jeune
artisan
de
30
offre à son tour la possibilité d'acheterfau Beaujolais
ans
. Routier
international vers les pays Scandinaves pendant 7 ans, ilypasse sa capacité
de transport.
week-end". Illr
employeur ci La
Il explique
cet acte par
le "ras-le-bol
de rester planté le
associe avec deux camarades ayant travaille chez son ancien
nouvelle
société
achète
deux
porteurs
de
13,5
tonnes. Elle
effectue des lignes régulières Grenoble/St Etienne et se prépare à l'acquisition d'un
tracteur ntuf.
Les associés n'ont
clients
en "direct* et
l'un
pas
d'eux
le chômage tout en travaillant
le temps de prospecter
vient
de
se faire
pour trouver des
licencier
pour
toucher
toujours dans la société. Leur bonne réputa-
tion, leur "parole" leur ont. permis d'obtenir des contrats d'affrètement
non
exclusifs chez G depuis 1985. Vis à vis des salariés, 4 et 6 roues (3 essieux
comme Marc
et Jean),
il explique
que
le stage A.F.T. pour
l'obtention
du
CiA.P. de transporteur, en 3 semaines, "en met plein la tronche". Mais j'avais
le niveau B.E.P.C.. Mais, y'en a qui avait
Et il faut
leur Bac. C et qui
l'on raté...
investir 20 briques plus 5 briques pour la S.A.R.L.". Puis, tou-
jours en présence du
thèmes ordinaires
chef
d'exploitation,
la conversation
: des citernes qui transportent
reprend
des produits
sans plaque
; des policiers
qui
préviennent
les chauffeurs de
d'agents
la coordination, des
contrôleurs
de bus qui
de
sur
les
inflammables
la présence
dressent
des
P.V.
aux chauffeurs de poids lourd ; des camions de primeurs qui décrochent leurs
vitesses
à nouveau
(1)
("aller à la roulette"). Le chef d'exploitation
des aléas de
la route. "La Miss" est
: les confrontations ont été
provoquées par l'ethnologue.
(de manière
- 54 -
parti, l'on parle
tombée en panne et malgré
non
directive)
probablement
Le radio-téléphone, nul n'a
pour
L'ordre de faire un détour ou d'arrêter sa tournée
eu
L'aiderr C'est à dire, La ramener avec son fret à Lyon, car iL est interdit
d'abandonner son fourgon. Ayant changé de camion pour un véhicule poussiéreux,
elle trouve
Le Lendemain
sur son pare-brise un mot du patron
: "Monsieur,
\flü ps*. tro«
vous devriez avoir onte
sexe fait
taires
rire tout
le samedi
!". La faute d'orthographeiet
Le quiproquo
sur Le
Le monde. On aimerait bien que Les "virées" supplémen-
qui
suppriment
la prime de nettoyage
soient
mieux payées
que celle-ci.
Enfin, les griefs ont trait principalement à l'ordre des clients
à
fournir
indiqué par
L'ordre
des
feuillets
de
réception
dans
la pile de
chaque chauffeur. Les administratifs ne connaissent visiblement pas Les villes et annoncent aux clients L'heure de Livraison. Un accident, un embouteillage, une manifestation
font
intervertir
arrêts, surtout
l'ordre
mais en fréquence
radio-téléphone
des
perdre
beaucoup
de temps
Lors
des
et
si
tournées
l'on
ne peut
exceptionnelles
régulière, à Sochaux ou Vesoul, on prend du retard... Le
finalement
n'est
pas
utilisé
dans
ces
cas-là,
"autrement,
il faudrait téléphoner toutes les 5 minutes".
Une organisation rigoureuse de L'ordre des livraisons est Laissée à L'appréciation des chauffeurs, même dans Le cas extrêmement
contrôlé d'une "hyper-
productivité" de l'agence.
Le
vendredi
suivant,
le
routier
ne
fête
pas
son
départ. Alex
et Didier se rendent au bistrot. "La Miss", le routier qui a embouti la B.M.W.
et un de ses collègues de L'Ouest vont manger à La cafétéria d'un Supermarché
voisin. Puis
rentré à
L'entreprise
objets qui Lui appartiennent
le routier
reprend
dans
l'attelage
Les
: cibi, cables, cales, rideaux, coussins, plan-
ches qu'il charge dans sa voiture. IL montre son dernier disque à "La Miss".
Il a rou lé toute
La journée presque à 100 km à l'heure depuis Nantes. Le
chef d'exploitation vient dire bonjour. Le jeune chauffeur qui
tracteur,
s'installe,
écoute
les
conseils
techniques
et
Les
mises
reprend
en
le
garde
à propos des faux contacts du démarreur et du mauvais état du pot d'échappement. Il branche sa cibi et inscrit sur son disque, à la place de son nom,
C.H.S. VERLY...
Aujourd'hui, "La Miss" a terminé sa tournée à 16H. Elle quitte
L'entreprise à 22H.
- 55 -
O
La ritualisation des comportements professionnels
Dans
de
L'entreprise
L'A.F.T.
où
F.N.T.R., qui
il
occupe
représente
11
extrême- libéraliste
de Monsieur
des
une
économique
par
d'entreprise.
le
comité
se présente à nouveau au sein
responsabilités
fraction
d'entrepreneurs
une croissance
C. qui
plus
et, en qualité
"traditionaliste", opposée
plus jeunes et dont
importante, point
Le
de
comité
à
l'aile
les entreprises ont
de rituel
d'entreprise
militant
festif
existe
par
organisé
obligation
juridique et les chauffeurs ne savent même pas qui il regroupe.
L'entretien des véhicules du samedi matin ou les discussions au café
le mercredi soir font apparaître que les systèmes de relationjdes chauffeurs
salariés d'un même employeur reproduisent exactement les systèmes de relations
de chauffeurs
basées sur
en situation
de
route où, répétons-le, les hiérarchies
le tonnage des véhicules
sont
: 4 roues, 6 roues, 3 essieux, mille-
pattes) et les aires de travail.
La "formation à l'ancienne" ou La distribution des outils selon
l'an-
cienneté des salariés redouble cette hiérarchie. On remarque que la composition des équipes de nettoyage mixte les statuts et les chauffeurs établissent
ainsi entre eux des rapports de rivalité individuels. Des équipes de statut
homogène pourraient les conduire à s'opposer entre eux, équipe contre équipe,
ce qui provoquerait vraisemblablement
et
susciterait
des
revendications
une conscience collective embryonnaire
vis
à vis
de
la direction.
Considérons
donc que la mixité des équipes est une stratégie "rationnelle" issue d'essais
et d'erreurs de la part de la direction.
La confrontation de chauffeurs de statuts différents permettrait également pour
A
ou
les 4 roues "d'apprendre"
l'intérieur
moins
permet,
d'une
catégorie,
longues, nécessitant
là encore, d'opposer
le métier au contact des mille-pattes.
l'attribution
plus
les
ou
moins
chauffeurs
de tournées différentes, plus
d'attente
entre
et
de
eux, tant
manutention,
au niveau
de
la qualité et de la quantité de travail qu'à celui des salaires différents
dont le montant est "secret" ; ceci entretenant la suspiscion. Seul, en effet,
- 56 -
Le montant des primes est homogène et connu de tous.
Cette
organisation
du
travail
qui
induit
des
systèmes
de
relations
particuliers correspond aux codes de comportement de la route dont les valeurs
n'ont
pas
été produites
mais, nous
l'avons
et
reproduites
vu, par
les
uniquement
médias, journaux
au
sein des
entreprises
professionnels,
films et
romans..., les rituels tels que courses et rallyes, les foires, (*)...
Si cette "culture d'entreprise", et uniquement cette dernière, réglait
les rapports dans l'espace public des routes, il serait possible de conclure
que
les
conducteurs
de
poids-lourd
n'ont
pas "d'expression
autonome", mais
ceci n'explique pas la raison pour laquelle les automobilistes se comportent
de
la même manière. Inversement,
les systèmes de
rapports
hiérarchisés et
codifiés de l'espace public routier semblent impuissants à établir une discipline efficace au sein de l'entreprise, même "ouverte sur le monde extérieur".
Les
chauffeurs
sanctions
de
négatives
Monsieur
C
ou
positives
renforcent
de
qui
manière
règlent
les
frappante
ces
rapports
des
hiérarchies
professionnelles et la disipline au travail ; elles établissent un consensus
vis à vis de l'employeur. Les nouveaux-venus peuvent voir leur prime de nettoyage
supprimée
dépassé
du
le nombre
samedi
et être
obligé de
d'heures
ne compensent
rouler
hebdomadaires
pas
le samedi. Ayant
légal
(les heures
la prime), ils doivent
d'autre
déjà
largement
supplémentaires
part, nettoyer
leur outil avec plus de soin que les autres chauffeurs. Les brimades ou plaisanteries à leur égard sont incessantes.
La
logique
d'intégration
à
l'entreprise
suppose,
comme
Abdala
qui
est rejeté par les anciens, de briquer son véhicule, de ne pas avoir d'accrochage, de gagner
lignards
le challenge... A l'autre
se permetttent
de
automobiles et qu'ils ne
et des primes d'entretien
faire
savoir
extrémité de la hiérarchie, les
qu'ils
font
exprès
d'emboutir
des
lavent pas leur attelage. Ils font fi du challenge
(qui d'ailleurs
leur sont attribuées quand même).
Ils critiquent ostensiblement la maîtrise mais font venir le directeur d'agence lorsque Marc et Jean, chauffeurs de 19 t., critiquent à leur tour.
(*) : cf. vol. III - Routiers - op. cit.
- 57 -
Marc
et Jean, selon
Leur stratégie d'intégration, non seulement mar-
quent des distances hiérarchiques vis à vis d'Abdala, mais encore font valoir
leur aptitude à l'aventure et à la délocalisation
: ils rappellent en effet
que l'un se considère comme immigré (de Montpellier), l'autre comme ex-forain.
Ils s'affirment
sans famille, apatrides, résidant
le centre-ville, par oppo-
sition à Abdala, "fayot", père de famille, installé dans une parenté localisée
d'une commune de banlieue.
Alex
et
Didier
et ne fréquentent
n'ont
pas
de
stratégie
d'intégration
à
l'entreprise
le café du village que lorsque ceux qui balisent ou négo-
cient sans cesse leur statut en sont absents. Connaissant depuis leur enfance
la sociabilité populaire de St Etienne et les attitudes unanimistes des ouvriers,
ils
ne participent
pas
aux
rituels
disjonctifs
du
vendredi
et du
samedi. Didier, en particulier, dont l'achat d'un café lui avait fait espérer
"s'en sortir", à la fois de la condition ouvrière et de sa parenté de chauffeurs,
est
particulièrement
cynique
mais
réservé
toutefois
car
non-ancien
dans l'entreprise. Pour eux,_ être chauffeur n'est pas un métier ni un emploi
d'ouvrier: La "vie rêvée"/ c'est une activité "de dépannage" qui, lorsqu'elle
perdure, est signe d'une sous-prolétarisation.
Un personnage, "la Miss", joue un rôle d'intermédiaire et de promoteur
entre ces différents statuts et à l'intérieur de ces mêmes statuts, l'intermédiaire entre des logiques et des attitudes
sociales diverses. Etre
femme
lui permet, à elle, ancien conducteur, d'établir des relations et d'inviter
les nouveaux 4 roues au café, mais aussi de "copiner" avec lignards et affrétés, c'est
statut
à dire, de nouer des
relations qui
ne sont pas
professionnel. Elle a des conditions de travail
des autres
chauffeurs, mais elle
identiques à celles
reste, le soir, plus tard que
à l'entreprise ou au café pour animer
serait vraisemblablement
limitées à son
les autres
les discussions. Un célibataire homme
déconsidéré de rester aussi tard dans
"par excès de zèle" dirait-on, ou au café "par alcoolisme"...
- 58 -
l'entreprise,
Lignards
en semi
ou
en porteur-remorque/
et affrétés
sont
assimilés
par Les autres conducteurs un peu de La même manière, à des catégories supéneures
inacessibles. Les affrétés possédant
super-lourds, de
public
leurs
tonnage
compétences
équivalent
aux
des véhicules qui
outils
intellectuelles
et
des
ne sont pas
salariés, défendent
les investissements
financiers
risqués qu'ils ont pris. Ils proposent aux chauffeurs d'acheter de
tation
ou
tout
autre
marchandise
par des
connaissances
en
l'alimen-
interposées, alors
que le chef d'exploitation de Monsieur C proposent le même fret qu'ils transportent en provenance des
Ils
n'évoquent
pas
clients.
l'organisation
de
leurs tournées, alors
que
les
salariés considèrent les aléas des leurs comme des malchances avec lesquelles
on se débrouille, sans
identifier vraiment
le rôle du service
dispatching,
ni celui du radio-téléphone. Ils "tentent" donc de remédier à certaines carences.
- 59 -
Cj Le réseau des artisans locaux.
Tous
Les artisans
affrétés
par
C ne
fréquentent
pas
Le café.
Ceux qui possèdent des attelages de 40 tonnes ne s'y rendent jamais. Pascal
est
de ceux-là. Il salue
passer
son
SCANIA
jamais
Longuement.
dans
IL
jovialement
les rouleaux
utilise
Les salariés
du
de M. C
lorsqu'il
fait
Lavage automatique mais ne descend
Le garage
et
les outils
pour
entretenir
sa
machine ; il a pourtant un marché indépendant de C. Ces privilèges s'expliquent
par
Le fait
et Pascal
qu'il
est
d'une
se sont connus tout
ancienne
jeunes.
famille de Verly. Monsieur
Le. pèrerâ
débuté dans
C.'
le transport
pendant la guerre. Vers 1956, ses trois fils sont chauffeurs et ils se reconvertissent en 1974, L'un comme garagiste, l'autre comme directeur de chantiers
de lotissements de chalets de sport d'hiver. Pascal, 45 ans, reprend l'entreprise et
les six attelages, à la retraite du père en 1975, travaille pour
Rhône^Poulenc, Elf-Aquitaine, les grandes industries voisines, effectue des
trajets internationaux
: "IL y a 5 ans, y m'ont vendu
avec l'usine. Y m'ont
recyclé en national ."
• Les marchandises proposées par
et ne nécessitent
chimiques
sont
non
plus des
conditionnés
veaux matériels et
licencie
les chargeurs
citernes mais
en sacs. Pascal
des
changent de nature
semis, car
ne peut
Les
produits
investir dans de nou-
: "On ne peut pas être bon partout". Il roule
depuis 6 ans en national, transportant
de la messagerie industrielle en di-
rect. A l'automne 1986, iL se recycle, achète un fourgon de 19 t., MERCEDES,
pour travailler en régional, et embauche un jeune chauffeur pour Les Longues
distances.
Chaque samedi, dans
le garade de C ,
il
lui explique., longement
Les subtilités du moteur, du système électrique, des suspensions, les manières
de garantir
Le gas oil contre Le froids Les deux hommes travaillent parfois
la journée entière : "Je l'ai embauché par connaissance. On me l'a recommandé. J'ai pas cherché à L'A.N.P.E.. Y ramènent tous Les. clodos de la région...
C'est même pas bon à garder 1/2 heure. Lui, l'international, iL voulait plus'
en faire. Alors, on a associé nos misères".
(1) : selon La température extérieure et La vitesse à Laquelle on roule,
la manière de disposer les cartons contre Le radiateur, Le pourcentage
d'alcool ou d'essence à rajouter au carburant...
- 60 -
Pascal
garde
des
relations
courtoises
mais
distantes
avec
les
chauffeurs de C. : "La Miss, c'est une célébrité. Elle fait son boulot mais
une femme, c'est
le bordel dans une boutique. Y'en a (des conductrices) qui
savent à peu près rester femmes, mais elle, elle boit des canons, elle fume
le cigare, elle a pris un cul comme une bonbonne... Une femme, c'est fait
pour être désirable... Elle est pas si belle qu'il y a 5 ans. Elle en fait
pire que nous. On a déjà du mal à se tenir propre dans ce travail, alors
une femme... Tout ce qui est langage ou toilette..."
L'épouse
Son
grand-pçre
père
de
était
dirigeait
une
Pascal
est
comme
assureur, après
fabrique
de
lui, issue
avoir été
conserves.
Ses
d'une
famille
locale.
voiturierycharre tier. Son
cousins
sont
agriculteurs.
Son frère est garagiste. Les quelques anciennes familles de Verly se fréquentent assez régulièrement.
Pascal
construite
nombreux
sur
aime
beaucoup organiser
le terrain
transporteurs
de
de
des fêtes dans
ses beaux-parents. Il y
la région
qui
ont
débuté
la grande maison
invite également
après guerre
de
: "On se
connaît tous. En 1960, y'avait peu de transporteurs. Y'en avait un par village". (...)
"Les nouveaux
c'est
des
tous
qui ont
construit
ingénieurs. C'es-t pas
comme
des villas où ils ont du
nous, qu'on
est
pèze,
là pasqu'on a
eu un héritage. Au Conseil Municipal, c'est tous des nouveaux. Dans la rue,
on connaît plus personne, ça m'énerve !".
Par rapport à l'expansion de l'entreprise de Monsieur C , Pascal
a des
réactions mitigées
de plus
en plus. C'est
: "Il a toujours acheté du matériel
un
choix
à faire... C'est
et
travaille
toujours possible. Il y
a quelques années, il y avait qu'à y aller... C'est une forme de vie à choisir. Mais on peut être heureux sans avoir 200 salariés. Il a pas forcément
plus d'argent
que moi
à dépenser à la fin du mois. Il a peut-être plus de
biens au soleil... à condition de les garder, encore...".
- 61 -
Pascal, affrété occasionnellement par C. conserve une indépendance
économique mais utilisant les services de nettoyage et de mécanique de l'entreprise,
il
est, comme
les
autres
salariés,
l'objet
d'un
contrôle
non-
équivoque. A la différence des affrétés entièrement dépendants dont les alliés
appartiennent aux classes hétérogènes moyennes : techniciens, instituteurs...,
il réside dans la commune et est issu d'une parenté de propriétaires de manufacture ou de terres agricoles. Dans ces communes, bien localisé.-s dans la
région, anciennement des lieux de résidences bourgeoises, les artisans effectuent
de
longues distances
par alliance d'un parc dans
des années soixante leur
puis de
se
à.
ou de
l'international
la commune voisine
permis
restreindre, en plaçant
comme M. I, propriétaire
(1). L'expansion
économique
à tous deux de développer leur trafic,
leurs chauffeurs
chez des collègues de
la même génération qu'eux. Les réseaux de transporteurs sont entretenus régulièrement
lors de festivités le week-end et les chauffeurs qui sont employés
par l'un et par l'autre ont une grande expérience de la route. Les artisans
et leurs chauffeurs, comme celui qui quitte l'entreprise
C. pour
s'intégrer
à ce réseau de professionnels, mettent à distance à la fois les conducteurs
de chez C. qui ne sont pas de grands routiers, et l'employeur. Ils s'affirment
comme des aristocrates.
La sociabilité des conducteurs de l'entreprise semble donc indépendante des réseaux d'artisans
et de leurs salariés. Elle n'a pour espace
que l'entreprise et ses environs. Les salariés célibataires de chez C. résident tous au centre de Lyon, de Vienne ou de St Etienne ; les pères de famille, dans
les communes
ne tient
pas à venir habiter à proximité de l'entreprise. Le pouvoir local
le
rituels, a
la volonté d'attirer
par ses
sociaux
ou
ses
à La Lance qui pourtant
services
du transporteur
et
de banlieue. Comme
réseau d'artisans
les salariés, on
est-il perçu comme
si coercitif ?
Les rapports de production et la division des activités entre entrepreneurs
détermineraient donc grandement la sociabilité locale. Envisageons donc maintenant
comment, dans des communes plus rurales que Verly, les transporteurs
et chauffeurs répartissent leurs lieux de sociabilité et domaines d'activité.
CD
: Routiers, identités..., op. cit., vol. II
- 62 -
^ . LES TRANSPORTEURS DE MORLY
Morny est un gros village de la taille de Verly situé plus à
l'ouest sur le plateau, à 25 km de distance. La terre agricole y est plus
mauvaise, les manufactures rares.
633 habitants sur 3463, parmi lesquels on compte 1327 actifs,
travaillent dans la commune. L'accroissement de la population s'est réalisé
vers 1968, année au cours de laquelle l'on enregistre 1800 habitants supplémentaires avec la construction de 70 logements H.L.M., puis en 1975 jusqu'en
1983, la construction de plusieurs centaines de pavillons.
Morny est plus rurale que Verly et plus ouvrière. On dénombre
174 ménages agricoles, 750 ouvriers et 650 ouvriers spécialisés ou qualifiés.
Point de propriété bourgeoise sur ce plateau aride et venteux.
Nous avons décrit la parenté de Monsieur L. C-A")
transporteur et maire de la commune, qui regroupe
le notaire, un industriel agro-alimentaire, des agriculteurs, des commerçants,
un de ses beaux-frères est également au Conseil Municipal.
Monsieur L. a embauché ses 30 chauffeurs soit localement, soit
en direction de St Etienne où il entretient plus de relation avec les chargeurs. Il y considère la main-d'oeuvre plus fiable que celle de l'agglomération lyonnaise. Ayant établi un contrat pour la distribution des meubles
Conforama produits à Lyon, Monsieur L. affrète de nombreux artisans de la
localité. Dans la commune, .Ses frères et soeurs, «A le- beau-frère conseiller municipal, ont construit vers 1955 une série de villas groupées. Depuis,
les maisons ont été investies par leurs enfants, âgés de 25 à 35 ans. Ces
derniers, cadres moyens, continuent à entretenir potagers et clapiers, gardent mutuellement leurs enfants.
Ici iwjtux
Avant 25 ans, pendant leurs études^V • vivaient à Lyon dans
des quartiers comme St Jean ou la Croix Rousse. Un ouvrier, dont le grand- (2.")
père était minotier réside juste à côté. Son père a commencé à faire du transport à la même époque que Monsieur L., en 1945, en rachetant un camion à
(1) :
naTeUt-Íepr.S'34 d e n t 1 t é S - ." ° P " ^
" ^
(2) : oncle par alliance de Monsieur L.
- 63 -
"
: La
« ^ t o M a U t é patro-
L'Armée
pour
effectuer
La
ramasse
des
fruits
et
Légumes
en direction
des
marchés gares de Lyon et Paris. Puis, en 1950, iL se "greffe" avec un affréteur de St Etienne. L'entreprise
EL Le possède
préféraient
est
indépendante
de ceLLe de Monsieur L..
trois atteLages, mais en 1965 "iLs nous ont
Laissé tomber. Y
travaiLLer avec des transporteurs de La Loire. Et pis, on arri-
vait pas à assurer".
Le père n'entretient
qui ont
créé
de reLations qu'avec, de petits
Leur entreprise à La même période que
pas". Robert, son fiLs, est
associé
Lui.Y"IL
très tôt à L'activité
de
industrieLs
ne sortait"
L'entreprise
famiLiaLe et passe un C.A.P. de mécanicien poids-Lourd dans un Lycée technique à St Etienne. IL travaiLLe ensuite pour un concessionnaire SCANIA, puis,
après son service miLitaire,' iL est embauché par son père, en 1971. Chauffeur,
iL
commence
à rouLer
en nationaL. Avec
à Dijon, on se fi Lait
La
L'autre
chauffeur, "on se croisai-t
Licence. Y'en a beaucoup qui
faisaient
car Comme
ça, on faisait rouLer deux camions avec une Licence".
Avec
La
banaLisation
de
u)
La
Licence, 'L'entreprise
en
acquiert
une seconde et effectue aussi des voyages internationaux. Deux vieiLLes semis
chargent de L'acier et du béton et reviennent à vide. La savoyarde effectue
du
groupage
L'ItaLie.
pour
B.S.N.
et
transporte Lampadaires, meubLes, verreries
pour
Un troisième véhicuLe est affrété par CALEXPRESS.
Richard devient routier internationaL : "En ItaLie, y sont stricts
par
rapport
aux autorisations. On s'est entraîné un peu
Les autorisations sur L'ALLemagne. Y z'aiment
bien que
Là-dessus et on eu
Les chauffeurs aient
un technique sur L'étranger. Avec Les travaiLLeurs, Les douanes, Les tampons,
Les machins, y trient un peu".
L'apprentissage en ItaLie est agréabLe : "En ItaLie, tu rencontres
un
chauffeur,
C'est
tu vas
manger
dans
une
pizzeria.
C'était
pLus
décontracté.
Le Midi. Y'a Le soLeiL. C'est moins cher aussi. Les gens sont sympas.
En ALLemagne, au resto, on te sert. Y font pas attention. Après, je rencontrai toujours Les mêmes chauffeurs. Et on connaissait un peu Le coin".
(1) : De nouveLLes distributions de Licences "gratuites" (attributions semblet-iL suivant Les départements où est bien impLantée La F.N.T.R., fédération départementale puissante, miLitants actifs) et pas à n'importe
queL transporteur, ont Lieu depuis 1986...
- 64 -
L'entreprise, d'une
par
tous
Les
moyens
économie et d'une gestion précaire, cherche
les''coups possibles
voyages. "En Allemagne/
les douanes
c'est
Italie où ils te piquent un carton. J'ai
La quantité
est
après, quand
limitée
t'as
à 100
l'habitude,
pour
rentabiliser
plus
correct. C'est
sont
douanes,
c'est
tout
C'est
super
un peu plus. J'ai
organisé. Si
trafiqué un peu.
les centimètres que t'as dans le réservoir. Mon père a payé
cher, et, après, il était
pénibles avec
taxé un maximum, mais
(.-O
enregistré.
t'es fiché, alors, après, y t'emmerdent
Y faut marquer
le gas oil.
corrects. Après, une fois que t'es
connu, si tu fais pas d'impair, tu passes". (...)
"Les
les
pas comme en
eu des problèmes avec
l.. ALors, ils m'ont
ils
au maximum
marqué.
(5000 F d'amende). Ils étaient
ces histoires de gas oil. En Allemagne, il est
vraiment
plus cher et
comme bn avait mis de gros réservoirs, ça nous permettait de faire le tour
en redescendant. Je passais au Luxembourg,
Avec
les bons de gas oil, fallait
là, il est
toujours
complètement
tricher. C'était
détaxé.
mon père qui
poussait un peu".
Pendant
le week-end
ce temps, Robert
chez des copains
"trafique à droite et à gauche", dort
lyonnais
: "comme j'étais toute la semaine sur
la route...". Il n'a pas vraiment de domicile fixe
: "Je me levais à midi,
le samedi. On calculait sur le week-end ce qu'on allait faire comme conneriej'.
Il skie chaque
hiver, fait
beaucoup
de vélo
et de
delta-plane:
"Maintenant, j'ai plus la trouille, depuis qu'un copain s'est tué sur une
voiture". L'été, il part en vacances en Hongrie, Bulgarie, Irlande, Sardaigne.
Son
père
cesse
alors
son
activité
en
1986, souhaitant
prendre
sa retraite
: "Lq boîte, mon père, y me la donnait. Mon père, y se faisait
chier. Sur
la fin, on avait trois camions (SCANIA) et trois semis, deux li-
cences. Ils ont
piers. Si
libéralisé car beaucoup de transporteurs
j'avais
repris
l'affaire, j'aurais
deux
roulaient
chauffeurs
et
sans paje serais
dans les bureaux (il rit), les papiers, tout ça, les rapports avec les affréteurs...".
(1) :^ différents groupe de la communauté européenne taxent les
"importés" ou "exportés" dans les réservoirs des véhicules.
- 65 -
carburants
Richard préfère alors se mettre au chômage. Attelages et garage
sont vendus à un chauffeur. Celui-ci reprend également le marché des machines
à
Laver vers
l'est de
la France et
l'Allemagne et se fait affréter par M.
L.. Richard/ peut-être à cause de ses expériences
cours
distant
chauffeur
qui
lorsqu'il
a repris
décrit
la
lyonnaises, tient un dis-
sociabilité de
la petite
la boîte de mon père, il voit
commune
souvent
: "Le
L.. Je sais
pas comment y se débrouillent quand y'a pas de boulot... Il y a des relations
tendues..."
(...)
"L., y trafique
au bistrot/
aux
boules. C'est
quelqu'un
qui circule beaucoup. C'est des relations qui sont données. Tous les affrétés par là travaillent pour lui : "Tu achètes ton camion, je te file du boulot !". Ca compte. C'est des relations locales. L., il est toujours au bistrot
avec ses chauffeurs, le samedi, à l'apéro, après l'entretien... Le père de
famille, avec ses enfants. Ca fait assez familiale, quoi. C'est la campagne •"
Il réside maintenant
compagne
enceinte
qui
travaillait
dans
l'ancienne
villa de son père avec sa
dans un foyer d'hébergement, et quelques
amis de passage. Il y a peu de meubles. L'ancien
la cour et
le garage, est transformé en salon où
bureau vitréV"
r
l'on s'assied
à même le
/
sur •
sol sur des coussins. Une table de ping-pong est utilisée pour ranger livres
et papiers.
Pendant
son
chômage, Robert
effectue
quelques
voyages
pour
le
successeur de son père^ aide un cousin plombier, part en vacances en France,
en voiture avec sa compagne "mais y'a moins d'imprévus".
L'été,
les
cousins-voisins
organisent
des
soirées barbecue. Il
rencontre dans un café de la place du village ses copains d'enfance devenus
paysans, préparateur en pharmacie, ouvriers
chez R.V.I.. Son père joue aux
cartes dans Le café-hôtel-restaurant d'en face.
Monsieur L. continue à fré-
quenter le jeu de boules : "Le bistrot de mon père, c'est Le bistrot "classe".
C'est le niveau au-dessus. La gare, le jeu de boule,Ic'est D L U S erad !". .
^"""^vkj où se rend Monsieur L.
Ses amis, ages'de la trentaine, connus il y a quelques années, " ' "
à la Croix Rousse, résident à Lyon, proviennent tous du même lycée. Certains
- 66 -
se sont mis à Leur -compte, comme commerçants en vins ou ont monté un cabinet
de gestion ou encore sont dessinateurs industriels. Robert ne veut plus faire
routier.
IL
souhaiterait
être
chauffeur
de car
: "c'est
sympa,
c'est
pas
trop La course", à La Limite, chauffeur en régional : "Chauffeur, je Le ferais
plus, faudrait
vraiment
facilement. Je
connais
aller
Y'a
que
des
j'aie plus de rond. Mais, je pourrais
transporteurs. C'est
mon père qui
trouver
m'a poussé à
les voir, quoi, faut bien chercher un peu. Mais, ça m'intéresse pas.
l'ambiance
qui me dit
rien, bof... C'est
pareil à l'usine. Je suis un
peu dégoûté. J'ai fait ça pendant 15 ans. Ca me plaisait au début, pis, après
l'ambiance,
les bureaux
de fret... Je fais
un peu un rejet, quoi... L'am-
biance, quand tu roules, ça va tout seul..."
"Tu te retrouves au restaurant, les discussions sur le racisme.
T'sais, quand
a un qui
toujours
tu connais personne... T'es toujours pris à témoin quand y'en
vient
là-dessus. En plus, moi, je parle pas beaucoup. Y faudrait
gueuler. Ca, ça me fout en boule... C'est
pas... C'est
vrai que je
réagissais
Les vieux qui parlaient- de ça, pas les jeunes, des gens de 50
ans. Y la ramènent constamment... quand y z'ont fait L'Algérie !".
"Les très vieux, y parlent du bon temps. C'était pas comme ça...
Y partaient
toute
la
semaine... Y faisaient
journée à rien faire. Y connaissaient
avaient
des
réparations
un voyage, ils prenaient
une
plus Les gens du pays... Souvent, ils
à faire sur place. Les jeunes, ils parlent de cul,
de camions, de mécanique... Les jeunes, ceux qui font ça... Ils sont mordus.
Un peu vitesse, un peu moteur, ils aiment le camion... C'est
impressionnant,
quand même".
Nous retrouvons à Morny le même phénomène qu'à Verly. Les artisans
qui possèdent de la clientèle en direct construisent des réseaux délocalisés
et
localement,
ils sont
concurrents
entre
eux. A
L'inverse,
Les
rapports
sociaux de La plus grosse entreprise de transport sont investis dans la sociabilité villageoise. Monsieur L. se rend au jeu de boules avec ses salariés
- 67 -
et ses artisans dependants alors que Les artisans indépendants se regroupent
au café des commerçants
pouvoir
économique et
et des agriculteurs. En situation de monopole, de
politique,
les
relations sont
"données" à Monsieur
L.. Robert a connu avec son père le rythme de travail et toutes les tactiques
de l'artisan indépendant qui vise à renflouer par tous les moyens un budget
toujours précaire, en jouant des exigences administratives selon les pays,
en fraudant
sur
les
réglementations
les idéologies des conducteurs
"captif" ou
conditions
salarié d'une
de travail
pour
entreprise
qu'il
connaît
fiscales
et
économiques. Il prétexte
refuser à la fois de devenir
importante, c'est
bien, de s'intégrer
artisan
à dire, outre des
à la
sociabilité
villageoise, populaire ou au réseau d'artisans. Son expérience de chauffeur
lui a permis pendant 15 ans de fréquenter des citadins lyonnais qui depuis
sont devenus
cadres, commerçants ou exercent des professions
libérales. Le
travail a été une passerelle vers une culture qu'il ne connaissait pas. Profitant de
la villa de son père,, il entretient des relations régulières avec
ses voisins, les neveux
techniciens de Monsieur L., abrite quelques amis,
s'installe dans une succession de travaux occasionnels trouvés par
l'inter-
médiaire de sa parenté et ses expériences professionnelles. L'impossibilité
de se reconvertir et le refus d'intégration des conducteurs ,J.ui donnent yne
.. ,
/a la sociabilité^
vision triste et désabusée.
Wocale
¿\,
BERGERE : (LES TRANSPORTEURS DE)
Bergère
sur
est
une
commune
rurale
de 4800 habitants, dans
l'axe Lyon/Besançon. La
commune
connut
une période
L'Ain,
d'industrialisation
relative avec l'implantation de filatures et teintureries au début du siècle
par des industriels qui n'étaient
alliés
localement.
employaient
A
chacune
la
une
pas du département et qui ne se sont pas
troisième
trentaine
génération,
les
d'habitants,
trois
manufactures
ferment "du
jour
au
qui
lende-
main", il y a 20 ans.
Les
habitants
de Bergère
emmènent
volontier
l'étranger
visiter
ces locaux en voie de dégradation, avec le livre de comptes toujours ouvert
sur la table, les rangées d'échantillons de produits et la salle des machines
que les jeunes utilisent maintenant comme espace de bal.
Nous avions déjà décrit Monsieur N., transporteur dans la commune, qui, lors de la reprise de l'entreprise que dirigeait son
père, et avec
la récession économique du département, s'est heurté aux résistances ouvertes
des chauffeurs face aux
changements de lignes et de techniques de travail.
Les transports N. n'effectuent en 1986 guère plus que des déménagements
et les correspondances de la S.N.C.F.. La mère de N. dirige un hô-
tel, son père une cimenterie. L'oncle de N. (le frère du père) est quincaillier,
le deuxième
frère
est
P.D.G. d'une
entreprise
de
chaudronnerie
qui
produit des constructions mobiles. Sa fille possède un magasin de bonneterie..
Comme dans
du
transporteur
sont
le cas de Monsieur L.>'on
regroupe
un
ensemble
s'aperçoit
d'industriels
et
de
que la parenté
commerçants
qui
représentés au Conseil Municipal. Monsieur L. est maire de sa commune.
Monsieur N. est 3ème adjoint
municipal de
la sienne. Le Conseil Municipal,
si l'on excepte
le maire et notaire depuis 45 ans dans la commune, Monsieur
N.
et
transporteur
le
directeur
commercial
d'un
fabricant
de
jouet,
(1) : Routiers, identités... - op. cit. - vol. II : La succession, la reprise,
la cessation d'activité - p 37.
- 69 -
est
composé
pour
moitié
de
professions
paramédicales
infirmière...), et pour moitié d'artisans
sonnage
important
ne
fait
un pouvoir important
pas
: c'est
(dentiste,
vétérinaire,
commerçants et agriculteurs. Un per-
partie du Conseil
Municipal
bien qu'il ait
le président du club de foot, ancien chaudron-
nier qui a créé une importante fabrique de bennes et de carrosserie qui emploie 50 salariés. Il est donc un concurrent^ direct de Monsieur N. oncle.
En outre, il assure
les transports scolaires et tient une agence de dépan-
nage de poids lourds.
Monsieur
parents
T. est
cultivateurs dont
le
concurrent
direct
de Monsieur
N..
Fils
de
la petite exploitation de 10 HA n'est pas renta-
ble, il travaille pendant 9 ans comme chauffeur de bus scolaire pour le président
du club de foot. Il se met à son compte en 1965 pour transporter
productions
locales
quées. Comme
les voyages
: marbre, bois de scierie puis fabrications
les
contrepla-
la plupart des transporteurs du département, Monsieur T. évite
en direction
de
la
région
lyonnaise
car
les voyages
retours,
attendue la concurrence, sont très difficiles à trouver. Les transports s'effectuent plutôt vers le nord„est de la France.
Depuis
épouse
est
10
ans, il
secrétaire
; son
la suite d'un accident
emploie
dix
chauffeurs
fils et un deuxième
du travail, s'occupent
de
dont
un
frère
frère, maçon
l'entretien
; son
handicapé à
mécanique des
attelages.
Les tracteurs parcourent 100 000 km par an. > Monsieur T., lorsqu'il n'avait pas de salarié, en parcourait 190 000. Comme Monsieur N., Monsieur T. préfère
mener
au
entre
différents
pièces.
réparer
kilométrage
"On
cnc.mise-s
le plus élevé
les
F au
pistons
à
1300
des
- 70 -
jouer
ristournes
F ' au
lieu de 750 F. En refaisant
mécanicien en une semaine."
d'un garage afin de les
possible. Faisant
fournisseurs, il obtient
touche
à 300
les camions en s'équipant
lieu
la
concurrence
de 40 % sur les.
de
2000
F,
les
le moteur, on paie de
Alors que
Le garage et
La maison de Monsieur
N. sont
situés à
La périphérie du centre ville/ Monsieur T. a investi dans une terre agricole sur
laquelle
il a construit
verte d'un hangar
. Par
une
entourée
grande
villa
la fosse nécessaire aux
réparations
recou-
la suite. Le terrain étant viabilisé/ il construit
d'arbres
fruitiers
où
loge
la
famille/
bétonne
un large espace non couvert pour garer les attelages.
Trois de ses plus jeunes frères font leur service national/ commis de ferme et ouvrier chez Monsieur T. oncle et attendent
l'entreprise
pour s'y
l'expansion de
faire embaucher. Les chauffeurs gagnent
environ 9000F
par mois, primes et déplacements compris.
Monsieur T. vient d'investir dans un minitel puisque la T.
contre
laquelle s'élevait
en 1982 la F.N.T.R. locale n'est
R.O./C
plus respectée.
Monsieur T. est très anti-syndical. Selon lui/ les "véreux" du syndicat patronal départemental ont fait chuter les prix d'affrètement
action
positive
aurait
été
l'obtention
d'une
ses départs en direct/ concurrençant ainsi
de moitié. La seule
détaxe de gas oil. Il assure
le vieux Monsieur N. qui a promis
de lui "foutre un coup de fusil". Monsieur T. estime que ses chauffeurs sont
"des gens vraiment doués".
Il y a dix ans, les conducteurs n'étaient pas stables dans l'entreprise
; maintenant/
l'équipe serait soudée. Monsieur
T. estime qu'être
chauffeur est "un métier d'avenir pour les jeunes" mais il faut au préalable "apprendre la fabrication en usine".
Le père de Monsieur
U. était
porcin/ disparue depuis. Sa femme est
feur
chez
le président
du club
ouvrier
dans
une
institutrice. Après
de foot/ puis
ferme
d'élevage
avoir été chauf-
chez Monsieur T., puis chez
un transporteur de la ville voisine, un des permanents du syndicat que Monsieur T. exècre
: "qui
lèvent
le cul et se font
en 1969.
L*) : T fto —
*«.n f ¡caVoo
routière cJ»\i\cVo"irc.
- 71 -
racheter"/
il s'installe
IL
construit
une
avancée
de
toit
sur
La vieiLLe
maison
de
sa
mère, en bordure de La route nationaLe afin de ranger pièces de moteur, fûts
de vidange
garer sq
; fait goudronner
un terrain pLat
pour ranger
Les atteLages et
Mercedes. Sur La coLLine voisine, iL érige sa viLLa dont Le sous-
soL est consacré à La gestion de L'entreprise..
Monsieur U. a été
chauffeur pour
Le président
du cLub de foot
puis pour Monsieur T. En 1969, son fourgon
est affrété par une société de
messagerie
un
Le
régionaLe. En
transport
1973, iL
internationaL
de
embauche
moutons
et
de
chauffeur
et
se Lance
porcs, profitant
dans
d'anciennes
reLations de son père. Les cLients sont des sociétés agro-alimentaires instalLées en ALsace qui
remplacent
Les élevages
Locaux
disparus. La
provenance
des bêtes dépend, selon Lui, des politiques de Ministères de L'Agriculture.
Avant
blique
1981, le trafic
Démocratique
Allemande
s'effectuait
; en
5 mois sur 10 avec la Répu-
1982/83, avec
l'Espagne
; en
1984/85,
avec La Hongrie.
Monsieur U. emploie maintenant 12 chauffeurs. Le dernier embauché
comme
comptable
est un jeune du village. Les murs du bureau sont
de photos d'attelages
2
accidentés
tapissés
: "Quand on achète 3 camions, on en casse
!". Sur environ 7 accidents par an, 2 atteLages sont irrécupérables. Les
tracteurs
(SCANIA,
que L'on trouve sur
MERCEDES, VOLVO)
qu'il
achète
sont
les plus
puissants
le marché. Garantis deux ans, ils sont revendus au bout
de trois. Comme les possibilités de charger sont irrégulières et qu'un grand
nombre
de bêtes est proposé en une fois, les voyages doivent être rapides.
L'ensemble des chauffeurs de Monsieur U. est réquisitionné et une surcharge
systématique
est
imposée
par
Le
client
(soit
500 moutons
par attelage
au
total). Chacun effectue dans
la semaine trois voyages en R.D.A., soit 2500
kilomètres, et
gravité du
le
centre
de
chargement
étant
mouvant, il faut
veiller, en conduisant, à ne pas verser ni étouffer les bêtes.
- 72 -
Monsieur
U.
roule
rarement
et
se
consacre
exclusivement
recherche de fret, chaque grève dans un abattoir étant une occasion
à la
lucra-
tive, et des contacts aux douanes. Il trouve scandaleux que des vétérinaires
privés
soient
chargés
de
contrôler
les bagues des bestiaux
aux douanes et
\.'.)
gagnent à ce titre, 10 000 F par attelage.
Les chauffeurs gagnent, primes de kilomètres, de tours et frais
de route compris, entre 10 000 et 12 000 F par mois. Le travail est pénible
et dangereux. Il dit
c'est
en parlant
tout un métier. (...)
pas !".
de ses chauffeurs
C'est
moi qui
: "Charger des cochons,
les ait dressé, sinon y restent
Monsieur U. recrute ses conducteurs dans un rayon de 30 kilomè-
tres, dans la zone rurale, "des fils de cultivateurs de préférence", enfants
d'ouvriers agricoles ou d'artisans de famille nombreuse.
Chacun sait dans la commune que le frère d'un de ses chauffeurs,
fils de boucher/ferrailleur, a cambriolé
récemment
proche
années,
. Ses chauffeurs, après quelques
licenciés pour cause d'accident
une résidence secondaire
• lorsqu'ils
sont
dû aux excès de charge ou suite à un refus
au travail, demandent à être embauchés chez Monsieur T.. Lorsqu'ils perdent
leur temps à ^ r i s
ciés
sont
lors de "bringues", les chauffeurs de Monsieur T. licen-
embauchés
par
Monsieur
N.. La
circulation
des
chauffeurs
de U.
vers T. puis vers N. est donc inverse du sens de la mise à son compte qui
part du président du club de foot vers U..
Recrutés dans des familles dont les enfants n'ont guère de perspectives
travail
est
mal
professionnelles,
harassant
considéré
et
ils
commencent
dévalorisé
dans
puisque
la profession
le
métier
de
le difficile
ainsi
que peu
conducteur
transport
rémunéré
de
par
un
cochons
(corppte tenu
des risques d'accident et des heures de conduite). Le transport de préfabriqués et
de produits
manufacturés
chez Monsieur T. leur fait
connaître
les
métropoles et un rythme de travail moins tendu.
Les
transporteurs
parenté de propriétaires
sont
intégrés
localement
dans
un
réseau
de
industriels et immobiliers. Mis à leur compte, ils
embauchent en priorité des membres de leur famille. Les chauffeurs circulent
-?3-
de
transporteur
à transporteur
dans
Le
sens
d'une
intégration
Locale. De
sous-prolétaires déconsidérés, ils deviennent "habitants" du village.
Même
sans
grandes
perspectives
professionnelles/
être
chauffeur
chez
AJ •
amène à être reconnu et respecté.
Monsieur N. a perdu
étant
Le plus ancien
les marchés de ses parents producteurs mais
des transporteurs ayant des départs directs et membre
du Conseil Municipal, il reste un symbole d'installation locale dans la durée.
Il n'y a pas de ville à 35 km à la ronde. La main-d'oeuvre qui
ne migre pas ou se déplace peu, reste captive des réseaux d'employeurs locaux,
et d'organisations du travail traditionnelles. Après L'entretien des véhicules, le week-end, les repas d'entreprise sont rares et peu de cafés semblent
investis
de
préférence
les fêtes municipales
par
les
chauffeurs.
Les
regroupent
de nombreux
habitants mais
de rituel spécifique aux chauffeurs
manifestations
sportives,
il n'y
a pas
dans la commune. La double circulation
des artisans dont Les entreprises sont de même taille et de chauffeurs semble
indépendante
de
la
sociabilité
villageoise. Lorsqu'un
de puissance que les autres, comme dans
entrepreneur
a plus
Le cas de Morny, on assiste à une
double sociabilité à caractère ritualisé pour les chauffeurs et Les artisans
non dépendants L'évitetvt.
L'entrepreneur embauche et installe ses affrétés par l'intermédiaire de ce rituel. A Verly, où L'entreprise de Monsieur C. est très importante, Les chauffeurs sont recrutés et résident assez loin, et La participation régulière et prolongée aux rituels confirme Leur promotion. Les routiers
peuvent
être
embauchés
par
des
artisans
"non-captifs" dont
certains
sont
d'anciens salariés de la même entreprise.
Si
Les
rituels
L'on compare
à caractère
Les cas de ces trois communes, il apparaît que
instrumentaux
ou purement
Ludiques délimitent
les
statuts professionnels réciproques, qu'ils permettent de connaître Les statuts
voisins, qu'ils assurent Leur reconnaissance. Ils assurent aussi
tion des conducteurs
la circula-
d'employeur à employeur, mais seulement lorsqu'un désé-
quilibre au niveau des pouvoirs économiques existe entre transporteurs.
-*<l-
hps-:
Uííi=«,
IV -
QUELQUES MOUVANCES SYNDICALES
TS-QUELQUES MOUVANCES SYNDICALES
Les syndicats représentant-. Les chauffeurs sont-ils porteurs de valeurs spécifiques
comment
à cette activité
la
? Nous
F.N.C.R., entre
avions décrit, lors du précédent
1950 et
1960, avait
volume/
contribué à construire une
mythologie de la route à partir d'une sélection des mémoires des pionniers,
publiée dans des reportages, romans ou films ; comment
a été diffusée dans
les journaux
et comment
la langue technique
la participation aux
champion-
nats permettait d'avoir comme interlocuteurs des transporteurs, constructeurs
de véhicules industriels et hommes politiques.
Les symboles
en
scène
attachés à
sont-ils, pour
l'outil, les conceptions du métier mis
partie, partagés
par
les
syndicats
confédérés
?
Quelle est la logique de l'engagement dans le syndicalisme:
Nous
changeaient
les
assez
que
souvent
les
et
chauffeurs
dans
les
entreprises
ils expliquaient
ces
changements
par "des conflits de personnes". Il n'existe
chauffeurs
pas présente
mentionné
de syndicat
d'affiliation
de
avions
puissant
dans
à la Bourse
conducteurs
de bus
la
région Rhône Alpes. La
du Travail
des
T.CL.
et
les chauffeurs
(Transports
en
pas de syndicat
C.G.T. Route
sont
Commun
affiliés
n'est
avec
Lyonnais). A la
F.G.T.E., (Fédération Générale du Transport et de l'Equipement), les fonctionnaires de l'Equipement
nots ne
comprennent
s'opposent
pas
les
aux professions du transport
routiers, et parmi
; les chemi-
les chauffeurs, sont
taxés
de pro-cheminots, les salariés des filiales de la S.N.C.F. lorsque les groupes
se trouvent
en désaccord
sur
les revendications. Voici
désespérant pour le militant.
-?*-
un tableau un peu
On retrouve parmi Les permanents de plus de 45 ans de La C.F.D.T.
Route
des
Les mêmes origines sociaLes que ceLLes décrites dans
miLitants
Nantais
de
La
C.F.D.T."
(1)
: fiLs
"Autobiographies
de petits
cultivateurs,
d'artisans ou d'ouvriers, catholiques, certains ont milité à La C.F.T.C.
A Lyon,
Les déLégués
du personnel
qui
se
rendent
aux
réunions
de La Bourse du Travail ont moins de 35 ans. Presque tous sont célibataires
ou divorcés. Si l'on excepte de rares délégués, issus de familles de cadres
moyens qui
se sont
engagés dans
Le mouvement
ouvrier vers 1968 et qui, se
sentant déclassés, ont une vision amère de la société, on remarque que, très
souvent, ces syndicalistes ont eu une enfance tourmentée, des parents séparés, ont changé de lieu de résidence très souvent et n'ont
scolaire
supérieur
au C.A.P..
L'adhésion
comme
une
opposition
du
chauffeur
aux
"gens des
la direction et qui montent
C.G.C., que
pas de diplôme
L'expression
au syndicat
est
souvent
plus
expliquée
bureaux" soupçonnés être des alliés de
Leur propre syndicat, F.O., C.F.T.C. ou encore
d'une "conscience de classe". Après une succession
de travaux précaires dans plusieurs grandes villes, ils voient dans Le syndicalisme
un moyen
de
s'intégrer
à
l'entreprise, de se faire connaître de
la maîtrise, mais surtout, de développer entre collègues de travaiL des réseaux d'échange et d'entraide qui débordent
syndicales
strictes.
Ils
sont
rejoints
Largement
dans
cette
le cadre des activités
sociabilité
conviviale
par des chauffeurs de même âge mais d'origine artisante ou commerçante qui
ont, depuis
leur enfance, une
grande expérience
urbain, qui connaissent parfaitement
du mode de vie
populaire
La ville... (Cas de B7 et B11 par exem-
ple, Les Livreurs, vol. II).
(1) : Autobiographie des militants Nantais de La C.F.D.T. - Les cahiers du
L.E.R.S.C.O. - Univers, de Nantes - 2ème edit. - n° 4 - sept. 1982.
-IG.
Lorsqu'à
La suite d'un
stage de formation professionneLLe nego-
cié avec Leur employeur grâce à Leur position syndicale, iLs quittent L'entreprise et changent d'emploi, ils cessent alors toute activité militante
Le syndicat
apprennent
a un rôle de formation intellectuelle. Les délégués
le droit du travail et l'économie, et, en ces années de désaffec-
tion syndicale
sens du
(1)
terrain
leur est
souvent
: "Ils préfèrent
reproché au niveau régional
aller discutailler
leur manque de
à Paris plutôt que de
s'occuper de leur boîte et des camarades".
Le syndicat est surtout implanté dans les entreprises de messagerie en zone courte. Les chauffeurs en zone longue adhèrent à titre individuel
mais
le syndicat est rarement
représenté au comité d'établissement
de Leur
entreprise.
LA POSITION ORDINAIRE D'UN SYNDICALISTE
Prenons l'exemple de Félix, delegué du personnel dans l'entreprise
P.I.C.. Cette entreprise est fondée au début du siècle par un garagiste devenu livreur qui avait constaté la carence des stocks en pièces mécaniques.
P.I.C. effectue de La messagerie rapide de colis de moins de 25 kg. Le service
de livraison est bi-journalier dans chaque département. Une filiale S.N.C.F.
transporte
le fret des ramasses de département à département moyennant quoi
P.I.C. transmet à une autre filiale S.N.C.F. le soin de distribuer les colis
à l'extérieur de la COURLY (*).
L'agence
de véhicule
de Vaulx
en Velin
compte une
lourd, affrétés et intérimaires
trentaine
de
compris. 40 % des
chauffeurs
intérimaires
(*) - COURLY : Communauté URbaine de LYon.
(1) : cf Pierre, vol. I ; B9, vol. II, livreur, de père artisan, devenu technicien en informatique.
-3?-
travaillant
à l'agence en saison fixe, fournis par la succursale de la com-
mune voisine, spécialisée
dans
le gardiennage d'entreprise... Dans ce tra-
vail, où il faut rouler vite, bien connaître l'agglomération et ne pas perdre de temps chez les clients
(1), 23 chauffeurs sont considérés comme tels
par les "gens des bureaux", entendons les contremaîtres et cadres administratifs de 30 à 40 ans. Ces chauffeurs dont
la moyenne d'âge est de 32,7 ANS,
ont entre 4 et 13 ans d'ancienneté^ les plus anciens ayant au moins 12 ans
d'ancienneté, date de
soit
dans
la
l'implantation
commune-même,
soit
de
dans
l'agence.uw<-Jà résident
les
villages
alentours
pour moitié
à
caractères
ruraux, (4 cas).
Les salariés les plus récents résident dans les communes "ouvrières", dont
la moyenne du taux de coefficient familial est le plus bas de l'agglomération
et le pourcentage de mtHÏtç d<t lh
«¿us
i<- p'^s
à part 4 exceptions, issues
du coeur de la zone des industries pétro-chimiques du Sud.
Depuis
les
à 4 réunions par an
ciper" disent
lois Auroux, l'expression
des salariés s'est réduite
et "les chauffeurs se font tirer l'oreille pour y parti-
les "administratifs". Les
cercles
de qualité ont
lieu "à la
demande".
Comme
tous
les autres, Félix
est
devenu
délégué
"par
hasard",
à la suite du mécontentement des conducteurs : dix nouveaux chauffeurs ayant
été embauchés et les tournées de chacun modifiées".
"Y'en a un qui a promu le mouvement syndical. Il est allé à la
bourse du travail... Et puis, un soir, il a demandé une réunion. Un soir,
chez un copain, on est allé voir... Et puis, il nous a dit : "y'a pas de
problème, il faut élire un délégué". Tout le monde voulait qu'il y ait un
syndicat mais personne voulait se présenter. ALors, moi, je sais pas trop
pourquoi, j'ai dit : "bon, ben O.K., je le fais pour lancer le syndicat,
(1) : cf "Garder son temps", L.C., vol. II - Les Livreurs.
->î-
"mais un minimum de temps". Parce qu'y en a un qui voulait bien L'être/ seulement, ça faisait pas un an qu'il était dans La boîte. Alors, j'ai dit : "Je
le fais, trois, quatre mois, et après, tu reprends le flambeau". Au début,
je voyais pas bien, je connaissais rien du tout. Puis, finalement, cette
personne est partie et comme personne veut le faire... Puis, voilà, je suis
resté délégué syndical. Enfin, j'avoue qu'avec ma vie de famille et tout
le reste, ça fait pas mal de boulot. Je me passerais de cette tâche."
Félix a 35 ans. Son père, tourneur dans une petite ville du Cher,
puis routier pendant
25 ans, transporte du fil de fer avant
pré-retraite. Son grand-père paternel est
de prendre sa
inconnu ; son grand-père maternel
était gardien dans une usine de porcelaine. Après son divorce, sa mère s'installe à Paris et "fait de la représentation". Félix
rate son C.A.P. de plom-
bier.
"J'avais un patron qui me faisait faire que du cuivre pasque
ça lui plaisait. C'était la mode. Et puis, le jour du C.A.P., j'ai eu du
plomb... Et je savais pas travailler le plomb."
Il va alors résider chez sa mère et poursuit un stage de F.P.A.
pour obtenir un C.A.P. à 18 ans.
"Quand on a 20 ans, on sait pas trop ce qu'on veut faire. On
rêve un peu. On veut pas trop se salir les mains. Je voulais faire de la
représentation. J'ai essayé à plusieurs reprises. Je me suis complètement
planté. J'ai fait des petits boulots."
Il rompt
ensuite avec
sa mère, travaille
comme
serveur dans un
relais routier du Massif Central. Le père de sa nouvelle compagne lui propose
de l'embaucher dans son entreprise de carrosserie.
"Je devais faire de la carrosserie avec lui... Finalement, j'ai
fait un an de boulot là-bas, pasqu'il construisait une maison, et y m'ont
dit : "Y'a pas de boulot pour toi". Donc, j'ai redémarré à zéro. Je suis
reparti..."
En 1976, il arrive à Lyon, se fait héberger par un copain étudiant
rencontré pendant les vendanges et vit "au jour le jour".
-*3-
"J'ai pas de mauvaises bases... Y'a des jours, je mangeais une
demi-baguette".
Après une succession
d'emplois
de manutentionnaire, de gardien,
iL est embauché dans une entreprise de déménagement de 10 salariés, pendant
la saison d'été, alors qu'il y a du travail.
"Maintenant, ils emploient un peu n'importe qui. Y trouvent peu
de gens du métier. C'est rare. Il faut savoir emballer les meubles. Y'a une
manière pour porter. Et c'est mal payé... C'est un métier quand même. J'étais
jeune. J'étais en panne. Je préférais porter... Les jeunes, maintenant, le
déménagement, c'est dur pour eux."
Pendant
meubles
neufs.
l'hiver,
C'est
alors
la
même
qu'il
entreprise
rencontre
sa
familiale
compagne
transporte
actuelle,
des
aide-
cuisinière dans une cantine, divorcée de l'un de ses collègues avec qui elle
a eu deux enfants. Il change alors d'entreprise de déménagement.
"C'était
une ambiance
vraiment
spéciale. Y'avait
que des
aleólos." (...) "Si tu buvais pas un canon, t'étais pas bien vu. C'était
l'usine. Le travail était plus dur. On faisait deux déménagements par jour."
(...V'Quand j'ai revu les autres, je leur ai dit : "C'est vraiment une colonie de vacances". Y'avait le chef et tout..."
Félix essaie alors de se reconvertir dans les assurances.
"Pour gagner plus d'argent, trouver quelque chose de bien. Je
me suis défoncé, et puis, finalement, pas assez de bagou... (...)
"Les assurances, il faut être fait pour ça. Je me forçais. Il
faut aimer le bagou, le contact humain, bien présenter. Je faisais du porte
à porte. Tu sais, avec les paperasses, je savais plus où j'en étais. Y m'en
ont trop fait faire."
Il travaille alors six mois dans une nouvelle entreprise de déménagement, puis quelques
semaines dans une manufacture de polissage de pou--
trelles d'acier, avant de trouver un emploi chez P.I.C..
"Avoir 34 ans, pour arriver là... Au début, ça m'a reposé. J'ai
soufflé un peu. Par rapport aux autres boulots que j'ai fait, c'était pas
pénible."
Avec
deux
tournées par jour, son horaire
et de 16 H à 19 H.
-So-
est de 7H30 à 11H30
"On croît qu'on peut faire beaucoup de choses. Puis, finalement/
rien faire : manger, ranger La maison, faire Les courses."
(...)
"IL faut conduire rapidement. Au bout d'un moment, y'a La tension
nerveuse, tout ça. Tu te fatigues un peu. Faut pas s'amuser".
on peut
"Avant ma femme, je
pas. Mais, si t'as des gosses
un petit rhume, ben, tu vas au
saies de Le garder. Tu serres un
manquais une journée ou deux : ça ne gênait
à assurer, t'es beaucoup pLus assidu. Tu as
bouLot. Maintenant, si t'as un boulot, t'espeu Les poings."
Le syndicat déclaré, Félix devient délégué du personnel.
"Sur un coup de tête. Y fallait bien qu'ils aient quelqu'un.
Mais, c'est quelque chose que je ferais plus."
"Au début, on essayait de faire fonctionner le comité d'entreprise. Jusqu'à ce que tous les gens soient convoqués. On se réunissait chez
moi. Les trois chauffeurs, on faisait les ordres du jour ensemble. On discutait un bon moment. Alors, à la réunion où ça foirait un peu... c'est que
Les gars, ils disaient pas du tout ce qu'on avait prévu de dire... Enfin,
y'avait quand même un fonctionnement. Puis, après, ils ont divisé. Les gens
sont pas convoqués, Les ordres du jour n'existaient pas. Le secrétaire arrive
à la réunion, y'a rien à dire 1 C'est clownesque, quoi ! C'est un peu folklorique. Et dans l'année, y'a deux, trois fois, où y'a pas de réunion."
Par rapport aux espérances des nouveaux syndicalistes, la découverte des tactiques de la direction est rude. Le quart des chauffeurs démissionne
sont
car
les
remplacés
temps.
Les
tournées
par
trieurs
modifiées
le double
et
les
de
sont
plus
conducteurs
manutentionnaires
longues
et difficiles
de "secours", employés
récemment
embauchés
et
ils
à mi-
sont
des
intérimaires.
"Les gens des bureaux, ils participent pas du tout. ILs sont
trop près de la direction. Ils attendent que ça se passe. Les nouveaux chauffeurs, récemment embauchés, ils osent pas..."
Félix
prend
ses
nouvelles
responsabilités
très
au
sérieux
et
revendique avec ses collègues un 13ème mois, à la place des primes de fin
d'année, prime de non-accident
plus anciens
Livreurs ont
: 2000 F/an, et de notation : 1000 F/an. Les
un salaire
de 4900
F/mois. Il
reçoit
alors une
lettre de licenciement.
"Quand j'ai failli me faire virer, y me connaissaient plus, à
la Limite. Alors, j'étais un peu déçu... Y'a plus de réunion mensuelle."
• -SI.
(...) "C'était L'arrangement à L'amiable : si toi/ tu me donnes
ci, moi, je te donne ça... et patati/ patata... C'est vraiment des positions
inconfortables/ mais je suis obligé de faire comme ça pour obtenir quelque
chose. Passé un moment/ c'était la guerre. Je les ai emmerdé, je me suis
retrouvé tout seul... Le jour où je m'en vais, y'a plus rien, c'est sûr.
On fait croire qu'il y a une certaine pression au niveau des salariés/ tout
ça, mais les gens ont très peur."
(...) "J'y vais carrément au flanc : si vous donnez pas de 13ème
mois/ (à la place des primes), vous risquez d'avoir une grève sur les bras.
Il a fallu régulariser les salaires. On a fait les marchands de tapis, et
encore par du chantage : attention, si j'ai pas ça, je vais à l'Inspection
du Travail !"
"En plus, ils avaient mis au comité d'entreprise un chef d'agence
de Valence. Alors pour avoir les compte-rendus... Enfin, c'est lui qui est
sensé les faire. Le trésorier, ils l'ont balancé dans les bureaux... Franchement, j'en ai marre d'être délégué. Mais, j'y reste pasque j'en suis sûr,
le jour où je suis plus délégué, je me fais virer avec pertes et fracas...
Je fais le minimum... Ils ont une rancune contre moi pasqu'on a essayé de
les.mettre aux Prud'hommes pasqu'ils voulaient me virer. J'ai reçu tout un
paquet de lettres recommandées... Puis, ça s'est passé... Alors, je lui fous
un peu la paix. Je me suis écrasé."
(;..)
"J'ai le cul entre deux chaises... Je préférerais qu'il
y ait vraiment la bagarre, ou bien je fais plus rien..."
Le comité d'entreprise est transféré dans un baraquement en préfabriqué,
limitent
sans
chauffage
maintenant
et
à une
sans
machine
réfection
des
à écrire. Les
sanitaires
et
revendications
des
se
vestiaires. Le
comité d'entreprise organise des sorties de ski.
"Les sorties de ski organisées par le comité d'entreprise, ça
contente les gens des bureaux... Les chauffeurs, non... On a pas envie d'aller avec les bureaux... Y tiennent peutêtre pas à se retrouver ensemble sur
les pistes de ski."
Certains
chauffeurs, pour
leur part, fréquentent
par
l'intermé-
diaire du comité d'entreprise, un gymnase d'une grand société de Body-BuiIding
implantée
dans
toutes
les
grandes
métropoles
françaises. Dans
ce
"temple
du sport", selon la publicité, Aérobic pour les femmes, musculation et sports
de
combat
pour les hommes,Vrassemblent
_ * L -
les ouvriers de diverses entreprises.
La sociabilité
diffuse
par
réseaux
syndicaliste
d'affinité
comme dans
dans différentes
le cas de L.C.
activités de
direction étant plus répressive à l'égard des syndicalistes
(1) se
loisirs. La
et mettant
en
oeuvre des contraintes importantes à l'égard du comité d'entreprise, il n'y
a aucun
rituel comme
Le repas de Noël par exemple à L . C , permettant aux
différentes catégories professionnelles de se rencontrer.
La position de Félix est semblable à celle des autres délégués
syndicaux C.F.D.T. et du C E . . L'engagement dans des responsabilités syndicales est consécutif à une trajectoire sociale et professionnelle brisée. Etre
délégué permet de devenir salarié protégé et ceci est une stratégie individuelle efficace pour acquérir
une
stabilité de
l'emploi, inscrire
sa vie
dans une localité, construire des "réseaux de copains", apprendre et "s'épanouïr"... La deuxième étape est le conflit avec la direction qui émerge inévitablement du fait de l'activisme du délégué. Le conflit fait apparaître la
possibilité d'une conscience collective .des chauffeurs, d'un mode de pensée
commun par l'intermédiaire de revendications égalitaires communes. Le conflit,
brisé par la mise en relief des différentes catégories internes aux chauffeurs, l'activité du délégué devient essentiellement juridique, en même temps
qu'il
investit
diverses associations où il trouve des relations parallèles
mais plus satisfaisantes.
Depuis fin 1986, début
1987, de nouvelles jurisprudences
liées
à une réforme du code du travail, remettent en cause la protection du délégué
lorsqu'il participe activement à un conflit violent, comme un piquet de grève,
rétablissant
ainsi
l'objectif
"Le comité social doit aider
énoncé en 1942 par
le gouvernement de Vichy
la direction à résoudre toutes
les questions
relatives au travail et la vie du personnel dans l'établissement." (2)
Rappelons
que
le dépouillement
des
compte-rendus
des
dossiers
et jugement des Prud'hommes, de 1978 à 1986, semble montrer que les verdicts
des jugements précèdent la sensibilité politique nationale.
(1) : Routiers, identités... - op. cit. - vol. II : Les livreurs, p. 42.
(2) : Les comité sociaux d'entreprise : leur constitution, leur rôle, leur
fonctionnement - L. MORÄNE - PUF - 1942 - 64 p.
et aussi : Travail et expression ouvrière - P. BOUVIER - éd. Galilée - 1980
193 p.
-fi-
2 , Le Bal de NOEL de La F.N.C.R.
Alors qu'il n'existe pas de manifestation
les
adhérents
des
syndicats
confédérés
en
région
conviviale
regroupant
Rh ône Alpes,
l'amicale
des routiers qui finance la F.N.C.R. par les cotisations des relais, organise
deux
ou
Pointue
trois
fois par
(1) dont
an un bal. Celui
de Noël
les gérants aident beaucoup
1986 a
lieu à
l'amicale, selon
la Tour
le président
de cette dernière.
L'après-midi, se déroule
dans
une arrière
salle du
relais une
réunion syndicale de la F.N.C.R. consacrée à exposer les différentes motions
du congrès interrégional qui a eu lieu quelques mois plus tôt (2).
Elle
regroupe
une
cinquantaine
ans. Très surprenant pour qui connait
ture
de
chauffeurs
âgés
de
40 à 55
le syndicat est la séquence d'ouver-
: la minute de silence traditionnelle à la mémoires des morts sur la
route est consacrée cette fois au décès d'un jeune étudiant tué par les fonctionnaires de police au cours du mois : "Quel que soit le motif des manifestations, et quels que soient
les ordres de
la police, je demande à ce qu'on
tire un coup de chapeau à nos gosses" déclare le président. Les commentaires
fusent
ensuite
: les étudiants "n'ont rien à perdre" mais ils donnent une
"leçon de solidarité" ; "Nous, on perd notre travail
de
!"... La possibilité
pressions grâce à des barrages routiers pour faire appliquer la législa-
tion par le patronat est évoquée dans l'assistance : "Seuls les trois premiers
sur les barrages ont des couilles au cul !" rétorque le président. Le réquisitoire est sévère contre les affréteurs comme Rhône-Poulenc, Danone, Cadigel...
en infraction permanente.
Les
négociations
sur
les
conditions
de
déchargement
dans
les
grandes surfaces ne sont toujours pas réglées, même si le syndicat a demandé
à des hommes politiques d'intervenir. Ce qui
lui a été reproché au nom de
"l'égalitarisme" : "lorsqu'on va voir l'élu, on va voir l'homme, pas le politique !". Parmi les commentaires de l'assistance, on entend que "le syndicat
est
considéré
par
les patrons", "qu'aux
U.S.A.,
l'affiliation
au
syndicat
est obligatoire", qu'en Suède, à la suite d'un conflit, "seuls les gars
(1) : Routiers, identités... - op. cit. - vol. I : Les relais péri-urbains,
p 61.
(2) : Routiers, repas... - op. cit. - vol. III : Un congrès
F.N.C.R. - p. 43.
-Sk-
interrégional
syndiqués
Lors
des
touchent
séances
Les
aux
augmentations
Prud'hommes
est
!".
L'explication
amplement
des
argumentations
développée, photocopies
de
disques aggrandies à l'appui : "Assister quelqu'un au Prud'hommes nous revient
plus cher que toutes les cotisations, et après, on se fait engueuler : rt oui,
les routiers ne font rien...". On regrette L'absence de l'Inspecteur du travail invité, qui se serait "dégonflé" à cause de "pressions politiques".
Une dizaine
de
retraités
sont
présents, et
est terminée, en fin d'après-midi, tous se retrouvent
le temps
passé, "les coups" marquants, comme
âne au premier
étage des
Folies Bergères
lorsque
la
réunion
au bar. Ils rappellent
ce groupe qui
avait
: "Y nous ont payé
porté un
le champagne
pour qu'on le redescende !". On remarque que presque tous ont été chauffeurs
d'engin de fort tonnage et sur de longues distances. Lors de cette séquence
de clôture du rituel, les tracteurs des années 50 sont évoqués : les BERNARD
de 20 tonnes et 105 CH qui roulaient à 45 km/H. ; Les. attelages de 48 tonnes
et les pannes de freins dans La neige ; les routes impraticables ; les nuits
passées à dormir sur Les tables des relais ; les carcasses de camions d'un
transporteur
célèbre qui
jalonnent
Les routes vers
L'Iran
; La
complicité
des gendarmes qui accompagnent les convois exceptionnels.
L'ensemble des serveurs et serveuses, patron et patronne du relais
est assez attentif à L'évocation de cette mémoire. Les chauffeurs retraités,
présents dans La salle, s'affirment
comme des modèles de réussite profession-
nelle : leurs enfants sont professeurs, secrétaires dans des régies immobilières, directeurs commercials dans le transport...
Le soir-même
a lieu
Le bal, dans une
grande
salle
de
la Tour
Pointue qui servait autrefois, d'écurie a^x chevaux Loués pour monter la côte
depuis Vaise jusqu'à cet ancien carrefour dont les voies mènent en direction
du Beaujolais
(de la N. 6 pour Paris) ou des monts du Lyonnais. Plus d'une
centaine de personnes sont présentes, dont
La moitié des jeunes, de 15 à 22
ans qui se sont regroupés ensemble Le Long des tablées. Nous remarquons qu'il
n'y a personne, entre 25 à 35 ans, mis à part nous.
Le repas est très animé. Alors que les hommes sont vêtus de couLeurs ternes, en tee-shirt
et pantalon de tergal, les femmes sont pimpantes
avec de grandes robes à fleurs ou des corsages décolettés
nous ça !" crient les jeunes.
-ÎS"-
: "Mamie, cache-
Après La tombola où tout Le monde se doit de participer pour gagner de petits
Lots comme des montres ou des pendulettes, Le repas commence et Les femmes
engagent
La conversation entre elles
quelques chose ?" ; donnent
: "Vous trouvez que ce syndicat fait
leur avis sur Les attitudes du patron de Leur
mari : "IL est gentil mais il ne veut pas s'aggrandir, il ne veut pas acheter
à crédit".
La
plupart
des
chauffeurs
font
du
régional, affrétés par des
sociétés de produits alimentaires et résident en zone rurale plutôt à L'ouest
de Lyon. Les épouses, employées
ont
des
enfants, constatent
dans
que
les hôpitaux,
leurs
conditions
la nuit,
lorsqu'elles
de travail
s'aggravent.
Elles sont syndiquées à la C.F.D.T. ou à La C.G.T.. Les hommes ne répondent
rien Lorsqu'elles Les critiquent parce qu'ils ne veulent pas changer d'employeur.
Après
et
les anciens
le
repas,
racontent
Le -disk-jockey
commence
à animer
l'assemblée
au micro des histoires de Toto, ce que personne
n'attendait... Ensuite, Les jeunes gens entament des séances de Rap sur Les
succès du moment. Puis, les épouses se lèvent pour danser sur
d'Indochine
et
la Compagnie
Créole
; organisent
des farandoles
Les chants
: "Y sont
gentils nos petits maris, surtout lorsqu'ils ne sont pas Là !" disent-elles
en riant. Rares sont
les chauffeurs qui dansent
aux attaques des femmes en faisant
et quelques-uns
répondent
les pitres. Mais La majorité des hommes
restent assis... et se font inviter par Les femmes.
Le décalage culturel que nous avions signalé C D prend ici toute
son expression. Les femmes critiquent
plats
sont
le menu du repas, La manière dont les
préparés. Les événements politiques récents, les fib's qu'elles
ont vus, leurs voisins qui ne "suivent" pas assez leurs enfants au Lycée.
Les affiliations syndicales antagonistes entre époux ne semblent
toutefois
pas susciter de conflits apparents lors des discussions. Nous avions mentionné
que de nombreux chauffeurs à La F.N.C.R. étaient syndiqués C.G.T. Lorsqu'ils
étaient
ouvriers, par
besoin
"d'être
ensemble"
(2). Les
responsables
(1) : Les routiers,... - op. cit. - vol. II : Les épouses, p. 114.
(2) : Les routiers,... - op. cit. - vol. III : Les 24H du Mans, p. 19.
-SG.
des
"Routiers" L'ignorent ou font semblant/ reprenant à chaque discours un couplet attaquant les syndicats "politisés".
Les arguments d'un syndicat indépendant
A la F.N.C.R.. comme dans d'autres syndicats,existe un grand décalage idéologique et de grandes différences de conception du travail et du
monde social entre les adhérents vivant quotidiennement
les difficultés des
relations inter-professionnelles et les permanents parisiens issus de l'histoire du
syndicat. La
F.N.C.R. qui
s'oppose
depuis sa création, en 1936/
mais pas seulement/ aux syndicats confédérés/ est
économiques et politiques particuliers.
-SK
le résultat de rapports
Alors que
port par
route et
concurrence
de
la
Les pouvoirs publics
la réglementent
route, en
structurent. Outre
les
fédérations
et un syndicat
l'activité du trans-
de manière à protéger
1936/37, des
mouvements de défense d'artisans
Rail/Route
identifient
de
associations
transporteurs
le rail contre la
professionnelles
déjà
se
constituées, des
(A.N.T.) opposés à la nouvelle coordination
indépendant
de
chauffeurs
se crééent, aidés
par
les constructeurs : LATIL, BERNARD ; les garages : PYRENEE, SADGA ; les vendeurs d'huiles et d'essence : RENAULT, UNYLO.
En 1936, ce syndicat
se définit
dans son
qui
deviendra
organe de presse, Les
défense du traf ic routier", en
Routiers
opposition avec
traires à la définition de l'ouvrier",
par
la suite,
la F.N.C.R.,
: "organe
officiel
de
les syndicats jaunes "con-
en opposition avec la C G . T . .:
Cet organisme prônant la lutte des classes ne peut faire l'union
de tous les professionnels, surtout dans une corporation comme la nôtre où
chauffeurs et transporteurs doivent garder la bonne entente pour pouvoir
vivre. <1)
en opposition avec la C.F.T.C. :
A cause de son caractère confessionnel et religieux. Les syndicats chrétiens sont eux aussi dans L'incapacité de procéder au rassemblement
général des producteurs français, Leur étiquette religieuse étant un obstacle à l'adhésion d'une grande partie de La classe Laborieuse. (1)
Le
"l'abolition
journal
attaque
des privilèges
des
le syndicalisme
gens
de
classe
du métier", c'est
qui
impliquerait
à dire, d'un
côté
la C.G.T., de L'autre Le C.G.P.F. :
Mais La Confédération Générale de la Production Française ne
représente pas du tout Le patronat français ; elle ne représente qu'un patronat de contrebande, celui des sociétés anonymes et des grands trusts qu'il
faut abattre ; Le faux patronat des industries dites "abritées" qui vivent
des commandes de L'Etat ou des collectivités. (2)
(1) : Les Routiers - nov. 1936 - "Syndicats".
(2) : Les Routiers - sept/oct. 1936 - Opinions de nos confrères
syndicalismes (L'Ouvrier Français - organe de Presse).
-.H-
: Les deux
59
"Le vrai patronat
français", employeur estimé de 70 % des sala-
riés, ne serait pas représenté à la C.G.P.F.. Une solidarité entre ces "vrais
patrons" et leurs employés serait nécessaire car ils sont chacun...
intéressés
conséquence, ils ont
prospérité. (1)
à la prospérité
l'obligation de
du métier qui
collaborer en
les fait vivre ; en
vue d'assurer cette
La solidarité internationale ouvrière ne saurait exister puisque
les ouvriers étrangers
(les Japonais
sont déjà mentionnés
dans
le textile)
produisent "à vil prix" et conduisent donc les Français au chômage. Au moment
des grèves, un long article de juin 1936 enumere toutes les catégories professionnelles, y compris
les
camionneurs
des Halles, : "la
vie économique a
presque partout été arrêtée".
"Ces hommes, dont dépend en grande partie le ravitaillement de
notre Capitale, ces hommes dont la vie est particulièrement rude, ces hommes
toujours au volant de Leurs lourds véhicules, qu'il vente, qu'il neige ou
que le soleil assomme, ces hommes qui, toujours par monts et par vaux ne
connaissent pas comme les autres la douceur de rentrer chaque soir à leur
foyer après le dur travail de la journée, ces hommes, qu'allaient-ils faire ?
(...) C'est que le Chauffeur Routier n'est pas un chauffeur ordinaire. Il y a entre ceux-ci et ceux-là une différence aussi grande qu'entre
un marinier et un capitaine au long cours. Leur métier étant tout à fait
particulier, ils auront forcément une mentalité tout à fait particulière,
une mentalité bien à eux. (2)
Ce texte, signé d'un
lité des
conducteurs
pseudonyme, décrit
longue distance
et des marchandises. Les
qui
représentants
connaissent
ensuite
la responsabi-
la valeur de
l'outil
des "petits transporteurs" auraient
satisfait, selon l'auteur, une revendication des conducteurs dont ils connaissent
les "peines", à la différence de la F.N.T.F. (*). Les grèves de chauf-
feurs sont néanmoins mentionnées dans le mensuel, surtout
lorsqu'elles sont
(1) : Les Routiers - sept/oct. 1936 - Opinions de nos confrères
syndicalismes (L'Ouvrier Français - organe de Presse).
(2) : Les Routiers - juin 1936 - "Les routiers et la Grève".
(*) : Fédération Nationale des Transporteurs Français.
- 89 -
: Les deux
menées par Le syndicat qui compte environ 2000 adhérents en 1936.
Des
associations
relais agréés, munis
du
paralleles
au
syndicat
sigle, maintenant
bien
fondent
un
connu, bleu et
réseau
de
rouge, dans
lesquels est distribuée la revue et servi un apéritif : "le GAZOIL". Le syndicat
propose
une
assurance-vie, des
avocats, une
colonie
de
vacances
et
lance des souscriptions pour construire une maison de repos et de retraite,
réalisée en 1960, et depuis lors toujours en service.
De
longs
articles
du
mensuel
s'attaquent
à
l'incompétence
des
Prud'hommes, revendiquent un "contrat collectif" à la profession et la reconnaissance de maladies professionnelles
comme les intoxications aux hydrocar-
bures, les dermatoses, le "cancer du gazoil" ; la réduction du temps de travail sans baisse des salaires car le rendement des machines est devenu important. Les attaques violentes contre le Rail, la partialité de la maréchaussée
sont régulières. Tous ces thèmes sont des invariants que l'on retrouve aujoui—
d'hui. On
dénonce
au transporteur
l'agonie
du
transporteur
libre
affilié aux Chemins de Fer dont
les impôts, alors que
la distribution
(fév. 36)
le déficit
de cartes provisoires
en
opposition
est
comblé par
de
circulation
bloque les entrepreneurs.
Le mensuel est égayé de publicité pour des orchestres
ambulants
de chansonniers, d'un roman-feuilleton : "LE CHAROGNARD DES ASSAOUIS"
par F. de SAULIEU, l'actuel président^ de faits divers, photos et caricatures qui démontrent
les méfaits du coût de la vie, les dangers de
l'absence
de passage à niveau, des ponts aux piles trop faibles qui s'écroulent
les
attelages,
l'absurdité
de
la
répression
policière,
sous
l'incompréhension
des juges qui retirent les permis de conduire, les inconséquences d'une limitation de vitesse à 40 km/H...
En
des Routiers
1937 apparaissent
du Maroc
et de
"Die Routiers", célébrant
des
informations
l'Algérie, ainsi
l'amitié
qu'une
corporatiste et
syndicaliste doit être un apôtre" (sept. 37).
- 90 -
régulières
sur
l'Amicale
rubrique en allemand,
le "travail
libre" : "un
La "LETTRE DE MIMILE" adressée a La grande famille
raconte les
émotions, la solitude, "l'abnégation", les "privations consenties".
A tous ceux qui continuent à porter bien haut le flambeau laissé
par nos aînés, je demande de continuer à faire briller bien haut nos traditions et l'étendard des Routiers. (1)
Les attaques
nuent. L'on
évoque
la
contre
le^Führer du transport*, le ministre, conti-
réalisation
imminente
du
tunnel
sous
la Manche, la
loi inéluctable du progrès qui contribue à rendre le Fer obsolète. Des numéros entiers sont consacrés au Salon du Camion "né sous le signe de la dévaluation" et de la "belle production française". Les voitures, les "lévriers",
adoptent
des
"lignes
pures" et
les nez
raccourcis
des
"bouledogues"
(les
cabines avancées) "rendent le moindre accident mortel". Les nouveaux moteurs,
à huile ou à charbon
: LATIL ; à essence : DELAHAYE ; à gazogène : CITROEN
et BERLIET ; à gas-oil : RENAULT et BERNARD, sont passés au crible.La ventilation et
les couchettes dans
les cabines
font
leur apparition. On parle de
1940 comme d'une époque formidable.
En 1939, le journal
à propos
"Nous
de la guerre que "le
ferons
journal
notre
réapparait
devoir
en
au
donne des
cours de
responsable, c'est
combat
1941. Le
et
président
aideront
actuel
secourisme
et
la nature" (de
à
du
explique,
l'homme).
la reconstruction". Le
syndicat
travaille
au
Ministère de l'Information de Vichy.
La fidélité des amis de la première heure garantit notre passé.
Dans nos traditions, dans nos souvenirs, nous trouvons notre récompense.
Comme nos camarades au volant de leur camion, nous jetons un coup d'oeil
dans le rétroviseur... Une borne, un poteau indicateur... C'est du passé,
rien que du passé.
Le point est fait, il faut regarder droit devant soi, sur la route de
l'An nouveau.
Tant de tâches s'offrent à nous. (...)
Nous voulons que dans une corporation prospère, où Transporteurs et Chauffeurs ont tant d'intérêts communs, règne la plus parfaite entente.
Nous désirons pour les seconds un statut empreint de justice sociale,
(1) : Le Routier - juin 1939 - "Lettre de Mimile".
La propriété de Leur métier, une adaptation moderne du Code du travail, Le
reclassement des vieux routiers usés par Le Labeur.
Nous espérons qu'on comprendra, enfin, L'ut i Lité pubLique de nos reLais
routiers, non pLus brimés, mais aidés dans Leur effort.
Nous sommes sûrs que L'Etat français nous aidera à mener à bien ce vaste
programme. (1)
"Notre MaréchaL" est ampLement cité dans Les pages :
"La puissance des trusts a cherché à s'affirmer de nouveau en
utiLisant pour ses fins particulières L'institution des comités d'organisation
économique. A La Lumière de L'expérience, je reprendrai contre un capitaLisme
égoïste et aveugLe La Lutte que Les souverains de France ont engagée et gagnée contre La féodaLité. J'entends que notre pays soit débarassé de La tuteLLe La pLus méprisabLe : ceLLe de L'argent." (2)
Le journal encourage La natalité et La "rénovation de La famille".
La France était, hier, le pays des célibataires et des fils uniques. Cela nous a conduit où nous en sommes, cela mènera notre patrie à l'abîme si La volonté des Français ne change pas. La bourgeoisie a montré le
chemin, Les classes populaires L'ont suivi. (3)
Les
du Travail,
informations
(on ne parle
techniques
pas des
: La réorganisation
comités
de
l'Inspection
d'entreprises mis en place à ce
moment) ; les modalités de passage du permis professionnel ; la construction
de La gare routière aux Halles de Paris ; de grands travaux comme les autoroutes, occupent les pages intérieurs du journal.
De 1943 à 1945, le journal ne paraît pas.
En 1946, alors que La C G . T . essaie d'implanter son propre réseau
de
aux
La
relais
routiers
nouvelles
guerre
entre
1981
qui
et
au
sigle
jaune, Les
politiques. Leurs
paraissent
1986, en
les
ce
arguments
fondements
qui
concerne
Routiers
rompent
publient
avec
leur
les écrits
d'avant
des
polémiques
"contemporaines",
Les
nationalisations, moyens
(1) : Les.Routiers - dec. 41/jan. 42 - "A l'aube de l'an neuf".
(2) : cit. du Maréchal Petain dans Les Routiers déc.41/jan.42.
(3) : Les Routiers - mars 1942 - "L'avenir de La France".
-92..
opposition
de
s'opposer
au
"capitalisme",
soit, mais
différents
de
ceux
préconisés
par
les gouvernements du Maréchal Pétain. "C'est la mort du transport routier".
Les partisans des nationalisations invoquent en leur faveur la
nécessité de briser les puissances financières qui peuvent porter atteinte
à la sécurité de l'Etat. Ils estiment, par ailleurs, qu'en nationalisant
certains services d'intérêt général, on exploitera ainsi, au seul bénéfice
des travailleurs et des usagers, les moyens de production monopolisés jusqu'
ici par le capital privé. (1)
Les arguments ne sont plus uniquement
dispositions,
c'est
selon
une
optique
"symboliques". Face à ces
"libérale"
dans
son
sens
politique
actuel que...
les entreprises routières ne font pas des bénéfices hors de proportion avec la nature des services rendus. Bien au contraire, la plupart
des artisans routiers joignent bien juste Les deux bouts en fin d'année. (1)
D'autre
part,
la
gestion
centralisée
de
la
logistique
serait
hors de prix.
Il est impossible de centraliser un secteur seul, sans faire
disparaître totalement l'artisanat de notre corporation. Sans doute, les
bénéfices bruts seraient-ils supérieurs dans le cas d'une centralisation,
à la somme des bénéfices totaux des entreprises libres, mais l'appareil administratif nécessaire à son fonctionnement absorberait certainement la marge
bénéficiaire. (1)
Les
P.T.T. qui
où ils
arguments
annexes
ne fonctionnent
sont
évoquent
les
en 1946 pas mieux
services
que dans
publics
les pays
confiés à des entreprises privées ; ou encore
patron, mauvais
payeur,
salaires
des
chauffeurs
employés
tels
les
européens
l'Etat, mauvais
par
la
S.N.C.F.
pour preuve.
L'Etat a toujours tendance à considérer que les lois qu'il dicte
ne sont pas faites pour lui. (1)
Pendant trois années, le journal s'attaque à la vie chère : "Le
bataille des prix a été gagnée par
les prix
(hélas) !". Les taxes sur les
produits de première.nécessité, essence, tabac,... sont dénoncées
: "1944,
l'Essence libère la France ; 1947, la France doit libérer l'Essence !". '
(1) : Les Routiers - 1946 - "Nationalisation
routier !
-35-
? C'est
la mort du transport
Le journal considère la nouvelle publication, la "Vie des Transports" (de l'actuelle F.N.T.R.) comme une concurrence déloyale aux transporteurs.
Le syndicat
"une
formation
restructure
professionnelle".
ses associations
Fidèle
à
son
"d'amitié", revendique
programme,
"défendre
notre
droit au travail et à la vie", le journal s'oppose, avec F.O., aux souhaits
de
la C.G.T. qui
demande notamment
"l'importation" de main-d'oeuvre
étran-
gère (pour la "reconstruction"). Le rachat des "cartes" (licences) de transporteur routier par des filiales routières de la S.N.C.F. déclenche de vives
polémiques dans la presse ; sur les 37000 entreprises de transport recensées
en France, 18000 posséderaient un camion, 11000, deux camions. Avec
les pro-
grès techniques dûs à la guerre, grande publicité est faite pour les carburateurs de poids-lourd "S0LEX" et les pneus "DUNL0P". Les "petites voitures",
comme la 4CV RENAULT, aux finitions intérieures appréciées, semblent, d'après
les
lettres
"SCOOTER".
tracteurs
sont
publiées,
Les
grands
BERLIET.
l'objet
encore
trop
travaux
Les
d'Afrique
"mécaniques
de chroniques
onéreuses
:
il
française
américaines
faut
se
contenter
s'intensifient
sur
régulières. Nul n'ignore
les
routes
avec
du
les
françaises"
les subtilités des mo-
teurs MACK, G.M.L., BEDFORD. Les grèves à la S.N.C.F. produisent
évidemment
des critiques acerbes du "plan de redressement" qui consisterait à
normaliser une affaire financièrement défaillante par l'appel
au concours obligatoire d'une affaire "concurrente" après avoir au préalable
Limité l'action de cette dernière en entravant sa liberté. (1)
En même
temps, l'on
dénonce
la carence
en pièces détachées
ou
la distribution aléatoire d'essence :
les arrestations opérées au pool des carburants ont révélé queles inculpés avaient toute licence de détourner des bons puisque ceux-ci
n'étaient pas comptabilisés. (1)
Lorsqu'en
véhicules
non
novembre
prioritaires
1948,
dont
le prix
font
partie
de
les
l'essence
double pour
poids-lourds,
les
le , journal
considère que l'Etat concurrence le Marché Noir. Cette même année, un réseau
d'avocats,
de
services
d'achat
pour
les
artisans,
sont
mis
(1) : Les Routiers -. déc. 1946 - "Il y a de l'essence en France".
. ^ -
en
place.
Le premier
congrès
F.N.C.R. a
Lieu. La gare
routière
des HalLes de Paris
entre enfin en service. La Hollande, "pays des camions neufs", est célébrée.
La collaboration patron/salariés
est
effective et
s'oppose
à la "lutte des
classes". Une rubrique "touristique" : "Les beaux voyages de ton papa" publie
un ensemble
évoqué
de cartes postales. Le nudisme
dans
le courrier
des
lecteurs
sur les plages de Méditerranée,
en 1936, refait
son apparition. Les
"plates anglaises" sont comparées aux "femmes de chez nous". Les reportages
sur le "rude métier" des chauffeurs grande distance en Afrique, en Amérique,
en Orient paraissent dans les pages du journal. L'argumentation anti-fonctionnaire, telle
qu'on
la
connaît
actuellement,
est
structurée, ainsi
que
le
discours anti-intellectualiste :
Bien sûr, nos financiers les plus distingués et nos ingénieurs
sortis de Polytechnique n'ont jamais fait preuve d'une intelligence pratique
et réaliste très remarquable, mais on ne saurait croire que le problème de
l'automobile leur échappe à ce point. (1)
Pendant
animée
par
quelques
le directeur
de
années, une
l'Institut
rubrique
"le corps
d'anthropotechnie
et
le métier"
et de
physiologie
du travail (place de la Sorbonne) explique l'ergonomie, la psychologie pavlovienne du conducteur, donne des conseils d'hygiène alimentaire et musculaire.
Les quotients intellectuels nécessaires pour être apte au travail sont estimés à 80 pour
les manoeuvres, 90 pour
les ouvriers
spécialisés, 100 à 130
pour les ouvriers qualifiés, 150 pour les professions libérales et les génies.
Quelles sont les caractéristiques physiologiques du routier ?
(...) Par analogie, nous pouvons considérer chez ce dernier : Son châssis
qui est son squelette général (ensemble des os) ; Ses roues qui sont ses
membres ; Les organes de transmissions mécaniques qui sont ses muscles et
ses articulations ; Les organes de transmission électrique que représentent
les nerfs, alors que la direction est le centre automatique ou cervelet et
le conducteur le cerveau intelligent. Les caractéristiques de la charge utile
sont comparables à son rendement dynamométrique. Le carburant qui apporte
les calories nécessaires est son alimentation, et l'on peut comparer chacun
des organes du tube digestif à un organe préposé aux pétroles ou dérivés
réservoir à essence, la bouche, alors que le carburateur représente plutôt
les glandes du tube digestif. Le ventilateur fait penser, aux poumons et le
(1) : Les Routiers - mars 1947 - "De l'hypocrisie inavouée... à l'assassinat
légalisé".
-3r-
moteur au coeur. Chaque pièce pourrait ainsi être comparée à une partie du
corps humain, La plus merveilleuse machine que l'on connaisse. Le fonctionnement de cette machine, nous l'avons dit, change de "régime" selon le métier. (1)
A l'aube des années cinquante, tous les grands thèmes de revendication et de critique de l'Etat sont fixés. Les membres de cette corporation
"brimée
qu'ils
et
abandonnée",
estiment
pensent
contribuer
être
à "la
considérés
renaissance
"comme
de
la
des
rebuts" alors
France". Le
président
actuel, après une période de silence, de 1943 à 1947, publie, comme aujourd'hui, un editorial en première page. Le syndicat, comme avant
la dernière
guerre, construit une union internationale. Le futur P.D.G. d'un trust européen (cf. OTRA) déclare :
"C'est l'esprit fraternel qui anime nos camarades français que
je voudrais voir régner parmi les "Routiers européens", cet esprit où la
politique et les intérêts personnels sont exclus, ce qui permettra de créer
une grande famille européenne". Et il termina en souhaitant "aux routiers
européens, le succès remporté par les routiers en France, pionniers de l'entraide et de la solidarité routière". (2)
Et le journal commente :
Ainsi "Les Routiers européens" ont pris un bon départ. Par dessus
les tables des conférences où s'enfante péniblement le destin de notre continent, des hommes de bonne volonté se sont tendus la main, ont noué des liens
fraternels directs, par une solidarité professionnelle bien comprise. (2)
Le moteur
nouveautés
pour
comme
du
salon
Diesel
du
commence
camion
font
à être diffusé. Les commentaires
apparaitre
les petits constructeurs, absorbés par
BERNARD, LAFFY... Laquelle
régie
les
préférences
du
des
journal
la suite par la régie RENAULT,
construit
à
l'époque
"les
poux
de
la route"... qui ont été rachetés par CITROEN, puis revendus à RENAULT par
MICHELIN, plus récemment : DELAHAYE, PANHARD, DE DION BOUTON... (3).
(1) : Les Routiers : "Le corps et
et de physiologie du travail.
le Métier" - Institut
(2) : Les Routiers - n° 99 - "Vers
Routiers".
l'Union
Internationale
d'anthropotechnie
des
Transports
(3) : cf Vol. III Routiers : Rituels, repas d'entreprise et fêtes syndicales
dans le milieu du transport par route - B. LEFEBVRE - "La modernité" p. 76.
_3S-
Les
se faisant
grands
projets
d'infrastructure
pce.\i\JS dès
routière
1936
imminents, La puissance des véhicules est de plus en plus appré-
ciée. Ainsi, à propos de WILLEME, on peut Lire :
La firme qu'on pourrait appeler "Champion
une Législation imbécile (une de plus) autorisait autre
les de 23 tonnes de charge totale. Son R 15 est une
reusement ne peut équiper rt grâce à L'administration !"
nes ! (1)
des Poids lourds" si
chose que les véhicumerveille qui malheuque des camions ben-
De 1950 à 1960, la revue annonce régulièrement Les offres d'emploi
pour
être
chauffeur
au
Sahara,
par
L'intermédiaire
de
l'Union
Algérienne
des Chauffeurs Routiers". R.T.L., nouvelle radio, émet un programme
de nuit". Des films et des romans sont
techniques
sont
l'objet
de propagande
couronnés
: "notre
(2). Les premiers
corporation
conducteurs, routiers, mécaniciens. Parents, assurez
lant à vos enfants
Les écoles
techniques
de
: "Route
aura
la relève
la profession
C.A.P.
besoin
en
de
conseil-
!" en 1957. La
même année, à La fin de la guerre d'Algérie, commencent à circuler Les tracteurs, utilisés jusqu'en 1975, les célèbres "MAGICUS" et Le "GALIBIER" (UNIC),
"bahut de millionnaire", bicolore à l'achat, pourvu d'antenne radio, d'enjoliveurs, d'étriers pour
cabine,
de
phares
l'accès au moteur, de "sabots" pour monter dans la
anti-brouillard,
chauffage dans une cabine
"coffre
de
à
être
"de
tous
fameux
La
diffusion
des
véhicules
de
pare-soleil,
porte-roue
les accessoires
chauffeurs
Les constructeurs utilisent
et
lave-glaces,
insonorisée, d'un
casse-croûte", presque
luxe. Il faut
de
pour
de
secours
d'un
avoir
et d'un
véhicule
un outil
Les petites
léger
pareil".
de plus en plus des alliages
légers s'accroît.
d'un
4 CV
légers
RENAULT
sont adoptées par Les chauffeurs...
En
1956,
Le nombre
d'adhérents
semble
Noël, organisés à Lyon, rue Paul BERT, regroupent
croître. Les
Arbres
de
plus de 400 familles. On
distingue, gravitant autour du syndicat, des associations dont les principales sont : "Les amis des chauffeurs" ; "Les amis des relais routiers" ; "Les
amis des routiers" ; "Les amis des artisans transporteurs"...
(1) : Les Routiers - "Après Le Salon"
(2) : cf Vol. III Routiers... op. cit. - "La construction d'une mythologie".
-9?-
La formation
professionnelle
est
mise en place pour
les jeunes
et le journal publie une série d'articles visant à "faire naître une fierté
de conduire sans accident". Et face aux 22000 morts de la route/ chaque année,
les associations délivrent des titres de conducteurs d'élite à ceux qui ont
conduit
sur une
10 ans sans accident. "Est dangereux non pas celui qui
route dégagée au volant
d'une voiture en parfait
roule à 120
état/ mais celui
qui roule à 70 avec un mauvais véhicule/ alors que les circonstances exigent
30 ou 40". "Savoir conduire est savoir bien se conduire"/ connaître
les notions les plus élémentaires de la courtoisie et du savoii—
vivre. (...)
Il n'y a rien là d'héroïque, et tout se passe comme si ces usages étaient
déshonorants." (1)
Alors que
les "histoires
de Suez" font
craindre
à nouveau
des
rationnements d'essence, le syndicat structure ses services sociaux, revendique la création de la caisse de retraite et
"grand
tourisme" pour
la conduite
des bus et
internationaux. Prémisses des "Restaurants
aujourd'hui
la reconnaissance du statut de
de "grand
routier" pour
les
du Coeur" (auxquels il participe
activement)/ des Tombolas du Bonheur sont "organisées au profit
des sinistrés, des mal-loges et de tous ceux qui souffrent" (1). Elles réunissent des sommes importantes. Les acteurs des films de routiers de l'époque
servent de relais médiatiques, comme Jean GABIN, Pierre M0NDY (2).
(1) : Les Routiers - n° 243 - juil. 56 - "Savoir conduire, savoir se "bien"
conduire".
(2) : Film "Des gens sans importance" - 1957.
-SU
Le syndicat
indépendant est financé à sa création par des cons-
tructeurs de L'automobile avant de trouver son auto-financement par son journal/ ses apéritifs, ses fêtes et tombolas. (Un nouveau journal à grande diffusion : France Routier, à caractère non-syndical, est créé par la suite, dirigé
par un des fils du président de la F.N.C.R.).
Il s'adresse à la fois aux salariés et aux artisans, réunis par
les mêmes
outils
de travail, dans un premier temps. Dans une
perspective
de solidarité, il valorise les collusions nécessaires entre salariés et dirigeants des P.M.E., le "vrai patronat français". Les tentatives de construire
une Internationale corporatiste en direction de l'Allemagne et de
du Nord avant
pas
de
la Guerre, puis des amicales
développer
"homogénéistes"
des
lorsque
argumentations
le
projet
européennes après, n'empêchent
protectionnistes
de
la
l'Afrique
Communauté
avant
Guerre,
Economique
puis
Européenne
semble se concrétiser.
Les idéologies anti-marxistes et anti-capitalistes, la célébration
de la famille et du travail font du syndicat un partenaire pour le gouvernement de Vichy et un fervent défenseur des projets gaullistes de "participation
des travailleurs" dans
les années
soixante. Mais
il convient
de
préciser
davantage la position du syndicat par rapport à ces événements qui ont suscités l'adhésion de la majorité des Français.
La
lecture du journal
fait apparaître
les traits du
romantisme
politique du XIXème siècle. On y retrouve le sens du spectacle avec les idées
de drame, d'héroïsme, de sacrifice (Chateaubriand), une conception sentimentale de la politique qui. faisant appel à la puissance du verbe, devient un
Y*
genre littéraire. La question des humbles, l'importance accodée aux problèmes
sociaux
(Michelet), priment
donc pas à priori
pour expliquer
sur
les options
politiques. L'attitude
libérale, mais traditionnaliste. Le recours à
le travail et la nature de l'homme
n'est
l'histoire
est très fréquent, mais
surtout ce sont les références au physiologisme qui sont les plus frappantes
pour expliquer à la fois l'outil
et
les mentalités
: on fait appel à des
spécialistes en ergonomie. L'expérience est plus importante que l'instruction,
argument spécifiquement anti-intellectualiste, et les thèmes de la continuité
de l'héritage sont innombrables.
-33..
L'idéal
e s t v travail
moral
(St Exupéry), l'honneur
bien
fait/
(Chateaubriand), l'énergie
qui s'oppose à l'individualisme
la
responsabilité
(Balzac).
L'association
s'exprime par la valorisation de la famille
et de la paternité/ les options régionalistes et le goût du folklore ainsi
que bien sûr, par le corporatisme.
L'hégémonie
de
ce
traditionnalisme
emprunte
à
l'aristocratie
"Bien conduire et se bien conduire" ; au clergé, par son anti-capitalisme ;
aux milieux ruraux, de par les origines des chauffeurs.
Avant 1943/ devant
libéral
les tentations fascistes et un conservatisme
archaïque, la mouvance
du
syndicat
se
retrouve
"néo-traditionnaliste" qu'il faut opposer à l'Action
dans
le mouvement
Française et au projet
d'un Ordre Nouveau désavoué. Mystique du service et du dévouement, hiérarchisation des travailleurs, régionnalisme, rapprochement franco-allemand, politique eurafricaine, dépassement des oppositions/gauche/droite, refus du parlementarisme sont rédigés dans le programmer . Jules ROMAIN
en 1934.
Ce corporatisme est éloigné de celui de MAURRAS, car l'on prend
des distances avec "l'Union des Corporations Françaises" et celui de MUSSOLINI
qui
exalte
l'homme
nouveau.
La
nécessité
d'une
"justice
sociale"
(André
VOISIN), conduit le journal à considérer que le mouvement "néo-corporatiste"
et
"néo-syndical" doit
assurer
la
relève
d'un
état
défaillant
devant
une
économie qu'il ne maîtrise pas.
A la Libération, le journal reste fidèle à son programme corporatiste et
les valeurs qui
le sous-tendent. Mais des fractions de
française en cours de réorganisation s'inspirent
industriels
et
du
le devancent
journal
transporteurs
en
expansion
même, et encore
la Droite
de son discours. De grands
économique
aujourd'hui
cités dans
toute
les pages
"collaboration"
avec
les grands trusts routiers européens visant à imposer au gouvernement
des
réformes
techniques
nécessaires
est
amplement
commentée.
Ce
néo-
conservatisme glisse donc vers un néo-libéralisme sous l'influence des rapports
politiques
et économiques
vers
consensus gaullien, des fractions
empruntant
le
discours
du
1950. Inversement, après
libéralisme
anti-fonctionnaire,
1970 et
le
français se régénèrent en
anti-intellectualiste
et
anti-
règlementariste des années 1947/53.
Après la guerre d'Algérie, le journal publie pour sa >art de moins
en moins d'articles politiques ou culturels pour se consacrer presque exclusivement, à part
l'éditorial
du
président
et
des informations techniques et juridiques.
-^toc? _
les
reportages
historiques, à
U, L'AFFAIRE BORILLE
Dans les années 47, BORILLE s'affirme comme une grande entreprise
de transport par citernes dans La vallée du Rhône. Les saLariés de l'AprèsGuerre
même
considèrent même qu'eLLe était pLus importante que Le trust OTRA ou
Le céLèbre "CharLes André" Transport en grand
internationaL. Les deux
frères BORILLE, fondateurs de L'entreprise, à L'origine mécanicien et cLerc
de notaire, expérimentent des prototypes BERLIET Turbo en 1956 qui permettent
de diviser par trois Le temps nécessaire à monter Les côtes».
"IL se compLétaient bien tous Les deux. CeLui qui était mécanicien était très bon mécanicien, très ingénieux. IL avait découvert Le fameux
crochet B.. C'était un crochet pour décrocher Les remorques. Je peux pas
vous expLiquer. IL avait pris un brevet. IL vendait ça. Ca Lui faisait déjà
de L'argent. IL Les fait fabriquer Les pièces, Là-haut, à St Etienne, puis
iL Les monte au garage. Et y'avait du travaiL pour La réparation des véhicules. IL embauchait des mécanos. Et Monsieur B. PauL, iL avait Le commerce
dans L'âme. Y savait appâter Les gens. Y savait trouver Les cLients. Y savait
Leur faire des gentillesses pour que... Vous savez, La bosse du commerce,
tout le monde ne L'a pas et vraiment, ça a marché. C'était sensationnel". (1)
Les retraités résident actuellement
nes voisines de l'agence-mère, sur
en pavillon dans les commu-
les zones industrielles
entrecoupées de
vergers. M. Elie, né en 1930, avait des parents "fermiers
dans
le coin".
IL a épousé une fille d'agriculteur. Son fils e s t / L _ e t s a fille travaille
ZcrTèlTTiTOT^
dans un cabinet juridique.
^
•
"On avait pas de métier, pas de spécialité. On avait été élevé
dans Les fermes. On avait pas tellement le choix pour apprendre quelque chose
vite, y'avait guère que le métier de chauffeur. Oh, par La suite, j'aurais
pu faire aut' chose. On m'a proposé du dispatching... Mais, j'ai pas voulu
arrêter". (2)
lors de son premier emploi)
Ç
—
^
».„»*..,.,.,. chez
üñ
artisan
qui
embauche, en
outre, trois
chauffeurs et un mécanicien. Le travaiL consiste chaque jour, avec des citernes
de
12000
l., à
prendre
livraison
(1) : M A C A B R E
(2) : M. ELIE
- 101 -
du
gas
oil
dans
La
Crau
pour
le
distribuer aux particuliers en Ardèche.
"C'était Le plus dur. On rentrait des fois à midi, et on repartait à 2 H. Aujourd'hui, Les jeunes, y Le referai€^pas. ILs auraient raison
d'ailleurs. C'était l'exploitation complète. A L'époque, y'avait pas de dépôt, pas de compteur sur Les camions. On Livrait 1000 l., ça faisait 5 tonneaux. On le sortait, on le rentrait. C'était le genre de travail qu'on faisait pour mesurer, ça marchait par compartiment." (1)
Elie est embauché à 23 ans chez BORILLE par L'intermédiaire d'une connaissance de son père, et immédiatement, en 1953,
"Ils voulaient nous supprimer Les chambres et Les repas, le soir.
C'était parti de là, quoi. Et pis, y'a eu un entêtement des deux côtés et
ça a mal tourné... Moi, je considère ça plutôt comme une défaite, maintenant/
Il faut
dans
Les annonces de
déplace
ou
savoir que
et
journaux
les chauffeurs
La Loire, demandent
en avril
1956. Une
des
les chauffeurs nourris, logés, se recrutent
jusqu'en
résidant
1970... L'agence-mère, en 1954, se
officiellement
indemnités
dans
La Drôme, L'Ardèche
de déplacement. Les grèves
débutent
lettre adressée à la F.N.C.R., signée par 31 salariés,
déclare :
Vu la position écoeurante que vous avez eue au cours de notre
grève du 23 juillet 1955, grève où vous nous avez laissé tomber, alors que
35 camions étaient arrêtés,
Vu la position lamentable de votre délégué national, Monsieur C ,
Lors de sa venue à U., le 22 janvier 1955, nous avons l'honneur de vous donner notre démission de La F.N.C.R., démission à laquelle se joignent les
mécaniciens et chauffeurs soussignés.
Par la même occasion, nous vous annonçons la constitution d'un
syndicat C.G.T. des Transports et notre adhésion massive à ce même syndicat
qui, Lui, saura défendre nos modestes, mais'combien légitimes revendications.
(2)
(1) : M. E.
(2) : Tract des délégués des Transports BORILLE à la F.N.C.R. NB - A ce propos, je tiens à remercier M. J.C. PECHIN, secrétaire général actuel du syndicat, de nous avoir communiqué l'ensemble des archives
syndicales : "J'étais tout jeune à l'époque" dit-il.
-AoZ.
-
^
33 jours de grève s'ensuivent, et Les chauffeurs grévistes sont,
par
La suite, mis à pied
: "Us
appeLaient
ça, une grande
^\e^o'\Cc^/
Les
journaux". Les résuLtats en ont été L'appLication de La convention coLLective,
mais seuLement 6 chauffeurs grévistes sont réintégrés, ensuite.
"La concLusion, c'est que L'action cégétiste pèse Lourdement,
non seuLement sur Les chauffeurs non repris chez BORILLE, mais sur tous Les
chauffeurs du département ...
C'est une défaitepour L'ensembLe des chauffeurs qui comprennent,
mais un peu tard, que L'action prudentede La FEDERATION NATIONALE DES CHAUFFEURS ROUTIERS, si eLLe est moins spectacuLaire, est, en fin de compte, Largement payante pour Les camarades.
La C G . T . a fourni La preuve de son incompétence, qui se traduit
-voLontai rement ou non- par La trahison des intérêts du monde ouvrier.*'(1 )
Les déLégués parisiens de La C.G.T. et de La F.N.C.R. se rendent
sur Les Lieux. Cette grève a un retentissement
certain dans Les entreprises
de La région dont Les saLariés obtiennent satisfaction à Leurs revendications
sans confLit. La presse de gauche, L'Humanité et Les ALLobroges rendent hommage au courage des conducteurs, à La vigiLance et à La ténacité des piquets
de grève, (cf annexe)
"Je pense pas que ça soit teLLement ancré dans La profession,
ça, comme Le syndicaLisme de L'usine. C'est mon point de vue, à moi, hein !
Je pense qu'en usine, j'en connais queLques-uns, iLs sont marqués poLitiquement. ALors que chez Les chauffeurs routiers, je crois pas... IL faLLait
qu'Us se défendent... Peu importe L'étiquette syndicaLe, F.N.C.R., CG.T....
Quand on était passé du syndicat des routiers (F.N.C.R.) à La C.G.T., on
avait senti que Là, iLs y avaient craint beaucoup pLus. Je me rappeLLe, iLs
avaient eu des manoeuvres terribLes : suppression d'aLLocation famUiaLe,
et tout, et tout... Ca avait bardé, oui ! A cette époque, on a changé, on
est passé C G . T . , Les mêmes gars, tout Le monde... Y'a un déLégué de Paris
qu'était venu,* Qu'est-ce que vient faire ce chevaL boiteux',' 4¡S<iir un tract
à eux !" (2)
ELie commente ainsi Le confLit auqueL iL prend part.:
(1) : Tract syndicaL de La F.N.C.R. _ igScT
(2) : M. ELÎÊ
_
Àol
"C'est quelque chose qui est un peu toléré ça, maintenant. A
l'époque, on montrait un peu du doigt. Mais, en contrepartie, ils prenaient
l'argent qu'ils voulaient les commissionnaires. Alors, y'avait une petite
rivalité avec les transporteurs qui ont juste quelques camions. "Ah ben,
ce BORILLE, y m'a piqué ci, y m'a piqué ça...". On a été blousé d'un côté
mais de l'autre ça nous a été favorable." (1)
Les
chauffeurs
n'ont
pas
de
mal
pour
trouver
du
travail
dans
d'autres entreprises.
"C'était une maison qui avait de gros, gros tonnages. Et le chauffeur qui sortait de chez BORILLE à l'époque, c'était quelqu'un qui avait
pris confiance vis à vis des employeurs et qui permettait d'aller ailleurs
facilement. Alors eux, ils ont Sévi
et tout le monde est parti. Ils nous
faisaient des vacheries pour nous faire comprendre qu'y fallait qu'on parte,
quoi. C'est facile dans ce boulot." (1)
Un certain nombre de chauffeurs se mettent
à leur compte et sont
affrétés p a r B « ^ " ^ . Elie, pour sa part est embauché dans une petite entreprise du Vercors et effectue régulièrement
les lignes Marseille/Lyon. Ayant
acheté une maison proche de son village natal, il mange et dort chaque jour
chez lui. La construction du dépôt d'hydrocarbures de FEYZIN étant achevée,
en 1965, les lignes sont supprimées. Elie se met alors à son compte en qualité
de négociant, rachetant l'affaire d'un cousin.
"Il me disait : "Je vais te vendre mon fond de charbon". J'ai
dit à ma femme, "c'est pas une vie de rester dehors, je vais prendre l'affaire". Et c'est comme ça que je me suis mis à mon compte. J'avais pris un
crédit et ça a été dur, croyez-moi ! C'était pas du tout cui t non plus la
raffinerie Feyzin... J'ai acheté un véhicule à la casse, 2500 F. Je l'ai
retapé moi-même. J'ai pris celui du cousin avec le fond, un HOTCHISS, et
puis j'ai pris des citernes, tout à crédit, avec les coi*pt¿vrs . Tout à crédit. Ca a été dur, au début... Les marges étaient pas grosses." (...)
"Je savais que U. fuel, c'était un métier d'avenir. On m'avait
dit "quand vous aurez fait 400000 l. de fuel, vous irez jamais plus loin.
Et trois ans après, j'étais à 1 500000 l.. Mais, je peux pas me permettre
de m'arrêter, il fallait tourner, tourner, tourner..." (1)
Elie a perdu de vue
la plupart
de ses camarades du conflit de
56. Certains ont disparus ; d'autres sont à la tête d'entreprises importantes.
En été, il aide les agriculteurs pour les récoltes ; ces derniers, en échange,
en hiver, travaillent avec lui pour les livraisons de fuel. Venant de vendre
(2) : M. ELΣ
-\ok.
son affaire, iL conduit
de temps
en temps
des bus
de ramassage
scolaire,
"pour s'entretenir"/ et vient de s'acheter une R 25 "qui parle toute seule".(*)
Dans
Après
la même
commune
la grève. La C G . T . n'est
résident
plus
des
chauffeurs
représentée et
embauchés
en 56.
la F.N.C.R. s'implante
à nouveau. Elie fréquente peu ces chauffeurs, maintenant en pré-retraite.
"... Il était un peu trop sentimental au début et ça finit toujours mal ces machinj-là... Il était un peu trop bien avec eux... Quelques
fois, le patron, on va chez eux, on est un numéro... Faut pas rêver... C'est
pour ça, quand... Faut en profiter, se faire payer, et puis c'est tout."
(...) "Moi, je me suis jamais cru chez moi quand j'étais chez
eux, alors queJJwifVt, un très chic type, consciencieux et tout... Vous savez,
vous êtes comme un citron, une fois qu'on vous presse, on vous jette... Moi,
j'estimai que si je faisais deux, trois heures de plus, on devait me les
payer."
(...) "Fallait pas rêver qu'on fasse partie un jour de la société ou n'importe quoi. Y fallait rêver qu'on monte une société soi-même. Ce
que moi j'ai fait. Voilà !" (1)
Monsieur Du««)" a été embauché en 1956, après la grève. Auparavant,
il effectuait du transport
privé pour un marchand de fromages et de pommes
de terre, et de la distribution dans
riers, travaillaient
à
l'époque,
cancer
en
dans une filature de
lui permet
il fréquente
assidûment
1978. Il
la vallée du Rhône. Ses parents, ouv-
de doubler
localité. Etre embauché,
son salaire. Veuf, mis en pré-retraite,
Mme CABRE, veuve
entretient
la même
d'un
son potager
et
autre
son
chauffeur
décédé
pavillon. Elle
d'un
s'occupe
des affaires administratives concernant sa retraite.
La maison BORILLE prospère jusque dans les années 76. La reconstitution de l'histoire de l'entreprise est bien différente de celle évoquée
par Elie, au demeurant fort réservé, car il ne veut pas critiquer trop vertement ses voisins. Comme le mari de MmeCABRE, MonsieurDuttht fut un temps délégué F.N.C.R. et M.CABRE embauché par l'entreprise.
"Les deux frères se sont retirés, mais y supervisaient quand
même un peu, et le P.D.G., c'était le fi ls.- L'autre- fils^- y -l'avaient. mis —
là uniquement pour faire magasinier. Y s'occupait pas de l'affaire particulièrement. Y tenait le magasin. Y louait les pièces, quoi. Lui, c'était l'administratif ; l'autre, c'était le commercial. Et pis, y'a eu des histoires
entre eux. Je ne sais quoi. Il a été, pour ainsi dire, viré. Il a donné sa
démission et il est parti. Et à partir de cette période là, en 78, c'est
(1) : M. ELIE.
• (*) : munie d'un système de contrôle électronique pré-enregistré.
- 105 -
Là que ça a été La dégringoLade. Pasque M. Pierre, iL est très gentiL mais
iL était pas à La hauteur. C'était un garçon qui n'était pas capabLe de diriger une entreprise. IL dirigeait seLon Les cancans des uns et des autres.
Y'en a qui venaient et qui disaient : "Cui-là, iL a fait ça !" ; "Celui-ci,
iL a fait comme ça !". Et Lui, s'axait Là-dessus. C'est compLètement idiot
de La part d'un patron pasqu'y faut pas oubLier que ceux qui venaient faire
des cancans, c'était pour Leurs avantages à eux, c'était pas pour L'avantage
de L'entreprise. Les déLateurs, on devrait pas Les considérer comme des gens
comme iL faut.
IL a acheté des camions en Leasing , aLors que Les parents, eux,
y payaient... IL a embauché des gars et Le garage avait pLus rien à faire
pasque Les véhicuLes en Leasing sont entretenus par ceLui qui Les vend :
R.V.I. et Mercedes. Donc, quand y'avait un pé»in, iLs Les menaient chez R.V.I..
IL était obLigé, Lui, de payer. Et en pLus, iL avait un garage, du personneL
et ce personneL, iL L'a mis à contrôLer Le gas oiL des chauffeurs : des contrôleurs pour contrôler Les contrôleurs. Voi Là ce qu'il a mis. Y'en avait
beaucoup trop pasqu'en plus, y'avait l'ordinateur, et j'estime qu'un ordinateur, il est capable de contrôler sans qu'on soit obligé de contrôler l'ordinateur." (1)
i.
Comme
Elie,ir
considère
que
la chute de
la maison
s'explique
par une répartition inadéquate du travail des administratifs.
"Le vrai patron, il avait pas peur de s'y coucher sous les véhicules pour voir dans L'état qu'ils étaient. Fallait pas le prendre pour un
imbécile, Lui ! Et si y'avait une panne, fallait pas lui raconter des blagues." (...)
"Si ils entretenaient pas le matériel, y restaient pas Longtemps,
hein ! J'en ai vu qui travaillaient pas avec des gants, mais presque... Vraiment fringues comme des ministres... Il a vite vu à qui il avait à faire.
Y'en a plus d'un qui s'est fait vider... Surtout, le patron, question mécanique..." (1)
Les
formes
de
refus
au
travail,
fréquentes
devant
les
ordres
des "directeurs" qui ne sont pas des "patrons", sont différentes. Elie, par
exemple, "oublie" de
constate
qu'on
faire chauffeur de parc après
"oublie" de
Lui
payer
Durant, pour sa part, n'argumente
tions, mais
par
rapport
ses heures
ses tournées
supplémentaires. Monsieur
pas en fonction de ses propres
à La rentabilité
de
lorsqu'il
l'entreprise
et
rémunéra-
à La qualité
du travail effectué. Il a recours au patron pour contrer les administrateurs
et directeurs.
(1) : Monsieur CABRE
-^oC
"Ils oublient des voyages et ils Le font passer sur Le dos du
chauffeur. Mais, je Lui ai dit que c'était un con devant tout Le monde. Y
m'envoit en Hollande chez un client que je connaissais. J'ai dit : "J'ai
aucun matériel qui correspond pour Lui". J'ai une semi qui a Les essieux
pas écartés. Y va me charger 18 tonnes. A 18 tonnes, ça mange des ronds.
Y'a pas à chier. Aller courir en Hollande et en plus, je pouvais pas décharger Le vendredi. Il fallait décharger Le Lundi et c'est un produit qui refroidit à 40 °C, y devient en glace. ALors, y'a fallu laisser le camion en
chauffe le week-end. J'ai laissé le camion Là-haut. Je suis redescendu avec
un autre et il a fait monter un gars Le dimanche après-midi en train pour
récupérer Le camion. Et Le mardi, y m'a donné un camion, je sais pas depuis
combien de temps iL avait pas tourné. IL était couvert de poussière... C'est
là que je me suis attrapé. Il avait encore de La chance d'être enfermé làdedans Les bureaux (ils sont vitrés) pasque je lui aurais foutu la tête en
l'air. Et pis, y m'avait donné la plus vieille saloperie de camion qui existe
dans la maison. Alors j'ai dit : "Ton étranger, tu te le foutras au cuL !".
C'est fini. ALors, je suis allé voir le patron, je lui ai dit : "Si t'as
des problèmes avec ton étranger... Ca fait quand même 20 ans que je travaille
dans la maison, hein !" Et pis, ils L'ont viré pas Longtemps après. Il a
fait des conneries. Il a fait perdre des clients et des voyages. (...)
"Je me suis attrapé une fois avec le patron. J'ai dit : "Ferme
ta gueule. Tu comprends pas ce que je veux te dire !" Et ça a été fini. Je
lui ai tenu tête et y m'a jamais rien dit." (1)
Le mari de Mme CABRE débute dans Le transport en 1940. IL fait
embaucher
son frère, en 1946. Leur père décédé en 1928 était déjà chauffeur.
En 1947, Les deux frères se font embaucher dans Les grandes compagnies pétrolières qui salarient des chauffeurs.
"Ils étaient contents pasqu'y avait pas eu de perte. Vous savez,
Les chauffeurs étaient tellement d'accord entre eux que... Y peinait, surtout
à cette époque qu'on vendait l'essence au marché noir, bon. Et lui avait
fait son travail régulièrement, ses comptes, ses papiers. Et y disait, j'en
ai marre, les autres sont sur la route..." (...)
"Chez Esso, il en savait trop... C'était de La fraude par camion.
Ils ont cherché un prétexte pour le faire partir. On a contacté un syndicat,
C G . T . ou C.F.D.T. ou quelque chose comme ça. A Esso, on lui avait dit :
"Ne te syndiques pas sinon tu seras vendu !". Vous savez, c'était l'époque.
Si on était syndiqué, on était mal vu. En 48, vous pensez !" (...)
"Y'a eu un différend avec Le directeur et y voulait l'envoyer
à Sète. Mon mari, c'était un Valentinois et y voulait jamais s'en aller.
Il a toujours habité Valence. C'est comme le fils de Monsieur Durant." (2)
(1) : Monsieur DURANT
(2) : Mme CABRE
_^crt-
Mme CABRE, de parents
commerçants
dans
La Loire, négociants et
Livreurs de grains et gérant un hôteL restaurant, a un frère chauffeur, un
beau-frère pLacier sur Les marchés et un autre cheminot. PLacée chez un agriculteur pendant La guerre, eLle apprend La comptabiLité et en 1945 travaille
pour l'armée de l'air. Le couple se marie en 1947.
"La condition que j'ai mise, c'était idéal. Pasqu'il était toujours sur la route, il allait très bien, alors j'ai dit : "Je veux bien me
marier mais à une condition, c'est que tu sois au moins tous les soirs à
la maison". Et c'est de là qu'il est rentré chez Esso. Avant, il faisait
les primeurs à Orly pour envoyer en Angleterre." (1)
A partir
Il met
à
de 1960, BORILLE
la disposition
loge
des mécaniciens
le plus
possible
12 appartements
ses
salariés.
gratuitement
dans
la ville d'implantation et 4 dans l'entreprise. Les chauffeurs paie un petit
loyer.
"En 1965, 66, y'a eu Le comité d'entreprise obligatoire. Ils
étaient une centaine. Le fils BORILLE a oeuvré pour le comité d'entreprise.
On faisait des cotisations, on faisait des sorties, des Arbres de Noël pour
Les enfants, on achetait des jouets. On faisait une belle fête. C'était vraiment la vie de famille. Après, on a décidé si on faisait une coopérative
et on m'a dit : "Vous êtes capable, madame, d'en assurer la responsabilité ?" (1).
Mme
prise, dont
CABRE
son mari
est
salariée
et Monsieur
par
l'entreprise
DURANT
sont
et
le comité
délégués, lui
d'entre-
verse de quoi
approvisionner la coopérative.
"A La coopérative, iL y avait de l'alimentation, des appareils,
ménagers, des vêtements, du linge, des chaussures... Il y avait de tout.
Sur commande, on avait des calatogues, on faisait venir tout ça. Y'avait
un monsieur qui nous fournissait Les bleus, des costumes, si les gens voulaient un costume, j'allais ¿Rtzw^ je prenais leurs mesures. Je faisais faire
et venir tout ça. On avait vraiment des prix avantageux. J'arrivais à obtenir 30 % de remise. C'était quand même vraiment valable. Je me débrouillais
pas trop mal en faisant jouer la concurrence des uns avec les autres." (1)
Les Arbres de Noël réunissent jusqu'à 600 personnes. Des sorties,
le week-end, des lotos, des tombolas, des repas sont fréquemment
Mme CABRE connaît tous les chauffeurs de l'entreprise.
(1) : Mme CABRE
- AK
organisés.
"Les chauffeurs venaient me trouver pour me montrer Leur fiche
de paie : "Madame, vous pouvez pas (n'expliquer ça ?". Alors je disais : "Voilà, c'est ça et ça... Si vous voulez savoir si on vous vole, regardez vos
disques. Il faut que vos disques soient faits comme il faut." ; "Ah, ben,
on y pense pas."...". (1)
Il semble qu'il n'y ait pas grande distinction
rents
non
du
comité
régulières
d'entreprise
sont
annulées
et
ceux du syndicat. En
: un
candidat
quitte
entre
les adhé-
1973, les élections
l'entreprise,
un
autre
décède. Le leader du syndicat depuis 1966 est désavoué et il exclue Monsieur
DURANT. La liste est renouvelée et
Monsieur
le vote est une seconde fois irrégulier.
DURANT et Monsieur CABRE, alors secrétaire du comité d'entreprise,
sont élus mais la représentativité du syndicat est affaiblie, d'autant
qu'un nouveau syndicat
hésite
à nommer
indépendant
ces nouveaux-venus
s'implante dans
la région
plus
(*). Mme CABRE
: "C.F.D.T., C.F.T.C, 'les Routiers
de
France,... je ne sais plus".
"Puis, i l y a eu une nouvelle élection du comité d'entreprise
en 1975. Les autres, j'en avais un peu marre. On me critiquait sans arrêt.
Y s'en sont pas trop occupés, ce qui fait que ce sont les autres qui sont
passés. Ils ont été nommés et y'a eu des choses vraiment pas normales. Les
gens sont toujours jaloux. Ils s'imaginaient que, moi, à la coopérative,
je mettais de l'argent dans mes poches en quatité, alors que j'ai jamais
eu de déficit. Quand il manquait 300 F, je les mettais de ma poche. C'était
moi qui avait mal marqué ou quelque chose comme ça. Qu'est-ce que ça pouvait
bien me faire ?"
"J'ai travaillé trois ans sans être payée. Et puis, ces genslà... Y.'avait la femme d'un électricien qui habitait au-dessus, qui voulait
la place. J'avais rendu les comptes du comité d'entreprise, de la coopérative.
Alors, inventaire sur inventaire, contrôle sur contrôle,... Impossible de
trouver un motif pour me licencier. Alors, ils sont allés voir l'Inspecteur
du Travail : "Il faut renvoyer Mme CABRE, on en veut plus"... et tout ça...
Et ils avaient déjà fait une pétition pour me renvoyer. Ils ont dit que c'était du vol pasque on prenait 3 % sur le comité d'entreprise et que c'était
BORILLE qui me payait. Et y'a un employé qui a donné ma fiche de paye alors
que c'était complètement illégal. Et le gars l'a promenée partout en disant
"Regardez ce que gagne Mme CABRE. Elle travaille trois jours par semaine
et elle gagne plus que vous. Alors, elle vous mange vos sous". Alors que
c'était BORILLE qui payait. Et ils ont fait la pétition. J'avais'à ce moment
60 ans et j'avais droit à la pré-retraite..."
(...)
"Quand j'ai été licenciée, y se sont partagés. Je sais
pas trop ce qu'ils ont fait entre ceux qui étaient au comité d'entreprise.
J'avais 10 millions anciens de marchandise. Ils en ont vendu... Ils en ont
donné..." (1)
(1) : Mme CABRE
(*)
: cf.
l'affaire
OTRA — v « i r
«*Cr* -
_^o9-
"Les chauffeurs venaient me trouver pour me montrer Leur fiche
de paie : "Madame/ vous pouvez pas m'expliquer ça ?". Alors je disais : "Voilà/ c'est ça et ça... Si vous voulez savoir si on vous vole, regardez vos
disques. Il faut que vos disques . soient faits comme il faut." ; "Ah/ ben,
on y pense pas."...". (1)
Il semble qu'il n'y ait pas grande distinction
rents
non
du
comité
régulières
d'entreprise
sont
annulées
et
entre
ceux du syndicat. En 1973/
: un
candidat
quitte
les adhé-
les élections
l'entreprise,
un
autre
décède.. Le leader du syndicat depuis 1966 est désavoué et il exclue Monsieur
DURANT.. La;. Liste est renouvelée et le vote est une seconde fois irrégulier.
{Monsieur DURANT" et Monsieur CABRE/ alors secrétaire du comité d'entreprise,
.sont;\é"lus. mais la représentativité du syndicat est affaiblie/ d'autant
.quiun<„nouveau syndicat
indépendant
/hTésite;à 'nommer ces nouveaux-venus
s'implante dans
la région
: "C.F.D.T./ C.F.T.C./
plus
(*). Mme CABRE
les Routiers
de
.France./.»... je ne sais plus".
,
' - "'Puis, il y a eu une nouvelle élection du comité d'entreprise
/en 1975. Les autres, j'en avais un peu marre. On me critiquait sans arrêt.
„'..Y.'; s.'en sont pas trop occupés/ ce qui fait que ce sont les autres qui sont
.passés.. Ils ont été nommés et y'a eu des choses vraiment pas normales. Les
/gens;'-sont/.toujours, jaloux. Ils s'imaginaient que, moi/ à la coopérative/
;'je.'mettais, de- l'argent dans- mes poches en quatité/ alors que j'ai jamais
•.eu. de déficit. Quand il manquait 300 F, je les mettais de ma poche. C'était
níófíqui avait: mal marqué ou quelque chose comme c'a. Qu'est-ce que ça pouvait
bien me faire ?"
;
. '-•''••'/..'.: ."J'ai travaillé trois ans sans être payée. Et puis/ ces gens,
.;l àv.,r;Yi,avait' la .femme d'un électricien qui habitait au-dessus, qui voulait
Ça place. J'avais rendu les comptes du comité d'entreprise, de la coopérative.
Âlors,
inventaire sur inventaire, contrôle sur contrôle,... Impossible de
i
trouver.un motif pour me licencier. Alors, ils sont allés voir l'Inspecteur
• du Travail -':• "Il faut renvoyer Mme CABRE, on en veut plus"... et tout ça...
-Et-i'Cs, avaient déjà fait une pétition pour me renvoyer. Ils ont dit que c'é;-tait du yol pasque on prenait 3 % sur le comité d'entreprise et que c'était
• BÖRILLE: qui me. payait. Et y'a un employé qui a donné ma fiche de paye alors
illégal.. Et le gars l'a promenée partout en disant
:què; c'était: complètement
•-'Regarder ce que gagne Mme CABRE. Elle travaille trois jours par semaine
''etr/ëlié: gagne plus que vous. Alors, elle vous mange vos sous". Alors que
c'était BORILLE. qui payait. Et ils ont fait la pétition. J'avais à ce moment
60 ans et j'avais droit à la pré-retraite..."
• /. ,' .
(...) "Quand j'ai été licenciée, y se sont partagés. Je sais
pas trop ce qu'ils ont fait entre ceux qui étaient au comité d'entreprise.
:J'avais- 10 millions anciens de marchandise. Ils en ont vendu... Ils en ont
donné',..'.." CT)
;<1)
': Mme CABRE
(*)' r cf.. l'affaire OT^A —. v«'»'' «fcfr* -
_^o9-
Monsieur
CABRE
tombe
malade
et est
Licencié pour
incapacité au
travail. Il décédera quelques années après avoir acheté le pavillon où réside
maintenant son épouse.
"Monsieur P. BORILLE avait contacté la Médecine du Travail en
disant : "Je veux pas qu'il retravaille". Et le Médecin du Travail a dit
"Je veux l'avis d'un spécialiste" et le spécialiste m'a dit : "Vous savez,
le patron de votre mari, il est quand même pas chic". Si j'avais pas été
licenciée, j'aurais été obligée de démissionner." (1)
En 1985, l'entreprise
turée
et
plusieurs
transporteurs
qui
de
emploie
la région
500
chauffeurs, est
sont
réunis
restruc-
dans un
groupe
avec homogénéisation des salaires (2).
"Le nouveau gars, le patron, il a dit : "Moi, les paies, ça me
plaît pas. Vous avez tant par mois, tant pour l'ancienneté, deux primes et
c'est tout. Y'aura pas d'histoire d'heures". Y'avait une prime de chargement,' il leur a supprimé ça sans compensation". (...)
"Ou vous acceptez 'ça, ou j'ai dans la poche 60 licenciements".
Alors, comme ces gens, c'était tous les derniers rentrés, ils ont dit : "C'est
nous qu'on va prendre la porte." C'était pas des anciens. Les nouveaux, y
peut les embaucher au salaire qu'y veut, tandis que les anciens, il a pas
le droit de baisser les salaires..." (1)
Les salaires, pour 170 H par mois, prime de chargement, de nonaccident, d'entretien,
d'attente
comprises, de
8000
F en
1985, passent
6700 F pour 200 H de travail par mois. Cette homogénéisation
provoque
des
conflits
entre
chauffeurs,
ceux
qui
tentent
à
des salaires
d'interpeler
la
direction sont désavoués.
"Alors, les autres : "Oui, tu lui a monté le coup contre nous.
Qu'est-ce qu'on va faire ?" ; "Mais vous faites quoi, ici. Vous êtes là pour
défendre les copains ou lécher les bottes au patron ? Si vous êtes pas capables, y faut pas vous présenter !". C'est un peu la pagaille, maintenant.
Ce gars, il règne par la terreur, la peur de perdre une place... ALors, y'en
a beaucoup qui lui disent "Amen". Y'a des gars qui sont depuis 20 ans chez
BORILLE. Quand on leur dit : "Mais tu veux pas rouspéter ?" ; "Oh moi, je
préfère gagner 2000 F de moins et conserver mon emploi." Qu'est-ce que tu
veux dire ? Il a perdu 3000.F par mois... Mais non, il trouve que c'est suffisant..." (1)
(1) : Mme CABRE
(2) : A9 raconte ce regroupement, cf. vol. II op. cit. : Les régionaux, p.70
_
AÁo-
Dans
Les années
cinquante/
Les chauffeurs de chez BORILLE sont
tous d'origine LocaLe et ruraLe et c'est Le dépLacement de L'agence qui provo-,
que
Le premier
confLit. Les conducteurs abandonnent
aLors
La C.G.T. par souci d'efficacité, par voLonté de voir
La F.N.C.R. pour
Leurs
revendications
aboutir. ILs sont soutenus dans Le confLit par des artisans dépendants économiquement
de
transportant
La société. ILs ont
fait
Leur apprentissage
professionnel
en
des denrées rares à L'époque et non comptabiLisées strictement/,
comme Les primeurs et Les hydrocarbures.
Après
La grève, Les conducteurs
sont mis à Leur compte ou sont
embauchés dans des entreprises pLus petites qui profitent ainsi d'une maind'oeuvre quaLifiée. Pour ELIE/ cette grève marque une rupture et un changement
dans sa vie. Le syndicat F.N.C.R. est aLors reconstitué. On s'aperçoit qu'ELIE
fi Ls de
petit
cultivateur
s'est
engagé dans
Le métier
de
chauffeur
parce
que, sans qualification/ il permettait "d'apprendre quelque chose, vite".
Pour
métier
est
M. CABRE
réinterprété
et
sa
comme
femme, enfant
la
continuation
de commerçants/artisans,
des
expériences
de
le
rapports
d'échange.
Pour
la
F.N.C.R.
M. DURANT,
dans
fils
l'entreprise,
La politique sociale des frères
d'ouvriers
Les
de filature, les activités de
coopératives,
Les
sorties
conviviales,
B3RILLE qui consiste à loger la main-d'oeuvre
et à salarier Mme CABRE qui oeuvre pour les chauffeurs, tout cela n'est guère
éloigné des rapports qui existent dans L'entreprise du type usine-pensionnat
ou usine-couvent. Ses
parents
travaillaient
dans
une
usine
de
filature
de
ce type, dont Le patronat est traditionnellement, dans la région, paternaliste
et catholique.
Les syndicats Libres (qui n'acceptent cependant d'alliance qu'avec
d'autres syndicats de confession catholique) ont, au début du XXème siècle,
nombre de points communs avec les orientations de la F.N.C.R. : constitution
d'une
élite
"aide" à
ouvrière
l'Etat
d'apprentissage
pour
; opposition
Légiférer
; assurances
avec
sur
La C.G.T. et
les questions
maladies
;
recours
les pouvoirs
professionnelles
juridiques
;
publics
; cours
coopératives
de consommation (1).
(1)
: Les syndicats libres féminins de l'Isère : Leur organisation, leur
action professionnelle, leur doctrine - Fédération des Syndicats Libres Grenoble - 1921 - 422 p.
- 111 -
La collusion entre la F.N.C.R. et le patronat est souvent dénoncée
par
quelques
On ne peut
intellectuels
syndicalistes
de
sensibilité
de
gauche.
faire autrement que constater que la séparation des rôles entre
le syndicat,
nombreux
et/ou
le comité
d'entreprise,
les frères BORILLE, est
points. Lorsqu'il y a conflit
floue sur de
entre un chauffeur et
la direction,
le chauffeur va se plaindre par l'intermédiaire du syndicat auprès du patron
contre l'attitude des cadres, profitant de la possibilité de rapports interpersonnels.
La coopérative d'achat
LANCE. En
est d'une autre
effet, la grande majorité
d'implantation
de l'agence-mère
des chauffeurs
logique que celle de LA
résident
dans
la ville
à partir de 57. La coopérative est
financée
par l'entreprise et non par le comité d'entreprise. Mme CABRE, "mère de tous
les routiers", argue de manière syndicale en ce qui concerne
les heures de
travail, probablement par reconstruction après qu'elle ait été licenciée.
L'émergence d'un nouveau syndicat dans la région, disparu aujourd'
hui, provoque à partir de 1971, outre des conflits assez violents dans les
entreprises de transport par route, une contestation du mode d'élection chez
BORILLE, ce qui entraîne la suppression des oeuvres sociales de
l'entreprise
et met à jour les clivages et rivalités au sein des militants de la F.N.C.R..
Depuis 1975, un tiers
environ des élus déclarent
une étiquette
syndicale, F.N.C.R., C.F.D.T. ou F.O..
produisent
Ces
trois
moments
des
attitudes
de
participation
spécifiques
F.N.C.R., C.F.D.T.). Ces périodes
vis
(avant
à
et
vis
d'affiliation
de
l'employeur
syndicales
(CG.T.,
57, après 71) correspondent
à la
fois à des activités économiques et des outils mécaniques différents, ainsi
qu'à la prégnance des implantations syndicales dans la région et des idéologies ambiantes.
Les chauffeurs
qui
ont
commencé à travailler pendant
la guerre
n'ont pas les mêmes aspirations que ceux qui entrent sur le marché du travail
à la Libération ;
ceux qui commencent à travailler dans les années 68, 70,
non plus. Avoir recours au phénomène de génération est une explication nécessaire mais non suffisante pour comprendre pourquoi les rituels de la F.N.C.R.
prennent
de. l'importance
à une période historique précise. Après
l'épisode
cégétiste, la restauration de normes de comportements et de valeurs au travail
est
induite
par
le
choix
des
embauches
- 112 -
: les militants
reproduisent
les
rapports
sociaux
qu'ont
connu
Leurs
parents. Comme
Lors des
bals de Noël
du syndicat, on peut penser que "La vie de famille" chez BORILLE met en scène
Les statuts de l'époux
mariages. Ces
profession,
CABRE, qui
rituels
sens
et de l'épouse, regroupe
réaffirment
bientôt
naturalise
un certain
relativisé
comme
d'autres
lorsque
Les enfants et suscite des
sens de
les
l'histoire
rituels
de
et de La
cessent. Même
Mme
L'entreprise, prend des
distances par rapport à ces valeurs à la fin de sa vie.
- 113 -
la famille
5 . L'AFFAIRE OTRA
OTRA, comme BORILLE, est spécialisée dans Le transport en citerne, mais à L'échelle européenne. Cet&entreprise, qui a été, souvenons-nous,
le premier
et
employeur
a produit
47, OTRA
une
de J.R., après
certaine
représentation
1
est probablement
son père, a été longtemps
L
entreprise
des
prestigieuse
chauffeurs. Dans
les
années
la plus importante en France. Elle
est devenue depuis un groupe européen... Le siège de la société en 1960 était
situé
à Marseille. Les
chauffeurs
les plus
anciens
sont
donc
originaires
de cette ville, et ils se sont déplacés au fur et à mesure que
le nombre
d'agencesrs'agrandissant,* elles s'implantait partout en France.
Angelo, né
Ses
en
parents, originaires
puis
s'installent
en
1930
du
alors
sud
France,
de
que
son père meurt, est
L'Italie, émigrent
à Marseille,
en
de
au Brésil
1920. Aujourd'hui
ceux-là.
en 1910,
retraité,
Angelo visite ses cousins de la branche maternelle, transporteurs en Calabre, et
par
la branche
paternelle, transporteurs
aux
U.S.A.. Il est
allé voir ces
derniers récemment.
"Y'en a un dans une station service, y'en a un au dispatching.
L'autre, il a un magasin de coiffure abominable. Ils sont arrivés avec une
Cadillac à New York. J'ai rencontré plein de cousins que je connaissais
pas." (1)
L'enfance
et
l'adolescence d'Angelo sont exceptionnellement
dif-
ficiles. Sa mère est seule et sans travail... Un de ses frères se fait tuer
en 1944, et, à la Libération, un autre frère au S.T.O. en Autriche est libéré par les Russes.
Angelo devient livreur de lait pendant 7 ans. Ce qui lui "permet",
avec l'aide de son frère, d'apprendre à compter
et d Vif«..
"On livrait dans les épiceries. C'était des RENAULT
sus où y'avait des bidons, et dessous, y'avait les casiers des
voit plus maintenant. Après, j'ai pris un semi-remorque. Là, je
formé et j'ai postulé une place chez OTRA. Et j'y suis resté..."
Dans
Union
Soviétique
décrire
son
et
quartier,
les
beaucoup
Italiens
partent
de
voisins
aux
Arméniens
U.S.A..
Angelo
à étage deschoses qu'on
me suis bien
(1)
émigrent
emploie
en
pour
cette époque un "nous" un peu nostalgique. Chez OTRA, Angelo reste
quelques mois en apprentissage.
(1) : Angelo
- 114 -
"Par rapport à La renommée d'OTRA, on a été attirés par ces grands
bahuts. On était tous tentés si on pouvait travailler là, et pis ça permettait de s'élever un rang supérieur pasqu'OTRA c'était, disons, l'international avant presque tous. Donc, on avait envie d'y aller. J'ai fait une demande.
J'ai fait un essai pendant un mois et pendant un mois, fallait rester au
garage, démonter les roues, entretenir les véhicules qui roulaient.
"C'était la période où les BERLIET arrivaient au compte-gouttes. La flotte
commençait à se constituer. Des BERLIET 6 cylindres en 63. C'était déjà l'expansion d'OTRA sur l'Europe. Y'avait déjà Charles André dans la Drôme." (...)
"Un beau jour, un camion tout neuf est arrivé. On me l'attribué. On m'a fait charger sur Montauban et Paris, et insensiblement, ça s'est
étendu. Ca s'est étendu en international. Y'avait déjà les agences. On allait
charger directement au producteur, à PECHINEY de la matière plastique pour
faire des disques et des tuyaux et tout ce qui est plastique. OTRA avait
le monopole. PECHINEY avait des contrats à l'étranger et nous, on allait
livrer." (1)
La réputation
d'OTRA
commence
à s'étendre
et
la
représentation
des chauffeurs, issus pour la plupart des quartiers populaires de Marseille,
se fixe
: l'on
jusqu'en
1973,
retrouve dans
l'aspect
les descriptions
"folklorique"
du
romanesques ou
chauffeur
baroudeur,
les mémoires
qui
voyage
en Europe et au-delà, accompagné de son chat ou chien ou perroquet favori.
"C'était un monde différent. C'était que de la route, de la route,
de la route. Là, y'avait plus de frontière. Y'a eu une période où y'avait
une masse importante de légionnaires. Ils étaient pas les plus mauvais. On
a eu aussi des Italiens, des hommes de métier, desfio"irj... des Maghrébins,
mais y'a jamais eu de problème de place, jamais. C'était tout mélangé...
Y'avait des noirs aussi. Y'avait pas de clan... On y avait une place, on
était chez soi." (...)
"Les chauffeurs, y'avait des immigrés espagnols, mais j'ai
pas
l'impression qu'ils avaient vécu plus mal que moi. Ils travaillaient comme
des nègres, comme moi et on travaillait pour Le fric. Y'avait pas de trafic,
parce que, nous, le salaire était tiré du goudron. Faut pas mélanger les
transports. Pasqu'il y a des transports, on y fait des spiritueux et là c'est
pas la paie qui est recherchée, c'est le prélèvement... Alors là, ceux-Là
c'est des personnes anti-syndicalistes bien à part. Bon, on va pas rentrer
dans les détails, complicité du patron, tout le monde est content, tout Le
monde est d'accord." (...)
"Le transport de vin, d'essence, de Liqueur, ils se distribuaient
eux-mêmes les chauffeurs. Alors, ceux-là, y tournaient jour et nuit, tandis
que nous, y'avait rien, hein ! Ben, y'en avait qui avaient de La poudre.
Mais, les produits dangereux, c'est invendable pour les particuliers. Pour
nous, c'était du travail1' arraché au goudron" c'est comme ça qu'on appelait
Le terme." (1).
(1) : Angelo
- 115 -
En 1960, Les chauffeurs gagnent 3000 F par mois (,cài< Fois-yo!US
^U«-IÊ. « Â W « . n*ii\Uw»M
zJr
trois fois plus que chez BORILLE.')
"On était payé à La tonne kiLométrique. Y'avait un salaire de
base, minimum. Ca veut dire, plus on roulait, plus on chargeait, plus on
gagnait... Donc, c'était véritablement... Encore que nous, on le faisait
à l'époque pasqu'y avait très peu de contrôle. On faisait ça pour gagner
du fric et on en a gagné honnêtement, mais enfin, on a essuyé la peur." (...)
"A l'heure que je parle aujourd'hui, j'ai la colonne vertébrale toute démolie. J'ai la hanche qui va basculer et je suis atteint à 8 0 %
hein, bon ! On travaillait comme des brutes mais on gagnait notre vie.
Pour des gens comme" nous, sans métier, à l'époque, c'était, disons, une promotion et pis c'était l'image qu'on avait et qui, hélas, demeure... Le chauffeur, bon, il est libre. Y veut pas de contrôle, y veut pas de ceci... Avec
l'âge, on s'aperçoit qu'on a été truandé longtemps, longtemps, longtemps,
et on continue à l'être, bien sûr, pasqu'y a un lobby tellement'puissant...
Et on va pas refaire l'histoire des transports, mais il est le même qu'il
était il y a 50 ans..." (1)
Comme
à
la
plupart
la S.N.C.F. ou non,
constituent
jusque dans
des
grands
groupes
(M0RY, CALBERS0N...) des
les années
75. Angelo
de
transport,
syndicats
filialisés
d'entreprise
y adhère, est
s'y
délégué et a
pour projet de faire passer le syndicat maison à la dimension d'un syndicat
indépendant, regroupant les conducteurs de plusieurs établissements.
"OTRA avait un syndicat maison et j'adhérais à ce syndicat maison.
En adhérant à ce syndicat maison, mon but était, j'avais déjà un but,...
Faut savoir que je suis de parents immigrés, faut savoir que j'ai vécu dans
une mouvance de prolétaires, de travailleurs. Le quartier où j'étais, moi,
c'était un quartier communiste. C'était comme ça. C'était bizarre, moi qui
étais d'une famille de travailleurs de me retrouver dans un syndicat indépendant. En fait, l'indépendance, ça mène à rien du tout. Et pis on a vécu
la période extrêmement difficile de 68 où nous fûmmes les seuls à pas faire
la grève... Aujourd'hui, nous sommes en 86 et je regrette toujours de pas
m'être investi
. Ben, mais y'avait un risque pour nous si on faisait la
grève en 68. Ca voulait dire qu'on allait devant la catastrophe et que je
perdais, moi, l'objectif que je m'étais fixé : créer un syndicat de routier.
En ne participant pas à cette grève, je m'effaçai pour faire quelque chose
de beaucoup plus important... C'est ce qui est arrivé. Donc, y fallait que
je laisse les choses aller.
(1) : Angelo
- 116 -
L'année
les chauffeurs
qui
1968
provoque
s'aperçoivent
un
certain
nombre
alors d'une absence
de
frustrations
complète
parmi
de mouvement
ouvrier au sein de leur profession.
"De voir que tout le monde combat et que nous, les routiers,
soit disant parce que De GAULLE nous avait remercié et tout... C'est marqué
ça dans ma vie..." (1)
Mais, d'autre part, ils sont très sensibles au fait que le ravitaillement des villes a permis d'éviter, selon l'argument patronal, un aboutissement incontrôlé des conflits. 68, pour beaucoup, a été la grève des autres.
En juin 68, le journal n'était pas paru ; au mois de mai,uLes Routiers déclare :
Nous venons de vivre des journées bouleversantes pour notre pays,
et les syndicalistes libres que nous sommes. Elles auront un profond retentissement pour l'avenir de la France, et pour le destin du syndicalisme.
J'écrivais ici en 1961 : "Ceux qui détiennent les plus hauts
postes de l'Etat, auraient tort de mépriser la révolte des humbles. Qu'ils
n'oublient pas que l'autorité, si elle est le fondement de la société, ne
doit pas négliger la liberté, fondement de notre Constitution. C'est dans
le sage équilibre de l'autorité et de la liberté, que réside le secret des
gouvernements durables." (2)
Dans un autre
des protocoles
d'accords
article
du même numéro,
de Grenelle
professionnelle, des droits syndicaux
et
de
le journal
l'augmentation
de
fait
la
mention
formation
au^ein des entreprises, des salaires
et de la réduction du nombre d'heures de travail. Il est convenu que :
Ces six dernières années, nous nous sommes trouvés -en commission
paritairedevant
un
patronat
intransigeant, un
patronat
rétrograde.
Préparait-il le Marché Commun ou autre chose ?...
Il a fallu mai 1968 pour que ce qui était impossible hier le
soit en quelques heures. (3)
Pendant
publie
un an
les présomptions
la F.N.C.R. négocie avec
le nouveau
gouvernement,
de résultats et se montre fervente partisane, avec
la C.F.T.C, F.O. et la C.G.C., des projets de "participation" des travailleurs.
(1) : Angelo
(2) : Les Routiers - juin 68 - "Mission et raison d'être du syndicalisme."
(3) :
idem
- "Il aura fallu paralyser le Pays..."
- 117 -
Depuis La crise de mai 1968, il est à tout propos question de
La dignité des hommes, de La nécessité de faire participer Les travaiLleurs
à sauvegarder en eux cette dignité, et iL se dépense des trésors d'ingéniosité pour imaginer comment on pourrait associer Les ouvriers aux responsabilités : Intéressement, Co-gestion, Autogestion... (1)
Il faut
de ce syndicat
croire que peu de résultats ont été obtenus de La part
toujours
en opposition
violente
avec
les confédérations
et
Les premières idées de barrage routier apparaissent en 1969.
Faut-il être surpris que L'Etat ait observé La même prudence
pour des motifs différents ? Craindrait-iL La force énorme que représente
un Syndicat des Transports capable de paralyser le pays sur un mot d'ordre ?
Mais aussi de la force d'une organisation capable d'éviter une paralysie
générale, comme cela s'est produit en 1953 et en 1968.
Mais les conducteurs professionnels ont fait, en 1936, les frais
de cette carence,...'" (2)
Pendant ces années, Le syndicat d'Angelo s'organise.
"J'ai constitué une équipe de syndicalistes et nous avons développé le syndicat, mais à l'extérieur d'OTRA. Le syndicat des routiers indépendants qui était affilié à la Confédération Nationale des Syndicats Indépendants (C.G.S.I.), dont je fut élu secrétaire général en 1972. Une assemblée
générale comme on en avait jamais vue. Donc, le but c'était de prendre Le
plus possible de routiers dans ce syndicat indépendant pasque ça Leur plaisait
le... Le terme "indépendant" aux routiers. Alors, y fallait que je joue làdessus. C'était inconcevable à l'époque que je dise : "Venez .à la C G . T . ,
ou encore, venez à La C.F.D.T.", encore que on en parlait très peu à L'époque,
et les autres, on en parlait pas du tout. Donc, y fallait créer cette masse
et après, essayer de les éduquer... Seulement, entre ce qu'on dit et ce qu'on
fait... Alors, effectivement, on a créé un syndicat assez puissant à l'extérieur où on intervenait efficacement. Et là, s'est posée La question : "Vous
faites du syndicalisme à l'extérieur et vous le faites pas à l'intérieur ?"
On pouvait pas Le faire à L'intérieur pasqu'y avait déjà un patronat de combat, une répression assez dure. Alors, iL fallait contourner avec assez de
diplomatie pasqu'autrement, on se serait tous cassé La gueule." (3)
Le
Syndicat
National
1969/70 dans de nombreuses
.nous
L'avons
des
Routiers
Indépendants
entreprises du sud de
dit, iL entre en conflit
ouvert
avec
s'implante
la France. Chez BORILLE,
la F.N.C.R.. Des grèves
éclatent ça et là.
(1) : Les Routiers - Juil. 69 - "Salaire différé et dignité ouvrière"
(2) : Les Routiers - Juin 69 - "Le succès recréé par L'effort"
(3) : Angelo
- 118 -
en
"Y*a eu répression. Y'a eu des copains qui ont été Licenciés.
Ca a coûté une fortune pour Les défendre et y'a eu Le Second
aspect qui
était difficiLe, c'était de décLencher un confLit au niveau nationaL pour
faire reconnaître notre syndicat au niveau nationaL. ALors Là, ça a été une
journée mémorabLe. La France a été bLoquée." (1)
Les barrages sont préparés.
"Ca vouLait dire qu'à 5 H du mat 1 / tous Les camions bLoquent
toute La France et dès qu'on obtenait notre représentativité, on Levait Les
barrages. Ca vouLait dire quoi ? On avait fait une assembLée généraLeoù y'
avait eu un monde fou. On avait des mots de code... Y faLLait bLoquer L'autoroute sud de L'Europe et compter sur Les radios pour annoncer Le confLit.
InutiLe de te dire que... ça c'est produit. Dès que La radio en a parLé,
ça a donné Le signaL et tout était bLoqué. Mais tout était centraLisé sur
Paris, moyennant quoi nous fûmmes reçus non par C humun. Ministre des Transport à L'époque, mais par son chef de cabinet qui était
(_ ,yO
à L'époque, qui après est devenu Le P.D.G. d'Air France. Bon, y nous a convoqué.
Bon, La représentativité... y'a eu une espèce d'engueuLade à n'en pLus finir."
(...) "Pasque ça commençait à devenir dangereux. Je sentai que...
On avait tout préparé, hein, Les repas, on avait tout organisé. Y'avait pas
de bavure... "Bon, vous avez bLoqué, soit, mais maintenant vous êtes pLus
capabLes de débLoquer. Si vous êtes pLus capabLe de débLoquer, aLors, on
peut voir votre représentativité." Et je crois que Là, on a été naïf. J'ai
pas honte de Le dire, je crois que Là, on a été naïf. Quand j'ai dit à mon
adjoint : "Fais passer Le mot de passe, fais Lever Les barrages !". A 5H1/4,
y'avait pLus un camion qui bLoquait, pLus rien..."
(...) "On avait tous notre banderoLe, Les dix premiers barrages.
On approvisionnait Les barr^tavec Les camions de Lait, fromages, et pain.
D'aiLLeurs, on a montré Le mauvais exempLe pasqu'après Les Chi Liens...Pasque
nous, ça aurait pu être un sacré Chi Li. Pasque Les gars, y commençaient à
s'exciter. Nous, on a fait La démonstration que La responsabiLité, eLLe était
Là. Je vois pas si tu comprends..." (1)
Les barrages surprennent, et comme en 1984, nombre de chauffeurs
non adhérents
à un queLconque
syndicat
s'y
adjoignent,
Le mouvement
prend
de L'ampLeur. Ces barrages Laissent passer Les représentants du corps médicaL
ainsi que
Les véhicuLes Légers qui ont à Leur bord de jeunes enfants ou des
personnes âgés. Comme en 1984, des pique-niques et griLLades
Le bitume se dérouLent
certains
improvisés sur
dans La bonne humeur. Le nombre de chauffeurs, dont
sont artisans, participant
à La manifestation nationaLe est évaLué
à 5000. L'objectif des barrages était pour La S.N.I.R. affi Liée à La C.G.S.I.
d'obtenir
La reconnaissance
1959, cette
reconnaissance
de sa
ayant
représentativité
été
supprimée
(1) : AngeLo
- 119 -
en
commey L'avait
acquisden
1962. RappeLons
que
La
représentativité
d'un
syndicat
est
déterminée
selon
Les critères
suivants
- Les effectifs/ élément souvent prépondérant ;
- L'indépendance à l'égard de l'employeur ;
- les cotisations qui sont un signe de l'attachement durable
des syndiqués à Leur organisation et La garantie d'une gestion
indépendante ;
- enfin l'expérience et l'ancienneté. (1)
Le S.N.I.R. déclare, pour sa part/
"Le gouvernement reconnaît la représentativité de syndicats politisés qui ne représentent rien ou pas grand chose. Il refuse, par contre/
de discuter avec nous et nous allons démontrer ce que nous représentons
jusqu'au moment où nous serons reçu par les pouvoirs publics". (2)
Une foule d'autres
feurs, dont
revendications
faisant
l'unanimité des chauf-
certaines datent de 1936, sont ajoutées, ainsi que celles d'au-
tres syndicats :• la carte
professionnelle
(F.N.C.R.) ; le péage des auto-
toutes (F.N.T.R.).
La
chauffeurs
du Rhône
lents
F.N.C.R.,
I'U.N.O.S.T.R.A.,
routiers désavouent
la
Confédération
générale
des
le mouvement. La C G . T . et l'Automobile
Club
Le soutiennent. Le Figaro du 25 mars 1971 fait état de heurts vio-
entre
les
chauffeurs
et
les policiers
venus avec
des grues
dégager
les barrages : "Le taux de syndicalisation est extrêmement faible et il suf-.
fit qu'une organisation, même minoritaire, reprenne à son compte un éventail
de revendications
Le plus large possible pour mobiliser une masse
importante,
de routiers". (Le FIGARO du 25.3.71).
Angelo est reçu, avec des camarades/ au Ministère des Transports
en même temps -ce qui n'était
pas prévu- que la Confédération des Syndicats
Libres qui s'estime être L'objet des "mêmes discriminations" que Le S.N.I.R.
"Naïvement/ j'ai voulu calquer Le syndicat sur Les syndicats
américains. C'était pas possible. Y'avait des intérêts trop puissants qui
me dépassaient. D'ailleurs, j'ai eu des histoires presque tragiques. J'ai
.été... Y'a eu des pépins qui ont failli m'arriver. J'ai été menacé quand
j'ai, prétendu exiger la représentativité du syndicat indépendant. J'aurais
pu verser dans un syndicat autonome, c'est à dire L'équipe à C... et C . . .
qui étaient, disons de L'extrême-droite.... C'était La confédération syndicale
libre qu'y z'appellent maintenant. C'était avant le C.A.T.. C'était au niveau
(1) : Le Monde - 26.3.71 - "Les critères de la représentativité syndicale"
(2) :
"
"
- "Des chauffeurs routiers ont
grands axes de circulation" - citation du S.N.I.R.
- 120 -
bloqué
plusieurs
gouvernemental. C'était impossible que j'aille dans un truc comme ça...
j'ai refusé. Mes convictions personnelles... non ! J'y avais jamais
d'ailleurs. Y'avait des pressions terribles, donc, j'ai refusé et ça
pas fait attendre. Marcellin... a tout décapité. C'est pas gratuit,
ça..." (1)
Donc,
pensé
c'est
tout
Devant le refus d'Angelo de s'affilier à ce syndicat, la répression ne
se fait
pas attendre
: les
leaders repérés sur les barrages sont
arrêtés et 155 permis de conduire sont supprimés.
"En fait de représentativité, c'était Marcellin qui
était Ministre de l'Intérieur à l'époque. Y z'ont commencé à nous cisailler
tous Les permis. Donc, ça a commencé à nous enterrer une partie de notre
fric pasqu'il a fallu, nous, qu'on paie... Là, alors les finances..." (1)
Les
chauffeurs
arrêtés
risquent,
en
effet,
entre
3 mois et 2 ans de prison et une amende de 1000 à 2000 F (*). Le numéro de
mars 71
desl'Routiersl titre à côté de
son editorial
: "le syndicalisme en
danger", "une sinistre galéjade, ou la sardine qui voulait boucher les routes".
Le mois suivant, la carte professionnelle promise par le président
en 1968 est
accordée, carte sans valeur pour
POMPIDOU
les autres syndicats. Par la
suite, Les Routiers1 continue d'attaquer le syndicat d'Angelo :
Le jour est proche où il y aura un racisme anti-routier, comme
on a prétendu qu'il y avait un racisme anti-jeune, et un racisme tout court.
Racisme qui n'est le plus souvent qu'une réaction de la majorité sage, contre
une minorité de casseurs ou d'intoxiqués.
Un syndicat turbulent, qui nous vient du midi, où l'on a toujours
été anti-syndicaliste, vient de publier un communiqué où il expose ses "revendications". Elles sont symptomatiques' d'un état d'esprit qui se veut
jeune et qui est représentatif d'un conservatisme attardé..." (2)
Dans les groupes de transport du sud-est de la France, les grèves
continuent :
Et c'est ce qu'on a fait et c'est là, qu'en 1972, on a déclenché
un conflit à OTRA qui a duré quand même presque trois semaines, pour faire
abolir la tonne kilométrique. Et c'est à partir de là qu'on a plus payé la
tonne kilométrique. On a revu les paies, seulement, ça s'est traduit en finalité par le démantèlement total de l'organisation. Cependant, c'était pas
dangereux pasque y'avait une organisation structurée sur toute la France.
Donc, y'avait une force. Y'avait du fric qui' rentrait. Et après avoir eu
(1) : Angelo
(2) : Les Routiers - sept. 71 - "Ne brisez pas l'image de marque".
(*r) : Peine de l'époque : article 7 du code de la Route.
- 121 -
La supression de La tonne kilométrique, bon, y*a eu répression." (1)
Des grèves sont engagées un peu partout. Les confLits sont trop
nombreux contre Les empLoyeurs et Les autres syndicats réagissent face à La
désaffection
feurs"
par
Leurs déLégués
qui
Laissent
: Le S.N.I.R. diLapide
ses
finances. Les
F.O.
de
(U.N.C.P.) dans
Le Nord de
La pLace à de "jeunes" chaufadhérents
La France et par
sont
récupérés
La C.F.D.T. dans Le
Sud.
"Donc, nous, on nous a décapitéjet F.O. a profité de s'implanter
à notre pLace. D'ailleurs, je dois être un des rares survivants de ce fameux
mouvement. F.O. s'est impLanté et pour moi c'était mieux. J'étais dans L'opposition et c'était faciLe de faire des tracts contre La direction. MaLgré
tout, y'avait cette répression qui existait toujours et ceLà jusqu'en 74. (1)
AngeLo s'oppose donc à l'U.N.C.P. et s'affiLie à La C.F.D.T..
"Pas par conviction, par nécessité. J'ai teLLement pris de coups
de pied dans Le cuL... J'avais dis : "Je vais brandir L'étendard de La révolte, de la colère parce que je peux plus continuer à être exploité comme
je l'ai été !". (...)
v
Alors, c'est la, avec des camarades de la C.F.D.T. de La Chimie
que je connaissais qu'on est entré en contact avec Edmond MAIRE qui, après
avoir vérifié tous Les comptes du syndicat... C'était un syndicat indépendant,
c'était normal... On a justifié qu'y avait pas d'argent qui était parti n'importe où. On a intégré directement à La C.F.D.T.. Donc, ça leur a permis à
eux d'avoir une fédération. Mais, pour y aller tous, y fallait convaincre
les autres collègues. Et là, y'a eu une précipitation qui s'est faite. Donc,
y'en a beaucoup qui sont restés sur Le carreau. Y'en a beaucoup qui n'ont
pas suivi pasqu'on s'est aperçu qu'y en avait qui étaient passés de L'autre
côté." (1)
Des
la
C.F.D.T.
difficultés
(encore
apparaissent
maintenant,
Angelo
bientôt
conserve
avec
les syndicalistes
l'image
d'un
de
"autonome")
ce qui est perçu négativement à La fois par ceux qui sont issus de La C.F.T.C.
que par une frange de marxistes "orthodoxes"-.
"On Leur avait dit : "Attention ! vous n'avez pas affaire à des
syndicalistes. Attention ! vous n'avez pas affaire à des hommes de travail'.'
Et y'a une manière de les amener... Alors, je crois qu'y se sont précipités
et tout le reste est parti dans La nature, qu'on a jamais pu récupérer...
Bien que j'aie gardé un tas d'amitié un peu dans toute La France. Donc, on
s'est intégré à quelqu'un, et disons qu'on a <x£/a«n *-(-<-. ". (...)
"Ca a failli barder... ( Ca a failli
tout sombrer avec eux (la
C.F.D.T.). Y'a fallu avoir une. pat«'/... Y z'étaient venu ici apporter leur
bonne parole moyennant quoi y z'ont failli décapiter toute la C.F.D.T...
Alors, c'est facile de venir avec une valise et dire : "Y faut faire ça !".(1)
(1) : Angelo
- 122 -
Angelo
adopte
alors
les
méthodes
classiques
du
syndicaliste,
comme celui de P.I.C..
"On arrivait pas à faire des élections correctes. Tout était
combiné. Y'avait jamais d'élu pasque les gars voulaient jamais être candidat
pasque... Les conséquences, c'était de leur enlever leur travail, et c'était
facile... Carrément de leur enlever le camion et les laisser dans le garage.
Donc, y'avaient plus de salarié. Les mettre dans la cour à bricoler... En
1974, les mecs de la société se sont trouvés en difficulté et ont passé la
main à des Hollandais. En 75, il est arrivé Monsieur R..., un Belge. Y m'a
reçu. Je lui ai expliqué la situation. "Qu'est-ce que vous entendez par des
élections correctes ?". Ben, des élections, y'a pas 50 manières de les faire,
je dis. Y'a la boîte postale et tout le processus. Alors, d'un côté, j'avais
le code pénal et le code du travail. Hein, je négociai comme ça, pasque derrière y'a presque personne, donc, quand on peut pas sur le terrain, y faut
déplacer le problème au niveau juridique pasqu'au niveau juridique, on peut
aussi faire avancer les affaires. Moyennant satisfaction, et ayant défini
les élections telles qu'elles existent encore aujourd'hui, ce qui nous a
donné la majorité absolue dans tout OTRA... Donc, y'a eu la participation
qui s'est mis en marche. Y'a eu le 1 % à la construction, au logement, alors
qu'avant ça existait pas. C'est eux qui gardaient tout le fric et ils le
donnaient à qui y voulaient." (1)
Mais
bientôt,
cette
forme
d'activité
ne
le satisfait
plus. Le
mouvement lancé par le S.N.I.R. s'essouffle.
"On a essayé de mettre des chauffeurs. Ca a jamais fonctionné.
Y z'étaient absents, alors, soit c'était l'institution qui s'écroulait...
Après, on a opté pour le personnel administratif. On a pensé, çui-là, il
est beaucoup plus près de la réalité, bon, alors... D'abord, c'était du personnel féminin, non pas qu'il est plus fragile que nous, non, mais elles
avaient l'air de penser qu'elles allaient sacrifier leur propre boulot, c'est
à dire leur propre boulot de dispatch, par exemple. Elles disaient : "j'ai
du travail, je peux pas faire ça.". Alors, on en prenait un coup pasqu'au
comité où y'a plus d'un millier de salariés, y faut savoir qu'il faut y être
pasque sinon...
Et pis, on avait pas de formation. Chacun faisait comme y pouvait. C'est
pas comme les régies. Apparemment, c'était pas la joie, quoi.
On votait en poste restante, donc chacun savait que son vote était pas controle...
Y'avait des petites réunionettes qu'on dit... Après, y'a eu des
réunions où y'avait 40 personnes. 40 personnes où chacun pense avoir sa propre vérité. C'était pas facile... Alors, y faut savoir que ceux qui sont
en face, les patrons, y sont quand même rompus à ce genre d'unanimisme...
(1) : Angelo
- 123 -
"Y'avait L'art et La manière de noyer Le poisson. Y z'isoLaient certains
cas, pis Le reste, on écoutait même pas. Et pis, pendant ce temps, L'heure
tournait et Le soir, à 6H, 7H, où ça c'était passé, toute La journée en discussions, rien de concret ne sortait. Donc, tout Le monde pouvait se réjouïr
dont Les uns en disant : "Enfin, on a eu une réunion ", et Les autres : "on
Les a eus !". Et La situation se dégrade comme ça." (1)
F.O. (U.N.C.P.), de son côté, dans son journaL : "Les ProfessionneLs Routiers", nomme AngeLo : "Le grand méchant Loup" ; concurrence fortement
La F.N.C.R. dans Le Nord et reprend dans ses revendications ceLLes de L'ex-
S.N.I.R.. (voir - A N N & X E )
En
1974,
La
nouveLLe
direction
hoLLandaise
d'OTRA
déveLoppe,
à La différence de L'ancienne une "poLitique sociaLe", et reconnaît aux syndicats et aux Comités d'EtabLissements. Le droit d'agir dans Les agences.
"On a vu L'entreprise se déveLopper, se déveLopper, se déveLopper
sous L'égide de son P.D.G., jeune dynamique et je dois Le dire, conquérant,
pasque ça passait comme... Lui, iL a amené du sang neuf. IL a investi beaucoup de fric. Et au niveau sociaL, y'a queLque chose qui se faisait, et Les
travaiLLeurs, beaucoup ont apprécié... mais y'a toujours une contrepartie
dans tout ce qu'on fait...
Y'a eu,vOTRA porte ouverte'^ Des choses qu'on avait jamais fait. Des épouses
de conducteurs tués sont parties au Mexique, aux Etats-Unis aux frais de
L'entreprise, pour visiter, choses qu'on avait jamais vues. C'était phénoménaL. On étaient mieux pLacés en rapport de toutes Les entreprises de transport
en France, au niveau sociaL." (1)
La
Luxueuse
revue de
La société, éditée par
Le comité d'entre-
prise, à partir de 1967, fait à peine mention de ce changement de vie sociaLe.
Après Le mot du président et Les compte-rendus des comités
d'étabLissements
par agence, suit un articLe d'infornvitions sur La formation professionneLLe,
La médecine du travaiL ou La retraite. Puis, un "carnet de voyage", à caractère cuLtureL, d'un chauffeur en U.R.S.S., Afrique ou Asie ; des reportages
sur
Les
équipes
grandes
de
industries
pétro-chimiques,
foot-baLL, Les cLubs de
Les coLonies
de vacances, Les
sports de combat, Les repas
ou de fin d'année, Les remises de médaiLLes
champêtres
; une
revue de mode féminine,
1968, Le mot du président
ne fait pas mention des
annonces de mariages, baptêmes et décès, e t c . .
En septembre
(1) : AngeLo
- 124 -
événements politiques dans son article : "La reprise , après les vacances...
(annexe n° 3, p 8)
La veille des événements de mars 71, après une grande série d'accidents de la route/ le président disserte sur la concertation :
"Il est aisé mais plus subtil et moins criard de parler de l'échec
d'une table rende que d'analyser les résultats d'un dialogue de sourds". (1)
En avril 71, le mot du président appelle à "la paix sur la terre
aux
hommes
de bonne volonté" et
l'éditorial
du gérant
du journal dans "La
terre promise" fait état de la "carotte" qui n'a ni la taille, ni la qualité
pour
flatter
nos estomacs
débiles
et
tourmentés'. Après
les vacances,
l'on
convient "que certains ont été mis à l'ombre pour un certain temps".
En 76, 77, 78, le journal
fait
amplement
état
"d'OTRA
portes
ouvertes", des rallyes, courses et buffets campagnards. Le nouveau président
déclare :
"Merci à tous. Grâce à la collaboration de tout le personnel
en général, et des syndicats en particulier, nous avons parcouru en dix-huit
mois un très long chemin. Je ne vous cache pas que je suis fier d'avoir le
privilège d'assumer la présidence chez OTRA. Grâce à cette collaboration,
nous constatons tous les jours qu'il est encore possible aujourd'hui de gagner
de l'argent, même si le personnel a reçu des avantages (treizième mois,
indexation, augmentations, etc.)... (2)
Mais un an après, en juin 78, le journal reprend sa forme antérieure. La mort
d'Aldo
MORO vient
de survenir
et est prétexte
à écrire à
propos d'une "minorité".
"Nous voudrions nous adresser cette fois-ci à cette minorité
d'employés souvent malades, de chauffeurs à l'origine de pratiquement la
totalité des litiges, de la plus grandçpartie des accidents et des pannes,
de la presque totalité des abus de carburants, etc.
Cette minorité qui réclame régulièrement ses droits, qui a toujours un motif
pour critiquer un ordre et qui a la conviction de ne pas avoir d'obligations
vis à vis de notre Société. (...)
Il est vrai que nous sommes arrivés à une situation où il est pratiquement
impossible de licencier "une tête dure" qui n'a que comme seul objectif,
(1) : La Vie de l'OTRA - n° 10 - Le mot du Président : "Table rase des tables
rondes".
(2) : OTRA NEWS - 15 juin 77 - Le mot du Président.
- 125 -
vouloir se rendre intéressant ou vouloir détruire la société dans laquelle
il travaille, alors que c'est précisément cette même société qui est son
gagne-pain." (1)
En 1974, Angelo
se désengage du comité d'entreprise d'OTRA dont
les représentants sont tous F.O.-U.N.C.P.. Les négociations qui avaient abouti sont remises en cause par la manière de travailler des chauffeurs.
"Y'avait toujours quelque chose qui.restait pour inciter le chauffeur à aller au-delà. Finalement, on avait fait intégrer les primes dans
le fixe et je me suis aperçu que, malgré tout, certains dépassaient cette
barre quand-même. Et bien sûr, y gagnaient plus en allant au-delà.
On avait baptisé ça les primes géographiques. Simplement, ça déséquilibrait
les accords. Même on en fait pas des chevaux de course, mais y sont comme
ça..." (...)
"Et après, que ce soit dégradé, c'est évident. Ca c'est dégradé par la volonté même des conducteurs, la situation. Pasque si par exemple, on prend l'expérience des repos compensateurs, pasque dans certaines entreprises, on pouvait le négocier, l'adapter,... Nous, on avait fait un forfait de repos compensateurs, on avait globalisé . Qu'on se soit fait avoir, ça c'est autre
chose... On l'avait fixé à 11 jours. Far rapport au nombre d'heures qu'on
faisait, il aurait fallu le fixer à 22 jours... Et on s'est aperçu que non
seulement les gars ne le prenaient pas le repos compensateur, mais ils le
percevaient pas. Encore faut-il que le repos compensateur soit pris pour
être payé." (2)
Angelo investit alors d'autres activités syndicales, aux Prud'hommes, à la C.A.R.C.E.P.T., à l'A.F.T., aux U.R.S.S.A.F., et se présente aux
élections municipales du village où il a fait construire sa résidence. Comme
pour expliquer son engagement
syndicaliste, il évoque
les conflits de géné-
rations.
"En 63, on était plus communiste qu'autre chose. A la municipalité, c'était des cocos... C'était les anciens qui avaient fait la Résistance
qui avaient tout pris. On était pas admis. Y'avait des Pieds Noirs avec nous.
On était des étrangers. Alors, je me suis dit : "Je vais créer un parti
socialiste"." (2)
Se présentant
sans étiquette,
il obtient
quelques
centaines
de
voix et le maire communiste et médecin lui attribue la commission "cimetière"
"J'en
ai
vu
des
vertes
et
des
pas
mûres.
(1) : ONATRA NEWS - juin 78 - Le mot du président.
(2) : Angelo
- 126 -•
C'est
très
différent
du
Syndicalisme. J'étais
tenu
à
L'écart."
IL
adhère
au Parti
Socialiste
qui
obtient deux élus en 1979. En 1984, les accords entre partis de gauche étaient
de reconduire
les maires
sortants
; il déclare
: "ou je suis le premier/
«tir i+dv
¿r
ou je me retire", et le Parti Socialiste le désavoue. IL'démissionne alors.
Le bilan
qu'il dresse de ses activités
syndicales et de La profession est
pessimiste sur tous Les points. A La caisse de retraite,
"quand je faisais partie de la commission du logement, y z'avaient
des dossiers. Mais je disais : "C'est pas possible, on peut pas accorder
des prêts à ces travailleurs.". La C.G.T. qui me bi L Lai t dedans. Je disais
"Mais c'est pas possible, demain, on va se casser la gueule. Comment y vont
faire pour payer ? Vous me dites qu'ils gagnent un million par mois, mais
bien sûr, ils gagnent un million par mois. Vous parlez comme les promoteurs,
vous !". Mais quand on a tout retiré... ."Ouais, M..., tu faiSAdu. social !" (1)
Lorsque des sections syndicales
lui demandent
conseil, iL argue
de manière économique, connaissant par Les U.R.S.S.A.F. l'actif et le passif
des entreprises.
"Je dis : "doucement, Les gars pasque eux, y z'attendent que
ça pour tirer le rideau, se tirer de tout et vous laisser dehors comme des
chiens. Alors, si on est responsable queûyand tout va bien, c'est facile.
Mais, il faut être responsable quand tout va mal. Et y faut dire aux travailLeurs, La trappe, elle est ouverte, on essaie de vous faire tomber dedans.
Y z'attendent que ça..."." (1)
Conseiller
aux
Prud'hommes,
autres syndicalistes. IL considère
les
juristes
professionnels
aux
il
fait
Le
même
constat
La Loi BOULIN de 1979 qui
syndicats
comme
"un
cadeau
que
Les
substitue
empoisonné"
"Y réclament des milliers d'heures supplémentaires au moment
du départ... Alors que c'est pas à nous, les juges, de se substituer...à...
Tu peux rien faire. Y'a des avalanches de licenciements. Y'a pas cet esprit
de respect, qu'ils risqueraient moins de faire appel pendant qu'ils travailLent qu'après... Neuf fois sur dix, on est obligé de débouter un salarié
pasqu'il a jamais compris ses droits réels. Soit, il a jamais entamé une
procédure pendant qu'il travaillait... Alors, ils viennent que quand ils
sont licenciés... (1)
A L'A.F.T., les enquêtes sur les jeunes chauffeurs qu'il a demandées ne sont toujours
pas commencées.
"On fait b o n marché de
port. Peut-être, y z'ont pas la même
au départ, hein, soumis ! Nous, on
beaucoup de grands patrons, quand tu
ces jeunes, des travailleurs du transmentalité, pasque nous on étaient soumis
a suivi un processus. D'ailleurs, y'a
rentres dans leur bureau, y z'ont encore
(1) : Angelo
- 127 -
les Lanternes comme quand y'avait Les chevaux. Bon, ça sert de Lustres maintenant. J'en ai vu un qui avait même encore son truc de frein, on appelait
ça Le "boguet"... Ces jeunes-Là, y se plient pas à cette manie, alors y désertent la profession. Y tâtent un peu, y se révoltent et pis y s'en vont."(1)
Dans Le domaine politique, même déception.
"Si y fallait faire un bilan de tout ce qu'on a fait, on se demande si on a eu raison pasqu'on s'aperçoit que la force est toujours du
même côté. C'est dommage que je dise ça pasqu'on espérait tant sur un gouvernement de gauche, pasqu'y faut en parler. Alors, le gouvernement de gauche
a fait mais y'a pas eu L'application sur le terrain. Alors, iL est toujours
Loisible, si on veut parler français, de faire des décrets, des règlements,
mais qui restent pour Les travailleurs inapplicables et pour les patrons
également, qui eux-mêmes violent tous les accords. Donc, c'est une masse
de travailleurs qui sontmaniables à merci. Ils le sont toujours." (1)
Et
finalement,
en
qualité
d'opposant,
Angelo
tire
de
tristes.
conclusions sur le syndicalisme confédéré.
"Il y a eu en France un monopole syndical qui ne permet pas aux
autres de se faire entendre. Bon, cet appareil bloque toute avancée qui est
contraire à... Je sais pas... Est-ce qu'ils ont raison, est-ce qu'ils ont
tort ?... Je ne sais pas... Je peux pas être juge... Le monopole de la représentativité... Y'a quand même des gens qui... Mais c'est vrai qu'un syndicat
autonome qui n'a pas de base, y se manipule facile, aussi. Alors, après 15
ans, quand je vois Le militantisme... de La C.F.D.T.. Bon, y z'ont une assise,
mais qui date depuis des temps et des temps, quoi... Et Les syndicats de
boîte, y'a pas d'avenir. Y ne peuvent pas s'imposer. Y z'auront toujours
l'impression d'être des syndicalismes mais...rt(1)
Le corps déformé, il considère sa vie de travailleur terminée...
"Alors ça me vient à la fesse, La douleur, et ça me descend jusqu'en bas, dans les jambes. C'est venu tout doucement... Chaleur, vibrations,
16 000 kms par mois... Enfin, j'ai perdu 20 kg en rien de temps... ALors,
j'ai passé une visite. Y m'a dit : "Fatche ! Le foie !... et La hanche !
C'est votre colonne, elle décale tout d'un côté...
Y fallait que je place du fric. ALors, ma femme a acheté toute cette collection de gros bouquins où y'a toutes-les maladies. Ouf ! J'aurais mieux fait
de pas les lire, ces trucs-Là ! Le foie, Les conséquences !...
J'ai une gaine dans Le bras. J'ai eu le poignet cassé... en dormant. La barrière du passage à niveau fermé... Boum, dedans ! Pour éviter La barrière,
je suis rentré dans la maison du garde... Enterrés, le tracteur, la semi,
et moi avec. Et maintenant, y font pas mieux pasque maintenant, y font des
cabines plus courtes et plus légères... La cabine n'adhère plus au sol. Sur
un coup de frein, le tracteur, y se soulève... Mais, j'ai plus de souffle
pour Le dire..." (1)
(1) : Angelo
- 128 -
Dans
ses
propos
sur
Les
accidents,
iL
rejoint
nécessairement
La vaste campagne organisée par La direction d'OTRA en 1981, et reprise par
La F.N.C.R. ensuite. Les cabines sont
une Longueur maximaLe pour
raccourcies car
La LégisLation
L'atteLage entier et non uniquement
impose
La remorque.
La couchette est donc étroite ou supprimée et Le poste de conduite "avancé"
sur
Le moteur
rend
Le chauffeur
vuLnérabLe à n'importe
queL
choc
frontaL.
Les arguments en faveur du "nez Long" sont La sécurité accrue du conducteur,
Les économies de carburant, une meiLLeure tenue de route, (La mise en portefeuiLLe est quasiment impossibLe), L'accès faciLe du moteur Lors des réparations, un châssis peu déformabLe, une cabine pLus siLencieuse... Les arguments
en faveur des cabines avancées sont un accroissement
du voLume et du poids
chargeabLes, une meiLLeure visibiLité et une maniabiLité accrue. (1)
Au terme d'une vie professionneLLe ainsi
rempLie, ne reste pLus
que La joie d'avoir "des enfants honnêtement, bien éduqués et tout...", devenus
secrétaire
pas
changé,
de mairie, poLicier
simpLement,
La
et
conscience
artisan
paysagiste. Le
coLLective
des
travaiL
travaiLLeurs
n'a
aurait
disparu.
"On s'est ruinés, hein, Les gars de mon âge. On s'est tous ruinés. Avec Les accidents qu'on a eus. Moi, j'ai eu Le bras, j'ai eu La tête,
j'ai eu un tas de trucs... S'endormir avec Les yeux ouverts, moi, je crois
qu'iL est bon de Le signaLer... S'endormir avec Les yeux ouverts... TeL fut
mon cas une beLLe matinée du mois de juin, dans L'aube, à 6 H du matin. SpLendide soLeiL, une barrière de passage à niveau fermée, ben, bon, Le cerveau
fonctionne pLus. Moi, je L'ai vécu, ça... Et tout de suite
Le coeur, iL
sembLe que Le camion s'en va. On a tous été soumis à ce genre de trucs. Y'a
toujours cette concurrence qui existe.
Qu'est-ce quy a de changé, maintenant. Y'a rien de changé, y'a rien qui s'arrange. Les chauffeurs continuent de travaiLLer avec Leur saLaire bLoqué.
Donc, on va pas vers une améLioration quoiqu'en pensent Les gars-Là. Y'aura
encore des expLosions de camions pasque rien n'est fait sérieusement, tant
au niveau de La formation que de L'information. Ca passe pas... Le chauffeur,
y va tout écouter mais dès qu'iL est mis sur son véhicuLe, iL a tout oubLié...
C'est Le système qui Le veut. Le métier qui Le veut, bien sûr." (...)
"J'ai pLus de souffLe. J'ai tous Les vaisseaux qui ont écLaté.
J'ai Le dos tout vioLet. C'est pas faciLe pour un garçon comme moi qui a
essayé de travaiLLer avec des médecins... Ben, on peut pas... Ben, y'a rien
qui est sorti... Tantôt, on évoque La Caisse d'Assurance MaLadie qui a pas
assez de fric. Après, on dit, iL est impossibLe de faire passer des visites
(1) : "La vie n'a pas de prix" - A. COURBEZ, W. HEYMINCK - ed Frevag WommeLgem
HoLLande - 1980 - 100 p.
- 129 -
"pasqu'ils z'y sont jamais. Et bien sûr qu'ils z'y sont jamais, on les fait
toujours partir. On arrive jamais à faire une étude sérieusement. "Alors,
bien sûr, Monsieur, à votre époque les vibrations jouaient beaucoup mais
elles existent plus aujourd'hui ! . Pasqu'à l'époque, y'avait pas d'autoroute. Vous rouliez sur des nationales^ et c'est vrai que la Côte d'Or et
tout le Nord, on roulait sur des pavés. Quand on disait, l'enfer du Nord,
on y roulait sur l'enfer du Nord..." (...)
"Alors qu'on discute là, y'a une douleur qui me vient en plein dans la jambe.
Ca va me passer dans quelques minutes mais ça va me reprendre ailleurs...
Mais ça, c'est fait, c'est fait..." (1).
Angelo
a grandi
et
a
connu
ses
premières
expériences
quartier populaire et d'émigrés dont la sociabilité est régie par
en
raison
de
conditions
de vie
extrêmement
précaires. Comme
dans un
l'entraide
Elie, devenir
chauffeur lui permet d'acquérir un savoir-faire reconnu et un minimum d'instruction
scolaire. Le charisme d'Angelo provient
sûrement
de son passé qui
s'inscrit dans un mouvement historique de migrations, d'engagements, de positions
permit
explicites
comme
vis
à vis
d'une
guerre
mondiale. Son militantisme
d'autres, d'apprendre, de se former, pour participer
lui a
à partir
de 75 à de nombreuses institutions du transport.
Le "processus" dont
un mouvement
unanimiste
de toutes ethnies, après
de
il parle a été de structurer une pensée et
la part de chauffeurs
d'origine
la Libération de 45 jusqu'à
sous-prolétaire
la fin de
l'expansion
économique.
Ces
ouvriers
s'opposent
aux
chauffeurs
"payés
en
nature"
par
ponction sur le chargement qui ne revendiquent pas les conditions de travail
mais négocient
des marchandises
avec
leurs
employeurs
ouvriers paient "le fric arraché au goudron" de
et
les clients. Ces
la mort ou d'un corps usé
ou cassé. Leur "métier" s'oppose à l'emploi des jeunes des générations d'après
68 qui deviennent conducteurs de manière momentanée pour répondre à une situation de crise économique. Leur mémoire s'oppose à celle des chauffeurs retraités de la F.N.C.R. qui participent régulièrement aux rituels et qui estiment
avoir réussi socialement.
(1) : Angelo
- 130 -
IL
n'ait
mémoire
est
paradoxal
et
de ces barrages
significatif
routiers
qu'aucun
syndicaliste
de 1971. Sans doute
actuel
les événements
de 1968, cette "grève des autres", alliés à une baisse importante du salaire
relativement
au
les adhérents
S.M.I.G., a fait
du S.N.I.R. qui
naître
un
sentiment
de
frustration
chez
se sont perçus mal organisés, impuissants à
être reconnus, sensibles aux idées nouvelles qui s'exprimaient, en même temps
qu'on rendait hommage à leur responsabilité, en les opposant aux travailleurs
des
entreprises
nationalisées
ou
d'Etat
("les
Régies"). La
publicité
des
négociations, même si elles n'ont pas abouti, des autres syndicats de routiers
et la menace d'un coup de force de la part des transporteurs ont fait naître
l'idée d'une révolte.
Les barrages routiers de 71 et ceux de 84, encore dans les mémoires, ont le même scénario : soudaineté de l'action déclenchée, participation
spontanée de très nombreux salariés et artisans, ambiance festive, dramatisation
les
des
médias, revendications
grutiers
du
Génie
hétérogènes, heurts
Militaire,
et
même
avec
argumentation
.les policiers et
des
gouvernements
qui déclarent dans les deux cas que les initiateurs des barrages ne contrôlent
pas la situation et qu'ils ne sont pas représentatifs de la profession.
Comme pour les sources de revendication et d'inspiration idéologique^de la F.N.C.R. qui en 1936 emprunte à des penseurs humanistes, entretient
des liens avec l'extrême droite et est séduite par l'auto-gestion de la C.N.T.
(un rapprochement a été tenté en 1950), les soutiens du S.N.I.R. sont éclectiques
: C G . T . et Automobile
autres
syndicats
Club de
désavouent
la
France
appuient
manifestation,
se
son'action. Tous
voyant
concurrencés
les
par
un mouvement "de base".
A la différence des barrages de 84, étendus sur tout le territoire
suite à une initiative patronale, la répression de ce mouvement de salariés
est extrêmement sévère. Après avoir tenté d'affilier le S.N.I.R. à un syndicat
ouvertement
vernement
d'extrême-droite, (et non-apolitique comme la F.N.C.R.), le gousupprime
les permis
de
travailler. Le S.N.I.R. qui
représentait
déjà 10 % des chauffeurs syndiqués en France aurait-il pu devenir un puissant
partenaire
? Les
confédérations
se partagent
ses débris, en
reprenant
les
revendications "autonomistes" (F.O. et la carte professionnelle, voir annexe),
- 131 -
ou en les adaptant (C.F.D.T.). Ces tentatives d'une récupération d'une conscience collective réprimée correspondent à partir de 75 à la baisse générale
de l'audience du syndicalisme dont les stratégies ne sont plus de provoquer
des revendications unanimistes, mais de défendre juridiquement
les travail-
leurs au cas par cas. Ne soyons pas surpris si les chauffeurs de la génération
d'Angelo
sont extrêmement
cyniques vis à vis des monopoles syndicaux, des
attitudes du patronat/ du rôle de l'Etat.
- 132 -
V - CONCLUSION : ET L'ALIENATION ?
^.CONCLUSION : ET L'ALIENATION ?
Le Lecteur aura
compris que
Les ritueLs, si L'on ne s'en tient
ni à une définition ethoLogique, ni à ceLLe de La micro-socioLogie américaine,
sont rares dans Le mi Lieu du transport par route. Un ensembLe de quoLifichet,
d'auto-coLLants, de sLogans
sont sympas"
: R.T.L.),
("Je
rouLe pour vous" : R.V.I. ; "Les routiers
contribue
certainement
par
La puissance des moyens
économiques mis en oeuvre, à donner médiatiquement L'image d'un métier.
Lors
à
comprendre
des premières
queLLes
étaient
années
Les
de
cette étude, nous avions
expressions
identitaires
des
cherché
chauffeurs,
sachant que ces ouvriers qui travaiLLent en pubLic sont L'objet d'un processus
de désignation négative et qu'iLs n'ont pas Les moyens matérieLs de générer
eux-mêmes
un
sentiment
d'appartenance
coLLective. Les
situations
de
route
et Les expériences concrètes des échanges seraient suffisantes pour permettre
aux
conducteurs d'acquérir
des
stratégies de présentation de soi-même. Les
moments stratégiques que nous avions observés, avec Leurs fonctions cuLtureLLe,
de
poLitique,
reLation
structuraLe, et
internes
à
d'information
La profession, même
technique
si
cette
règLent
Les
sociabiLité
normes
urbaine,
dans certains cafés seuLement, se diLue dans un imaginaire qui prétend que
Paris est peupLé de restaurateurs chinois qui font manger du serpent à Leurs
cLients
ou
qui
représente
MarseiLLe
comme
une médina
dans
LaqueLLe on ne
peut pénétrer sans se faire voLer, si L'on n'y connaît personne.
IsoLés de Leur famiLLe et de Leurs coLLègues d'entreprise qu'iLs
ne peuvent rencontrer souvent que Le week-end, nous avons vu que deux attitudes étaient
adoptées
: Les pLus
jeunes et
Les pLus scoLarisés
recherchent
L'assimiLation de Leurs stigmates dans Les reLations de travaiL ou Les reLations urbaines. Les stratégies de dissimuLation de cette identité professionneLLe
font
comprendre
que
L'identité
pour
soi, La
seuLe
"Légitime", soit
extrêmement éLoignée et en aboLissant Le stigmate, on efface ainsi tout fondement de revendications coLLectives. La deuxième attitude est ceLLe de L'acceptation de La représentation du métier, ce qui s'exprime fréquemment par des
attitudes de provocation vis à vis du sédentaire. Cette acceptation du stigmate permet égaLement de construire aiLLeurs sa propre identité, de se ménager
une marge d'autonomie
(exempLe
: BLack is beautifuL
!, Les femmes sont fai-
bLes, eLLes doivent donc être protégées, e t c . ) . Mais cette attitude a pour
- 133 -
corollaire
l'institutionnalisation
de l'identité et elle renforce les effets
sociaux qui en découlent.
Ces deux attitudes ne sont pas motivées par des
représentations
uniquement mentales : les conditions de travail> lors des attentes interminables au douanes, ou auprès des chargeurs
et
les suscitent même, car
et clients, les étayent
le conducteur est
largement
mis à l'écart ou isolé lors-
qu'il peut rencontrer d'autres travailleurs. Il est facile de jouer l'incompétent
lorsqu'une manutention
non rémunérée est exigée ou l'homosexuel
devant
les secrétaires dans Leurs^cages vitrées1, mais le refus de "rendre service"
au client est sanctionné par le transporteur. Lorsqu'il n'a pas à se taire,
le chauffeur ne rencontre personne.
En effet, on peut
chargement
et déchargement
distinguer parmi
ces multiples opérations de
celles qui ont recours à d'autres techniques que
la manutention. Lors de l'empotage, la "mise sur pattes" (selon
l'étymologie)
des conteneurs, le chauffeur communique par signe avec le grutier ; le remplissage et
l'évidement
des citernes comme
la pose des caisses mobiles peuvent
s'effectuer seul. La spécialisation des services des entreprises de transport
et le véhiculage de marchandises à hautes plus-values conduisent le chauffeur
à ne plus avoir de contacts autres qu'administratifs avec les sédentaires.
Les situations de route et l'expérience des conditions de travail
seraient-elles les uniques productrices des stratégies et des normes de relation ? L'étude sur les rituels a tenté de saisir le processus de production
et
de
renforcement
de
la dimension
politique
et
culturelle
mise
en scène
lors des moments stratégiques.
Dans les entreprises, l'organisation
feur
des
autres
catégories
d'affrètements, ou
progrès. Les
degré
de
professionnelles, dans
lorsque sont mis en place
participations
co-présence
dans
syndicales
rituel
préside
donc
renvoie à l'efficacité
au
principe
le cas de
"locations",
les cercles de qualité et de
peuvent
l'entreprise
longue, Les réunions ne peuvent avoir
de
du travail exclue le chauf-
: dans
se comprendre
le cas des
à travers
chauffeurs
le
zone
lieu que le dimanche matin. L'absence
d'exclusion
des dispositifs
de
symboliques
en situation de travail.
- 134 -
l'entreprise,
des moments
ce qui
stratégiques
Lorsque
du matériel, ont
des
rituels
festifs
ou
lieu, ils apparaissent
instrumentaux, repas, entretien
à la fois
condescendance de la part de l'employeur
comme
une
stratégie
et une manipulation
de
symbolique de
la part des salariés.
Ces
symboliquement
profit
rituels
la
permettent,
frontière
pour
le
transporteur,
employeur/employé.
leur conformité à la définition de
Les
de
transgresser
conducteurs
leur statut
mettent
à
conquis en situation
de route. Le rituel consacre donc la fonction politique des moments stratégiques en
reprenant
les mêmes tabous
sur
la famille
et
les
rémunérations
:
les hiérarchies professionnelles sont renforcées.
Retranscris
dans
les chauffeurs manipulent
dont
leur
contexte
local
et
la parenté
patronale,
la position symbolique que leur confère
les conditions de production
le rituel
suffisantes mais non nécessaires
déséquilibre économiques entre les transporteurs locaux. Lorsque
sont un
l'entreprise
est très puissante, (comme LA LANCE), Les conducteurs en promotion, en passe
de devenir artisans, fuient le rituel et résident à distance de l'entreprise
afin de
jouïr de
l'entreprise
sont
la sociabilité
est puissante
plus élevées
artisans
locaux,
et
locale sans en subir
(Monsieur C ,
les conditions
les
conducteurs
le contrôle. Lorsque
VERLY), mais que les
rémunérations
de travail moins éprouvantes, chez les
transfèrent
leur
position
consacrée
dans
l'entreprise vers la sociabilité locale afin de changer d'employeur. Le transporteur lui-même peut participer assidûment aux manifestations locales (comme
à MORNY), provoquant
salariés
une
ou
le mouvement
d'affrétés
puissance
vers
économique
son
inverse, c'est
à dire
entreprise. Lorsque
équivalente
et
que
le recrutement
les transporteurs
la main-d'oeuvre
est
de
ont
captive
localement, les rituels ne se justifient pas. La sociabilité locale est utilisée par les conducteurs afin de s'implanter localement en se faisant embaucher
chez
des
le transporteur
chauffeurs
aux
qui
leur permettra
rituels
sont
d'être
à moduler
reconnu. Les
en fonction, bien
participations
sûr, de
leur
trajectoire sociale et celle de leur épouse, de leur manière d'habiter(fig.1).
- 135 -
FIGURE 1 :
LOGIQUES PROFESSIONNELLES
trajectoire sociale
de L'homme
ÇLogique d'acteur
rôle et trajectoire
sociale de la femme
manière d'.habiter
\
Reconnaissance
sociale et
locale
Entreprise :
participation éventuelle
aux rituels
c
w
0)
B
O
C/> <1>
<D - i T3
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MC
D
U
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£_ — <
L.
o a; m
a»
3
•!-
—^
Route :
expérience pratique ^de l'échange
Stratégie et
-^ normes de relations
professionnelles
rapports d'influence dominants.
- 136 -
La fonction
à d'autres
culturelle
des
moments
stratégiques
fait
référence
rituels, foires, championnats, bals, produits par les syndicats
et associations patronales en direction
de
L'outil
mécanique
de
l'Etat y sont
ainsi
que
des non-roulants. La
les revendications
évidentes. Par
l'intermédiaire
glorification
et exigences vis à vis
de
leurs publications
médiatisations depuis 1936 ont été produites des mythologies
et
(1). Mais ces
rituels délocalisés visent également les pouvoirs locaux dans les métropoles
non seulement économiques et politiques mais aussi administratifs.
Rappelons que la connaissance des conducteurs par l'administration
est partielle. Les sources dont
dispose
l'administration
afin
d'identifier
ces agents économiques sont de plusieurs ordres : le service des Mines donne
une estimation du parc de véhicules toujours plus importante que le nombre
de chauffeurs
les
trafics
recensé ; les organismes de sécurité routière
d'entrées
et
sorties
des
départements. Lors
comptabilisent
des
recensements
I.N.S.E.E. des entreprises, les transporteurs ne déclarant que les chauffeurs
employés depuis plus de 18 mois, ce qui conduit à réduire
considérablement
la taille de l'entreprise, le service de la D.D.E. et de la D.D.T. utilisent
ce fichier où ne figurent que le nombre et le type de licences dont est propriétaire l'établissement, et donc, la perception du transporteur comme artisan est assurée. Le recensement des litiges traités par l'inspection du travail ou auprès des Prud'hommes
par
les syndicalistes
n'est
pas
communiqué
entre diverses administrations. Enfin, l'ensemble des travailleurs du transport ainsi que les fonctionnaires de l'équipement sont paradoxalement regroupés dans des syndicats confédérés en fédérations générales. Les chauffeurs,
tout à fait minoritaires, ont peu de chance de se faire entendre et les journées de débats organisées à l'initiative de ces syndicats glissent vers les
nuisances qu'ils occasionnent pour l'infrastructure
routière et l'environne-
ment, préoccupations d'administrateurs. Méconnaissant
la main-d'oeuvre, les
cadres de l'administration ont, à priori, une vision négative des chauffeurs.
(1) - Vol. III - "La construction d'une mythologie" - p. 64 à 70.
- 137 -
Les transporteurs, comme les autres patrons de P.M.E., investissent de manière intense les relations avec les élus. Ils sont parfois aussi
présidents de grands clubs de football ; éleveurs de chevaux de courses ;
propriétaires d'immeubles ou de boîtes de nuit. En région Rhône Alpes, ils
s'intéressent
particulièrement
aux actions des politiques
locales et
sont
ainsi des leviers relationnels importants pour les fonctionnaires. îiéfiants
envers les "grands" patrons qui gèrent des "affaires déjà faites", ils prennent
des risques financiers, exposent
brutalement
la vérité des relations
économiques selon laquelle "il est plus facile de conquérir que de garder".
D'une éthique complèteinent opposée, les cadres de l'adiriinitration
les assimilent
à la rugosité supposée des conducteurs. "Aller nanger dans
un relais, c'est une véritable aventure"...
Rappelons
que
dans
les administrations
comne
la D.D.E. ou la
D.D.T., les relations horizontales, entre pairs, entre fonctionnaires issus
du Rêne
"corps" permettent
davantage
Is circulation d'informations
et de
services que les relations verticales définies par une hiérarchie ressentie
comme
pesante. Afin de
tourner
des
règlements
internes
inapplicables, un
certain nombre d'inventions sont nécessaires et les divers services mettent
en place
des
systèmes
d'arrangements
et
d'exceptions
pressions venues de l'extérieur de l'administration
les
de
relations
construire
avec
le public,
"l'autonomie"
du
les
sous
l'influence
; ou, si l'en préfère,
administrés, "l'extérieur",
fonctionnaire. Or,
de
les cadres
permettent
rencontrent
les transporteurs lors des grands rituels qu'organisent les syndicats patronaux à l'occasion d'un championnat, d'un salon, d'une journée "Porte ouverte"
; directeurs de l'inspection du travail et des services de l'équipement voisinent
aux tables d'honneur
en compagnie des présidents des organisations
de transporteurs, des représentants des associations de formation, des chambres de l'industrie et du commerce ainsi qu'avec les élus locaux, départementaux et régionaux, dont certaines parentés sent en région Rhône Alpes, alliées
avec celles de constructeurs de véhicules industriels...
Outre
l'affirmation
de
leur puissance
économique, les
rappels
historiques et les oppositions à de nombreuses réglementations, les réquisitoires des représentants professionnels contre l'administration et la S.N.C.F.
sont extrêmement violents et appréciés du public.
Pour
les
cadres de
l'administration
invités, "avoir de bonnes
relations" avec les professionnels signifie être placés en situation de faiblesse.
- 127 bis -
Un processus
cadres
dont
de
d'interprétation
L'administration
de
faisant
L'équipement
appel
au
sens
commun
étayé de traitements
Les sources ne sont pas discutées, rétablit
Le modèle
des
techniques
inventé en 1950
du routier comme artisan. L'administration reproduit Les mythologies.
Ce
modèle
de
l'artisan
opposé
à L'Etat, ne correspond bien évidemment
groupes dans
le transport
mais permet
à
toutes
réglementations,
pas à la réalité de
d'établir
donc
La taille des
un consensus entre gros et
petits transporteurs unis dans une même optique "libérale". Ce modèle fonde
La prise de
valeur
la
risques
financiers
("dans une économie de requins") comme une
culturelle du petit patronat. Il participe ainsi
fonction
culturelle
Pour
des
moments
stratégiques
des
et s'intrique
artisans
dans
chauffeurs.
le chauffeur salarié d'un artisan ou d'un transporteur plus
important, encore fréquemment logé jusqu'en 1975, approvisionné par des coopératives d'achat, rétribué parfois en nature, cette représentation d'un monde
social
et
économique
représentation
hostile trouve certains points d'articulation
du même monde dans
mémoire factice des publications
lequel
est
il se déplace, surtout
réactivée par
avec la
lorsque La
les "anciens", retraités
ou chauffeurs de 50 ans.
Les
syndicats
de
salariés
se
sont-ils opposés
à
la production
de telles mémoires ou de telles représentations du métier ? Nous avons amplement décrit comment, à partir de sources d'inspiration "humaniste", la politique F.N.C.R. avait précisément construit cette mémoire et cette représentation. L'impact
symbolique d'un syndicat n'est pas fonction du nombre de ses
adhérents. Selon
syndicalistes
la "tradition", l'implantation
confédérés, est
importante.
Des
locale, à la différence des
rituels
nombreux
réactivent
à la fois la mémoire mais permettent aussi à ces chauffeurs, fils de ruraux
et salariés d'artisans, de se reconvertir. Ainsi, Albert
(1) grand organisa-
teur de bals et de fêtes, chauffeur prestigieux puisqu'il pensait
concourir
au rallye Paris/Dakar, fin 1986, vient de s'établir comme grossiste en fruits
et légumes.
Les
syndicats
confédérés,
centralisés,
anti-corporatistes,
ne
sont pas porteurs de mémoire dans le transport routier. Ces dernières années,
ils ne produisent
pas de rituel
mais
introduisent
le conducteur
à
la vie
urbaine par le biais associatif.
(1) : Vol. III - B.L. - "Les 24 H du Mans" - p. 19 à 27 - et "Un bal F.N.C.R."
p. 34 à 37.
- 138 -
Les mouvements des années 50/ avec
avec
Le S.N.I.R. étaient
Lutte contre
L'Etat
n'a
certes
Les
La C.G.T., ou des anees 70,
vecteurs
d'une
Les trusts à partir d'un déracinement
jamais
favorisé
L'émergence
de
tradition
ouvrière
de
LocaL ou ethnique. Mais
syndicats
ouvriers.
Tentatives
de soudoiement/ d'affiLiation à L'extrême-droite puis répression par Le gouvernement/
est
récupération et tri des revendications par F.O. et
La C.DF.D.T.
Le résuLtat du dernier mouvement de chauffeurs qui tentait de s'appuyer
sur une conscience coLLective.
Ainsi, Le cynisme que génère
L'expérience
concrète des rapports
d'échange se redoubLe pour Le chauffeur d'un scepticisme à L'égard des actions
des syndicats monopoListes ou indépendants, d'une impuissance face aux empLoyeurs et d'une détQncevis à vis de L'Etat.
Restent
toires/
ultime
Lors des
recours
Reste
L'uLtime
vaLeur
du
Les risques du métier sans cesse rappeLés par
rencontres
à une
entre chauffeurs/ comme
tentative
d'identification
corps.
Les his-
s'ils constituaient
propre. Mais
un
Le sentiment
du risque ou Le sentiment de prendre des risques fait appel à une expérience
intime qui
est
Largement
partagée, même par
Les
citoyens objectivement
en
sécurité. Dans une société qui se pense -et se pense seulement- mobile/ Les
petites transgressions, ordinaires
sont constitutives du genre de vie "nor-
mal".
Nul sentiment de continuité au travers des identités professionnelles
inconsistantes
construites
roulants. Il se pourrait
hors du métier et partagées par
Les non-
alors que la seule identité du conducteur soit Le
sentiment qu'il ait de celle-ci
: une identité en soi qui organise le senti-
ment de continuité à partir d'expériences de la totalité de sa vie. Les systèmes d'expressions peuvent
se reproduire par
le contrôle normatif que Les
chauffeurs exercent entre eux mais Les identités professionnelles du conducteur
seraient
En effet/
directement
structurées
à partir
de
La conjointe, ses origines
le moment
et
la trajectoire
sociales
et
sociale de
sa profession
la manière de se reconvertir
L'épouse.
expliquent
professionnellement,
de quitter un métier qui est maintenant pensé provisoi rz par l'homme qui s'y
engage.
- 139 -
Considérons maintenant que toutes ces impossibilités et interdictions
d'élaborer
de manière
professionnelles
renforcent
autonome des systèmes collectifs de
une
manière
de
penser
et d'agir
références
d'une
culture
de l'aliénation.
Jusque
spécialistes
ainsi
les
de
dans
par
tentations
qui valorisent
les
leurs
années
cinquante/
extraordinaires
corporatistes
ou
les
outils
chauffeurs
et
l'on
étaient
peut
comprendre
anarco-syndicalistes,
protègent la culture de metier
des
syndicats
ont la volonte de maîtriser
les savoir-faire techniques et la transmission des savoir-faire/ l'apprentissage
étant
une
affaire
d'expérience
et de temps
par
laquelle on
acquiert
la reconnaissance des compagnons.
Avec
mécaniques/
assiste
comme
la banalisation des moteurs à explosion et des savoir-faire
les
alors
chauffeurs
perdent
à de violents
leur
suprématie
revendications
d'autonomie
celles des salariés de BORILLE qui passent
la C G . T . , ou
professionnelle.
celles du S.N.I.R./ chauffeurs
et
d'indépendance,
en bloc de
spécialistes
L'on
la F.N.C.R. à
en
international
à l'époque où les routes de l'Orient étaient encore ouvertes.
En période de prospérité économique/ les entrepreneurs reprennent
les traditions paternalistes : coopératives/ promotions internes/ de manoeuvre
à chauffeur/ puis de contremaître à administratif. Leur politique est véritablement
culturaliste
d'intégration
culturels
et
exige
de
des
puisqu'ils
acteurs
qui
font
se
production. L'esprit
fidélité et
appel
au
définissent
maison
déterminisme
eux-mêmes
consacre
loyauté en échange de
des
comme
fonctions
des
la communauté
modèles
de métier
la reconnaissance des "valeurs
humaines"/ ce qui est une manière de nier les identités personnelles.
En période de récession économique/ les entrepreneurs font appel
à la participation et la spécialisation de la maîtrise/ à partir d'une organisation scientifique de la productivité et d'un système de promotion méritocratique. Les
cadres puisent
leurs compétences
en communication
à
l'extérieur
de l'entreprise et celle-ci devient le simple relais d'une promotion sociale.
Cette promotion suppose la dépendance vis à vis des règles formelles et l'inexistence de groupe de pairs ou de catégorie professionnelle structurée. L'important dans le transport n'est plus le véhiculage mais l'information.
Les chauffeurs en sont réduits à trouver urgemment
pations
valorisantes
ailleurs que
dans
l'entreprise, comme
des préoccu-
les O.S. femmes
ou immigrés, car ils ne peuvent pas créer de syndicat/ avoir des stratégies
de
négociation
comme
les
professionnels
très
qualifiés- ou
affinités avec des techniciens scolarisés en ascension.
- 140 -
entretenir
des
Les grands routiers, plus que Les Livreurs/ n'ont guère Le temps
d'investir aiLLeurs. La monotonie des tâches, Les caricatures que Les empLoyés
des cLients en ont, La conduite, activité reLevant de L'automatisme et prédisposant
à
L'hypnose, favorisent
petits
riens
deviennent
des
Les projections
événements
affectives
imaginaires. Des
extraordinaires, aussitôt
oubLiés,
puisque La répétition, comme La "défonce" physique et nerveuse, est une négation de La durée. L'absence d'échanges inter-personneLs, Les efforts intenses,
La dureté du travaiL, induisent une aridité des reLations professionneLLes.
Les saLaires et primes tenus secrets deviennent une revanche contre Les collègues et
Les empLoyeurs. Le mythe d'une unité et d'une soLidarité ouvrières
est considéré avec un amusement amer. Faire sembLant de croire aux histoires
du passé qui apportent des éLéments écLairant Le présent est Le cas non pas
des saLariés qui passent Le Bosphore, mais des artisans, tentant de rétabLir
une aristocratie dont Les sources du pouvoir sont camoufLées.
ExcLus des entreprises, on peut penser que ce désengagement forcé,
outre qu'iL
contribue à induire des différenciations forcenées entre conduc-
teurs, prédispose, comme Le citadin se sent désengagé
des
faits
sociaux, à
une rationnaLisation du monde du travaiL. Mais en même temps, cette excLusion
et Les échecs répétés d'une reconnaissance sociaLe coLLective, tout en valorisant Le sens de L'expérience, conduit à s'iLLusionner. L'ambiance et La possibilité de co-exister priment sur La voLonté de négocier. Le métier est devenu
emploi et Les chauffeurs ont acquis et valorisent Le sens de L'urbain, palliatif à l'aliénation.
La
désagrégation
des
relations
sociales
et
Le désintérêt
pour
l'autre ne veulent pas dire qu'une autorité est crainte et demandée. L'autorité de L'employeur
fondée sur une rationnalité
Légale ou La règle fondée sur
un processus scientifique ne concerne pas ou plus les chauffeurs. Le charisme
de
l'employeur
fondé
sur une tradition
de
reconnaissance
et de
dépendance
personnelles devient obsolète car il atrophie Les stratégies et les capacités
relationnelles
que
réquisitionne
la
vie
urbaine.
(On
se
souvient
que
Les
nostalgiques des années 60 jouent le patron contre le directeur, chez BORILLE
par exemple).
- 141 -
Le
refus des
Leaders
professionnels
est
révélateur
d'identités
inconsistantes ou éclatées, donc de refus d'engagement. Dans ces conditions,
les systèmes
de catégorisation
peuvent
être grandement
influencés par
les
médias. Mais une expérience commune à tous, le risque, permet de fonder une
représentation
du monde social
: se protéger
contre
l'échec, c'est
éviter
la prise de risque. Le calcul du risque dépend des compétences relationnelles
et des ressources culturelles et scolaires afin de clarifier et rationnaliser
les choix. Ainsi, selon cette logique, valorisaient
ment à la hiérarchie
reconnaissance
sans
l'affectif et l'attache-
les professions protégées ou héréditaires qui ont une
lutte, sans effort, sans prise de risque, grâce à la
conservation de la règle.
Les
échecs
répétés
de
reconnaissances
sociales
et
la
négation
de l'autorité conduisent les chauffeurs, qui n'ont rien à perdre, à des prises
de risque individuelles ou collectives
importantes, des révoltes erratiques
intenses et discontinues, signes d'appartenance.
- 142 -
ANNEXES
1• ^.Tfí"fi¿rr-^C".G--T.
:
f .„.. -
:
-ft^ius-ff...*.
f
. Le. ,-P«OG-R£S Di ri^M¿a£-
I
... -•¿•'Í'-~;L'.S~-- '"- .I*3 s chauffeurs e t ouvriers "de óhez B A i È ^ '" .¿~±i[de- donner 'à lours .-^.f-.'.;"-.'
/¿•-¿"',,;.^-:£,:.~V-/pat'rons l a justo r i p o s t e ' à un à ote ^inqualifiable
.*^';.«''--~-:<v'.^î;,,aocord avec la personrjjl, l e s frères 3lpR> vien:a:at de le reiiier,''...*-l;v-.V'-"V^''.>'•/::,.••'.'
i
i
' - ' ^ • ^ ^ ' V Í ' ^ ^ ' - ^ i ' " " l a b a t a i l l e engagée chez S4BR. e s t cells de tous los'-chauffours
^/:';'^zl:f-'\
r •
f
•''i-'-v""-'^'--',--'''""':'
'.'Après a v o i r ' é t é "lâchés" e n pleine bataille? par l ' o r g a n i s â t ion qui ,y.. *;•;*';'-•
í
í l N l f ROBOTS ! W ^MENDIÄNTST v-
Ö Ä G Ä R S DE ¡ ^ ROUTE ",
L
; j *r;s
'*—-A
;deIhéz':BH^ :Çharrièré]èt J e ]la1S. CT. D.
•rejoignent en masse lesjangsTtlejaJC.G.T.
••."-. ...VALENCE. — En a-t-on parlé des «routiers » en long et én larga dans la presse bourgeois« t
' Mals vraiment les gars da la rauta ont-Us cherché dans ces articles l'écho da tturs bas salaires «t
.; de leurs revendications ?
•• • --•••*-<•.•.«,•—• -..•«.•« .¡. ,.• _ >
»-..A»-.;»..--..... .-,. ,
•••••• Car c'est un fait, les travailleurs des transports en on* assez d'être exploités et c'est pourquoi
. apràs ceux de chez B«~et, les ouvriers de chez C k « M M i et de la S.G.T.D. ont adhéré presque en
^totalité au syndicat C.G.T. -v
, - • • : - . • «• —. .-.•»•. — ,
•---•- Ils ont senti la duperie dont lis étalent victimes de la part d'une organisation i V Les Routiers » qui se d i t un syndicat et qui n'est en fait qu'un« a amicale patronale 9 sous la roulette paternalista et complice de M . I« comta da Seaulleu. ; •. • 1 ¿. • •— '» — •••- •. »-J,r..ii..-i"iv.- ....-.-
collectives, est de. US francs,
.Les conditions
c'est-à-dire de 10 francs supérieur
au salaire des chauffeurs-rece'-}yz- " do "travail • •• '• ?'-••
^ WU,MÄvT£^-M^r;iA^^^fT
N
E
R
-•c;
| Quatrième lemaine de grève
- =y-V chez B « # à Valence .:;;
. ?JrA r V « e « (Dromii
mieanldins
, ; "; ¿t ' cHaafUan d» ' tmtnprha
da
';•;." -¿ronipori* BWÊL'onf abordi / • « *
':• jtma'm* d* gré»»..,.'; - 1-... ''-£•—'.:'-'VRopp«/on» qua ce mouramtnt ait
• <môtWi por t* fait ata la patron.
.-'raniant sa ïianaiw: !•»«»• tfopp'1' . '<ju»r"Toeeor<f qu» oëeore*oif à tu
' '.talariit ana oagmaniotion da .{•««^
f
talairn.
•-j.'^'.i,'-"•",;".• t'',*'-'-^
i - ' V A plusiaun r»p«»«. eefui-ei o •«'"-^'fayí d> . taira tortir •!•• -camion*
'.* i-'po«/ k n W /« V * » « .
Moi
» *"?"
Vnu« fo/i la rigitanca dn piquais da
•:iari*t'ô
fait i t n o u « iti tantativs.
*': h " V Union dipartamantala ' d*t tynÍ o W t CGT da ta Drom* a tante
•~ ;»n. appât a / « taüdañti *tt-JV*tt(
,
\~ di gré»W«f.,vJ*íí¿f^«¥il»r-¿»a«»»'" 4 '
• "- >-D»p¿íi / • </«¿»f </• 'ó í'-*»« «•*-J
* ^fM.'tt
ourrian da /looiir»«« 1
««fres en/repn«» o*« '«"«P*"* " I *
obtana totittaction eprkt
¡»depot
, d t i . rarandteationi per ¡a Ç 5 / - "
l'aai> </•! «(rfrtpríst* ' * * • { í { * 2
W , ' K ~ ,.(G™-oo/.J. *.
(Mo«f í/imarj.. etc^^-Cgi^U
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Jo
' r
•U,
.-_:Í---»,
•AS.'^U'-
Ä^
._
...
Vn accident toutes les 36 mi-veurs.
nutes I Tel est le bilan en Fran- Dans les transports marchance des accidents qui arrivent aux dises, les chauffeurs ont un saouvriers transporteurs. Encore laire fixe de 31.323 francs par
iaut-il préciser qu'il s'açlt seule- mois pou; traîner au fil des roument des accidents déclarés à- lu tes, des charges de 25 à 30;ton•- -.• •-•
Sécurité sociale.
' - • " . • • • nes. '• " : • -Ce salaire correspond solt-diCe grand nombre d'accidents sant
& 48 heures de travail par
dénote des conditions de travail semaine
: mais examinons quel
extrêmement pénibles.
' - ques chiffres.
•••" •-"• *• :
Considérons en eflet. la fatigue
n est admis et prouvé que
nerveuse qui.atteint le chaufleur
au bout de plusieurs heures de .4.500 km-, mensuels corresponconmute :_. il lui faut toujours dent à 203 heures de travail en
être sur le qui-vlve. doubler, croi- tenant compte du temps néces.
ser des véhicules, ladre attention ,*aire aux chargements et déchar
à toutes les embûches de la rou- gements, et du temps de légères
réparations et d'entretien.
te, etc, - -"-. *• ; r. :•>• 1
les chauffeurs de chez BV
Le mois- dernier, la neige, le ^VOr,
se tapent » régulièrement de
verglas ont aggravé cette situa- 6 a< 12X00
km. par mois.
tion dans des conditions catastrophiques. -•' -••':'< • .•/,•!•... ' .• Ces kilomètres supplémentaires ne sont point payes, ce qui
De plus, notamment 'dans les fait
que les paies sont dérisoires
transports da • voyageurs, l e s par
au travail et au
chauffeurs sont équipes de voitu- tempsrapport
de travail. '" :-""-'*
•
res toujours plus rapides. Sans
Le chauffeur routier n'est Ja
doute, le- client se déclare satisfait d'être acheminé rapidement. mais, ou presque Jamais, che2
Mais la responsabilité du conduc- lui. Il doit vivre au restaurant
teur s'en trouva accrue.- sa
fati- et a l'hôtel, et Cest encore là
gue également. "•- ^ j f 4 -.[= "lun moyen d'exploitation dans la
"*main du patron. Lorsqu'il*- m an gg
>, le - chauffeur perçoit
Dés salaires de 'famine «unedehors
indemnité de. panier de 163
• poux payer.ce travaux pour ré- francs. Chacun connaît le prix
munérer cette responsabilité,. les d'un repas au restaurant. L'on
patrons routier» n e - t e ruinent salt"aussl qu'un homme qui .vient
pas, qu'on en Juge. - '- .
de faire de nombreux kilomètres
. Le mods de rémunération étant sur la route, a besoin d'un repas
différent ;daru l e a transports conieux. Alors la différence entr«
voyageurs et dans les transports 300 ou 400 francs -(prix du remarchandises,, parlons .d'abord pas) et l'indemnité et 165 francs,
des premiers. - ^-vi.'/.v.'Vu t?"»« est pris« sur la. paie. Et cela se
Le salaire horaire d'un chauf- reproduit tous les Jour« et 'deux
feur-receveur, c'est-à-dire du gars fois par jour,-sanft"-parler des
qui doit en même temps condui- frais occasionnés pax ta « roure et s'occuper d« la caisse, est. te ».. •• î. .•>"> ' r^fAtpp i-*¿"i..-1"*~¿.\':- *-"• '
à la Maison cahaetm«* d'environ ..-H- est. util« aussi "-"ce." signaler
133 francs, c'est-à-dire 13- francs comment. les patrons d'entreprienviron de plus qu'un > manoeu- ses, de. transports de .voyageurs,
vre, mais un. manœuvre- payé au ont résolu le problème- des trais
minimum.'garanti ..fixa ¿pax ,1« de repas de. leurs chauffeurs en
gouvernements i>?>-^à"-*>-'«ii£.!>•? grand' tourisme.' A "l'occasion de
:*.lrals 'du
Car 11 ne faut D U oublier'que grands ,voyages.••'»les eharje-des
le ' 'minimum '• réclamé- •,,'par-*Ia 'chauffeur-Tont"à"Ta-\
voyageurs;
Les
-prix
••
.voyages
C.a.T. et accepté par U commis- étant déjà.- élevés.. les des
-„-voyageurs
sion supérieure : des .conventions
- 144 -
A r t . Le Progrès
. <r«rs
-^*1
"Après Les barrages de poids Lourds sur L'A.7 et La R.N.6"
(...) "Extrait du rapport du commissaire principaL chef de La 5e circonscription de poLice chargé d'assurer Le maintien de L'ordre sur L'autoroute
A 6. : "Au reçu du deuxième téLégramme préfectoral, et compte tenu des instructions imperatives qu'iL contenait, je vous ai demandé L'envoi d'une compagnie de C.R.S. que je considérais comme nécessaire à L'exécution de ma mission."
"A 15H30 est arrivé sur Les Lieux, Le commandant principaL représentant Le commandant de groupement de C.R.S. numéro 8. IL était accompagné
de La C.R.S. 65 qui a pris pLace sur L'autoroute A 7 au niveau des usines
Rhône-Poulenc, prête à intervenir. J'ai fait une première sommation aux participants aux barrages d'avoir à obéir à La Loi et de se disperser avec Leurs
véhicuLes. IL était 15H35. Les manifestants ont commencé à se concerter entre eux. Les pLus durs parLaient de tenter L'abandon de Leurs véhicuLes et
de se soustraire aux forces de L'ordre en essayant de fuir. Le pLus grand
nombre, considérait qu'iL était temps d'obtempérer. Conformément aux instructions verbaLes que vous m'aviez transmises et compte-tenu de La situation
dont je vous ai tenu au courant périodiquement, je n'ai procédé à La deuxième sommation qu'à 16H15. A ce moment-Là, La décision des participants d'abandonner Les Lieux était virtueLLement acquise."
"Après ma deuxième sommation, fait comme La première au hautparLeur, j'ai donné L'ordre au commandant principaL des C.R.S. de faire intervenir immédiatement ses hommes. Compte tenu du cLimat que je viens d'exposer,
j'ai donné cet ordre tout haut, afin qu'iL soit nettement entendu par Les
manifestants. IL a été répercuté immédiatement par Le commandant de C.R.S.,
ce que voyant, Les chauffeurs ont immédiatement regagné Leurs véhicuLes pour
quitter Les Lieux. Les forces en pLace ont procédé au tronçonnement des véhicuLes qui étaient rangés sur trois fi Les. La circulation dans Le sens de
Lyon-Vienne a été rétabLie presque immédiatement. La plupart des véhicuLes
sur cet axe ayant pu être évacués et renvoyés vers Lyon ou Saint-Fons, en
cours de journée. La circulation sur L'axe Vienne-Lyon a été entièrement
rétabLie à partir de 16H30. L'opération s'est déroulée avec seulement deux
incidents mineurs qui ont été solutionnés sur place."
"Il est à noter que se trouvait sur les lieux M. Gérard Salomon,
membre du Conseil national du C.G.S.I. qui avait placé deux banderolles au
signe de son syndicat sur les véhicuLes de tête. Je vous ai signalé dans
le courant de la matinée la tentative de prise en main du mouvement par ce
militant syndicaliste. Il ne semble y avoir réussi à aucun moment"."
-^S"-
Art. Le Progrès du
(,"
• 3« 71)
"Les grands axes de La région coupés par Les routiers en coLère"
". Les revendications
Un tract ainsi rédigé émanant du Syndicat
des routiers était distribué par Les manifestants.
nationaL
indépendant
CE QUE NOUS VOULONS :
. La convocation du Syndicat à La Commission paritaire nationaLe et La réunion
de ceLLe-ci pour examiner une fois de pLus L'évoLution des prix comparativement à ceLLe des saLaires et en tirer Les concLusions Logiques.
. La présence de nos déLégués aux Commissions de retrait de permis de condui re.
. La retraite à 55 ans.
. La prise en considération au titre de L'invaLidité des affections propres
aux chauffeurs routiers de poids Lourds.
. Le syndicat dit non à La restriction des 450 kiLomètres.
. S'oppose à toute atteinte à L'indépendance à bord des véhicuLes.
CE QUE NOUS NE VOULONS PLUS :
. La Limitation de vitesse à 60 km/H.
. Le carnet individueL.
. Les restrictions imposées sur Les nationaLes.
. Les retraits abusifs du permis de conduire aux professionneLs de La route.
. Les autoroutes à péage.
. L'instauration du régime de deux chauffeurs par véhicuLe grand routier.
. Les attentes imposées aux frontières pour Les internationaux.
. Les restrictions abusives de circuLation en période de vacances.
. La mise en pLace des barrières de dégeL aLors qu'une simpLe Limitation
vitesse empêcherait dans Les cas d'espèce La dégradation de La chaussée.
CE QUE NOUS SOUHAITONS :
. L'étabLissement et La déLivrance par Le ministère des transports d'une
carte professionneLLe.
. Le déveLoppement des écoLes professionneLLes existantes et Leur muLtipLication."
CS.rt.i.O
-^£-
PROFESSIONNEL ROUTIER
gouvernement :
-
Juin
74
-
Revendications
présentées
au
nouveau
- La protection de notre permis de conduire ;
- La délivrance d'une carte professionnelle donnant des garanties
aux intéressés ;
immédiates
- L'octroi, dès 50 ans, d'une retraite anticipée ou d'une pension d'invalidité en cas d'annulation du permis par les commissions médicales ;
- La remise en cause de la structure de ces commissions ;
- L'ouverture du droit à la retraite à 55 ans pour tous les chauffeurs professionnels des transports pour compte propre et pour compte d'autrui ;
- Le respect des durées de travail... et l'institution d'une organisation
des périodes de repos en famille pour tous les travailleurs de la route,
y compris ceux faisant l'International ;
- La reconnaissance des maladies professionnelles....etc..
~-m>-
ANNEXE
LES DIX COMMANDEMENTS DE L'OTRA
(par Monsieur. B., inspecteur du travail)
in : "La vie de L'OTRA n° 3 - 15 sept. 1968.
Ton employeur est OTRA
Il te paiera correctement.
Aux ordres tu obéiras
Pour les transports évidemment.
Code de la route respecteras
Afin de vivre longuement.
De vitesse point ne feras
La mort est là traitreusement
Tous les alcools éviteras
Parce qu'ils tuent très fréquemment.
Aux bons relais t'arrêteras
Pour les repas uniquement.
Livret de contrôle n'oublieras ;
Et rempliras correctement.
Feuillet du jour établiras
Avant départ, exactement.
Rapport hebdo compléteras
Comme le dit le Règlement.
Médaille d'Honneur tu auras
Par ton travail assidûment.
-AU%~
AINSI SOIT-
ANNEXE
Tableau récapitulatif des temps de conduite et de repos
des conducteurs routiers
(REGLEMENT CEE N» 3820/85 DU 20 DECEMBRE 1985)
Conduite continue maximale
» h 30
Interruption minimale de
conduite continue (pause)
45 mn fractionnables en périodes d'au moins
15 mn
Conduite journalière
maximale
9h
avec possibilité 10 h 2 fois/semaine
Nombre maximal de périodes
ou de jours de conduite
consécutifs
6
Cas particulier : 12, pour les seuls transports
occasionnels internationaux de voyageurs
Conduite maximale sur
deux semaines consécutives
90 h
Repos journalier minimal
a) simple équipage
«
par période de 24 heures
- 11 h consécutives avec possibilité de
réduction à 9 h 3 fois/semaine avec
compensation correspondante avant la fin de
la semaine suivante
ou
- 12 h avec fractionnement en 2 ou 3 périodes
dont l'une de 8 h au moins
par période de 30 heures
8 h consécutives
b) double équipage
Repos hebdomadaire
minimal
- 45 h consécutives avec possibilité de
réduction à :
. 36 h au domicile
. 24 h hors domicile
avec compensation correspondante prise en bloc
avant la fin de la 3ème semaine suivant la
'
semaine en cause
Cas particulier : pour les transports
occasionnels internationaux de voyageurs,
report possible par jonction avec le repos
hebdomadaire de la semaine suivante
- ^a_
«CONCOURS
$ Í Í RESTAURANTS''*
ROUTIERS
.^'-.-:u:;r-".''^K-organise par --—-—- --^- •Kleber r Colombes
.Chers Amis Routiers.
•**?*«••
J^tiV?»-«^^^
m
.••'Le 4* « VConcours Référendum des Meilleurs Restaurants Routiers" se présente cette année sous une formel«
i * nous l'espérons • plaira i tous, les question j-du Concours-ayant étérendue*. plus attrayante» Peut-etr» p*rrt«i
, «eut été préférable qu'elles soient aussi rendues* moin* dlffldlesIMais gagner un«->bauphlne7Wr1t«. ble '
m
). .qiiti
• /.Illustrée- par un auteur, sans doute distrait.-Lisez-la attentivement, yout'remarquerer dinsle/téxte-tiefcerrei^nî'
í t
Jtlons manifestes, impossibilités pratiques ou .Inexactitudes.-Exemple
:rfi.:^'^^K^'^¡^'ft<.* ^' V^^.^ií^í^.]
•'"Avec son véhicule, et en respectanc le.Code«'Jean-Louis quittant Lyon i 51ieur«,dti matin,, ne peuvprétendri
' ; Paris i midl...'V Soulignez ces erreurs et dites nous combien vous en avel trouvé/" " ''»>« i^^S*??-- "r-r'A^^Si
; " Pour la troisième question un photographe habile nous.a;fourni-des clichés imprévus-représentant différents sujets
' angle inédit - A vous de définir de quoi II-s'agit. A'-V'îV» f ' f ' í ' í r - • ^.^.¿-V;f »;•. ¿.^\i$*4:W^írï!*•''1'v^:^trl-4,
I -Enfin-la question subsidiaire, nous vous le rappelonsv servira i départager les ex-aequo;• "WcS^ri»'*;£ Bonneithinctl't
I..:••'..'
•>,.-. - i - ! '
- . . . . ' • ' • . . . : •...!• '., »•.1fl.•rî.'.•V^^,•- •**!•*>>",?'{•'•*!>;
-.
,..-.• .- -í «*•.-,». KLÉBER-COLOMBESïAv^ 7 «*
i l y o n dort encore ce malin de Décembre, car aujourd'hui est un |our férié.
Mais Jean-louis, le routier, doit remonter sur Paris d'urgence. C'est un fameux " b a h u t " que le
sien I • Semi-remorque toute neuve, tirée par un puissant tracteur Diesel . . . 17 métrés de long
. . . 3 5 tonnas en charge..-, i il y en a bien là pour S m i l l i o n s t . .
- • * . " . . '•'•- -•••' i
j
:
';
Í
,'• ...Jean-Louis est tout fier de conduire un pareil
. m a t é r i e l . Il est vrai qu'il est sérieux et bien
connu pour son respect d u Code de la Route.
En route I il s'installe sur son siège et jette un •
coup d'oeil à sa montre i 5- heures I Le l o u r d ;
1
véhicule d é m o r r e b r u y a m m e n t . . ' . ' - . , / . '?."•
CE BROUILLARD
Q U I MON TE'DE LAV
,DRÔME ESTGLACIAL
íj¿¡.?«'."•'•* • •
• •
' - T í " .'Ti* - ^'
í*-i . . D a n s an* froide a u b e d'hiver, à Ira1
-« banlieue industrielle, légèrement «mbnji
. roule vers Pans, croisant de nombrtus s
- , qui se hâtent,vers |e travail quetidisn.
"¿Peu a peu II s'éfeàjee de>l'oggl»mir«
I a roi4e^n«,JV"edrrtp'agrtéT¡¿v * \U<
„ . . „ . . . J h . 1 5 . L«/lcKauffeur décide d e prendre
W-'ur/' peu Ja ^aeTo-ovec son petit poste portatif
' * V ( * q Ú « u r j a banquette, la N a t i o n a l e 6 n'est '
m*-~-ivi-H- plu*«encembrée et I« camion prend de la
R ' í í " ' - ' vitesse i 1 0 . . 7 0 . .
Très bien comme cela.-.
fefeci~
D'ailleurs il fait maintenant g r a n d jour e! '
»rjKP»^" Roonne n'est pas l o i n . . .
•LES ROUTIERS" - Mai 1957
- 150 -•
.
V,
i<;
••:
. . . 5 h . 4 5 . Après les informations, Paris-Inter
passe justement " l e Routier", d'Aznavour,
chantée p a r Yves M o n t a n d . Jean-louis o cette
occasion recense a u célèbre film " l e Salaire
de la P e u r " , avec justement Yves Montand et
Jean C a b i n i unm rameuse équipe I .
i« V
•>«•!
...vi •
HELLO!
ábP
^juai^/^i
..'.Cala l'amène à évoquer »e» exploits sportif» j
pauét i il a «I* champion de Franc«.militaire.
Et en 1938. il o même disputé un match contre .
• reel Thil, olor» que celui-ci était champion
J monde... Oh I bien lûr... ce n'était pa»..
•""
• 4..Un/coup 'd'avertisseur imp4ratlf-tAk¿l
routier »erre à droite pour laisser paner"
I élégant cabriolet iport qui le double en iroft' Au volant i Une ravissante blonde, qui lui loneta
ou passage an gracieux sourire. Jean-Lauiié**^
ravi et repond par un signe de la maie* '--^
— B Œ H B
teV.'jJ?£'
Í d f , l U , , M I ° » " " ' Cluny,. Tournyt.
I : Il décide de »'arrêter dans, ua Relais pour boire •
U u n , c a l é , le cadre eit agréable. Devant la
I .maison, de» glycine» en fleuri ombragent uneI ' tonnelle et, dam la »aile, tout est net et propre.
• Deux chauffeur«, arrêté».là aussi, bavardent'
•.'eu comptoir... . • ,
-.
j
4
r
"¿Us
MONTRACH£T
lOKm
hP
T^ONTRACHET |
'( GRANO VIN ROUCï
. \ J U 0 N PRÉFÉRÉ
V.fit'
^*&
•• •
I
,.-.
lun deux, qui conduit un C.M.C, »a plaint
d'Hoir perdu un« roue de secours. Avec »a
conauite à droite, dit-il. il ne t'en e»t pa»
aperçu. Chacun le plaint dei petit! défaut» de
»on matériel. . et Jean-Louis, un peu dislraitefjj)nt, i * plaint de »on carburateur...
—
'-.•-"•'
• ,t .ii - " . ' . Î I •.'•;.•'.'• :• '.•; >. ; v . : s
w /
« f V .
*. irfiA^f;
...Car en effet, malgré le plaisir qu'il a de »e . , . " n . ' ; - ; '"!• "•¿•J-V.Ï- •
. .Apre» Chalón, longeant la Saine M peMU
détendre un peu, notre ami eit distrait. U
""~~"ia
route
vers
Paris.
Del
noms,
évetateuttl
repente à la voiture »port de tour à l'heure et
surtout à »a conductrice. D'ailleurs la matinée' , "ÏV fameuses bouteilles, apparaissent, tef '
plaquet
indicatrice!
i
Pommard...„
le».
t'avance et il faut payer et reprendre la roule.
Margaux... C'est tout le vignoble be<irf*l|
Il pose tel 10 franc» »ur le comptoir, salue et.
.-v.
qui
défile
devant
lui
I
...
repart...
. .
idfc-"±ft;Ç Jy.VV
. •
v,r 'i'->E> c'ait.alors que se produit ce que'Jeon•yXi-Wooi' bien/connu de tous les:-'.%*' louis n'osait espérer. Arrêté« sur le bas cotéi
_\uH*ur*¿4tEa:1a¡t penser qu'il « t e» retard «Wcla voilure »port. Et devant. Mule et folr bien.
o!u" Je» paiement - de t-»a ¿cotisation '- au»5™S'-eneuye i la |euee femme, brune. Heureui de
R »oùilerVÎ Âulogfd*hufimême, après eUjeu-£*f r occasion. Je routier stoppe aussitôt et'»« met
fieftij.enverrai un. mandat, du premier bureat>£¿¿ en devoir d'examiner le ressort cassé, motif
J f p o i i « qu'il,'trouvera »ur »on chemin I .'.. • "r"de celle panne providentielle... Mai», comme
•
- . < _ i . " . i . i ••• • • ' .'__._ • _1"J_T™"-"*•'•'""" la Voiture est" 1res basse,' il doit ramper'.'.«
|
.
-*—-ramper...„^.„.„^^ ,^^.._.„,
"LES ROUTIERS I l
, rL
Mai 1957
- 151 -
A 'la porte du relais, les chromes de leur
« Galibicr » jettent leurs feux malgré la
pluie — « On y va quand même dit Maurice ?» — « Faut bien,mon vieux 1 répond •
j?ctit-Louis. Mais il fera meilleur dans le
>5 tonnes... •
« C'est un salon, cette cabine de Galibier ! » Sièges
garnis d'un simili-cuir grand luxe, tapis-brosse, reposepieds caoutchouc sur les passages de roues, panneaux
et portières recouverts de luxueuses garnitures lavables,
coloris du tableau de bord et des sièges (écossais) assortis
à la carrosserie.
i1 Cette cabine, c'est un mirador : on y voit de partout I Visibilité exceptionnelle
vers l'avant et les côtés. Vastes custodes- à l'arrière. Et de chaque côté, un
' large rétroviseur panoramique.
' Il fait bon vivre à bord du Galibier ! Cabine climatisée : insonorisation et'
: isolement thermique obtenus par capitonnage en laine de verre des panneaux .
' du pavillon et du tablier.
« Cigarette, P'tit Louis ? • L'allume-cigare
est au tableau de bord. Deux cendriers
chromés à portée
cortee de main du conducteur et
*t
du passager. Propreté et netteté de la cabine
créent une ambiance • grand confort •'.
Les 180 chevaux ronronnent, la route est
calme. « Musique 1 » demande Maurice,
Car le Galibier est équipé d'un 7lampes
Philips : les kilomètres deviennent plus
courts avec lui... La montre à cadran lumineux règle la moyenne.
•LES ROUTIERS" - 25 Mars 1957
- 152 -
Chauffage-dégivrage prévus, évidemment
L'aération se fait (sans remous) par déflecteurs à commandes indépendantes. Raffinement : deux lave-glaces (comme sur les voi
tures de luxe !) ajoutent au plaisir de
conduire une plus grande sécurité.
Plaisir de vivre dans une cabine nette où
chaque
chose
est à sa place : t porte-carte,
:j
u
" Jdeux porte-manteaux. *"'
3" "
vide-poches,
Finition « grand luxe » de toutes les pièces métalliques.
3 heures du matin : casse-croûte. Maurice . Changement de conducteur. P'tit Louis,
ouvre le coffre isotherme monté sur les avant de prendre la couchette (matelas
cabines-couchette et en tire les gamelles et oreiller en latex) se cale contre
chaudes (cet été la boisson y sera au frais), l'appuie-téte et l'accoudoir du pasager...
Tout est prévu, sur le Galibier, pour le et s'y endort.
,.' bien-être de l'équipage.
.
..
Un coup de peigne maintenant : les deu.
pare-soleil du Galibier comportent chacu.
un miroir... Toujours comme sur les VÛI
tures de luxe. (Entre les deux pare-solcii
le haut-parleur radio).
« Pense à Marinette, P'tit Louis... On va
arriver... » Le Galibier est équipé d'un rasoir
électrique à deux têtes Philips qui se branche
sur le tableau. P'tit Louis se fait un visage
net comme s'il était chez lui.
.
„'Marinette'est'au rendez-vous au bout du . Elle est fière, Marinette, que son P'tit Louis
voyage : « C'est plus comme avant, tu sais. • conduise un aussi beau véhicule. Le Galibier,
-Maintenant, avec ton Galibier, m arrives / grand routier de grand luxe, est le géant U
bien moins fatigué, mon P'tit Ltfuu... et plus coaforttbfc.3 conchare et le plus agrès*
tout pjroJpVe ! tfaüt frais !./. »
blä 1 Vivre
•
"LES ROUTIERS" - 25 Mars 1957
- 153 -
•Les routiers et La B.D." in "LES ROUTIERS" n° 597.
- 154 -
Jfe
Vi j
'Les routiers et La B.D." in "LES ROUTIERS" n° 597.
- 155 -
CORPUS : TRANSPORTEURS ET ENTREPRISES
(L'ordre alphabétique
l'enquête).
indique
Nbre de salariés
de l'agence ou
entreprise.
la
succession
Patrons
roulants
des
Véhicules
légers
entreprises
au
25
150
N
C
D
E
F
G
120
N
50
100
N et R
10
10
L et R
H
15
N
I
J
0
3
I
K
L
8
30
3
6
N
0
P
0
N et R
N
I
N et L
R et N
R et L
R et N
R
R
VL
VL
R et L
L
Q
:0 °
R
300
R
S
30
500
I
V
M2
N2
02
et L et R
N
VL
de
internat. I
régional R
national N
locale, livraison L
Types
d'activité
A
B
M
cours
R
N et I et R
41
55
R
65
R et N
R et N
C2
C3
L2
3
2
3
T
13
N
U
13
I
P
R et N
R
R
N et I
SPECIFICITE DES ENTREPRISES ET TYPE D'ACTIVITE
A
Clients directs, meubles luxe, faillite 86
B
Messagerie et lots industriels
C
idem
D
Marché rural, retour affrètement
E
Fai llite prochaine
F
Modèle 13, Casino
G
Faillite 85
H
Faillite 85
I
Clients directs ,
J
Clients direct, marché rural
K
Produits radio-actifs
L
Meubles Conforama
*M
Affrété "captif"
N
Rural, départ direct, retour, bureau de fret
0
Affrété "captif"
P
idem
Q
Modèle 13, mobile
R
Holding, 5000 salariés, modèle 13
S
Holding, 9000 salariés, commissionnaire
. V
Stockage, alimentation, coopérative, lots industriels et primeurs
M2
Stockage alimentaire
N2
Stockage surgelés
02
Messagerie de luxe
C2
Clients directs
C3
"captif" de C .
L2
"captif" de L
T
Départ clients directs, retour bureau de fret
U
H-'ients directs, pays de l'Est
650 salariés en France

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